Ferdinand d'Autriche (1609-1641)

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Ferdinand d’Autriche
Image illustrative de l'article Ferdinand d'Autriche (1609-1641)
Ferdinand le Cardinal-Infant par Gaspar De Crayer
Biographie
Naissance 1609 ou 1610
Madrid
Décès 9 novembre 1641
Bruxelles
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
29 juillet 1619
par le pape Paul V
Titre cardinalice Cardinal-diacre de Santa Maria in Portico Octaviae
Évêque de l’Église catholique
Archevêques de Tolède
16209 novembre 1641
Précédent Bernardo de Sandoval y Rojas Gaspar de Borja y Velasco Suivant

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Ferdinand d’Autriche (en espagnol, cardenal-infante don Fernando de España ; en allemand, Ferdinand von Österreich), appelé don Fernando ou encore cardinal-infant, né en 1609 ou en 1610[1] au palais de L’Escurial, mort le 9 novembre 1641 à Bruxelles est un gouverneur des Pays-Bas espagnols, cardinal, infant d’Espagne, archevêque de Tolède (1619-1641) et un chef militaire de la guerre de Trente Ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Portrait de l'Infant don Fernando d'Autriche par Bartolomé González y Serrano

Il est né au palais de l'Escurial, non loin de Madrid, fils puîné de Philippe III d'Espagne et de son épouse Marguerite d'Autriche-Styrie qui était la sœur de Ferdinand II, empereur du Saint-Empire. Il était donc frère de Philippe IV qui accéda au trône en 1621, d'Anne d'Autriche, reine de France et de l'impératrice Marie-Anne épouse de Ferdinand III du Saint-Empire.

Son père voulut lui assurer une carrière dans l'Église catholique : il fut donc archevêque de Tolède dès 1619 et peu de temps après reçut, à titre honorifique, son chapeau de cardinal. Ainsi fut-il habituellement désigné comme « Cardinal-Infant » pour sa double qualité de Prince de l'Église et de Prince du sang de la famille royale espagnole. Malgré ces titres, il ne fut jamais ordonné prêtre, et ceci n'était pas rare dans la haute aristocratie européenne de ce temps.

Événements menant à la bataille de Nördlingen[modifier | modifier le code]

En 1630, Isabella Clara Eugenia, tante de Ferdinand projette de faire de lui son successeur comme gouverneur des Pays-Bas espagnols. Pour se rendre aux Pays-Bas avec une suite convenant à un gouverneur, il doit être accompagné d'une puissante armée. Naviguer par mer depuis l'Espagne est impossible, à cause de la puissante marine néerlandaise.

Finalement il se rend à Gênes en 1633 pour rejoindre une armée milanaise qu'il conduirait à travers la Lombardie, le Tyrol, la Souabe et de là le long du Rhin jusqu'aux Pays-Bas. Ferdinand prévoit aussi d'assurer son ravitaillement grâce à une chaîne de garnisons, et de soutenir son cousin, le futur Ferdinand III, fils de l'Empereur, qui menait les Impériaux contre les Suédois durant la Guerre de Trente Ans. Alors que la maladie retarde son voyage, il envoie la moitié de son armée au Duc de Feria. Cependant, cette armée souffre de nombreuses pertes contre Bernard de Saxe-Weimar et Gustaf Horn. Les Espagnols demandèrent 4 000 cavaliers à Wallenstein mais lorsqu'un refus leur fut opposé, ils durent recruter eux-mêmes les troupes nécessaires. Le Cardinal Infant parvient à reprendre son périple en 1634, récupérant en Bavière les débris de l'armée de Gómez Suárez.

Bataille de Nördlingen[modifier | modifier le code]

Pendant ce temps, Ferdinand de Hongrie avait battu l'armée suédoise à Ratisbonne en 1634. Lui et son cousin le Cardinal-Infant firent alors marche pour joindre leurs deux armées. Les forces suédoises commandées par Bernard de Saxe-Weimar et Gustaf Horn tentèrent désespérément d'empêcher cette jonction mais furent incapables de rattraper Ferdinand de Hongrie. Le Cardinal-Infant passa le Danube en août 1634 et les deux armées firent leur jonction dès le mois de septembre, établissant leur campement en Souabe au sud de Nördlingen. Cette ville était alors défendue par une petite garnison suédoise.

Peu de temps après, Bernard de Saxe-Weimar et Gustaf Horn arrivèrent également et firent leur préparatifs en vue de la rencontre décisive. Les deux cousins Ferdinand se préparèrent aussi à la bataille, négligeant les conseils de leurs généraux plus expérimentés, tel le général impérial Matthias Gallas. Dans l'autre camp, les préparatifs se faisaient aussi mais les deux chefs étaient en désaccord. En outre, ils sous-estimèrent la supériorité numérique des forces catholiques et, malgré des rapports réalistes qui leur avaient été fournis, estimèrent à 7 000, et non à 21 000 comme c'était le cas, le nombre de fantassins qui devaient combattre leurs propres forces, soit 16 000 hommes. Pendant la bataille qui suivit, tout se passa au plus mal pour les forces suédoises, et les deux Ferdinand purent s'assurer une victoire écrasante. Gustaf Horn fut fait prisonnier, l'armée suédoise fut anéantie et les débris qui en restèrent et s'enfuirent vers Heilbronn ne rappelaient plus rien de l'armée glorieuse et jusque là victorieuse, dont ils avaient fait partie.

Le récit de cette bataille donne lieu à un véritable morceau de bravoure dans le dernier des romans picaresques espagnols, intitulé La vida y hechos de Estebanillo González (1646). Le narrateur de ce roman autobiographique, qui devient précisément bouffon du Cardinal-Infant entre 1639 et 1641, y dépeint en effet la bataille depuis un point de vue complètement anti-héroïque, qui annonce les pages de Stendhal sur la bataille de Waterloo dans La Chartreuse de Parme.

Les Pays-Bas espagnols[modifier | modifier le code]

Armoiries du Cardinal-Infant Ferdinand d'Autriche.

Ferdinand de Hongrie aurait souhaité que son cousin demeurât en Allemagne avec son armée de manière à y consolider leur position. Mais le Cardinal-Infant reprit la marche vers Bruxelles avec ses troupes aussitôt la bataille terminée. À la fin de l'année 1634, il faisait son entrée dans la capitale du Brabant avec toute la pompe qui convenait à un Gouverneur Général. Du fait de l'impopularité du clergé dans cette ville, il mit de côté sa dignité de prince de l'Église et mit plutôt l'accent sur sa qualité de prince du sang royal.

Seulement âgé de 25 ans, il était un politicien habile ainsi qu'un diplomate avisé. Il allait réformer rapidement le gouvernement et l'armée. Avant tout, il s'assura de l'appui des Flamands contre la France. Pourtant ses pouvoirs étaient bridés par Madrid et le chef des forces armées reçut pour instruction d'obéir, si nécessaire, plutôt aux ordres venus d'Espagne qu'à ceux du Gouverneur.

1635 est l'année de l'entrée en guerre de la France. Les Français attaquèrent dans la région de Namur (bataille d'Avein) pour faire leur jonction vers Maastricht avec les Hollandais en rébellion. Ces derniers, après le sac de Tirlemont, mirent le siège devant Louvain mais coupée de ses arrières par Piccolomini, leur armée se débanda et les Français durent se retirer. À la suite de quoi Don Fernando put reprendre les villes de Diest, Goch, Gennep, Limburg et Schenk. En 1636, il chassa les derniers pasteurs protestants des Pays-Bas espagnols et remporta plusieurs succès militaires importants dans le nord de la France en s'emparant de Hirson, du Catelet, de la Capelle, en franchissant la Somme, en prenant Corbie et en menaçant Paris. Cette avancée ne se poursuivit pas, en novembre, Louis XIII de France, son beau-frère, reprenait Corbie. Sur une autre front, le Cardinal-Infant renforça par ailleurs la défense de Luxembourg à l'aide de troupes croates.

La disgrâce[modifier | modifier le code]

Ferdinand d'Autriche en Actéon par Diego Vélasquez (c 1633)

Cependant, le 10 octobre 1637, Breda retombait aux mains des Hollandais du Prince d'Orange Frédéric-Henri après un siège qui avait duré dix mois, et qui mettait un terme à douze ans d'occupation par les Espagnols. Malgré des tentatives réitérées, le Cardinal-Infant ne parvint pas à reprendre la place forte ce qui renforça le camp de ses détracteurs à Madrid. Il perdit encore La Capelle, Landrey, Damvillers au profit des Français et fut incapable de prendre Maubeuge tout en perdant des positions à l'occasion des opérations militaires. Même s'il parvint à conquérir Anvers, Châtillon et La Gueldre pendant les années qui suivirent, il perdit l'importante place forte d'Arras en 1640.

Cependant, plus dangereux encore que ses adversaires sur le plan militaire étaient ses ennemis à la cour d'Espagne. Il fut le sujet de nombreuses rumeurs, de racontars, voire de mensonges, et le bruit courut que Ferdinand avait pour objectif de devenir souverain indépendant des Pays-Bas espagnols avec l'aide du roi de France, ennemi juré de l'Espagne. Cette rumeur paraissait confirmée par une autre selon laquelle la France manœuvrait pour le marier avec la fille du duc d'Orléans, le propre frère du roi. Ces deux suppositions étaient en fait sans fondement, mais avaient pour but de le disqualifier auprès du roi son frère.

Au même moment, le royaume d'Espagne traversait une période difficile, sur le plan militaire tant que financier. Le Cardinal-Infant reçut des ordres contradictoires concernant l'envoi de troupes vers la Métropole pour combattre un soulèvement au Portugal.

Il tomba malade pendant les combats de 1641 et mourut le 9 novembre de cette même année à Bruxelles âgé de seulement 32 ans. On pense que son décès fut causé par la conjonction de la maladie et de l'épuisement. Des rapports évoquent un ulcère à l'estomac mais des rumeurs tenaces coururent, selon lesquelles il aurait été empoisonné.

Avant de mourir, il avait été le père d'une fille illégitime nommée Marie Anne de la Croix et qui devait devenir religieuse. Elle naquit à Bruxelles en 1641 et mourut à Madrid en 1715.

Sa dépouille mortelle fut ramenée en Espagne en 1643, et le nombre impressionnant de 12 000 requiems fut récité, selon ses dernières volontés, pour le salut de son âme.

Un désaccord se fit jour quant à la question de savoir qui lui succèderait comme Gouverneur Général des Pays-Bas, causant une brouille entre l'empereur germanique et son cousin le roi d'Espagne. L'empereur Ferdinand III, qui était l'ancien compagnon d'armes de feu le Cardinal-Infant, aurait bien vu à cette charge son propre frère Léopold Wilhelm, chef militaire malchanceux par ailleurs prince valeureux. En revanche le roi d'Espagne Philippe IV la destinait à Don Juan d'Espagne, fils illégitime qu'il avait eu de la fameuse actrice María Calderón. L'intronisation de ce « bâtard » impopulaire fut retardée et l'Espagne perdit une bonne part de son autorité aux Pays-Bas, sous la direction peu avisée du gouverneur par intérim, le marquis de Terceira Francisco de Melo.

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  1. Les documents se contredisent quant à sa date de naissance : 16 mai 1609 ou 24 mai 1610.