Fermentation malolactique

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Oenococcus oeni, espèce bactérienne responsable de la fermentation malolactique sur les vins

En vinification, la fermentation malolactique est la transformation de l'acide malique en acide lactique par l'intermédiaire de bactéries anaérobies appelées bactéries lactiques comme Oenococcus oeni. Se traduisant par une diminution de l'acidité, elle permet une stabilisation et un assouplissement du vin, particulièrement recherchés pour la vinification en rouge.

Histoire[modifier | modifier le code]

La fermentation malolactique est longtemps passée inaperçue. Elle a été observée pour la première fois au XIXe siècle en Suisse et en Allemagne : le microscope révélait une augmentation de l'activité bactérienne, suivie d'une augmentation de l'acidité volatile. La baisse d'acidité, quant à elle, était imputée à la précipitation du tartre. La « malo » semblait donc dégrader le vin, et on essayait à tout prix de l'éviter. Pasteur disait : « les levures font le vin et les bactéries le détruisent ».

En 1837 August Wilhelm von Babo (en) décrit un phénomène de seconde fermentation ; en 1891 Herman Müller avance que ce phénomène est du à l'activité d'une bactérie. Cela est confirmé par Koch puis par Seiffert en 1898 et en 1901. En 1913 Herman Müller et Osterwalder en donnent une explication chimique et en identifient la bactérie : Bacterium gracile [1].

En 1946 Émile Peynaud soutient une thèse établissant le rôle de la fermentation malolactique pour les vins rouges ( « Contribution à l'étude biochimique de la maturation du raisin et de la composition des vins »). Pour cette thèse conduite sous la direction du Professeur Louis Genevois, Émile Peynaud avait bénéficié du soutien de Jean Ribéreau-Gayon[2].

C'est la chromatographie sur papier, mise au point par Pascal Ribéreau-Gayon, qui permit de mesurer son état d'avancement et la fit entrer dans les chais. Elle est maîtrisée depuis les années 1963-1972. Les plus grands nombre des domaines champenois ont adopté la fermentation malolactique pour garantir la qualité de leur vin, à tel point que dans les années 2000, 95 % des champagnes ont subi une fermentation malolactique (partielle ou complète)[3].

Toutefois, l'utilisation de cette fermentation n'est pas générale, certaines maisons la refusant (Lanson, Gosset, ...). Par ailleurs, depuis que la hausse des températures climatiques devient sensible en viticulture, les raisins récoltés ont des acidités plus faibles, ce qui réduit l'intérêt de la fermentation malolactique, surtout pour les années les plus chaudes (1976, 1989, 2003, 2009, entre autres). Certains domaines optent pour une fermentation malolactique partielle (Maison Louis Roederer), d'autres abandonnent la méthode pour certaines cuvées[3].

Mécanisme biologique et effets sur le vin[modifier | modifier le code]

La fermentation malolactique intervient après la fermentation alcoolique, une fois que tous les sucres ont été consommés. Elle provoque un dégagement de gaz carbonique avec une légère augmentation de l'acidité volatile du vin.

Elle permet de garder une qualité constante d'une année à l'autre : les bactéries diminuent l'acidité les années où les raisins ont eu du mal à arriver à maturité. La consommation de 1 g/l d'acide malique fait chuter l'acidité totale de 0,4 g/lH2SO4.

Acide Avant
(g/lH2SO4)
Après
(g/lH2SO4)
Acide malique 3,2 0,5
Acide lactique 0,12 1,8
Acidité totale 4,9 3,8
Acidité volatile 0,21 0,28
Acidité fixe 4,7 3,6

C'est la fermentation de l'acide citrique et des pentoses qui fait augmenter l'acidité volatile. L'augmentation de cette dernière se fait surtout en fin de "malo", et est facilitée par un pH élevé.

Une fois la malo terminée, les bactéries peuvent s'attaquer à l'acide tartrique, au glycérol, aux pentoses, etc. et faire apparaître des défauts.

On peut l'éviter en éliminant les bactéries lactiques par chauffage, sulfitage, filtration, addition de lysozymes, d'acide fumarique ou de nisine.

Éliminer l'acide malique du vin évite à d'autres bactéries de le fermenter une fois en bouteille.

L'équation chimique de la fermentation malolactique correspondante est la suivante (transformation de l'acide malique en acide lactique) :

COOH-CHOH-CH2-COOH ⇒ COOH-CHOH-CH3 + CO2

Effet sur le vin

Souvent appelée « malo » par le praticien, cette fermentation amène généralement des arômes lactés/beurrés. En effet, parmi les produits secondaires formés par la fermentation malolactique, il y a le diacétyle qui à faible dose enrichit la palette aromatique du vin avec une odeur de beurre plutôt agréable. Au delà de 4 mg/l l'odeur devient dominante et désagréable, rappelant le beurre rance.

Il est difficile de détecter qu'un vin a subi une fermentation malolactique avec le goût, mais davantage avec l'odorat. Les arômes grillés, de torréfaction, de miel sont accentués. À l'inverse, les champagnes sans la "malo" ont une plus grande fraicheur aromatique, avec des notes de fruits (poire, pomme, agrumes)[3].

En règle générale, la fermentation malolactique a tendance a accélérer l'évolution d'un vin, tandis que ceux qui l'évitent offrent un plus grand potentiel de garde[3].

Impact des résidus de traitement phytosanitaires sur la fermentation malolactique[modifier | modifier le code]

Observé dans certaines situations sur le terrain, cet impact demande à être évalué par des expériences de laboratoire[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.lallemandwine.com/IMG/pdf_LALLEMAND_MLF_IN_WINE.pdf.
  2. Philippe Marc Dufaure, François Mauriac : ethnologue aquarelliste des pays aquitains, Les Dossiers d'Aquitaine, 2002, page 115.
  3. a, b, c et d « Champagne, Vices et vertus de la fermentation malolactique », Revue des vins de France, no 547,‎ décembre 2010, p. 75-76.
  4. Oeno2011 - Actes de colloques du 9e symposium international d'œnologie de Bordeaux : Actes de colloques du 9e symposium international d'œnologie de Bordeaux

Traité d'œnologie tome1 p.455 .Pascal Ribéreau-Gayon, Denis Dubourdieu, Bernard Donèche, Aline Lonvaud ed. Dunod

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien interne[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]