Ferdinandea

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Ferdinandea
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Géographie
Altitude -8 m
Massif Empédocle (Champs Phlégréens de la mer de Sicile)
Coordonnées 37° 12′ N 12° 42′ E / 37.2, 12.7 ()37° 12′ Nord 12° 42′ Est / 37.2, 12.7 ()  [1]
Administration
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Géologie
Type Mont sous-marin

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
Ferdinandea

Ferdinandea est un haut-fond situé en Italie, entre la Sicile et les côtes tunisiennes, et qui constitue le sommet du volcan sous-marin Empédocle faisant partie des champs Phlégréens de la mer de Sicile[2]. Actuellement situé à huit mètres de profondeur, ce haut-fond a émergé par trois fois en 1701, 1831 et 1863 à la faveur d’éruptions d’Empédocle[3],[2].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Ferdinandea est aussi appelé « banc Ferdinandea », « Giulia-Ferdinandeo », « banc Giulia-Ferdinandeo », « banc de Graham », « île Graham », « Corrao », « Hotham », « Nerita », « Scircca » ou encore « Sciacca »[1],[2],[4].

Bruno Fuligni signale que Ferdinandea est encore appelée « Proserpine », du nom d’un vaisseau et « île de Sciacca », comme si elle était une extension de la ville portuaire de Sciacca (Sicile)[5]. « Scircca » [6] est possiblement une coquille pour « (île de) Sciacca ».

Les Napolitains baptisèrent le l’île nouvellement formée « Ferdinandea » en l’honneur de Ferdinand II, roi des Deux-Siciles à l’époque[7].

Les toponymes « banc de Graham » et « île Graham », en anglais Graham Bank et Grahama Island, datent de 1831 lorsque le capitaine britannique Humphrey Le Fleming Senhouse débarqua sur l’île temporaire, baptisant cette nouvelle terre en l’honneur de Sir James Robert George Graham, le premier Lord Commissioner of the Admiralty[8].

Les Français ont quant à eux baptisé l’île « Julia », en italien Giulia[7], (en référence au mois de juillet pendant lequel l’île a émergé et aussi en référence à la « monarchie de Juillet »[9]) lorsque Derussat planta un drapeau français sur le sommet de l’île[4].

Géographie[modifier | modifier le code]

Ferdinandea est situé dans le centre de la mer Méditerranée, plus précisément dans le canal de Sicile, entre les côtes tunisiennes et l’île italienne de Pantelleria au sud-ouest et la Sicile distante d’une vingtaine de kilomètres au nord-est[2],[8]. Faisant partie des champs Phlégréens de la mer de Sicile situés dans une dépression sous-marine à 1 000 mètres de profondeur[2], Ferdinandea est le nom donné au sommet du volcan sous-marin Empédocle. Actuellement situé à huit mètres sous le niveau de la mer, ce sommet a formé une île temporaire à trois reprises en 1701, 1831 et 1863 lorsqu’Empédocle est entré en éruption[2],[3].

Lorsque l’île émergea en 1831, elle atteignit une taille relativement conséquente[4]. De forme grossièrement circulaire, sa circonférence était de l’ordre de cinq kilomètres et sa hauteur maximale était d’environ 65 mètres[4],[8]. Ce point culminant se trouvait dans le nord-est de l’île, sur le rebord du cratère de 184 mètres de diamètre qui constituait la partie Nord de l’île[4]. Le centre et le sud de l’île formaient une plaine de huit mètres et demi d’altitude[4]. De la lave était éjectée du cratère depuis deux bouches éruptives qui fonctionnaient par intermittence[4]. Lorsque ces deux bouches éruptives ont cessé d’émettre de la lave, de l’eau de mer s’est infiltrée, formant deux petits plans d’eau dont le plus grand mesurait vingt mètres pour une profondeur de deux mètres[4]. Cette eau salée s’est réchauffée jusqu’à rejeter de la vapeur d’eau et s’est chargée en sulfate ferreux et en sulfure d’hydrogène qui la teintèrent en rouge[4]. L’île s’est érodée rapidement sous l’action des vagues : son périmètre s’est réduit de 700 mètres le 29 septembre, son altitude n’est plus que d’un mètre à la fin d’octobre et l’île est sur le point de totalement disparaître début décembre[4]. Le , une courte éruption donne naissance à un petit îlot rapidement englouti par la mer[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Récupération le 22 septembre 2007 d’un coffre protégeant un sismomètre placé sur Ferdinandea.

Ferdinandea est actuellement considérée comme étant en Italie[2] en raison de sa proximité avec les côtes siciliennes distantes d’une vingtaine de kilomètres ce qui permet son inclusion dans les eaux territoriales italiennes[8]. Mais sa souveraineté fut disputée lorsqu’elle émergea pour former une île temporaire le à la faveur d’une éruption d’Empédocle commencée 28 juin[2],[3],[8],[4]. Le royaume des Deux-Siciles mais aussi la France, le Royaume-Uni et l’Espagne revendiquent alors cette nouvelle terre, provoquant une crise diplomatique[2],[8],[7]. Le 2 août, l’amiral britannique Humphrey Le Fleming Senhouse débarque sur l’île et y plante un Union Jack en proclamant l’île comme partie intégrante de l’Empire britannique[7],[4]. En réaction, le roi de Naples Ferdinand II ordonne à un de ses navires de guerre de retirer ce drapeau[7] qui sera remplacé par un drapeau du royaume des Deux-Siciles le 17 août[4]. La France revendique elle aussi cette île et le scientifique Derussat y débarque le 29 septembre et y plante un drapeau tricolore[7],[4]. La position de Ferdinandea dans le canal de Sicile reliant les parties orientales et occidentales de la mer Méditerranée explique ces tensions entre ces nations[8],[7]. En effet, le royaume des Deux-Siciles entoure Ferdinandea avec la Sicile et l’île de Pantelleria, les Britanniques sont déjà présents non loin dans l’archipel de Malte, les Français sont établis en Algérie devenue colonie française un an auparavant et les Espagnols sont bien implantés en Méditerranée occidentale. Aux alentours du 11 août, l’éruption d’Empédocle cesse et l’île est érodée en quelques semaines jusqu’à disparaître sous les flots après six mois d’existence le , mettant ainsi un coup d’arrêt aux revendications territoriales[3],[10],[8],[7].

Mises à part ces revendications et prises de possession, l’île fut étudiée et visitée par de nombreux scientifiques tels Karl Hoffmann, les Allemands Schultz et Philippi, les Britanniques Davy et Smyth, les Français Antoine-Edmond Joinville (peintre et dessinateur), et Louis Constant Prévost (géologue et professeur) ainsi que les Italiens Domenico Scinà qui publia Effeméridi Sicilians en 1832 et Carlo Gemmellaro, professeur de géologie à l’université de Catane, qui publia Actions of the Gioenia Academy of Catania[4]. Des curieux, notamment britanniques, firent aussi le voyage afin de visiter l’île[4].

En 1987, des avions des forces armées des États-Unis, alors en patrouille dans le secteur, bombardent le haut-fond, le confondant avec un sous-marin libyen[11].

Les revendications ressurgissent près de 170 ans après l’apparition de l’île lorsqu’une légère activité sismique et volcanique est détectée sur Ferdinandea[8],[7]. L’Italie mène alors une expédition afin d’y planter un drapeau, ceci afin de prévenir toute nouvelle revendication par un autre État, notamment le Royaume-Uni, dans le cas d’une prochaine émersion[8],[7]. En 2001, Domenico Caluso, qui a des attaches avec la ville portuaire de Sciacca (Sicile), persuade le prince Charles de Bourbon-Siciles, un descendant du roi Ferdinand II des Deux-Siciles, de parrainer une cérémonie au-dessus de Ferdinandea où l’on déposa une plaque de marbre de 150 kg avec l’inscription « Ce morceau de terre, autrefois Ferdinandea, appartenait et appartiendra toujours aux Siciliens » ; cette stèle sera retrouvée brisée six mois plus tard[12].

D’autres éruptions d’Empédocle se sont traduites par une activité volcanique sur Ferdinandea comme ce fut le cas vers 253 av. J.-C. pendant la Première Guerre punique, en 1632, peut-être en 1701 et le , les deux dernières ayant entraîné l’émersion de Ferdinandea[2],[3].

Un certain « professeur Anatra » a attiré à nouveau l’attention sur cette « autre France d’en bas » dans le Canard enchaîné du 10 juillet 2002 : « Soucieux de l’intégrité du territoire national, Le Canard ose suggérer d’envoyer là-bas un bâtiment de la Marine nationale, dont les plongeurs pourraient planter sur le point culminant de l’île engloutie un pavillon tricolore fabriqué dans une matière étanche et ignifugée. À la première éruption, l’île ressortirait indubitablement française, faisant fièrement claquer au vent chaud de la Méditerranée les trois couleurs imputrescibles. »[13]

Littérature[modifier | modifier le code]

Jules Verne (1828-1905) mentionne l'île Julia dans les romans Les Enfants du capitaine Grant, paru en 1868, Le Chancellor, paru en 1875, et Mirifiques aventures de maître Antifer, paru en 1894.

Le Speronare[14] est une œuvre de l’écrivain français Alexandre Dumas (1802-1870), parue en 1842 et consacrée à l’Italie du Sud. Dumas y raconte à sa façon la « guerre » de 1831 : un capitaine napolitain tombe sur une île inconnue sur laquelle flotte un drapeau anglais qu’il fait aussitôt enlever : « Le capitaine napolitain déclara alors qu’il en prenait possession au nom du roi des Deux-Siciles, et la nomma île Saint-Ferdinand en l’honneur de son gracieux souverain. Puis il revint à Naples, demanda une audience au roi et lui annonça qu’il avait découvert une île de dix lieues de tour [...] Il ajouta comme en passant, et sans s’appesantir sur les détails, qu’un vaisseau anglais ayant voulu lui disputer la possession de cette île, il avait coulé bas le susdit vaisseau, en preuve de quoi il rapportait son pavillon. Le ministre de la marine, qui était présent à l’audience, trouva le procédé un peu leste ; mais le roi de Naples donna raison entière au capitaine, le fit amiral, et le décora du grand cordon de Saint-Janvier. »[15]

Le Cratère (The Crater of Vulcan Peak) (1847) est un roman de James Fenimore Cooper (1789-1851) dont l’action se passe dans le Pacifique, dans des îles qui finissent submergées. Les sources de ce romans seront étudiée en 1947 par l’universitaire américain Scudder : elles ramènent à l’île Ferdinandea[16].

Va-t-en-guerre (l’œuvre originale fut publiée en 1997 sous le titre Jingo) est le vingt-et-unième livre des Annales du Disque-monde de l’écrivain anglais Terry Pratchett. Il raconte l'émergence d'une île entre Ankh-Morpork et le Klatch, ce qui engendre des tensions entre les deux nations... île qui fait référence à Ferdinandea.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

L’Île est le second tome de la série de bande dessinée L'Ultime Chimère, écrit par Laurent-Frédéric Bollée et dessiné par Griffo, Brice Goepfert et Philippe Aymond, paru le . Cet album est inspiré d’un article publié sur le site internet de Libération consacré à Ferdinandea et à sa possible résurgence.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Global Volcanism Program - Bouches éruptives des champs Phlégréens de la mer de Sicile.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) Global Volcanism Program - Champs Phlégréens de la mer de Sicile.
  3. a, b, c, d et e (en) Global Volcanism Program - Histoire éruptive des champs Phlégréens de la mer de Sicile.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q (en) Grifasi Almanacco Siciliano - Ferdinandea.
  5. Bruno Fuligni, L’île à éclipses : Histoire des apparitions et disparitions d’une terre française en Méditerranée, Paris, Les éditions de Paris - Max Chaleil,‎ 2003, 93 p. (ISBN 2-84621-046-2) : page 85
  6. http://www.volcano.si.edu/world/volcano.cfm?vnum=0101-07=&volpage=synsub consulté le 4 juin 2010 : tout y est en capitale et SCIACCA a pu devenir SCIRCCA.
  7. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) The Gardian - Bourbons surface to retake island, article du 13 novembre 2000.
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) news.bbc.co.uk - Volcano may emerge from the sea, article du 26 novembre 2002.
  9. * Bruno Fuligni, L’île à éclipses : Histoire des apparitions et disparitions d’une terre française en Méditerranée, Paris, Les éditions de Paris - Max Chaleil,‎ 2003, 93 p. (ISBN 2-84621-046-2) : page 43
  10. (en) Global Volcanism Program - Illustrations sur les champs Phlégréens de la mer de Sicile.
  11. (en) Richard Owen, « Italy stakes early claim to submerged island », sur Times Online, Times Newspapers Ltd.,‎ 27 novembre 2002 (consulté le 7 janvier 2010).
  12. (en) « Underwater volcano discovered off Sicily », The Independent,‎ 24 juin 2006 (lire en ligne).
  13. Bruno Fuligni, L’île à éclipses : Histoire des apparitions et disparitions d’une terre française en Méditerranée, Paris, Les éditions de Paris - Max Chaleil,‎ 2003, 93 p. (ISBN 2-84621-046-2) : page 11
  14. Un speronare est une petite embarcation pour la navigation côtière.
  15. Bruno Fuligni, L’île à éclipses : Histoire des apparitions et disparitions d’une terre française en Méditerranée, Paris, Les éditions de Paris - Max Chaleil,‎ 2003, 93 p. (ISBN 2-84621-046-2) : pages 62 et 63
  16. Bruno Fuligni, L’île à éclipses : Histoire des apparitions et disparitions d’une terre française en Méditerranée, Paris, Les éditions de Paris - Max Chaleil,‎ 2003, 93 p. (ISBN 2-84621-046-2) : page 87

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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