Forces japonaises d'autodéfense

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FIAV 001001.svg Pavillon des forces terrestres d'auto-défense (Ratio 5:6)
Char Type 10 des JGSDF. Entré en service en petite quantité à partir de 2010.
Mitsubishi F-2 des JASDF.
F-15J et F-15DJ des JASDF.
Soldats du JGSDF patrouillant dans un centre d'entraînement américano-japonais avec des Howa Type 89.
Manœuvre américano-japonaise en 1985. L'arme est un Howa Type 64.
Candidats élèves-officiers des forces d'auto-défense terrestres japonaises (JGSDF).

Les Forces japonaises d'autodéfense (自衛隊, Jieitai?), souvent désignées sous le terme anglais de Japan Self-Defense Forces (JSDF), constituent de fait l'armée japonaise depuis 1954. La défense du Japon a en effet depuis 1945 un statut particulier. En raison de l'article 9 de sa Constitution, issue de la défaite dans la guerre du Pacifique face aux États-Unis et autres Alliés qui a conduit à la suppression de l'armée impériale et la marine impériale japonaise, « le Japon renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation ».

Cette phrase initialement interprétée comme une interdiction totale d'avoir une armée a été réinterprétée depuis 1954 comme une interdiction des comportements offensifs, laissant au Japon le droit d'avoir des troupes exclusivement pour la défense du pays. Le Japon s'interdit aussi d'avoir une arme nucléaire fonctionnelle.

Historique après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

L'article 9 de la constitution japonaise fut rédigé dans les circonstances particulières de la période immédiatement après la guerre. La situation géopolitique de la région changea profondément avec la montée de l'antagonisme entre les États-Unis et l'URSS au début de la guerre froide, avec pour conséquence un changement de la politique du tuteur américain du Japon. Le Japon devint une base avancée de l'United States Navy et un élément clef du réseau d'alliances visant à contenir l'expansion des blocs communistes Chinois et Soviétique. La guerre de Corée renforça cette situation, et en 1954, le gouvernement japonais se dote d'une force armée, qualifiée de défensive, baptisée « Forces d'autodéfense ».

Un Traité de coopération mutuelle et de sécurité entre les États-Unis et le Japon lie ces deux nations. Ce sont en théorie ces premiers qui assurent la protection de l'archipel. Ainsi l'armée américaine a établi plusieurs bases dans le pays dont les plus importantes sont sur l'île d'Okinawa.

Après avoir été dotées quasi exclusivement de matériel américain importé ou construit sous licence durant les années 1950 et 1960, les forces terrestres et maritimes japonaises sont actuellement équipées, pour l'essentiel, de matériel d'origine nationale ; ces équipements sont de haut niveau bien qu'en général plus onéreux que leurs équivalents occidentaux ; l'aviation continue d'utiliser en majorité des avions de combat d'origine américaine.

À partir des années 1990, le Japon fait un retour progressif en tant qu'acteur dans la géopolitique internationale, et tout comme c'est le cas pour l'Allemagne, ses forces armées commencent à intervenir dans des actions multinationales. En 1992, pour la première fois depuis 1945 et la fin des campagnes du Pacifique, des militaires japonais sont déployés en mission à l'étranger en tant que casques bleus au Cambodge. Depuis 1996, des Japonais sont membres de la Force des Nations unies chargée d'observer le dégagement au Golan. Et en 1998, la coopération avec la Septième flotte américaine qui avait été inexistante commence à se mettre en place[1].

En 2004, pour la première fois depuis 50 ans, le Japon envoie des troupes dans une zone de combat, en Irak, participant, uniquement dans un but humanitaire et de reconstruction, à la coalition militaire en Irak menée par les États-Unis ; leur mission se termine en décembre 2008.

Cette présence croissante dans les actions internationales s'accompagne d'une évolution des institutions japonaises. Le 15 décembre 2006, le Japon se dote d'un véritable ministère japonais de la Défense, succédant à l'Agence de Défense. Cette évolution est intervenue après le vote de la Chambre des représentants et de celle des Conseillers, favorables à ce projet de loi. Fumio Kyuma, alors secrétaire d'État qui dirigeait l'Agence de Défense, devient ainsi ministre de la défense. Cette création a pour principal but de donner au Japon les outils pour une action politique internationale, et l'éventuelle participation dans des opérations de maintien de la paix. Après lui se succèdent à ce poste le 2 juillet 2007 Yuriko Koike puis Masahiko Kōmura et le 26 septembre 2007 Shigeru Ishiba, en 2012, Satoshi Morimoto détient ce poste.

En mars 2007, l'Australie et le Japon ont signé un pacte de sécurité mutuelle, le deuxième du genre pour le Japon avec celui signé avec les États-Unis.

Profondément marqué par les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, le Japon s'est doté après la Seconde Guerre mondiale d'une doctrine non-nucléaire, qui consiste à ne « jamais posséder, produire et stocker » d'armements nucléaires. Néanmoins, la présence de puissances nucléaires dans son voisinage, notamment la Chine, la Russie et la Corée du Nord, soulève un débat récent sur la difficulté d'assurer dans ces conditions une capacité de dissuasion. En 2006, le ministre des affaires étrangères Taro Aso a déclaré que le Japon disposait de la technologie pour développer des bombes atomiques, ainsi que des réserves de plutonium sous la supervision de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), mais a renouvelé fermement la décision du gouvernement japonais de ne pas produire d'armes nucléaires[2].

En décembre 2010, le Japon annonce une réorganisation de sa défense d'ici 2020, les forces faisant alors face à la Russie seront repositionnées face à la république populaire de Chine et la menace balistique de la Corée du Nord[3].

Suite au séisme de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku du 11 mars 2011 causant l'accident nucléaire de Fukushima, ce sont 106 000 soldats qui ont été mobilisés dans l'armée de terre (70 000 sur 135 000), la marine (14 000 sur 45 000) et l'armée de l'air (22 000 sur 50 000)[4].

Durant la conflit territorial des îles Senkaku en 2012, un chercheur déclare qu'en cas d'attaque par la Chine, il ne faudrait pas moins de trois jours pour que soit prise la décision de mobiliser les forces japonaises en raison de la lenteur des étapes politiques nécessaires au respect de la Constitution[5].

Participation à des opérations internationales[modifier | modifier le code]

Le 19 juin 2009, la Diète du Japon a autorisé un engagement plus actif dans le Golfe d'Aden pour protéger les navires marchands ayant un lien quelconque avec le Japon (pavillon, passagers, intérêts) contre la piraterie autour de la Corne de l'Afrique. Elle autorise des tirs contre les bateaux pirates[6]. En conséquence, en avril 2010, on annonce la construction de la première base permanente japonaise à l'étranger à Djibouti. Cette base navale de 12 hectares est opérationnelle depuis 2011 et accueille 150 personnes[7].

Composition[modifier | modifier le code]

Celles-ci comptaient environ 240 000 hommes (chiffres 2006) (246 000 militaires en 2015) et étaient organisées en trois composantes :

La flotte japonaise, qui représente 387 400 tonnes au 1er novembre 2012[8], est la 6e flotte mondiale derrière la France, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Russie et la Chine en 2012[9].

  • la Force terrestre d'autodéfense japonaise (陸上自衛隊, Rikujō Jieitai?, Japanese Ground Self-Defense Force ou JGSDF) :
    • effectif autorisé depuis 1972 : 155 000, effectif réel en 2010 : 148 000 hommes[10], effectif demandé fin 2010 pour 2015 : 157 000 dont 7 000 réservistes[11].
    • 1 000 chars (600 en 2010, réduction annoncé à 400 en 2020)

Budget de la défense[modifier | modifier le code]

En raison de sa constitution « pacifiste », le Japon limite ses dépenses militaires au seuil symbolique de 1 % de son PNB depuis 1974.

Le ministère de la défense a néanmoins le septième budget de la Défense en 2011[12], au même niveau que celui de l'Allemagne, bien qu'il soit en baisse constante depuis 2002[13].

En 2003, le budget est de 4 926 milliards de yens. En 2006, il est à hauteur de 4 790 milliards de yen soit 32 milliards d'euros au taux de change de l'époque. Cela correspond à environ 267 euros par habitant, soit environ la moitié de l'effort consenti par chaque Français. En 2012, il a été fixé à 4 640 milliards de yens soit, au taux de change de janvier 2011, 46 milliards d'euro[14].

« Il reste que le budget de la défense est plus élevé qu'il ne paraît selon les statistiques officielles (…). En effet, les chiffres donnés excluent les pensions des militaires et les défenses des forces paramilitaires que sont les garde-côtes. Or ces dernières ont un matériel de plus en plus militaire, notamment pour faire face à la Corée du Nord, et leur budget est, lui, en augmentation constante. Si l'on inclut les pensions et les garde-côtes, le budget dépasse 1 % du PIB, oscillant entre 1,1 % et 1,5 %[15]. »

Répartition moyenne du budget[modifier | modifier le code]

L'effort de défense ne porte pas prioritairement sur les équipements comme dans les autres nations. Ceci reflète notamment le fait qu'il ne s'agit pas d'une armée mais de « forces d'autodéfense » - sans grande capacité de projection (à l'exception de trois grands bâtiments de débarquement de classe Osumi).

À noter l'importance du poste « Bases » dans le budget, c'est-à-dire la contribution de la JDA au fonctionnement des bases américaines sur le sol japonais et la faiblesse relative du poste Recherche et développement.

  • Maintenance : 19 %
  • Infrastructure : 3 %
  • R&D : 3 %
  • Équipement : 18 %
  • Bases : 10 %
  • Personnel : 45 %
  • Autres : 2 %

Le Japon était, en 2005, le 23e importateur mondial d'armement avec une moyenne de 280 millions de dollars par an. Il est le premier client de l'industrie aéronautique et spatiale des États-Unis.

A partir de 1967 et pendant une cinquantaine d'années, le Japon n'a autorisé aucune exportation d'armement offensif[16]. L'industrie japonaise a tenté de faire changer cette politique depuis la fin des années 1990, et les restrictions se sont allégés dans les années 2000. L'interdiction a finalement été levée le 1er avril 2014 mais le gouvernement s’interdit, pour le moment, a exporter des armes léthales[17]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Hauter, « Le Japon remet en cause sa doctrine pacifiste », sur Le Figaro,‎ 16 décembre 2006 (consulté le 24 janvier 2012).
  2. Le Japon peut se doter de l'arme nucléaire mais ne le fera pas, dépêche AFP.
  3. (fr) Le Japon renforce sa défense vis-à-vis de la Chine et de la Corée du Nord, AFP, 16 décembre 2010.
  4. Jean-Marc Tanguy, « Pour les opint, combien de bataillons ? », sur http://lemamouth.blogspot.com,‎ 8 février 2012 (consulté le 3 mars 2012)
  5. (en)Kyle Mizokami, « Shukan Bunshun: Senkaku Naval Battle: JSDF’s Secret Simulation », sur Japan Security Watsh,‎ 15 octobre 2012 (consulté le 10 novembre 2012)
  6. Le parlement japonais autorise une action plus « musclée » contre les pirates, Bruxelles2, par Nicolas Gros-Verheyde, 19 juin 2009.
  7. Piraterie : des soldats japonais s'installent à Djibouti, RFI, 25 avril 2010.
  8. [image] Flottes de combat 2012
  9. « La Royal Navy boit le bouillon », Mer et marine,‎ 17 décembre 2010 (consulté le 27 décembre 2010).
  10. (en)« Defense Ministry Eyes Massive Military Build-Up in Okinawa Prefecture », PanOrient News,‎ 20 septembre 2010 (consulté le 20 janvier 2011).
  11. (en)« National Defense Program Guidelines », Ministère de la défense du Japon,‎ 17 décembre 2010 (consulté le 20 janvier 2011).
  12. Martine Bulard, « Irrésistible ascension militaire du Japon », sur Le Monde diplomatique,‎ mars 2011 (consulté le 24 janvier 2012).
  13. « Quand la politique d'exportation d'armement change au Japon à la faveur du F-35. », sur Aeroplans,‎ 23 janvier 2012 (consulté le 24 janvier 2012).
  14. (en) Defense Programs and Budget of Japan : Overview of FY2012 Budget Request, Ministère de la défense du Japon,‎ septembre 2011, [PDF], 38 p. (lire en ligne), p. 35.
  15. Le retour du Soleil levant. La nouvelle ascension militaire du Japon, Edouard Pflimlin, éditions Ellipses, juin 2010, page 199.
  16. Japan's Policies on the Control of Arms Exports, Ministry of foreign affairs, Japan.
  17. Japan Ends Decades-Long Ban on Export of Weapons, New York Times, Martin Fackler, april 1, 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]