Faune Barberini

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Faune Barberini, Glyptothèque de Munich, Inv. 218

Le Faune Barberini est une statue grecque antique de l'époque hellénistique représentant un satyre endormi. Elle est actuellement conservée à la Glyptothèque de Munich (Inv. 218).

Le faune[modifier | modifier le code]

La statue représente un satyre, mais il faut faire preuve d'attention pour ne pas y voir un simple jeune homme : ses oreilles pointues, sa queue à peine visible au bas du dos, sa couronne de lierre et sa nébride (peau de panthère) ne sont pas apparents au premier abord.

Détail de la queue du Faune dépassant de derrière son dos

Il est vautré sur des rochers, ce qui laisse supposer qu'il s'est endormi au milieu des bois, probablement sous l'effet du vin. Les jambes écartées, la tête renversée en arrière et le bras droit replié derrière la tête pour servir d'oreiller, il se présente dans une position peu habituelle, et complexe à exécuter pour le sculpteur — d'autant qu'à l'origine, il semble que la jambe droite (restauration moderne), ait été pendante et non repliée. La pose rappelle cependant celle des satyres ivres en ronde-bosse ornant le cratère de Derveni, datant selon les commentateurs de 350 ou de 330-320 av. J.-C. Son corps est celui d'un athlète, à la musculature puissante : il n'a rien de commun avec la grâce féminine du Satyre au repos de Praxitèle. Le visage est très expressif : la bouche est entrouverte, les cheveux en bataille, les traits marqués. Il semble représenter un sommeil difficile, sans doute du fait de l'alcool.

Histoire[modifier | modifier le code]

La statue est découverte sous le pontificat d'Urbain VIII (1623-1643) au château Saint-Ange, à Rome. Elle entre aussitôt dans les collections de la famille du pape, les Barberini, qui lui donnent leur nom : c'est la seule œuvre majeure qui tombe dans leur escarcelle durant le règne de leur représentant. Le cardinal Maffeo Barberini commissionne alors le Bernin pour restaurer la statue, dont la jambe droite, une partie des mains et de la tête. On ignore si le travail a été effectué par le Bernin lui-même ou l'un de ses disciples. Selon la tradition, le Bernin aurait accentué l'aspect homoérotique de la statue : de fait, la pose du satyre est souvent copiée dans des photographies érotiques homosexuelles.

La statue acquiert rapidement de la notoriété. En 1700, elle est citée comme le « Faune du palais Barberin », illustrant le « sommeil naturel », par un abbé Raguenet dans ses Monuments de Rome, ou description des plus beaux ouvrages (...) qui se voyent à Rome. Elle est vendue par les Barberini dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, lors du grand dispersement de leurs collections. Elle appartient un temps à un sculpteur et marchand, Vincenzo Pacetti, avant d'être achetée dans les années 1810 par le roi Louis Ier de Bavière alors prince héritier, et installée à Munich dans la Glyptothèque, musée spécialement créé pour accueillir ses nouvelles collections de sculpture grecque.

Datation[modifier | modifier le code]

Haute de 2 mètres 15, la statue est réalisée en marbre. On ignore dans quel contexte elle s'insérait : était-ce un élément d'un groupe ou une statue isolée ? S'agissait-il d'une offrande religieuse ou d'une œuvre décorative ? Du fait de la puissance de l'expression, rappelant l'école de Pergame et de la maîtrise de la représentation en trois dimensions, on s'accorde à rattacher cette œuvre à l'Asie mineure de la fin du IIIe siècle av. J.-C. On ne connaît pas de copies antiques du Faune Barberini, mais l'existence d'une variante en bronze découverte dans la Villa des Papyrus d'Herculanum est antérieure au Ier siècle av. J.-C.

Copies modernes[modifier | modifier le code]

De nombreuses copies modernes du Faune Barberini sont connues, souvent l'œuvre de pensionnaires de la Villa Médicis. Parmi celles-ci, on peut citer :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Bernard Holtzmann et Alain Pasquier, Histoire de l'art antique : l'art grec, Documentation française, coll. « Manuels de l'École du Louvre », Paris, 1998 (ISBN 2-11-003866-7), p. 254-255.
  • (en) Brunilde Sismondo Ridgway, Hellenistic Sculpture, vol. I : The Styles of ca. 331-200 B.C., Madison, University of Wisconsin Press,‎ 2001 (ISBN 0-299-11824-X) p. 313-321.
  • R. R. R. Smith (trad. Anne et Marie Duprat), La Sculpture hellénistique [« Hellenistic Sculpture »], Paris, Thames & Hudson, coll. « L'Univers de l'art »,‎ 1996 (édition originale 1991) (ISBN 2-87811-107-9), p. 135.
  • (de) Hans Walter, Satyrs Traum: Ein Gang durch die griechische Satyrlandschaft, Deutscher Kunstverlag, Berlin, 1991 (ISBN 3-422-06105-3), p. 127-154.