Forme de radoub

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Navire dans une forme à Singapour - vue de l’avant
Le croiseur USS Cowpens (CG-63) de la classe Ticonderoga en cale sèche dans la base navale de Yokosuka en mars 2004. - vue de l'arrière

Une forme de radoub est un bassin qui permet l’accueil de navires et leur mise à sec pour leur entretien, leur carénage (ou radoub : réparation de la coque d'un navire, nettoyage, peinture…), leur construction, voire parfois leur démantèlement.

On parle également de forme, de cale sèche, parfois de forme-écluse en fonction de la configuration rencontrée.

Sommaire

[modifier] Histoire

La première forme de radoub construite en Amérique du Nord fut probablement la cale sèche de La Coupe, construite en Acadie vers la fin du XVIIe siècle pour réparer les bateaux de la baie de Fundy[1].

[modifier] Éléments d’une forme de radoub

Rochefort (Charente-Maritime) : La forme supérieure de la double forme de radoub du XVIIIe siècle

Une forme de radoub est composée du bassin proprement dit et de différents outillages industriels nécessaires à son utilisation (porte, station de pompage, grues, tins, clefs…)

[modifier] Le bassin

[modifier] Le radier

Constituant le fond du bassin, le radier est une surface en règle générale plane dans les bassins récents, permettant le positionnement des tins ou des bers supportant le navire à accueillir, et la circulation du personnel et des engins nécessaires aux travaux de coque à réaliser sur le navire accueilli.

Quelques anciens bassins fonctionnaient à la marée et ne disposaient pas de station de pompage ; la vidange de ces bassins, une fois la porte fermée, se faisait via un aqueduc permettant l’évacuation de l’eau contenue dans le bassin lors du jusant, et qui, fermé par une vanne étanche, permettait au bassin de rester sec à la marée suivante. Ces bassins sont dorénavant très rares ou hors d’usage, les stations de pompage permettant la vidange des bassins de façon mécanique et autorisant l’entrée de navires de tirant d’eau bien plus important.

Le radier, dont la cote est inférieure à celle du niveau de la mer, doit, lorsque le bassin est asséché, subir des sous-pressions importantes liées aux circulations d’eau de mer dans le terre-plein dans lequel le bassin est creusé. Le radier se comporte donc comme une voûte inversée, l’essentiel des efforts que doit reprendre cette voûte s’exerçant du bas vers le haut. Cette contrainte explique en partie l’existence de radier à degrés, l’autre raison étant d’accompagner la topographie naturelle du lieu, ces anciennes formes ayant souvent été construites dans le lit de rivière ou d’anciennes anses (bassin 1 de l’arsenal de Brest, par exemple).

[modifier] Les bajoyers

Vue de l’USS Boston en cale sèche à New York. Le nombre de banquettes le long des bajoyers du bassin est caractéristique d'une forme de construction ancienne ; elle est ici telle qu'on se croirait presque en présence de gradins. Sur certaines de ces banquettes reposent les clefs, poutres de bois destinées à assurer la stabilité du navire sur sa ligne de tins.

Les deux bajoyers constituent les « murs » du bassin. Dans les anciennes formes, les deux bajoyers se rejoignaient au niveau du nez du bassin, souvent de forme effilée, permettant à la fois de former une voûte en forme d’ogive, reprenant les efforts horizontaux exercés par le terre-plein sur ces murs, mais également d’épouser la forme des étraves des navires utilisant le bassin.

Le sens préférentiel d’utilisation d’une forme de radoub par un navire est donc souvent « entrée en marche avant ». Par similitude avec les termes utilisés à bord du navire, on désigne ainsi sous le nom de bajoyer bâbord le bajoyer situé à gauche du bassin en entrant, et sous le nom de bajoyer tribord le bajoyer opposé ; sous le nom d’avant du bassin le nez du bassin et d’arrière du bassin la zone située près de la porte.

Les bajoyers, initialement des murs-poids en maçonnerie, devaient être plus larges à leur base qu’à leur sommet. Aussi des banquettes y étaient-elles aménagées, reliées entre elles par des escaliers. Ces banquettes remplissent différents rôles :

  • elles permettent la circulation du personnel à différentes hauteurs le long des bajoyers, permettant, si le navire est suffisamment large par rapport au bassin, l’entretien de la coque sans moyen de levage annexe ;
  • elles permettent, si le navire est bas par rapport au bassin, le positionnement de la coupée permettant l’accès à bord ;
  • elles permettent enfin, dans le cas d’attinage à clefs, le positionnement des clefs destinées à garantir la stabilité du navire.

Les formes modernes, construites en béton, n’ont plus recours à ce dispositif de banquettes. L’accès au navire et l’entretien de la coque se font le cas échéant via des échafaudages ou d’autres moyens de levage, et la stabilité du navire est garantie par un dispositif d’attinage approprié (cf. plus loin).

[modifier] La zone d’entrée du bassin

La zone d’entrée est le terme désignant la partie du bassin situé le plus près de la porte. Elle constitue en règle générale la zone potentiellement la plus fragile d’une forme de radoub, car elle doit reprendre l’ensemble des efforts que la mer exerce à la fois sur la porte, mais également, via les infiltrations dans le terre-plein, sous le radier[2].

La porte s’appuie en règle générale sur des parois verticales, à l’extrémité des bajoyers et du radier, constituant les buscs d’appui de la porte. Avec les parois en retour (orthogonales), ces buscs constitue la feuillure du bassin.

Certains bassins possèdent plusieurs feuillures, permettant de varier la position de la porte et les fonctionnalités qui en découlent : ainsi, le bassin peut dans sa partie côté mer être en eau, et être à sec dans sa partie côté nez du bassin, permettant de ce fait à un cargo de se présenter « dans » la partie en eau du bassin pour que soient déchargés, à l'aide des moyens de manutention dudit bassin, des charges lourdes qui seront déposées dans la partie à sec du même bassin. Tel est le cas par exemple d'un des bassins de Laninon de l'arsenal de Brest, disposant d'un puissant portique qui le survole, et cette fonctionnalité est régulièrement utilisée par DCNS dans le cadre des chantiers de construction neuve qu'il réalise.

[modifier] Les accessoires

[modifier] La porte

La forme Napoléon III (XIXe siècle) à l’arsenal de Rochefort
Remise en eau d'une forme via des aqueducs traversiers

Afin de mettre à sec la forme, il convient de l’assécher. Les premières formes étaient bloquées par une porte classique mais en 1683, l’intendant Pierre Arnoul mit au point à Rochefort la technique du bateau-porte.

Comme le montre la photo, la technique consiste à fermer la forme à l’aide d’un bateau spécialement conçu à cet effet. À marée haute, le bateau-porte flotte sur le fleuve, on introduit le bateau à radouber dans la forme puis on vient placer le bateau-porte en travers de la forme, au droit des buscs. Une fois le bateau-porte installé, on le coule à l’aide d’un système de ballastage, et on assèche immédiatement la forme afin que le niveau de l’eau à l’intérieur de la forme devienne inférieur à celui du fleuve ou de la mer à l’extérieur de la forme. La différence de pression ainsi provoquée plaque la porte contre les buscs.

L’étanchéité du bassin est assurée au moyen de joints positionnés sur le pourtour du bateau-porte. Les joints ne sont pas sous la porte, mais devant elle. Ce n’est donc pas parce qu’elle est coulée que l’étanchéité est assurée, mais parce qu’elle est plaquée contre les buscs d’appui. Les premiers joints étaient constitués de paillets suifés. Désormais, la technologie privilégiée est celle du joint en néoprène.

La vidange du bassin s'effectue via la station de pompage lorsque la forme en est dotée. La remise en eau peut s'effectuer soit également via la station de pompage, soit, de façon plus simple, au travers d'aqueducs traversiers aménagés dans la porte. Une fois la mise en eau terminée, les niveaux d'eau de part et d'autre de la porte sont égaux. Le déballastage de la porte permet sa mise en flottaison, son retrait, et la libération du navire qui peut ainsi quitter la forme.

[modifier] L’attinage

Vue de la ligne de tins supportant le Chassiron en cale sèche à Brest. Les tins visibles sont en béton. L’existence de plusieurs lignes de tins parallèles sous un bateau à fond plat permet de garantir sa stabilité sans la mise en place de clefs.
Vue du Belem en cale sèche à Saint-Nazaire. On peut distinguer, sur son tribord, les clefs destinées à assurer sa stabilité.

Au fond de la forme on trouve une ou plusieurs ligne(s) de tins permettant au bateau de ne pas se poser directement sur le radier quand l’eau se retire. Une ligne de tins est constituées de plusieurs tins alignés, chaque tin étant un bloc déplaçable de fonte ou de béton, surmontée d’une cale d’usure en bois, sur lequel vient s’appuyer le navire. Si l’objectif des tins est de surélever le navire afin de permettre l’accès à sa coque, celle-ci n’est cependant pas accessible aux endroits où elle s’appuie sur les tins ; si néanmoins l'accès à cette partie masquée de la coque est nécessaire, il est toujours possible d'enlever certains tins, tout en s'assurant que l'effort de poinçonnement engendré par les tins sur la coque reste acceptable par cette dernière.

L’alignement des tins est réalisé conformément à un plan d’attinage spécifique au navire et aux opérations qui doivent y être effectuées (afin d’éviter, par exemple, que les nables soient au niveau d’un tin).

Les anciens navires, et les navires à fond non plat, ont souvent leur quille posée sur une ligne de tins axiale. Cette ligne de tins reprend l’essentiel de la masse du navire, qui pourrait donc ainsi être laissé en équilibre précaire sur cette seule ligne. Toutefois, afin de reprendre les déséquilibres susceptibles d’être provoqué lors des travaux effectués à bord, différentes méthodes sont envisageables :

  • positionner des lignes de tins parallèles à la ligne de tins axiale, jouant le rôle de cale. Cette technique fonctionne bien sur les navires à fond plat (cf. photo du Chassiron) ; elle est toutefois bien moins efficace sur les navire à carène profilée (navires de guerre, par exemple), les tins latéraux ayant tendance à chasser si le moindre effort leur est appliqué ;
  • positionner des clefs (ou accores) entre le navire et les bajoyers. Il s’agit de poutres en bois, reposant d’un côté sur les banquettes des bajoyers (ou à défaut maintenues à la bonne hauteur par des cordages fixés aux bollards des bajoyers, et maintenues à hauteur convenable le long de la coque du navire par d’autres cordages. Le navire n’est pas censé s’appuyer sur ces poutres ; aussi a-t-on souvent l’impression qu’elles sont bien petites pour le navire qu’elles ont à équilibrer ;
  • utiliser un ber ou un berceau, dont la technique est semblable à celle des lignes de tins parallèles, mais dont les tins axiaux et latéraux sont rendus solidaires, évitant ainsi au tins latéraux de chasser.

[modifier] La station de pompage

[modifier] Les moyens de manutention

[modifier] Construction navale

Dans la construction navale, on peut distinguer deux types de formes :

  • les formes de construction
  • les formes d’armement

[modifier] Formes de construction

Une forme de construction est une forme dans laquelle les bateaux vont être construits. Elle est équipée de moyen de levage très important, pouvant lever de très fortes charges.

[modifier] Formes d’armement

Une forme d’armement a pour utilité de permettre un accès rapide à un bateau en finition. Elle dispose donc de faibles moyens de levage.

[modifier] Voir aussi

Wikimedia Commons propose des documents multimédia libres sur les formes de radoub.

[modifier] Notes et références

  1. (fr) Fernand de Varennes, Lieux et monuments historiques de l'Acadie, Moncton: Les Éditions d'Acadie, 1987, p. 106, ISBN 2-7600-0138-5
  2. Ces efforts sont habituellement d’autant plus faibles qu’on s’éloigne de la mer ; ils sont donc très importants au plus près de la porte.

[modifier] Bibliographie

  • Dictionnaire Gruss de Marine, Éditions Maritimes et d'Outre-Mer

[modifier] Liens externes

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