Folia

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections « La Follia » redirige ici. Pour l'ensemble instrumental, voir La Follia (groupe).
Fichiers audio
La Folia (thème)

La Folia, également appelée Follia (en italien) ou Folies d'Espagne, est une danse apparue au XVe siècle probablement au Portugal dont le thème a servi pour des variations à plus de 150 compositeurs de Lully à Sergueï Rachmaninov en passant par Vangélis Papathanassíou.

Huit dernières mesures du thème (conséquent).

Histoire[modifier | modifier le code]

Sa forme la plus ancienne naît probablement au Portugal avant de connaître un grand engouement en Espagne[1]. Les poètes Gil Vicente et Diego Sánchez de Badajoz écrivent des textes sur ce thème[2], qui est publié pour la première fois en 1577, dans le De musica libri septem de Francisco de Salinas[1]. Il est plus ancien encore, puisqu'on en trouve une variante à la fin du XVe siècle dans la chanson de berger « Rodrigo Martinez » du Cancionero de Palacio, dans des œuvres de Juan del Encina et dans des frottoles de Bartolomeo Tromboncino et de Giacomo Fogliano[3].

Au début du XVIIe siècle, elle arrive en Italie en même temps que la guitare espagnole et les danses qu'elle accompagne : la sarabande, la passacaille ou encore la chaconne[1]. Elle est adoptée par Kapsberger qui en publie des variations dans son Libro primo d'intavolatura di chitarone (1604)[4]. Son nom est italianisé en follia.

Une forme plus récente naît dans les années 1670. Elle est attestée pour la première fois dans Les folies d'Espagne pour ensemble de hautbois et bassons de Lully, nom sous lequel elle reste connue en France[5]. Michel Farinel l'importe en Angleterre, où elle prend le nom de Farinel's Ground (« ostinato de Farinel »)[6]. On peut se faire une idée de l'engouement provoqué par ce thème en lisant ce que dit Robert de Visée dans l'introduction de son Livre de guittarre (1682) : « …on ni trouvera point non plus de folies d'Espagne. Il en court tant de couplets dont tous les concerts retentissent, que je ne pourois que rebattre les folies des autres. » En 1717, le maître à danser allemand Gottfried Taubert écrit également que la folia est « la plus connue des mélodies de sarabande[7] ». En France, dans sa Troisième Suite en ré mineur de ses Pièces de Clavecin (1689), Jean-Henry d'Anglebert donne 22 couplets sur Les folies d'Espagne, et François Couperin compose vers 1722 « Les Folies françaises ou les Dominos », suite de variations sur un thème musical très proche (Troisième livre de clavecin, 13e ordre, si mineur).

Le thème est repris notamment par Bernardo Pasquini, Partite sopra la Aria della Folia da Espagna pour clavecin, Corelli en 1700 dans la sonate Op. V no12, Marin Marais en 1701 dans le deuxième livre de ses Pièces de viole, Alessandro Scarlatti dans ses Variazioni sulla “Follia di Spagna” qui terminent la Toccata nel Primo Tono pour clavecin (1710), Antonio Vivaldi dans sa sonata da camera no12 Op. 1 (vers 1705) et son opéra Orlando Furioso en 1727 et Bach dans sa cantate dite « des paysans » BWV 212, en 1742. Son fils Carl Philipp Emanuel publie 12 Variations auf die Folie d'Espagne pour pianoforte WQ. 118/119 et 270.

L'engouement pour la folia diminue au cours du XIXe siècle, même si on la retrouve dans la Rhapsodie espagnole de Liszt ou dans Les folies d'Espagne variées et un menuet de Fernando Sor. Elle connaît un regain au XXe siècle avec notamment Rachmaninov dans ses Variations sur un thème de Corelli (1931) ou Manuel María Ponce et ses Variations sur « Folia de España » et Fugue pour guitare. Depuis, elle a été fréquemment utilisée par les compositeurs les plus variés comme par Vangelis pour la bande originale du film 1492 : Christophe Colomb, Cécile Corbel dans son quatrième album Rose et Pierre Charvet dans Vercingétorix. On la retrouve aussi dans The Gael de Dougie MacLean qui inspira la musique du film Le dernier des Mohicans.

Analyse musicale[modifier | modifier le code]

Premier couplets (sic) des Folies d'Espagne de Marin Marais pour viole de gambe et basse continue (partie de viole)

Le thème de La Folia repose sur la succession d'accords (ici en ré mineur) :

Ré m / La(7) / Ré m / Do / Fa / Do / Ré m / La(7)

Ré m / La(7) / Ré m / Do / Fa / Do / Ré m - La(7) / Ré m

Discographie[modifier | modifier le code]

Quelques disques permettent d'aborder ce thème musical de façon exclusive. Ceux enregistrés par Jordi Savall regroupent une petite vingtaine de versions différentes, dont celles d'Arcangelo Corelli, de Diego Ortiz ou de Marin Marais.

  • La Folia (1490-1701), Jordi Savall et al. - Alia Vox 9805 [1]
  • Altre Follie (1500-1750), Hespèrion XXI, Jordi Savall, Alia Vox 9844[2]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Hudson (1973), p. 98.
  2. Hudson (1972), p. 399.
  3. Hudson (1973), p. 100.
  4. Hudson (1972), p. 402.
  5. Hudson (1973), p. 110.
  6. Hudson (1973), p. 111.
  7. Cité par Hudson (1973), p. 116.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Giuseppe Fiorentino. "Folía". El origen de los esquemas armónicos entre tradición oral y transmisión escrita. Kassel: Reichenberger, 2013. ISBN 978-3-937734-99-6. (es)
  • Richard Hudson :
    • « The Folia Dance and the Folia Formula in Seventeenth-Century Guitar Music », Musica disciplina, XXV (1971), p. 199-221.
    • « The Folia, Fedele, and Falsobordone », The Musical Quarterly, vol. 58, no3 (juillet 1972), p. 398-411.
    • « The Folia Melodies », Acta Musicologica, vol. 45, fasc. 1 (janvier-juin 1973), p. 98-119.

Liens externes[modifier | modifier le code]