Fonction elliptique de Jacobi

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En mathématiques, les fonctions elliptiques de Jacobi sont des fonctions elliptiques, d'une grande importance historique.

Introduites par Carl Gustav Jakob Jacobi vers 1830, elles ont des applications directes, par exemple dans l'équation du pendule. Elles présentent aussi des analogies avec les fonctions trigonométriques, qui sont mises en valeur par le choix des notations sn, cn et dn, qui rappellent cos et sin. Si les fonctions elliptiques thêta de Weierstrass semblent mieux adaptées aux considérations théoriques, les problèmes physiques pratiques font plus appel aux fonctions de Jacobi.

Introduction[modifier | modifier le code]

Construction auxiliaire : le rectangle de Jacobi.

Il existe 12 fonctions elliptiques de Jacobi. Chacune correspond à une flèche reliant un sommet du rectangle à un autre. Ces sommets sont, par convention, notés s, c, d et n.

Le rectangle peut être considéré dans le plan complexe, en plaçant s à l'origine, c à un point K sur l'axe des réels, d à un point K + iK' et n à un point iK' sur l'axe imaginaire. Les nombres K et K' sont appelés « quarts de période ».

Les 12 fonctions elliptiques de Jacobi sont alors sc, sd, sn, cd, cn, cs, dn, ds, dc, ns, nc et nd.

Plus formellement, les fonctions elliptiques de Jacobi sont les seules fonctions doublement périodiques et méromorphes vérifiant les propriétés suivantes :

  • Il existe un zéro simple au coin p, et un pôle simple au coin q.
  • La distance de p à q est égale à la moitié de la période de la fonction pq u; c'est-à-dire que la fonction pq u est périodique dans la direction pq, de période double de la distance de p à q. Il en est de même dans les deux autres directions.
  • Si la fonction pq u est étendue à l'un des sommets, le terme principal de l'expansion est multiplié par un coefficient 1.

Dans le cas général, on peut travailler à partir d'un parallélogramme. Cependant, si K et iK' restent sur l'axe réel et imaginaire respectivement, alors la fonction elliptique de Jacobi pq u sera réelle si u est réel.

K(k) : intégrale elliptique complète de première espèce[modifier | modifier le code]

Soit k positif inférieur à l'unité, appelé « module ». Soit k' = \sqrt{1-k^2}, appelé « comodule ».

Soit la fonction impaire croissante u = F(A, k) :

F(A,k) = \int_0^{A} \frac{\mathrm dx}{\sqrt{1-k^2\sin^2x}}

c'est l' « intégrale elliptique de première espèce ».

Soit A(u,k) la fonction réciproque de cette fonction croissante u : c'est l'« amplitude » de u. Il s'agit d'une fonction impaire et croissante, qui augmente de π lorsque u augmente de 2K(k), avec :

K(k) = u(\pi/2,k) = \int_0^1\frac{\mathrm dx}{\sqrt{(1-x^2)(1-k^2x^2)}}

K(k) est l'« intégrale elliptique complète de première espèce de Legendre ». Elle intervient dans nombre de problèmes de physique mathématique.

  • pour les petites valeurs de k, K(k) = \frac{\pi}{2} \left(1 + k^2 \left(\frac{1}{2}\right)^2(1 + k^2\left(\frac{ 3}{ 4}\right)^2 (1 + \ldots))\right).
  • quand k tend vers 1, K tend vers l'infini, comme 4 ln (4/k')
  • K(k) = \frac{\pi}{2}\frac{1}{AGM(1,k')}, avec AGM(a,b) la moyenne arithmético-géométrique de (a,b) : on peut faire efficacement des calculs numériques.

Une table des valeurs de K(k) pourra être trouvée dans l'article « pendule pesant ».

Signification de K[modifier | modifier le code]

Il est pratique , mnémotechniquement, de retenir que le module k est \sin\frac{\theta_0}{2} dans le cas du pendule simple, et que K joue le rôle de \pi/2, le « K-Quart de tour », si bien que « l'amplitude du temps » A(t,k), fonction croissante de t , joue le rôle d'« échelle de temps » (voir mesure en physique) adaptée au problème : à chaque période de temps 4K, le « temps en radians » aura augmenté de 2\pi, c’est-à-dire d'un aller-retour du pendule.

L'anisochronicité du mouvement est patente, puisque 4K = 4K(k) dépend du module k, donc de \theta_0 et devient infinie comme 4ln(4/k'); c'est-à-dire en amplitude : T = T_0 \cdot \frac{2}{\pi}(\ln 8-\ln (\pi-\theta_0)).

Remarques d'ordre général[modifier | modifier le code]

Les tables de K(k) ne sont établies que pour k<0,5 car on donne simultanément la valeur de K'(k) = K(k'), et le « nome » q(k) = exp(-\piK'/K). Il existe des cas où le nome se calcule exactement à l'aide de la fonction gamma.

La variation de K(k) est tout à fait inhabituelle : très plate au début (K' = K = 1,18 pour k = 0,707, soit une corde BB' = 21) elle n'augmente vers l'infini logarithmiquement que pour des angles très proches de 180°, si bien que l'on manque expérimentalement le phénomène si l'on n'y est pas attentif.

La donnée d'un point de cette courbe est une indication utile : pour K = 5,43, dont le rapport à K(0) est 3,45, theta = 178° ( k'~\pi/180) ! On peut aussi retenir des rapports particuliers : K'/K = √3, pour une corde BB'= 1,l; K'/K = √7 pour une corde BB' = 1/8.

Les trois fonctions de base de Jacobi (1827)[modifier | modifier le code]

  • la fonction sinus de Jacobi : sn (u,k) = sin A(u,k), de période 4K
  • la fonction cosinus de Jacobi : cn (u,k) = cos A(u,k), de période 4K
  • la fonction dn de Jacobi : dn (u,k) = √(1- k^2.sn^2), de période 2K

Si k = 0, on retrouve la trigonométrie ordinaire. Si k = 1,

  • sn(u,1) = th(u) ;
  • cn(u,1) = 1/ch(u) ;
  • dn(u,1) = 1/ch(u) ;
  • tan(A/2) = th (u/2) (formule de Gudermann).

Gudermann (1838), puis Glaisher (1882) introduiront les 9 autres fonctions avec les notations « modernes ».

Fonctions réciproques[modifier | modifier le code]

  • \mathrm{Arcsn}\,(x,k) = \int_0^x \frac{\mathrm{d}t}{\sqrt{(1-t^2)(1-k^2t^2)}}
  • \mathrm{Arccn}\,(x,k) =\int_x^1 \frac{\mathrm{d}t}{\sqrt{(1-t^2)(1-k^2+k^2t^2)}}

Dérivées[modifier | modifier le code]

 \frac{\mathrm d sn(u)}{\mathrm du} = cn(u)dn(u)
 \frac{\mathrm d cn(u)}{\mathrm du} = -sn(u)dn(u)
 \frac{\mathrm d dn(u)}{\mathrm du} = -k^2sn(u)cn(u)

Relations trigonométriques[modifier | modifier le code]

Addition[modifier | modifier le code]

  • sn(u + v) = \frac{sn(u)cn(v)dn(v) + sn(v)cn(u)dn(u)}{1- k^2sn^2(u)sn^2(v)}
  • cn(u + v) = \frac{cn(u)cn(v) - sn(u)dn(u)sn(v)dn(v)}{1- k^2sn^2(u)sn^2(v)}
  • dn(u + v) = \frac{dn(u)dn(v) -k^2 sn(u)dn(u)sn(v)dn(v)}{1- k^2sn^2(u)sn^2(v)}

Carrés[modifier | modifier le code]

  • sn^2 + cn^2 = 1\,
  • k^2 sn^2 + dn^2 = 1\,
  • k^2 cn^2 + k'^2 = dn^2\,
  • cn^2 + k'^2 sn^2 = dn^2\, avec k' = \sqrt{1-k^2} le complément du module k.

Valeurs remarquables[modifier | modifier le code]

  • pour u = 0, on a sn = 0, cn = 1, dn = 1
  • pour u = K , on a sn = 1, cn = 0, dn = k '
  • pour u = K/2, on a sn =1/\sqrt{1+k'}, cn = \sqrt{k'/(1+k')}, dn = \sqrt{k'}

Translation de K[modifier | modifier le code]

  • sn(u + K) = cn(u)/dn(u)\,
  • cn(u + K) = -k\,' sn(u)/dn(u)
  • dn(u + K) = k'/dn(u)\,

Transformées des carrés en arc double[modifier | modifier le code]

  • sn^2(u) = \frac{1-cn(2u)}{1+dn(2u)}
  • cn^2(u) = \frac{dn(2u)+cn(2u)}{1+dn(2u)}
  • dn^2(u) = \frac{dn(2u)+cn(2u)}{1+cn(2u)}

Équations différentielles[modifier | modifier le code]

Le formulaire précédent - assez succinct - permet alors de montrer que cn, dn et sn sont liées aux équations différentielles suivantes :

  • \ddot{x} + (1+k^2)x -2k^2 x^3 = 0 (ressort mou)
  • \ddot{x} + (1-2k^2)x +2k^2 x^3 = 0 (ressort dur)
  • \ddot{x} - (2-k^2)x +2 x^3 = 0 (origine instable)

Équation différentielle du pendule[modifier | modifier le code]

On a :

\sin \left( \frac {x}{2} \right) = k sn(x, k); donc \cos\left( \frac {x}{2} \right) = dn(x,k).

En dérivant cette relation, on trouve :

 \cos\left( \frac {x}{2} \right) \dot{x} = 2k \cdot cn(x,k)\cdot dn(x,k) : c'est bien \dot{x}.

En dérivant à nouveau :

\ddot{x}= -2k\cdot sn(x,k)\cdot dn(x,k)= -2\sin\left( \frac {x}{2} \right)\cos\left( \frac {x}{2} \right) = -\sin(x).

Démonstration des formules du pendule simple[modifier | modifier le code]

Partant de v^2 + 2 g h = 2g H = 2gl\cdot k^2 , il existe deux cas:

  • k<1 : le pendule oscille ;
  • k>1 : le pendule tournoie.

Oscillations[modifier | modifier le code]

Soit A le point le plus bas, et B le point le plus haut. Il se trouve que la « bonne fonction inconnue » est la corde AM, rapportée à AB. On peut la trouver à partir de u(t), sa racine carrée, qui vérifie l'équation différentielle :

\dot{u^2} = \omega_0^2 (1-u^2)(1-k^2u^2)

la solution est :

u(t) = sn(\omega_0t,k).

La vitesse v(t) s'obtient par dérivation de sin(\theta/2) :

 v^2(t) = 2g(H-h) = 2gH \cdot cn^2(\omega_0 t,k)

Une autre manière de retrouver ce résultat est de remarquer que h\cdot 2l = AM^2.

Tournoiements[modifier | modifier le code]

La corde est rapportée à 2l, et sa racine carrée est posée égale à y(t). On trouve :

\dot{y^2} = k^2\omega_0^2 (1-y^2)(1-y^2/k^2)

La solution est :

y(t) = sn (k \omega_0 t, 1/k).

La vitesse v(t) s'obtient par dérivation de \sin(\theta/2) :  v^2(t) = 2g(H-h) = 2gH \cdot dn^2 (k\omega_0 t,1/k),

De même, une autre manière de le retrouver est de noter que h.2l = AM².

La fonction dn(t,k) ne s'annulant jamais et variant de 1 à k', v² varie bien de 2gH à 2g(H-l).

Fascination expérimentale[modifier | modifier le code]

En prenant deux pendules de Mach identiques, et en lançant les deux boules de telle sorte que k1 > 1 > k2, avec K(1/k1)/k1 = K(k2), si les deux plateaux sont maintenus horizontaux et éclairés par une lumière rasante de sorte à projeter sur un écran l'ombre des deux boules, on observe la différence entre cn²(t) et dn²(t).

Ces « chutes ralenties » auraient vraisemblablement ravi Galilée[réf. nécessaire].

Autres utilisations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]