Favela

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Habitat précaire dans la favela de Nova Friburgo dans l'État de Rio de Janeiro.

Une favela désigne actuellement les bidonvilles brésiliens (quartiers pauvres). Il s'agit de quartiers situés sur des terrains occupés illégalement, le plus souvent insalubres (marécages, pentes raides des collines), et dont les habitations sont construites avec des matériaux de récupération. Les plus connues et les plus étendues se trouvent dans la ville de Rio de Janeiro, qui en compte près de 968 (2008)[1] et rassemble le tiers de la population urbaine.

Historique[modifier | modifier le code]

L'origine du nom favela comme lieu d'habitation populaire est apparu après la guerre de Canudos au Brésil, quand les soldats, installés sur un morro (colline) de cette région, le Morro da Favela appelé ainsi à cause de la grande quantité de la plante Favela (Jatropha phyllacantha ; famille des Euphorbiacées), en retournant à Rio de Janeiro, s'installèrent avec leurs familles sur le Morro da Providência. En souvenir des événements marquants qu'ils venaient de vivre, ils le nommèrent du nom de leur ancien lieu de séjour guerrier de l'État de Bahia. Le nom devint un courant synonyme de quartiers pauvres à partir de 1909.

La première favela[2] apparaît à Rio de janeiro en 1887, lorsque 20 000 anciens combattants de la guerre de Canudos (contre une communauté millénariste rebelle du nord-est du pays) sont relogés près d'une colline "colline des Favela" ensuite ces favelas accueillent les populations pauvres majoritairement noires. À São Paulo, les familles riches repoussent la pauvreté à la périphérie dés la fin du XIXe siècle. L'urbanisation accélérée de la période de l'après guerre accroit la marginalité et l'exclusion spatiale. La croissance économique des années 1960 atteint de nombreux migrants venus du Nord-est qui s'entassent dans les bidonvilles des grandes villes du sud-est et du sud du pays. Malgré des progrès dans la lutte contre la pauvreté, le Brésil compte encore en 2010 plus de 6000 favelas dans 323 des 5 565 villes du pays c'est-à-dire 11,4 millions d'habitants soit 6 % de la population totale du pays. Les villes les plus touchées sont Belém avec 54 % des habitants vivant dans des favelas et Rio de Janeiro 22 % de la population vit dans une des 900 favelas ce qui représente 1,4 millions des habitants de Rio. Les favelas de Rocinha, Almão et Da Maré sont les plus grandes favelas du pays.

Les favelas rassemblent le tiers de la population de l’État de Rio. Dans ces favelas il y a peu de routes, beaucoup de marches épuisantes, des passages étroits ou encore des fils électriques qui pendent. Il existe 6 stations de télécabines installées par la société française Poma (Isère). De collines en collines, on a 150 cabines[3] qui permettent de filer en quelques minutes jusqu'à la station d'en bas. Malgré ces nombreux dispositifs ils ont dû chercher des solutions pour cause d'un terrain raide et sinueux ou trop chers à cause des travaux d'aménagement dans des univers densément peuplés. Ces cabines peuvent transporter 3 000 personnes par heure. À chaque élection le problème des transports[4] dans les favelas revient. Les candidats promettent d'y remédier. Des projets sont lancés mais ils sont souvent sans suite. Ainsi quatre nouvelles lignes de métro sont annoncées depuis une éternité mais n'ont pas encore débuté.


Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Les Favelas[2] sont caractérisées par : les conditions de vie dégradées, leur occupation illégale sur des terrains auxquels leurs habitants ne sont pas censé avoir accès et par le manque d'infrastructure (eau, électricité, chauffage...). L'exclusion sociale est à l'origine du développement de l'économie parallèle et de nombreux trafics, qui sont autant de stratégies de survie. Depuis les années 1980, le trafic de drogues a pris possession de nombreux favelas, notamment à Rio de janeiro entrainant une augmentation du taux de criminalité. Les difficultés des favelas sont nombreuses :

  • Manque d'infrastructures (égouts, par exemple)
  • Misère
  • Violence : les gangs de la drogue se font la guerre dans les rues (en 2007, 1260 personnes ont été abattues par la police à Rio, une hausse de 18,5 % sur 2006, selon des statistiques officielles[5]).
  • Trafics illégaux de drogue, d'armes, etc.

En 2011, les images de l'armée prenant possession des favelas Rocinha et Vidigal situées dans la zone sud de Rio de janeiro ont fait le tour du monde dans la perspective de la Coupe du monde de football en 2014 et des Jeux olympiques d'été de 2016.

À Rio, les habitants opposent les favelas à l'« asphalte », qui désigne les quartiers aisés ou de classes moyennes. Certains hôtels proposent un tour guidé à la favela de Rocinha, qui fut visitée en son temps par le pape Jean-Paul II.

Il est cependant important de rappeler qu'une majorité de cariocas habitant dans les favelas sont des gens ordinaires qui n'ont aucune connivence avec les mafias. Beaucoup d'entre eux ont un travail, comme femme de ménage, chauffeur de bus, de taxi, chauffeur pour les transports touristiques... et même des policiers, donc il ne faut pas oublier que ce sont des personnes pauvres, et non pas uniquement des mafieux, dont les chefs dirigeants habitent pour leur part dans l'« asphalte »... Il est important aussi de rappeler qu'il est déconseillé de se promener dans ces quartiers sans être bien accompagné.

Depuis quelques années, des tours opérateurs organisent des visites guidées des favelas de Rio de Janeiro. La demande concerne 5 % des touristes qui viennent visiter la ville[6].

Cependant, depuis que le Brésil s'est vu offrir l'organisation de la Coupe du monde de football de 2014 et celui des Jeux olympiques d'été de 2016 pour la ville de Rio, les pouvoirs publics brésiliens ont décidé d'utiliser des moyens militaires pour déloger les narcotrafiquants avec un certains succès, comme notamment à Vila Cruzeiro à Rio en novembre 2010[7].

La culture populaire[modifier | modifier le code]

Depuis ses débuts, la favela[8] est aussi le berceau d'une culture populaire particulièrement vivante. Au début du XXe siècle, elle est à l'origine de la Samba, de la musique noire et rebelle à la gloire du Malandro un bandit mythique. Les cultes religieuses africaines s'y développent aussi. Dans les années 1970, les migrants répandent dans les favelas le Forró, cette musique dansante originaire du nord-est du pays. Plus récemment, les favelas sont à la base de l'explosion de la musique Funk à Rio de Janeiro ou du Hip-hop à São Paulo. Les grandes figures du Rap brésilien, comme Racionais MC's racontent la misère et la frustration des habitant des favelas qui rêvent d'un monde meilleur. Le film La cité de Dieu sorti en 2002 contribue à répandre une image de la vie dans les favelas faite de violence mais aussi d'espoir. L'expansion artistique est un contrepoint à la violence et permet aux jeunes de développer des projets au service de leur communauté. Elle est soutenue par certaines mairies qui travaillent étroitement avec les jeunes, notamment grâce à la création de services qui leur sont destinés. Certaines entreprises privées soucieuses de leur responsabilité sociale leurs apportent également un soutien.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Pierre Langellier, « A Rio, un mur "écologique" pour contenir une favela » dans Le Monde du 23-01-2009, [lire en ligne], mis en ligne le 22-01-2009
  2. a et b Olivier Dabène et Frédéric Louault, Atlas du Brésil : Les favelas, autrement,‎ 2012, 96 p., p. 68-69
  3. Gilles Biassette, « Un funiculaire contre les favelas », Les dossiers de l’actualité, no 131,‎ janvier 2011, p. 9
  4. Beloît Hopquin, « L’enfer quotidien des brésiliens entassés dans de trop rares transports en commun », Le Monde, no 21289,‎ 1er juillet 2013, p. 4
  5. [1] 12 janvier 2008 - 01:11 Brésil: la police tue dix personnes dans deux favelas de Rio
  6. Chantal Rayes, « Les «favela tours» font fureur à Rio » dans Libération du 26/08/2006
  7. Article RFI du 28 novembre 2010
  8. Olivier Dabène et Frédéric Louault, Atlas du Brésil : Les favelas, autrement,‎ 2012, 96 p., p. 68-69

Voir aussi[modifier | modifier le code]

En rapport[modifier | modifier le code]

  • Manuel pratique de la haine (Éditions Anacaona) : roman écrit par Ferréz et préfacé par Paulo Lins révélant sans fard la brutalité des favelas de São Paulo "Sans perspective de futur, tombés dans l’engrenage cruel de la haine, poussés par une faim ultime, ils tuent, aiment ou meurent dans des proportions démesurées."
  • Je suis favela (Éditions Anacaona) : recueil de 22 nouvelles offrant un visage sans fard de la favela de ses enfants, de ses habitants et de ses trafiquants. Écrit par 9 auteurs Ferréz, Rodrigo Ciriaco, Marcelo Freire, Marcal Aquino...
  • Troupe d'élite : film de José Padilha et Braulio Montovani, retraçant le quotidien de policiers membres du Bataillon d'Opérations Policières spéciales de Rio de Janeiro et l'entrainement qu'ils doivent endurer afin de combattre efficacement le narcotrafic dans la favella.
  • Troupe d'élite 2 : la suite de Troupe d'élite, 13 ans plus tard l'ennemi n'est plus le trafiquant de drogue de la Favela.
  • La Cité de Dieu (film) : film de Fernando Meirelles et Katia Lund retraçant la vie d'un jeune dans une Favela de Rio de Janeiro.
  • Fast and Furious 5 : film de Justin Lin et Chris Morgan : Depuis que Brian (Paul Walker) et Mia Toretto (Jordana Brewster) ont extirpé Dom (Vin Diesel) des mains de la justice, ils ont dû franchir de nombreuses frontières pour échapper aux autorités. Retirés à Rio de Janeiro dans la Favela, ils sont contraints de monter un dernier coup pour se faire blanchir et recouvrer leur liberté.
  • La Cité des hommes : Série télévisée brésilienne de Kátia Lund et Fernando Meirelles d'après le film La Cité de Dieu.