Fernand Legros

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Fernand Legros, né le 26 janvier 1931 à Ismaïlia en Égypte[1] et décédé le 6 avril 1983[2] à Chasseneuil-sur-Bonnieure, est un marchand d'art américain d'origine française, qui fut condamné pour vente de faux tableaux dans les années 1970. Il est considéré comme un des plus grands fraudeurs du marché de l'art de la seconde moitié du XXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après une jeunesse passée en Égypte, Fernand Legros s'installe en France et acquiert par mariage la nationalité américaine, bien que ne cachant pas par ailleurs son homosexualité.

D'abord danseur de ballet, il fréquente ensuite l'École du Louvre. Il fait, dans les années 1950, la connaissance du hongrois Elemer Hoffman, qui se faisait, entre autres, appeler Elmyr de Hory, faussaire en tous genres, avec qui il monte une affaire d'escroquerie de lithographies de grands peintres – notamment car celui-ci excellait dans l'imitation des signatures[3].

Il vendit durant des années et dans le monde entier des peintures de Elmyr de Hory, Les collectionneurs floués par Legros se trouvaient notamment aux États-Unis, tel Algur H. Meadows (en) auquel il vendit 44 tableaux qui se révélèrent faux malgré leur certificat donné par les douanes américaines. Il y eut aussi des personnes flouées en Amérique du Sud. En 1968, à la suite de démêlées avec Fernand Legros, et pour le faire inculper, Elmyr de Hory annonce publiquement être l'auteur de 80 faux[3]. Ce n'est qu'en 1985 que pour la promotion de son livre L'amour du faux que Réal Lessard prétendra être l'unique copiste ayant travaillé pour Fernand Legros : durant une émission de télévision, il peint en direct cinq fauves, et donne sa version de l'affaire Legros[4]. Au vu des œuvres peintes par Réal Lessard personne n'a cru à cette version qui n'était là que pour la promotion du livre et le faire vendre. Un de ses grands contradicteurs fut le faussaire David Stein, dans une émission télévisée sur TF1 retentissante à l'époque. Fernand Legros a écrit la préface du livre de David Stein, Le roman d'un faussaire, paru chez Olivier Orban en 1972.

À partir de 1963, Fernand Legros fait irruption sur la scène de l'actualité judiciaire et attire l'attention des médias suite à la vente d'un faux Toulouse-Lautrec[5]. Original et flamboyant, d'une amoralité revendiquée, Legros devient un personnage médiatique, sa célébrité étant entretenue par la longueur de la procédure dont il fait l'objet, mais aussi grâce à la biographie romancée écrite par Roger Peyrefitte.

Legros est finalement condamné, en 1979, à deux ans de prison ferme et ressort libre du tribunal, ayant déjà passé un temps équivalent sous les verrous en détention préventive. Mais en 1980, un banal accident de la circulation, où un homme est blessé, fait tomber son sursis, auquel s'ajoutent neuf mois de prison ferme, et Fernand Legros sera incarcéré durant sept mois. Par la suite, il vécut dans un dénuement quasi total dans une maison à Montmorency (Val d'Oise) où il se consacra à de jeunes voyous récupérés en prison. Selon la biographie de Réal Lessard, il vécut à Paris d'expédients, usant de sa notoriété et de son réseau d'amis pour tenter de perpétuer un fastueux train de vie qu'il ne pouvait plus se permettre. Il a également été responsable de relations publiques, notamment au Warwick, un grand hôtel parisien, et tourné dans quelques films.

Il mourut le 7 avril 1983, dans la maison familiale de sa sœur à Chasseneuil-sur-Bonnieure en Charente, d'un cancer de la gorge. Il repose aujourd'hui au cimetière de la commune.

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Fernand Legros apparaît dans trois films de Philippe Clair, jouant notamment son propre rôle.

Il figure aussi dans l'avant-dernier dernier film d'Orson Welles, Vérités et Mensonges (1973), à travers les extraits filmés par François Reichenbach et inséré dans le film de Welles.

Il devait tourner un film intitulé La Mort fictive de Fernand Legros pour Les films du Saphir, avec Alain Payet et Richard Allan. Ce film ne vit jamais le jour, Legros n'ayant pas mis sa signature en bas du contrat[réf. nécessaire].

Legros fut une source d'inspiration pour Endaddine Akass (« qu'est-ce qu'on encaisse » en dialecte bruxellois), le méchant de l'album inachevé d'Hergé, Tintin et l'Alph-Art[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Suisse du 16 novembre 1970.
  2. Le Monde du 09.04.1983.
  3. a et b Karin Müller, 100 crimes contre l’art, L'Écailler,‎ 2012 (ISBN 9782364760219), p. 34
  4. Version retracée en détail dans la biographie de Réal Lessard, L'amour du faux, Hachette, 1988
  5. Dans un essai polémique et contesté, un certain Alin Marthouret affirme avoir exécuté, dans les années 1960, pour Legros, des copies confondantes de grands maîtres : A. Marthouret, L’Art en feu, Carnot, 2003.
  6. Van Nieuborgh, « Hergé », L'Express Hors Série, 2009/2010.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Peyrefitte, Tableaux de chasse ou la vie extraordinaire de Fernand Legros, Albin Michel, 1976
  • Réal Lessard, L'Amour du faux, Hachette, 1988
  • Fernand Legros, Fausses histoires d'un faux marchand de tableaux, Albin Michel, 1979
  • Philippe Di Folco, Histoires d'imposteurs, Librairie Vuibert, mars 2012, p. 73-83 (ISBN 978-2212553208)
  • Karin Müller, 100 crimes contre l'art, L’Écailler, 2012, p. 216-220
  • Louis Sanders, La Chute de M. Fernand, éditions du Seuil, 2014

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]