Fonctionnalisme (relations internationales)

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Le fonctionnalisme est un courant de pensée en théorie des relations internationales, représenté en particulier par David Mitrany[1], qui étudie le processus d'intégration de l'espace politique. Son objectif est de mettre en place un système international pacifique, par le biais d'institutions qui transcendent l'État-nation. Ce courant, qui apparaît lors de l'entre-deux-guerres, s'inscrit dans le cadre du courant libéral et idéaliste, qui va de Kant à W. Wilson[1]. Après la Seconde Guerre mondiale, ces thèses ont été reprises par des acteurs politiques tels que Jean Monnet et Robert Schuman[1].

Exposé de la théorie[modifier | modifier le code]

Dans la théorie fonctionnaliste, ce sont les nécessités techniques (et non politiques) d'une société complexe qui favorisent la coopération. En d'autres termes, les problèmes qui dépassent les frontières d'un État-nation, ou ses capacités, entraînent mécaniquement la création d'institutions internationales ou supranationales appropriées. La clé pour l'intégration est le bien-être social, qui est supposé être assuré plus efficacement par des institutions supranationales. Les fonctionnalistes considèrent en effet que le gouvernement par des politiques dans le cadre de l'État-nation amène à privilégier la lutte pour le pouvoir sur le bien-être social[1]. L'État est ainsi considéré comme une institution imparfaite qu'il s'agit de démembrer progressivement de ses capacités, avec l'objectif final de diminuer la conflictualité interétatique afin d'arriver, à terme, à l'élimination de la guerre[1].

Les organisations internationales dans les domaines techniques (comme l'Organisation internationale du travail, l'Union postale universelle, l'Organisation mondiale de la santé, etc.) illustrent la théorie fonctionnaliste.

La théorie fonctionnaliste adopte une perspective dite bottom-up (du bas vers le haut): cela signifie que les nécessités de la base entraînent la création d'institutions au sommet pour satisfaire ces nécessités. Elle se concentre sur les aspects de spillover ou d'engrenages (représentés par exemple par la construction progressive de la Communauté européenne) et sur la question du transfert de loyauté des citoyens vers les organisations inter- ou supra-nationales [1].

Néo-fonctionnalisme[modifier | modifier le code]

Les critiques ont accusé la théorie fonctionnaliste d'être trop déterministe et d'ignorer le politique, étant ainsi excessivement technocratique. Tous les problèmes sont en effet considérés par celle-ci comme des problèmes techniques, qu'il s'agisse de l'éducation, du bien-être social, de la santé. Représenté par Ernst B. Haas (en) (The Uniting of Europe, 1958, et The Rule of Law in European Integration and Beyond the Nation State [2]), Leon Lindberg ou Stuart Scheingold (The Political Dynamics of European Economic Integration), le néofonctionnalisme reprendra les idées fonctionnalistes en les modernisant et en intégrant l'élément politique dans la théorie. La plupart des néo-fonctionnalistes s'opposeront au fonctionnalisme, mais une minorité tentera d'améliorer son cadre de réflexion[1]. De plus, le néo-fonctionnalisme adoptera une approche top-down (du haut vers le bas) qui insiste sur le rôle des élites dans la mise en place de processus de coopération.

Le néofonctionnalisme a lui-même été mis en question dans les années 1960-70, en raison, notamment, de la politique de la chaise vide menée par le général De Gaulle, et le double refus de la candidature britannique en 1963 et 1967 (De Gaulle has proved us wrong, écrit ainsi Ernst Haas dans la seconde édition de The Uniting of Europe, en 1968)[1]. L'importance de la politique est ainsi ré-évaluée et l'aspect automatique du spill-over relativisé, tandis qu'un certain nombre de théoriciens (Stanley Hoffmann, élève de Raymond Aron, Joseph Grieco, etc.) retournent aux approches centrées sur les Etats, basculant vers des théories réalistes ou néoréalistes des relations internationales[1].

Cependant, certaines thèses néofonctionnalistes ont été reprises dans les années 1990-2000, Thomas Risse (en) reprenant ainsi les hypothèses sur le transfert de loyauté vers les institutions supranationales, Magali Gravier[3] étudiant l'émergence de la fonction publique européenne; ou encore Alec Stone Sweet et Wayne Sandholtz d'une part, et Philippe Schmitter d'autre part, intégrant des hypothèses néofonctionnalistes dans le cadre d'une réflexion institutionnaliste)[1].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Sabine Saurugger, Théories et concepts de l'intégration européenne, Presses nationales de Sciences-Po, 2009, chapitre II « Néofonctionnalisme »
  2. Voir Ruggie, John Gerard, Peter J. Katzenstein, Robert O. Keohane, Philippe C. Schmitter (2005), "Transformations IN World Politics: The Intellectual Contributions of Ernst B. Haas", in Annual Review of Political Science, vol. 8, p. 271–296, doi 10.1146/annurev.polisci.8.082103.104843
  3. Publications de Magali Gravier (site personnel de l'auteur)