Forme transitionnelle

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Une forme transitionnelle est une espèce vivante ou fossile qui présente une mosaïque de caractères de deux autres espèces ou groupes d'espèces. Selon la grande majorité des évolutionnistes actuels[1], cette expression est à bannir comme le sont « chaînon manquant » ou « maillon ».

Par le passé les évolutionnistes ont considéré - à tort - que certains organismes présentant des caractères mosaïques étaient des formes intermédiaires dans l'évolution entre deux autres espèces ou taxon. On considérait que ces espèces conservaient des attributs primitifs de leur groupe d'origine tout en présentant des caractéristiques nouvelles qui se retrouveront dans l'espèce vers laquelle elles évoluaient. Ces conceptions sont nébuleuses et arbitraires, puisque l'identification d'une forme transitionnelle n'est possible qu'a posteriori et en négligeant l'aspect continu, buissonnant et non directement orienté du processus évolutif.

L'image d'un hypothétique « chaînon manquant » reste toutefois très populaire et est couramment utilisée dans les médias, notamment lors de découvertes de nouvelles espèces fossiles (cf. par exemple Pierolapithecus catalaunicus ou plus récemment Darwinius masillae).

Évolution humaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Évolution humaine.
Schéma stéréotypé (et erroné) de la « transition homme-singe ».

Une image courante dit que « l'homme descend du singe ». On a longtemps cru que, selon la théorie de Charles Darwin, il devait exister des êtres intermédiaires. Ce besoin d'un « chaînon manquant » a poussé à de nombreuses recherches. Il est aussi souvent employé comme argument contre la théorie de l'évolution elle-même.

Le chainon manquant est le lien manquant entre le singe et l'homme, c'est l’élément scientifique inexistant qui empêche la théorie de l’évolution d’être une vérité et donc de rester au niveau théorique.

Cette conception gradualiste qui verrait les animaux s'élever progressivement vers l'espèce humaine au cours de l'évolution est aujourd’hui abandonnée. En fait les biologistes ne considèrent pas que l'homme serait le descendant d’êtres semblables aux singes actuels.

Le besoin que l'on ressentait de trouver ce « chaînon manquant » fut l’occasion pour un faussaire de berner les scientifiques en fabriquant l'Homme de Piltdown à partir de morceaux de squelette d'homme et d'orang-outan.

La théorie actuelle dominante présente une évolution plus buissonnante que linéaire. De plus, les chimpanzés sont plus proches des humains que des gorilles par exemple. Il est impossible de créer un groupe monophylétique (dont les représentants sont plus proches entre eux que de toute autre espèce) de primates qui inclut gorille et chimpanzés et exclut l'homme.
L'homme ne descend donc pas « du singe » : la logique voudrait qu’on le considère comme un singe, et c’est par pure convention qu’on ne le fait pas, du moins dans le langage courant, où les mots « singe » et « homme » sont des catégories différentes. Pour les scientifiques, les singes forment le sous-ordre des simiiformes, qui inclut l’homme.

L’ascendance de l’homme commence aujourd'hui à être mieux connue[?]. Le problème actuel de la paléontologie est plutôt de comprendre comment se sont succédé ces multiples espèces.

En 2004, la découverte du Piérolapithèque en Catalogne a fourni de nouveaux éléments sur la question du dernier ancêtre commun. On a pu dater en effet cette espèce à environ 13 millions d'années.

Autre évolution : les oiseaux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire évolutive des oiseaux.

L'un des exemples les plus célèbres de forme transitionnelle est celui de l'archéoptéryx, le plus ancien fossile d'oiseau découvert à ce jour. Cet oiseau présente des caractères dérivés propres aux oiseaux (plumes) et des caractères ancestraux propres aux dinosaures (dents). Cette mosaïque de caractères, frappante à une époque où on ne savait pas encore que les oiseaux sont les représentants actuels des dinosaures[2], (d'une branche des dinosaures), a conduit à considérer à tort l'archéoptéryx comme un chaînon entre dinosaures et oiseaux. Cette erreur était en grande partie due à la trop grande attention portée à un caractère isolé, la présence de dents, considérée comme la signature de l'appartenance au groupe des dinosaures. Les oiseaux actuels présentent une mosaïque de caractères dérivés et ancestraux (plumes sur le corps / écailles sur les pattes / bec corné / articulation articulo-carrée de la mâchoire…) sans que quiconque ait jamais éprouvé le besoin de les qualifier de forme transitionnelle.
De fait, on considère aujourd'hui que tous les organismes vivants présentent des mosaïques de caractères ancestraux et de caractères dérivés.

Contrairement à une idée reçue largement répandue, les dinosaures n'ont pas tous disparu lors de la crise K/T d'il y a - 65 Ma. En effet, une famille de dinosaures a survécu jusqu'à l'époque actuelle : les oiseaux. L'analyse phylogénétique montre par exemple que les tyrannosaures sont bien plus proches de l'archéoptéryx et des oiseaux actuels que des tricératops[2]. Ainsi, de la même manière que l'homme ne descend pas du singe mais est un singe, les oiseaux ne descendent pas des dinosaures mais sont des dinosaures[3].

Dans les œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

Le roman Les Animaux dénaturés de Vercors est fondé sur l'hypothèse suivante : le chaînon manquant n'est pas fossile mais encore vivant. Se pose alors une question que les paléontologues considèrent comme sans objet quand il s'agit d'espèces éteintes : s'agit-il d'un être protégé par la Déclaration universelle des droits de l'homme, puisqu'il se trouve, par définition, à mi-chemin entre l'humain et le singe ?

On peut également citer le film Man to Man, dans lequel des paléontologues soutiennent que les pygmées sont le chaînon manquant.

Bernard Werber s'est aussi attelé au thème du chaînon manquant. Dans Le Père de nos pères, il met en scène deux journalistes, Lucrèce Nemrod et Isidore Katzenberg, qui se lancent à la poursuite de ce fossile théorique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guillaume Lecointre et Hervé Le Guyader, 2006, Classification phylogénétique du vivant, Éd. Belin, troisième édition, augmentée et corrigée ; ISBN 2-7011-4273-3
  2. a et b R.O. Prum et A.H. Brush : « Les plumes de dinosaures ». Pour la Science (juillet-aout 2005), dossier Le Monde des Dinosaures.
  3. G. Lecointre et H. Le Guyader 2006 : Classification phylogénétique du vivant. Éd. Belin (3eme ed) ; ISBN 2-7011-4273-3