Ferrage (cheval)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir ferrage.
Maréchal-ferrant s'activant au déferrage d'un cheval.

Le ferrage est l'action de poser un fer sous les pieds d'un animal. Introduit en Europe au Moyen Âge, le ferrage se perpétue pour les équidés et notamment les chevaux, mais il a également été abondamment pratiqué sur des bovins. Son but est de limiter l'usure et les atteintes sur la corne des sabots des animaux. Si le ferrage est toujours vu comme un acte de protection, un nombre croissant de propriétaires d'équidés remet son utilité en cause et lui préfère les « pieds nus ».

Articles connexes : Maréchal-ferrant et Fer à cheval.

Histoire[modifier | modifier le code]

Ferrage d'un taureau en Corée.

On ne trouve les premiers témoignages du ferrage, d'origine allemande, qu'à partir des IV-V siècle. En Orient par contre, on développa des fers sans clous mais sous forme de plaque métallique.

Autre époque, celle des chevaliers qui faisaient également une grande utilisation du ferrage. En effet, ils montaient essentiellement sur des pavés et ceci dans toutes les allures.

Vers le XIXe siècle siècle furent créées les premières écoles de maréchalerie qui se référaient aux documentations des siècles passés ; en partie toujours valables aujourd'hui mais avec le développement galopant des fers, les désavantages et inconvénients du ferrage devinrent de plus en plus évidents. On était conscient que le ferrage est un mal nécessaire et on essaya de développer des alternatives collées ou ficelées en bois, paille, corne et liège.

Déroulé opératoire[modifier | modifier le code]

Les outils utilisés sont présentés dans l'article maréchal-ferrant. De manière générale,n on distingue le ferrage à l'anglaise (où le maréchal est seul et tient le pied du cheval entre ses cuisses) et le ferrage à la française, où une personne tient le pied pendant que le maréchal exerce. Le ferrage peut se faire à chaud ou à froid[1].

Les différentes étapes du ferrage d'un cheval

Déferrage et parage[modifier | modifier le code]

Tout d'abord, le maréchal « déferre » à l'aide de la mailloche, du « dérivoir » et de la « tricoise à déferrer » (moins coupante que la tricoise normale avec une ouverture plus large). Il redresse les rivets puis saisit le fer dans le bec de la tricoise et, d'un mouvement de levier, le décolle du pied en prenant soin de ne pas abîmer la corne et la sole. Ensuite vient le parage : à l'aide de la reinette, du rogne-pied et de la mailloche, de la râpe et de la pince à parer il coupe le surplus de corne (qui n'a pas été éliminé par l'usure du fait de la présence du fer). Toute la difficulté du métier réside dans le parage, qui conditionne la réussite du ferrage. La règle est de « trouver la bonne réunion de la sole et de la ligne blanche ». En effet si le pied n'est pas « paré d'aplomb » (pas « droit » par rapport à la conformation du cheval) des fers même bien ajustés vont contraindre la locomotion de ce dernier.

Généralement, la pince à parer s'utilise pour le plus gros de ce qu'il y a à parer, puis la « reinette » nettoie la sole et la fourchette, le « rogne-pied » permettant d'avoir une surface bien plane. La râpe s'utilise en finition, sauf pour le parage de la paroi (la partie verticale du pied) qui est primordiale.

Choix et ajustage des fers[modifier | modifier le code]

Il faut ensuite choisir la taille de fer adaptée, ainsi que son modèle. Les tailles les plus courantes sont du 0 du 1 et 2. Elles vont du 6x0 (le plus petit, pour poneys) au 8 (chevaux de trait, presque 30 cm de diamètre). Certains maréchaux fabriquent directement le fer à partir d'une tige de fer. Le maréchal les met ensuite à chauffer afin de les travailler facilement. Pour ajuster les fers, le maréchal réalise tout d'abord une « encoche » sur les antérieurs dans la partie du sabot que l'on nomme la « pince » (devant, et dans l'alignement de la fourchette) où viendra se loger le « pinçon » (sauf si le fer choisi en comporte deux sur les côtés ou même parfois aucun) à l'aide de rogne-pied et mailloche, ou parfois à la pince à parer.

La forme du pied mémorisée, le maréchal va mettre les fers à la forme de chacun des pieds, le plus fidèlement possible et à chaud, le fer étant bien malléable. Il s'aide du marteau de forge, des tenailles et de l'enclume. Il réalise alors la tournure (la forme adaptée au pied) et l'« ajusture » (généralement sur les antérieurs permet que la sole ne soit pas comprimée sur le fer) qui consiste à faire un chanfrein sur la rive interne du fer, en pince, sur la face supérieure du pied (en contact avec la sole). Il pratique aussi un « relevé de pince » qui, comme son nom l'indique, relève la pince du fer pour faciliter le départ du pied (un peu comme sur nos chaussures, où généralement l'avant se redresse légèrement).

Portée à chaud du fer[modifier | modifier le code]

Une fois qu'il a réalisé sa tournure, le maréchal doit « porter à chaud ». Pour cela il se munit d'une râpe, du fer à poser tenu par les tenailles, et d'un compas, ou d'un outil dont les bras sont pointus afin de pouvoir appliquer le fer sur le pied. Pour cela il positionne les extrémités du compas ou de l'outil dans les deux "deuxièmes" étampures (trous) du fer, afin de pouvoir le poser sur le pied sans être gêné.

On dit qu'il « brûle » ou « porte à chaud ». Il prend bien soin de positionner le fer « dans le sens de la fourchette » c’est-à-dire dans l'axe du pied. Il doit alors rapidement analyser ce qu'il voit pour savoir si le fer repose bien uniformément sur le pied, et si sa tournure correspond bien au pied. Il observe aussi la position des étampures (les trous laissant de petits endroits non brûlés) afin de savoir si les clous rentreront bien dans la ligne blanche et pas dans la paroi (trop fragile) ni trop vers l'intérieur (risque de piquer et blesser le cheval). Le maréchal retourne à l'enclume pour rectifier la tournure, jusqu'à obtenir satisfaction. Il peut alors le tremper dans l'eau pour le « refroidir ».

Brochage[modifier | modifier le code]

Le maréchal choisit des clous adaptés à la taille du fer et à la nature du pied (il peut choisir une taille plus fine pour un cheval dont les pieds sont fragiles par exemple) et il va brocher le fer à l'aide du brochoir en ayant pris soin de râper légèrement les talons afin de ne pas les empêcher de « s'ouvrir » lors de l'amorti du pied. Les clous doivent ressortir sur une même ligne, dans la mesure du possible : ni trop haut (ils risquent de comprimer le pied), ni trop bas (risque d'arrachage).

Rivetage et finition[modifier | modifier le code]

Il reste maintenant à « river » les fers. Pour cette étape, on se munit des tricoises (une sorte de tenaille similaire aux tenailles d'un menuisier, différente de la clef tricoise des pompiers), du « dégorgeoir », d'une « mailloche » et d'une râpe, ou parfois d'une pince à river américaine (aussi appelée « pince croco »). Tout d'abord il faut couper les pointes des clous, puis pratiquer un évidement encore en dessous avec le dégorgeoir. On mate ensuite le clou avec la mailloche en maintenant le talon de la tricoise près de la pointe du clou coupée, afin qu'au fur et à mesure des coups de marteaux le bout du clou se recourbe légèrement. Ensuite, en maintenant les tricoises au niveau de la tête du clou (sous le fer) pour éviter qu'il ne redescende, on rabat les bouts des clous dans l'encoche préalablement réalisée. Un bon rivet doit être solide et également imperceptible lorsque l'on passe le doigt dessus. La pince américaine pince le clou entre la tête et le bout coupé et on le recourbe en refermant la pince. On termine ensuite en râpant consciencieusement le sabot pour ne laisser aucun élément abrasif en évitant de raper les rivets (cela les affaiblit beaucoup).

Fréquence de ferrage[modifier | modifier le code]

Un changement de ferrure est conseillé tous les 45 à 60 chez le cheval de selle, selon la durée des périodes de travail et de pâturage, si les pieds sont « normaux »[2].

Problèmes posés par le ferrage et remise en cause[modifier | modifier le code]

Article détaillé : parage (cheval).

Un ferrage mal réalisé peut provoquer divers problèmes. L'un des plus courants est la piqûre, lorsque la chair sensible est atteinte par un clou. Elle entraîne l'apparition d'un abcès qui induit une boiterie. Le ferrage peut aussi être trop serré si les clous sont trop proches des parties sensibles du pied[2]. Le ferrage n'est en aucun cas une « obligation », un suivi régulier de l'usure du pied peut suffire en cas de faible utilisation du cheval ou pour un travail léger sur terrain souple (herbe, sable non abrasif). De même, certains chevaux ont de meilleurs pieds que d'autres[1]. Une fois le pied entraîné sur des sols variés et avec une texture du coussinet plantaire conforme, un cheval est tout à fait capable de se déplacer à toutes les allures sans fers[3].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://www.haras-nationaux.fr/information/accueil-equipaedia/sellerie-marechalerie/marechalerie/le-ferrage.html
  2. a et b F. Grosbois, F. Cavé et J.M. Goubault, « La ferrure des pieds normaux », Les Haras nationaux,‎
  3. Pierre ENOFF, Le Silence des Chevaux, france, Amphora,‎ , 256 p. (ISBN 978-285180-876-9)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]