Forêt royale

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L'expression « forêt royale » désigne des terres, le plus souvent des massifs forestiers ou boisés, généralement significativement étendus, appartenant ou ayant appartenu à la famille d'un monarque, réservé à son seul usage et à celui de sa cour (chasse dont chasse à courre en général) ou un peu plus largement à une aristocratie explicitement reconnue par lui. La pratique de se réserver de vastes territoires à l'usage exclusif de l'aristocratie était commune dans toute Europe lors de la période médiévale.


Il peut s'agir de nos jours d'une désignation historique patrimoniale ou d'un classement juridique encore en vigueur (comme au Royaume-Uni par exemple).

Ces zones étaient le plus souvent réservées à la pratique de la chasse aux grands mammifères (puis au Royaume-Uni notamment à des animaux plus petits - tels que le renard - alors que le « grand-gibier » avait presque disparu).

Passerelle de visite de la Forêt royale de Salcey (Royaume-Uni) permettant de visiter cette ancienne forêt médiévale conservée comme forêt royale pour la chasse et aujourd'hui ouverte au public. Ce site est classé pour son intérêt patrimonial, écologique et scientifique

Ces "forêts" dont certaines abritent des landes, des zones humides, des villages et des champs, ou de vastes châteaux fortifiés, puis d'apparat, des pièces d'eau artificielles, des allées de hêtres ou d'autres arbres majestueux, et en France d'importants réseaux routiers et de drainage pouvaient avoir d'importantes fonctions symboliques (St Louis rendait la justice sous un chêne) et culturelles et être plus ou moins ouvertes au peuple.

Certaines forêts d'Europe de l'Ouest ont été épargnées par les grands défrichements médiévaux grâce à ce statut. Une partie de la Forêt de Białowieża a même ainsi pu être conservée dans un état réputé très proche de ce que serait une forêt primaire en Europe centrale et de l'Ouest.

Origines du concept[modifier | modifier le code]

Dans l'Antiquité, Salluste pour désigner un espace boisé utilisait le terme saltuosus qui évoque les saltuarii ou les silvarum custodes qui administraient les forêts. Aux époques mérovingienne (481751) et carolingienne (751987), le mot saltus désigne fréquemment les zones de bois et landes, plutôt semble-t-il quand elles appartenaient au fisc royal ou impérial.

Le concept de forêt royale tel qu'il est entendu en Europe semble s'être développé au Moyen Âge au moins avec les « forestes » royales des carolingiens[1]. Sous Charlemagne (747814) l'expression silva forestis issue du latin classique forum (« forum » puis « tribunal ») indiquait que la « forêt royale » relevait de l'autorité et de la justice, et donc du roi ou de l'empereur, ce qui ne signifie pas qu'elle ne soit pas exploitée, mais certaines parties en semblent déjà réservées à l'usage des chasses royales et pour l'agrément des cours. Au Moyen Âge, silva forestis s'appliquait aux chasses seigneuriales ; son sens avait évolué il signifiait alors « forêt hors de l'enclos », issu du latin foris (« hors de »), zone dans laquelle il est défendu de défricher et où la chasse est interdite et gardée pour le roi. Le terme foresta, utilisé seul, désignera ensuite les forêts, à partir de la seconde moitié du XIIe siècle en France.

La notion de 'forêt royale " a été introduite en Angleterre à partir du continent européen par les normands, à la fin du XIe siècle mais elle a atteint son apogée à la fin du XIIe siècle et début XIIIe siècle : un tiers de la surface de l’Angleterre était alors considérée comme « Forêt royale », expression qui à cette époque, n’impliquait pas que la terre soit boisée ; il pouvait tout aussi bien s’agir de landes ou de pelouses, ou de tourbières et autres zones humides, mais toujours susceptibles d’accueillir du gibier..
Dans tous les cas, la loi sur la forêt (« Forest law ») s’y appliquait en prescrivant de sévères punitions pour certaines infractions, en particulier, la chasse ou le piégeage sans autorisation. L’application de cette loi a été en Angleterre abolie au milieu du XVIIe siècle mais de nombreuses forêts anglaises portent encore le titre de « Royal Forest » .

Colbert avait besoin de chênes pour la marine, ce qui lui a fait protéger certains massifs et planter des chênaies, comme en forêt de Tronçais.

Il semblerait que certaines de ces forêts aient aussi été conservées comme éléments stratégiques de défense jusqu'au XIXe siècle, voire jusqu'au début du XXe siècle avant que l'aviation, le génie militaire et l'artillerie lourde puis les moyens d'observations satellitaires ne rendent caduc l'intérêt des forêts pour s'y cacher ou bloquer une éventuelle invasion, à ne pas confondre avec les "forêts de guerre" plantées sur les zones rouges après la Première Guerre mondiale.

Quelques familles princières, ducales ou royales, dans certains pays (Royaume-Uni, Grand-Duché de Luxembourg…), jouent encore un rôle plus ou moins important dans le maintien de ces forêts aujourd'hui souvent ouvertes au public, mais aussi parfois pour partie classées en réserves naturelles intégrales.

Typologies[modifier | modifier le code]

On peut distinguer deux grands types d'aménagement :

  • des forêts royales, très peu aménagées et réservées à la chasse de grands animaux sauvages, comme en Pologne,
  • des forêt très aménagées, soit parce qu'elles jouxtent un château qui abritait la cour ou une partie de la cour. Ces forêts sont généralement quadrillées de routes et chemins qui transforment ces massifs en damiers de parcelles où la chasse, mais aussi la surveillance sont rendus plus facile.

En Europe, à partir du siècle des lumières et du modèle royal français, on s'est employé à encore humaniser les forêts, à les nommer et à les fragmenter pour mieux les maîtriser en les quadrillant d'allées et de layons, puis on les a planté et « rationnellement » géré.

Éléments de vocabulaire[modifier | modifier le code]

On parle aussi au Royaume-Uni d'« afforestation » pour désigner les opérations de reboisement (éventuellement en forêt royale) faite longtemps après la disparition de la forêt, alors que le mot anglais « reforestation » désigne plutôt la régénération d'une forêt peu après une coupe rase.

Forêts royales et séquelles de guerre[modifier | modifier le code]

Les forêts ont toujours été stratégiques du point de vue militaire. Elles ont servi de réserve de bois de marine et charpente, mais surtout d'abri ou de cible à toutes les armées, maquis et résistances, ou réfugiés fuyant les conflits.
Parfois on les a pillées ou détruites dans le cadre d'une stratégie dite de la « terre brûlée ».

Nombre de ces forêts ont été utilisées lors des deux guerres mondiales pour y cacher le matériel d'infanterie, ce qui les a transformé en champ de bataille et donc en cibles privilégiées, ce qui explique une partie de leur pollution par le plomb ou d'autres métaux lourds pour celles qui au XXe siècle, étaient en France situées dans la zone rouge, de vastes forêts dite « de guerre » ont été artificiellement plantées sur des sites agricoles rendus incultivables par les séquelles de guerre et localement en Allemagne ou en France sur des sites gravement pollués par des d'accidents liés à la production d'usines d'armement ou d'usine produisant en amont les toxiques chimiques ou les métaux utilisés dans les munitions (plomb, cadmium, zinc, cuivre, mercure, etc.). Des forêts comme celle de Verdun contiennent encore des quantités considérables de munitions non explosées, dont certaines chimiques (chargées de « gaz de combats »).

Au Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Ce pays est, pour des raisons historiques, celui qui dispose en Europe aujourd'hui le plus de forêts royales qui sont (dénominations anglaises). Guillaume le Conquérant, grand amateur de chasse, lorsqu'il a conquis le pouvoir en Angleterre, a créé un nouveau système de droit forestier, parallèle à la common law, et visant la protection des animaux et celle de leur habitat forestier ou naturel pour permettre aux nobles d'exercer durablement l'activité de chasse.
Cette loi forestière classait les infractions en deux catégories selon qu’elles concernent :

  • Les atteintes au «  vert » (« trespass against the vert»)
  • Les atteintes à la « venaison » (gibier).

Cinq animaux forestiers étaient strictement protégés de la chasse (autre que royale) par la Forest law selon John Manwood[2] Le cerf (Cervus elaphus) , le daim, le sanglier, le lièvre et le loup.. sachant qu’en Angleterre insulaire, où les forêts étaient déjà très fragmentées, les chasses au sanglier et au loup étaient si répandues et efficaces qu’elles avaient déjà causé l’extinction de ces deux animaux dans la nature à la fin du XIIIe siècle.
Toujours pour les intérêts de la chasse royale, cette protection a donc été étendue aux autres animaux chassés daim, renard, martre, et chevreuil, et même certains animaux piégés et élevés dans les basses-cour (lièvre, lapin, faisan et perdrix).

Les atteintes à la végétation (« Trespasses against the vert ») comprenaient notamment l’appropriation d’un bien public par une personne, l’enclosure d'un pâturage, l'érection d'un bâtiment sur les terres désignées comme forêt royale, l’essartage (déboisement pour l'agriculture) et de manière générale la coupe de tout arbre ou le débroussaillage. Ces lois s'appliquent à tout sol inclus dans les limites de la « forêt », même pour un propriétaire, alors qu’une charte de 1217 (« Charter of the Forest ») avait convenu que tout homme libre de posséder des terres dans la forêt jouissait des droits de pâture (« agistment» et « pannage » (alimentation des porcs en forêt, notamment pour qu’ils y mangent librement les glands et champignons)

En outre, les habitants de la forêt avaient interdiction de porter ou transporter des armes de chasse et d’y entrer avec des chiens. Des « mastiff » (terme anglais équivalent à molosse en français) étaient autorisés comme chien de garde ou de défense, à condition qu’ils aient été privés de leurs griffes pour qu’ils ne chassent pas.

Les terres « Disafforested » (déboisées) à l'orée des forêts étaient désignées dans la loi forestière par le mot purlieu ; l'agriculture y était autorisée mais non la chasse, qui restait réservée aux roi et à ceux qu’il autorisait à chasser).

Un droit provisoire de chasse (« warren » en anglais) est éventuellement accordé à noblesse locale contre paiement d’une taxe.


Un poème anglais ; « The Rime of King William », paru en 1087 l'année de la mort de Guillaume le Conquérant et insérée dans la « Peterborough Chronicle » exprime en anglais l'indignation du peuple contre cette législation forestière qui prive de nombreux serfs du droit d'exploiter les terres de leurs suzerains, en particulier pour la chasse et l'exploitation du bois.

Droits et privilèges : Les rois anglais ont rapidement utilisé la forêt royale comme source de taxes et revenus. La noblesse locale et les clercs pouvaient « louer » des droits de chasse et de « warren », ou une licence royale donnant droit à une certaine quantité de gibier. Les habitants de la forêt pouvaient bénéficier, selon leur localisation, de droits ou dérogations les autorisant à se servir en bois de chauffage, à pratiquer la pâture de vaches (« agistment ») ou de des porcs en forêt, à couper l’herbe comme combustible (opération dite « Turbary »), récolter des produits de la forêt (fruits, champignons, mousses, fougères, genets… ). Des autorisations de défrichement (essartage) étaient parfois accordées.

Des autorités forestières  : Les juges de la forêt étaient la « justice in Eyre » et les « verderers ». Un Warden était personnellement garant du respect de la loi forestière. Étant souvent une personnalité éminente, il pouvait être représenté par un « deputy ». Il supervisait les forestiers et leurs employés (under-foresters). Ils devait collecter les taxes sur l’usage des forêts royales et appréhender les auteurs d'infractions et les punir, avec l’aide d’agents dont la hiérarchie est confuse. « Constable », « foresters-in-fee », puis « woodwards », qui détenaient des terres en forêt en échange d'un loyer. Ils ont exercé divers privilèges au sein de leurs « bailiwicks ». Ils avaient des subordonnés dits « sous-forestiers » ou «rangers s. Les rangers étant parfois qualifiés de patrouilleurs de la purlieu. Un autre groupe, de « serjeant s -in-fee », et plus tard, de forestiers-en-taxe (« foresters-in-fee ») étaient récompensés par de petites successions en échange de leurs services (patrouiller en forêt et d'appréhender les délinquants). Ce droit a nécessité une cartographie des forêts, faite par des géomètres ou arpenteurs dits « Surveyors » qui déterminaient les limites légales de la forêt. Des « regarders » étaient quant à eux chargés de surveiller ces limites, d’enquêter et signaler leur non-respect à la cour de justice. Leurs visites étaient rares mais ils limitaient les collusions entre forestiers autorisés et délinquants locaux.

Ce qui reste des anciennes forêts royales a continué d'être en théorie géré au nom de la couronne, mais les droits touchés par les roturiers se sont après le XVIIe siècle souvent avérés plus élevés que les droits de la couronne. À la fin du XVIIIe siècle et début XIXe siècle un besoin de chêne s'est manifesté pour la Royal Navy, ce qui a conduit à des mesures de plantations. En 1810, la responsabilité des bois a été transférée des "Surveyors-General" à un nouveau (Commission of Woods, Forests, and Land Revenues) ensuite remplacé par la Forestry Commission qui gère encore ces forêts.

Les forêts royales anciennes ou relictuelles en Angleterre sont :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Arnoud, « Forêts, nouvelles forêts et vieilles forêts », Actes du 113e Congrès des sociétés savantes, Strasbourg, 5-9 avril 1988, textes réunis et présentés par Andrée Corvol, publiés dans La Forêt, Comité des travaux historiques et scientifiques, 1991, p. 13-30.
  • Louis Badre, Histoire de la forêt française, Paris, Arthaud, 1983, 312 p.
  • Roland Bechmann, Des arbres et des hommes, la forêt au Moyen âge, Paris, Flammarion, 1984, 384 p.
  • Andrée Corvol, Groupe d'histoire des forêts françaises, L'homme au bois : histoire des relations de l'homme et de la forêt, XVIIe siècle-XXe siècle Paris, Fayard, 1987, 585 p.
  • Robin Degron, Jean-Pierre Husson, « Les forêts d’Alsace-Lorraine (1871-1918) : les contrastes de l’héritage allemand, reflets de l’annexion », in Revue Histoire, économie et société, no 3, 1999, p. 593-611.
  • Michel Devèze, La vie de la forêt française au XVIe siècle, thèse, Paris, Imprimerie nationale, 1961, 2 volumes, 325 et 473 p.
  • Jean-Jacques Dubois, « La forêt de Bialowieza (Pologne) », in Hommes et terres du Nord, Lille, Institut de géographie, Faculté des lettres de Lille, 1987-2, p. 125-128.
  • Georges Plaisance, Les forêts de Bourgogne, leur histoire, leur utilité, leur place dans la vie de tous les jours, Roanne, Ed. Horvath, 1988, 233 p.
  • François Reitel, « Le rôle de l’Armée dans la conservation des forêts de France », in Bulletin de l’Association des géographes français, no 502, Paris, Armand Colin, 1984, p. 153-154.
  • R. Hennebique, Espaces sauvages et chasses royales dans le nord de la Francie, VII-IXe siècle

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. DUBOIS Jean-Jacques, 1989, Espaces et milieux forestiers dans le Nord de la France. Étude de biogéographie historique. Thèse d’État, Université Paris -I Panthéon-Sorbonne, 2 vol., 1 023 pages
  2. Manwood John, A Treatise and Discourse of the Lawes of the Forrest , 1598, chapitre 1 [http://homepage.mac.com/calhounabode/josh/TheText.htm Version 2006-10-17)
  3. Turbutt, G., (1999) A History of Derbyshire. Volume 2: Medieval Derbyshire, Cardiff: Merton Priory Press
  • Grafton Regis Millennium Project. Grafton Regis History and Heritage CDROM (2004) disc 1. (contient dans la section "Forests and Parks" des informations sur la loi et l'aménagement des forêts de Whittlewood et Salcey.