Festival international du cinéma expérimental de Knokke-le-Zoute

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Le Festival international du cinéma expérimental de Knokke-le-Zoute, créé et organisé en 1949 par Jacques Ledoux en Belgique, est le premier festival international du cinéma expérimental, dénommé aussi EXPRMNTL. Il ne connaîtra que cinq éditions : 1949, 1958 (à Bruxelles), 1963, 1967 et en 1974.

1949 : Festival international du film expérimental et poétique[modifier | modifier le code]

Au lendemain de la guerre, le cinéma a cinquante ans. Hommes politiques et médiateurs culturels – qu’on n’appelle pas encore ainsi – pensent qu’il peut être un bon ambassadeur social et culturel. Après le Festival de Venise, fondé la décennie précédente, c’est au tour du Festival de Cannes d’ouvrir, en 1946, les festivités. La Belgique édite, un peu sur le même modèle, en 1947, à Bruxelles, le Festival mondial du film et des beaux-arts. Lors de sa deuxième édition, qui a lieu, en 1949, à Knokke-le-Zoute, André Thirifays, secrétaire général du festival (cofondateur, en 1938, avec Pierre Vermeylen et Henri Storck de la Cinémathèque de Belgique) voudrait créer une rétrospective consacrée au cinéma d’avant-garde et expérimental. Un tel événement n’avait pas eu lieu, dans le monde, depuis 1929 et le fameux congrès de La Sarraz (Suisse) [1].

Vingt ans après, de nouvelles générations de cinéastes expérimentaux sont apparues dans le monde. C’est Jacques Ledoux, jeune conservateur de la Cinémathèque, qui finalise le projet. Tout au long de son existence, ministres, mécènes, industriels (Agfa-Gevaert distribuera des prix) et personnalités diverses parraineront le festival, ce qui créera d’énormes tensions lors des éditions de 1963 et 1967, périodes qui voient triompher la contre-culture.

Cette première année, la moitié des 170 films présentés datent d’avant 1940 (ils sont non compétitifs) et permettent aux spectateurs de se forger une solide culture de ce type de cinéma. Selon André Thirifays, l’acteur Gérard Philipe serait resté dix jours pour découvrir, ébahi, ce cinéma[2]. Pour les années 1920 et 1930, l’Allemagne et la France dominent le panorama avec des films de Walter Ruttmann, Ernö Metzner, Oskar Fischinger, Hans Richter, Lotte Reiniger pour l’une, et Henri Chomette, Germaine Dulac, Luis Buñuel, Roger Livet, Alexandre Alexeïeff, pour l’autre. Le catalogue définit la section expérimentale comme : « la projection des essais les plus curieux ou les plus originaux tentées récemment dans le monde, dans le domaine des recherches de formes et d’expressions ». La nouvelle école américaine, apparue en ces années 1940 figure en compétition : Maya Deren, Sydney Peterson, James Broughton, Gregory Markopoulos (en), les frères Whitney… des films canadiens, tchèques, danois, anglais, italiens et suédois complètent le panorama. Le Grand Prix du film expérimental va à Motion Painting n°1 d’Oscar Fischinger (USA, 1948), le grand prix du film poétique à Aubervilliers d’Éli Lotar (France, 1947). Sont également distingués l’Italien Luigi Veronesi, le Canadien Norman McLaren ou encore l’Américain Kenneth Anger.

1958 : Film EXPRMNTL[modifier | modifier le code]

Neuf ans seront nécessaires pour qu’une deuxième édition de ce festival voit le jour. Les raisons en sont multiples. En 1949, la relève est encore dans l’œuf. On ne sait pas vraiment si des courants expérimentaux vont se développer durablement dans le monde. Mais les courants lettriste français et CoBrA belge, les Américains Maya Deren, Stan Brakhage ou Kenneth Anger commencent à faire parler d’eux. Dans les années 1950, le futur dramaturge allemand Peter Weiss, établi en Suède, réalise quelques films expérimentaux et publie un ouvrage Cinémas d’avant-garde, dans lequel il formalise un des premiers corpus historique du genre, et nous renseigne également sur la scène suédoise, puisqu’il présente Enligt lag, qu’il a coréalisé avec Hans Nordenström.

Quelque chose de concret existe donc. Il y a un autre problème à résoudre, celui du financement. Ledoux veut inviter les journalistes du monde entier afin d’avoir des papiers. Il y aura certes des articles, mais la plupart seront, à de rares exceptions près, négatifs jusqu’en 1974 ; la France s’illustrant par l’étroitesse d’esprit de ses représentants.

Aidé d’André Thirifays et de Pierre Vermeylen (ministre de l’Intérieur à l’époque), Jacques Ledoux réalise, en toute indépendance, dans le cadre de l’Exposition Universelle de Bruxelles, la deuxième édition de son festival. La définition change. Selon le règlement de la compétition, « par film expérimental, on entend toute œuvre de création individuelle ou collective qui témoigne d’une tentative de renouvellement ou d’élargissement de l’expression cinématographique. » C’est là que l’appellation Exprmntl voit le jour. Le mot expérimental perd ses voyelles afin d’être lu et compris dans le monde entier.

Il n’y a pas encore de doxa et de très nombreux pays sont en compétition. La France avec Albert Pierru, Roger Livet, Georges Franju, Henri Gruel, Jean-Daniel Pollet, Jean Mitry, Agnès Varda.…, mais aucun film lettriste ! Le Belge Marcel Broodthaers présente un film. Une importante sélection polonaise est présentée (dont seuls Roman Polanski et Walerian Borowczyk connaîtront la reconnaissance internationale) et autre sélection venue d’Argentine, aujourd’hui oubliée. Le milieu américain, non encore organisé, présente de nombreux cinéastes qui formeront le gros des troupes de l’underground : Marie Menken, Robert Breer, Kenneth Anger, Stan BrakhageDom de Walerian Borowczyk et Jan Lenica reçoit le Grand Prix, le deuxième prix va au vétéran Len Lye pour Free Radicals. Polanski, mais aussi l’Argentin Rodolfo Kuhn, reçoivent des prix. Stan Brakhage reçoit le prix du jury pour l’ensemble des films qu’il présente. C’est lors de ce festival que Brakhage rencontre Peter Kubelka, comme en témoigne une photographie au pied de l’Atomium, bière en main, des deux futurs fondateurs (avec Jonas Mekas) de l’Anthology Film Archives, qui avaient, chacun, des films en compétition[3].

1963 : EXPRMNTL 3[modifier | modifier le code]

En 1963 et 1967, le festival devient un sismographe non seulement de l’art nouveau, mais également de l’évolution des mœurs. L’underground américain triomphe dans la littérature, la poésie, le cinéma et bientôt le pop art. En 1962, Jonas Mekas et quelques amis ont fondé, à New York, la Film-Makers’ Cooperative, véritable machine de guerre qui assure la diffusion, la défense, puis la théorisation du New American Cinema.

Le cinéaste d’animation Robert Lapoujade représente la France, mais aussi Pollet. La Nouvelle Vague brouille les esprits : l’on pense, alors, que c’est un courant expérimental. Jean-Luc Godard et Agnès Varda sont invités : ils n’interviennent pas dans les débats. Ce préjugé sera tellement vivace dans l’intelligentsia internationale, qu’en 1974 Hans Scheugl et Ernst Schmidt jr., dans leur Eine Subgeschichte des Films : Lexikon des Avantgarde-, Experimental- und Undergroundfilms (Aufl. Frankurt am Main : Suhrkamp, 1974 - en allemand et en 2 volumes, totalisant plus de 1300 pages[4]), passent, dans les 23 pages consacrées à la France, des années 1920 aux courts métrages de Georges Franju, Alain Resnais, Jean-Luc Godard, Chris Marker, ignorant totalement le lettrisme ou Guy Debord. La France, mais aussi l’Italie, seront, dans les trois dernières éditions de Knokke, des pays fortement sous-représentés. Une bonne sélection japonaise fait connaître le nom de Taka Iimura dans le monde et aussi aux Américains.

L’Autrichien Peter Kubelka fait, durant cette édition, la connaissance de Jonas Mekas ; une longue complicité unira, par la suite, les deux hommes. La troisième édition d’Exprmntl est marquée par le scandale de l’interdiction de projection publique du film Flaming Creatures de Jack Smith (1963), qui présente quelques nudités. Des tensions surgissent entre les cinéastes et les organisateurs (souvent des institutionnels) qui doivent ménager la chèvre et le chou (la liberté d’expression et les lois du pays). Mekas fait un raffut du diable et le film est projeté, en séances privées nombreuses et houleuses.

Le malaise s’accentue lorsque le long métrage allemand Die Parallelstrasse, de Ferdinand Khittl, reçoit le Grand Prix. Ce film, semi-narratif, est désavoué par les Américains et un Kubelka furieux d’avoir vu un de ses films refusé. Pourtant, ce prix est révélateur d’au moins deux choses : la forte présence allemande lors de cette édition et, aussi, le fait que Die Parallelstrasse est le premier long métrage issu du Manifeste d’Oberhausen (1962) qui marque la naissance du Nouveau cinéma allemand. Les Américains Stan Vanderbeek et Gregory Markopolos sont néanmoins récompensés. Coup de théâtre diplomatique : le jury de la sélection attribue le prix spécial du film maudit à Flaming Creatures de Jack Smith.

1967 : EXPRMNTL 4[modifier | modifier le code]

Cette quatrième édition s’ouvre à des territoires et à des disciplines bien plus vastes que ceux du cinéma expérimental : happenings, musique expérimentale, théâtre, conférences, mais, aussi, intervention d’activistes gauchistes allemands qui interrompent certaines projections (notamment The Embryo de Koji Wakamatsu). De nouveaux cinéastes belges se font connaître : Roland Lethem, Patrick Hella, Michel Thirionet sont de ceux-là. La France est représentée par Martial Raysse mais aussi par L'Authentique Procès de Carl-Emmanuel Jung de Marcel Hanoun. Les Allemands Lutz Mommartz et Werner Nekes, ainsi que la découverte de l’Anglo-américain Stephen Dwoskin (qui reçoit un prix pour l’ensemble des films présentés), mettent sur le devant de la scène de grands noms de l’expérimental européen.

Le Grand prix, attribué à Wavelength, du Canadien Michael Snow (qui rejoindra la scène du cinéma expérimental américain), crée l’événement, intéresse et intrigue beaucoup de monde. Ce film, composé d’un (faux) travelling de 45 minutes qui s’attarde sur divers éléments annexes (comme un individu qui rentre dans le champ, un téléphone qui sonne), marque le début (non encore théorisé) du cinéma structurel. Selon Paul Adams Sitney, qui théorise ce concept deux ans plus tard, « le cinéma structurel insiste davantage sur la forme que sur le contenu, minimal et accessoire. Les quatre caractéristiques du cinéma structurel sont : plan fixe (image fixe du point de vue du spectateur), effet de clignotement, tirage en boucle et refilmage d’écran »[5].

Le cinéma expérimental commence à avoir une certaine visibilité internationale. En 1965 est créé, en France, le Festival du Jeune Cinéma de Hyères, ouvert, dès le début, aux « films différents et/ou dysnarratifs » de Philippe Garrel ou de Jean-Pierre Lajournade, et qui développe, à partir de 1971, une section dénommée Cinéma différent, consacrée à toutes les formes de l’expérimental cinématographique[6].

1974 : EXPRMNTL 5, la fin d’une époque[modifier | modifier le code]

En 1974, le milieu du cinéma expérimental est bien organisé dans le monde et, surtout, aux États-Unis et en Europe. Les festivals qui lui sont, soit partiellement, soit totalement, dévolus augmentent. Le film expérimental a droit de cité dans un grand nombre de festivals de courts métrages. Des coopératives se sont créées qui diffusent ce type de films ; les musées vont bientôt les programmer et les acheter. L’importance de Exprmntl se relativise. Par ailleurs, le courant structurel domine et oblitère d’autres sensibilités.

Cette domination se fait sentir lors de la cinquième et dernière édition de Knokke où un nombre important de grands noms sont absents. Ce sont des épigones qui prennent le relais : travaux scolaires et imitations vont bon train, avec les Allemands (Richard Wooley, Ed Sommer) et les Britanniques (David Hall, Tony Sinden); ces cinéastes remplissent le « cahier des charges », parfois avec habileté, mais souvent de manière académique. Toutefois, de grandes œuvres sont créées à partir de cette matrice : Kaskara, de Dore O (1974), Strukturelle Studien, de Birgit et Wilhelm Hein (1974), Makimono de Werner Nekes (1974), ou, encore, le surprenant film japonais, Alchemy, de Tsuneo Nakai (1971). Pour revenir aux sources, Ledoux programme une intégrale du maître américain du genre, Hollis Frampton, qu’il considère comme le plus grand cinéaste expérimental vivant.

Un mini scandale a lieu autour du film belge Vase de noces, de Thierry Zéno, qui décrit les amours d’un homme et d’une truie. Mais le cœur n’y est plus.

Line Describing a Cone, installation de l’Américain Anthony McCall, apparaît, avec le recul, comme une œuvre très novatrice. C’est le faisceau lumineux même de la projection, dans un lieu sombre, qui est l’objet mouvant et en expansion de cette création. Les spectateurs sont priés de tourner le dos à l’écran et de suivre l’évolution du faisceau, qui devient un cône lumineux, à la fois poreux et dense.

Le festival présente, hors compétition, un important panorama d’art vidéo, mais demeure fermé aux œuvres tournées en Super 8, format utilisé, pourtant, par de nombreux artistes et cinéastes d’alors, créateurs reconnus depuis. Il faut se remettre dans l’esprit de l’époque, où il était difficile de savoir prendre, à temps, les bons virages, car on n’avait pas le recul nécessaire pour tout prévoir et juger, sur le champ, sans le recul nécessaire, de ce serait l’avenir de cette forme de cinéma très ouverte.

À plusieurs reprises, le festival devait renaître, mais, pour des raisons culturelles, ailleurs qu’à Knokke-le-Zoute. « Les premières démarches ont lieu en 1978-1979, en vue d’organiser l’événement en 1980. Mais un problème surgit d’emblée : pour des raisons communautaires et linguistiques typiquement belges, le festival ne peut plus avoir lieu à Knokke. Du moins en français, car dans cette ville de Flandres les événements culturels recevront désormais leurs subventions exclusives de la Communauté flamande, et celle-ci n’entend pas soutenir une manifestation dont l’organisation est principalement francophone. »[7]

Grâce à ce festival, le cinéma expérimental est devenu plus familier, sur le terrain de la pensée, tout en étant encore, jusqu’à sa dernière édition, marginalisé par la critique, date à laquelle les choses commencent à changer.

Jean-Marie Buchet écrit à ce sujet : « Quand on relit les réactions critiques aux différents compétitions du film expérimental, on est d’abord frappé par le ton, presque unanime, de déception exhalé par les auteurs, mais tout de suite on s’aperçoit qu’il vient du fait que la plupart jaugent cette manifestation selon les mêmes critères que les autres festivals et qu’il n’est provoqué par conséquent que par un malentendu qui tient dans le propre chef de ses victimes. La raison d’être d’une pareille manifestation n’était pas de nous offrir une vitrine d’œuvres accomplies, mais des films capables de susciter une réflexion nouvelle (quelle qu’en soit la direction) sur le fait cinématographique»[8]. Aujourd’hui, c’est un fait acquis.

Ce festival, le premier du genre et le plus long dans sa durée, a eu un fort potentiel légitimateur sur la reconnaissance de ce type de cinéma dans le monde. À partir des années 1970, le cinéma expérimental est enseigné à l’université, et une génération de critiques spécialisés est apparue, non seulement aux États-Unis, mais, aussi, en Europe (et ailleurs), qui a appris à connaître ce cinéma et à transmettre ce savoir : comme le prouverait, entre autres, la liste des contributeurs cités dans la bibliographie ci-dessous.

Palmarès[modifier | modifier le code]

Sources : Catalogue d'EXPRMNTL 5 (1974) pour les quatre premières éditions [9] et EXPRMNTL, Festival hors normes de Xavier Garcia Bardon pour le palmarès 1974.

1949[modifier | modifier le code]

  • Grand Prix du film expérimental : Motion Painting n°1 (Oskar Fischinger, États-Unis, 1948).
  • Grand Prix du film poétique : Aubervilliers (Eli Lotar, France, 1947).
  • Prix pour la meilleure utilisation du son : Five abstract film exercices (James et John Whitney, États-Unis, 1943-1944).
  • Prix pour la meilleure utilisation de la couleur : Studi sul colore (Luigi Veronesi, Italie, 1940-1942).
  • Prix pour qualités exceptionnelles :
    • Hen Hop (Norman McLaren, Canada, 1943), Fiddle-de-dee (Norman McLaren, 1947).
  • Mentions spéciales :

Cette première édition, véritable acte fondateur du nouveau cinéma expérimental, offre un panorama géographique et historique équilibré. Le pionnier allemand, Oskar Fischinger, qui tourne depuis près de vingt ans, est honoré, mais également le passeur d’origine écossaise, Norman McLaren, établi, depuis le début de la décennie, au Canada, qui débuta dans les années 1930 en Angleterre et devint une figure incontournable du cinéma d’animation, avant que son œuvre ne revienne, depuis une vingtaine d’années, sur la scène expérimentale. Le cinéma abstrait est représenté par les nouveaux venus James et John Whitney, pionniers de l’utilisation de l’ordinateur analogique dans leurs créations, et de l’Italien Luigi Veronesi, figure marquante de l’ère post-futuriste. Une icône du futur cinéma underground américain, Kenneth Anger, est aussi au rendez-vous.

1958[modifier | modifier le code]

Prix officiels[modifier | modifier le code]

  • Premier grand prix Gevaert : Dom (Walerian Borowczyk, Pologne, 1958).
  • Second grand prix : Free Radicals (Len Lye, États-Unis, 1958).
  • Prix de la compétition internationale du film expérimental :

Autres prix[modifier | modifier le code]

  • Prix de la Fédération internationale des ciné-clubs (FICC) : L’Opéra-Mouffe (Agnès Varda, France, 1958).
  • Prix du jury de sélection : Stan Brakhage pour l’ensemble de ses films présentés à la compétition (États-Unis) :
    • The Way to Shadow Garden (1954), Reflections on Black (1955), In Between (1955), Flesh of Morning (1956), Anticipation of the Night (1958).
  • Prix de l’Âge d’or : Inauguration of the Pleasure Dome (Kenneth Anger, États-Unis, 1954).

L’éclectisme est au rendez-vous de cette deuxième édition. Il n’y a pas encore de doxa, et le cinéma d’animation agressif et, visuellement novateur, impressionne : Walerian Borowczyk est primé. Le vétéran Néo-Zélandais, Len Lye, qui débuta dans les années 1920 et devint une figure incontournable du cinéma expérimental, est aussi de la fête. La distinction de l’œuvre émergente de Stan Barkhage marque une étape importante pour la reconnaissance de ce cinéma. Anticipation of the Night est un film totalement novateur qui ne doit plus rien aux avant-gardes historiques européennes. Petits bémols : Peter Kubelka, présent avec deux films, n’est pas distingué. On peut également s’étonner de l’absence de films lettristes (Traité de bave et d’éternité, d’Isidore Isou, 1951 ; Le Film est déjà commencé ? de Maurice Lemaître, 1951 ; Hurlements en faveur de Sade, de Guy Debord, 1952), réalisés, pourtant, entre la première et la deuxième édition du festival.

1963[modifier | modifier le code]

Prix officiels[modifier | modifier le code]

  • Grand prix Gevaert : Die Parallelstrasse (Ferdinand Khittl, Allemagne, 1962).
  • Prix Bell Telephone : Breathdeath (Stan Vanderbeek, États-Unis, 1962-1963).
  • Prix Baron Lambert : Twice a man (Gregory Markopoulos, États-Unis, 1963).
  • Prix Comte de Launoit : Le Nez (Alexandre Alexeieff et Claire Parker, France 1963).
  • Prix Solvay : Renaissance (Walerian Borowczyk, France, 1963).
  • Prix Radio Télévision Belge : À tout prendre (Claude Jutra, Canada, 1963).
  • Prix Belgische Radio en Televisie : Madeleine Madeleine (Vlado Kristl, Allemagne, 1963).

Autres prix[modifier | modifier le code]

  • Prix spécial du film maudit : Flaming Creatures (Jack Smith, États-Unis, 1963).
  • Prix à l’ensemble de la sélection japonaise : A House (Sakio Hirata, 1963), An eater (Kazutomo Fuzino, 1963), Onan (Takahiko Iimura, 1963), The Sand (Yoichi Takabayashi, 1963), Nihon no Mon-Yo (Naoya Yoshida, 1963) et deux films du critique américain Donald Richie, établi sur place ( War Games , 1962 et Futari, 1963).
  • Prix de l’Âge d’or à Claes Oldenburg pour l’ensemble des films consacrés aux happenings :
  • Prix internationale de la presse (décerné par des journalistes de cinéma) : À tout prendre (Claude Jutra, Canada, 1963).
  • Prix de la Fédération internationale des ciné-clubs : Renaissance (Walerian Borowczyk, France, 1963).
  • Prix de la Commission supérieure technique du cinéma belge : Thanatopsis (Ed Emshwiller, États-Unis, 1962).

Cette édition marque le début de l’âge d’or du cinéma underground américain : Gregory Markopoulos, Stan Venderbeek, Ed Emshwiller se retrouvent au menu de divers palmarès. L’acharnement que met Mekas à défendre le film de Jack Smith crée, également, dans ce sens, un effet médiatique sans précédent. Avec Alexeieff et Borowczyk, l’animation est également distinguée. Le Grand Prix revient toutefois à un film atypique, Die Parallestrasse, de Ferdinand Khittl, ce qui désoriente les puristes. Cette œuvre introduit une dimension essayiste et documentaire par le biais d’un propos vaguement science-fictionnel. Ce sera le premier long métrage allemand à être primé dans un festival international depuis la fin de la guerre .

1967[modifier | modifier le code]

Prix officiels[modifier | modifier le code]

  • Grand prix Gevaert-Agfa : Wavelength (Michael Snow, États-Unis,1967).
  • Prix Bell Telephone : Selbstschusse (Lutz Mommartz, Allemagne, 1967).
  • Prix Baron Lambert : Grateful Dead (Robert Nelson, États-Unis,1967).
  • Prix Radio Télévision Belge : Besöket (Ake Ärenhill, Suède,1965).
  • Prix Solvay attribué à Stephen Dwoskin, pour l’ensemble des films présentés au cours de la compétition (Chinese Checkers, Naissant, Soliloquy, Grande-Bretagne, 1965-1967).

Autres prix[modifier | modifier le code]

Warum hast Du mich wach geküsst ? (Hellmuth Costard, Allemagne, 1967), Hummingbird (Charles A. Csuri et James P. Schaffer, États-Unis, 1967), Fog Pumas (Gunvor Nelson et Dorothy Wiley, États-Unis,1967), Entretien (Michel Thirionet Belgique, 1967), Self Obliteration (Jud Yalkut, États-Unis,1967).

Le cinéma expérimental est devenu une réalité culturelle incontournable, encore largement dénommé underground, en ces années de contestation et de contreculture galopantes. Les choix des jurys sont presque parfaits : Wavelengh est le film charnière, louvoyant entre le lyrisme des premiers temps et le rigorisme structurel à venir, qu’il fallait distinguer. La vigoureuse scène allemande est bien mise en avant par la présence de Lutz Mommartz et Helmuth Costard. Pour la première fois, un film belge, Entretien, de Michel Thirionet, est distingué. Le prix spécial attribué aux films de Stephen Dwoskin éclaire, à la fois, la mouvance britannique, et distingue le travail d’un très grand cinéaste. Cette édition restera, aussi, célèbre par la présence du « court métrage sanglant » de Martin Scorsese, The Big Shave, projeté un peu partout par la suite.

1974[modifier | modifier le code]

  • Prix Agfa Gevaert  : Kaskara (Dore O, Allemagne,1974).
  • Prix Baron Lambert : Alchemy (Tsuneo Nakai, Japon,1971).
  • Prix du Centre belge du nouveau cinéma : Shonen Shiko (Mikio Okabe, Japon, 1973).
  • Prix BRT/RTB : Noodle Spinner (Annna Ambroisel, Grande-Bretagne, 1973).
  • Prix Jean-Marie Josi : Line Describing a Cone (Anthony McCall, Grande-Bretagne, 1973).
  • Prix Albert Frère : FM/TRCS (Colen FItzgibbon, États-Unis,1974).
  • Prix du centre expérimental du cinéma :
  • Prix de l’assocation belge des auteurs de film : Assis sur une barrière (Jean van Helden, Belgique,1974).
  • Prix du jury de sélection : : V. W. – Vitesse Women (Claudine Eizykman, France,1974).


Cette dernière édition du festival a probablement été, dans la hâte, mal jugée à l’époque. Kaskara, de Dore O ; Makimono, de Werner Nekes ou Alchemy, de Tsuneo Nakai sont des œuvres importantes dans lesquelles les auteurs ont tenté (et, souvent, réussi) d’acclimater les préceptes du cinéma structurel aux sensibilités de leurs pays d’origine. La présence de V. W. – Vitesse Women, de Claudine Eizykman, membre du nouveau mouvement coopératiste français et figure émergente de l’Université de Vincennes, ne peut cacher l’absence de Patrick Bokanowski, Philippe Garrel, Pierre Clémenti, Jackie Raynal, Jean-Pierre Lajournade, Michel Bulteau, Alain Fleischer, Piotr Kamler ou Jacques Monory. L’Italie, pourtant très active dans ces années, est, elle, complètement oubliée : aucun film d’Alfredo Leonardi, Tonino de Bernardi, Massimo Bacigalupo, Alberto Grifi, Gianfranco Baruchello, ni de Paolo Gioli. Il s’agit, ici, d’un état des lieux tardif qui ne saurait remettre en cause le travail de défricheurs des divers sélectionneurs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Travelling 56/57: Le cinéma d’avant-garde à la fin du muet (2) », sur www.artfilm.ch
  2. « André Thirifays - L’homme tranquille », sur www.cinergie.be
  3. Anecdote racontée par les deux intéressés dans le documentaire Free Radicals, une histoire du cinéma expérimental
  4. Éditions Suhrkamp, „Frankreich“, tome 1, pages 290 à 313
  5. P. Adams Sitney, Le Cinéma visionnaire, l’avant-garde américaine, 1943-2000, Paris Expérimental, 2002, page 329
  6. http://www.tictalik.com/du-cinema-experimental-c’est-mon-genre/histoire-du-festival-de-hyeres La section expérimentale du Festival du jeune cinéma sur le blog de Marcel Mazé, délégué général, à l’époque, de la section Cinéma différent de Hyères
  7. Xavier Garcia Bardon, page 73
  8. Cité par Xavier García Bardon, voir bibliographie, page 77
  9. Catalogue d'EXPRMNTL 5 avec une page par film sélectionné cette année-là, et qui comprend, en fin de volume, un récapitulatif des titres des films programmés lors des quatre précédentes éditions, avec leurs palmarès respectifs.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]