Fascisme en France

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Les francistes de Marcel Bucard dans les années 1930.

Cet article discute de la présence et de l'importance du fascisme en France entre les deux grandes guerres. L'article décrit aussi les mouvements fascistes ou à connotation fasciste en France durant la même période.

Le fascisme est une doctrine politique née en Italie en 1919. La question s'est posée pour les spécialistes des sciences politiques et les historiens de déterminer si des mouvements fascistes, au sens strict du terme, avaient également existé en France dans l'entre-deux-guerres et si le régime de Vichy (1940-1944) avait pu constituer une variante française.

Quelques mouvements français se sont réclamés ouvertement du fascisme italien (Le Faisceau, Francisme, PPF) mais ces mouvements sont restés très minoritaires.

Une « tentation fasciste » au sens large s'est développée en provenance de deux directions :

  • la radicalisation de ligues nationalistes et conservatrices au cours de deux vagues en réaction essentiellement au Cartel des gauches (1924-1926) et au Bloc des gauches (1932-1936) ;
  • la recherche de « troisièmes voies » non-conformistes en réaction essentiellement à la crise économique des années 1930, faisant apparaître des convergences nouvelles (planisme, néosocialisme, technocratie, etc.) entre personnes politiques venues d'horizons politiques différents voire opposés.

Question du fascisme français[modifier | modifier le code]

Pour simplifier, il existe (au moins) trois grandes théories d'historiens sur le fascisme français :

  • Pour l'historien René Rémond et la majeure partie de l'historiographie française (qui croisent la « pureté » idéologique des mouvements avec leur poids politique), il n'a pas vraiment existé car le véritable fascisme a été réduit à de petits groupuscules sans influence.
  • Pour l'historien Zeev Sternhell (plus attentif à l'idéologie qu'au poids politique des mouvements), il a existé par la rencontre d'éléments de gauche et d'éléments d'extrême droite (socialisme et nationalisme) et un « préfascisme » est apparu en France à la fin du XIXe siècle.
  • Pour l'historien américain Robert Soucy ou l'historien allemand Ernst Nolte (plus attentif à l'audience des mouvements qu'à leur « pureté » idéologique), il a existé de manière importante au sein des droites grâce à l'idéologie maurrassienne permettant sa diffusion.

Thèse française classique[modifier | modifier le code]

Dessin publié par le Parti social français du colonel de La Rocque rejetant aussi bien le communisme que le fascisme et le nazisme (1936).

À la suite de l'analyse de la droite française de René Rémond, exposée dans Les Droites en France en 1954 et qu'approfondiront Serge Berstein, Pierre Milza ou Michel Winock, l'historiographie française met en avant le fait qu’il n’y a pas vraiment eu de fascisme en France dans la mesure où :

Cette thèse classique reconnaît qu’il a existé un fascisme français au sein de ligues, partis et journaux, mais que son audience fut très limitée. Les ligues étant pour René Rémond héritières du bonapartisme via le boulangisme, les mouvements fascistes se réduisent dans cette perspective à des groupuscules absents du paysage politique. Cependant, l'historiographie française reformulera cette thèse en s'attachant à la réception du fascisme en France, à ses manifestations concrètes, certains historiens s'éloignant de la thèse initiale de René Rémond devant les apports de chercheurs anglo-saxons.

Cependant, les tenants de cette thèse affirment que la France aurait été protégée du fascisme par plusieurs éléments :

  • Explication économique : les crises économiques y ont été moins fortes que dans d’autres pays (l’Allemagne).
  • Explication politique (1) : l’esprit démocratique (héritage des Lumières) y était implanté depuis longtemps et donc solidement (plus qu’en Allemagne, Italie, Espagne, etc.), relayé par des institutions influentes au sein des élites intellectuelles (Ligue des droits de l'Homme, CVIA, etc.). Les masses ne sont donc pas tombées dans le fascisme par la prégnance du modèle républicain et par l'altérité idéologique et de ses pratiques qu'il représentait.
  • Explication politique (2) : les classes moyennes mécontentes ne sont pas non plus tombées dans le fascisme. Elles se sont tournées vers les Croix de Feu et le Parti social français qui les ont maintenues dans la légalité républicaine.
  • Explication politique (3) : la droite monarchiste et catholique n'a pas été attirée par le fascisme, retenue dans une attitude plus conservatrice par le maurrassisme de l'Action française, pensée très bien construite et exposée dans les ouvrages de Maurras, et ainsi plus convaincante qu'une doctrine fasciste floue. Plus largement, les trois traditions de la droite existantes — légitimisme, orléanisme et bonapartisme — que synthétise le maurrassisme ont rendu impossible l'enracinement du fascisme en quadrillant le territoire selon René Rémond.

Thèse de Zeev Sternhell[modifier | modifier le code]

L’historien Zeev Sternhell a renouvelé l’approche du fascisme français exposant que la France est le vrai berceau du fascisme, même si celui-ci n'est pas arrivé au pouvoir avant 1940. Zeev Sternhell expose que l’idéologie fasciste est née en France de la rencontre intervenue peu avant la Première Guerre mondiale d’un nationalisme anti-républicain (Action française) et du syndicalisme révolutionnaire (Georges Sorel), au sein notamment du Cercle Proudhon de Georges Valois. Pour Zeev Sternhell, la France est même une terre propice au fascisme compte tenu d’une forte tradition anti-libérale prônant une société organique (anti-individualisme, anti-parlementarisme). Cependant, le fascisme ne saurait se confondre avec l’ancienne idéologie contre-révolutionnaire. Le fascisme étant un mouvement propre à l’ère de masse du XXe siècle, il naît de la fusion du nationalisme, d’éléments d’extrême droite et d’éléments de gauche (Mussolini en Italie ; Georges Valois, Marcel Déat et Jacques Doriot en France ; Goebbels en Allemagne, etc.).

Dans Ni droite, ni gauche, l’idéologie fasciste en France, Zeev Sternhell étend ainsi le terme fasciste aux néo-socialistes, planistes, technocrates, voire certains personnalistes des années 1930 (tous groupes que l’on peut regrouper sous l’appellation large de non-conformistes des années 1930, en reprenant le titre d'un ouvrage de Jean-Louis Loubet del Bayle.) Cette extension du terme « fasciste » est contestée par la majorité des historiens français, sur le fond et pour sa méthode, qui amalgame des textes détachés de leur contexte logique et chronologique, tout en donnant à ce qu'il appelle le « fascisme » des caractéristiques qui ne lui sont pas habituellement associées.

En fait, les années 1920 et encore plus 1930 ont été marqués par un intense bouillonnement idéologique. Au sein de tous les partis, des hommes réfléchissent à des solutions nouvelles. À gauche (SFIO et même PCF) pour renouveler la vielle pratique guesdiste au profit d’un socialisme réformiste qui n’avait jamais auparavant été théorisé. À droite pour dépasser le libéralisme parlementaire alors que la Troisième République ne parvient pas à se réformer pour gagner en stabilité (voir la tentative avortée du président Gaston Doumergue pour renforcer les institutions en 1934).

Des hommes de tous bords ont pu échanger des idées nouvelles au sein de multiples groupes de réflexions (X-Crise, etc.) et revues (Nouveaux cahiers, Plans, etc.). Ces hommes rentrent, pour Zeev Sternhell, dans le cadre large du fascisme pour les raisons suivantes :

  • Dans leur quête de nouveauté, ils envisagent de nouvelles solutions non libérales et antiparlementaires et regardent même parfois explicitement du côté des régimes fascistes qui paraissent alors jeunes et modernes. Plutôt que de « fascisme » au sens plein, on peut souvent parler pour ces hommes de « tentation fasciste » ou de « séduction fasciste », du moins tant que l’intérêt ne dure pas.
  • Au sein de ces groupes et revues, les futurs résistants travaillent avec les futurs vichystes ou collaborateurs, avec les mêmes mots et les mêmes idées. La distinction entre fascistes et non-fascistes n’est souvent possible qu’après 1940. C’est alors que se fait le choix décisif : profiter de la chute de la République pour imposer ses idées alors qu'il y a place pour des expériences nouvelles (ceux-là tomberont dans le régime de Vichy et la collaboration), ou donner priorité (par patriotisme ou par républicanisme) à la Libération du pays avant de le réformer (ceux-là seront résistants, puis mèneront les grandes réformes des Quatrième République et Cinquième République). L’attitude sous l’occupation reste le juge de paix entre fascistes et non fascistes qui ne doit pas faire oublier les convergences de projets avant-guerre.

Thèse d’Ernst Nolte[modifier | modifier le code]

D'autres historiens ont une vision plus large du fascisme français que les deux théories précédentes.

Travaillant sur l'Action française, Ernst Nolte affirme que la formation maurrassienne est l'une des trois facettes du fascisme avec le national-socialisme allemand (NSDAP) et le Parti national fasciste de Benito Mussolini, considérant que la cause de leur formation respective est l'antimarxisme. Selon lui, la France aurait connu un fort mouvement fasciste par l'importance du poids de l'idéologie de Maurras dans la société, qualifiant l'entre-deux-guerres d’« époque du fascisme ». Comme Zeev Sternhell, il voit en France les éléments d'un « préfascisme ».

Thèse de Robert Soucy[modifier | modifier le code]

Caricature parue en 1936 dans le quotidien communiste L'Humanité : Doriot (PPF), La Rocque (Croix-de-Feu), Taittinger (Jeunesses patriotes), Renaud (Solidarité française) et Bucard (Francisme) sont présentés comme les « serviteurs » d'Hitler.

Robert Soucy se démarque des vues de nombreux chercheurs français selon lesquelles les organisations fascistes de la France de la fin des années 1930 furent « marginales », que le « vrai fascisme » ne peut être défini que comme la synthèse du nationalisme et du socialisme (« ni droite, ni gauche »), et que l'une des raisons pour lesquelles les Croix de Feu/Parti social français (CF/PSF) du colonel François de La Rocque ne peuvent être considérés comme fascistes est qu'elles étaient socialement trop conservatrices. Soucy reconnait que certains mouvements fascistes français, tels que le Front commun de Gaston Bergery et les néo-socialistes de Marcel Déat) ont été – ne fût-ce que pour de courtes périodes – plus de gauche que de droite, mais il soutient que les plus grands mouvements fascistes français (le Faisceau de Georges Valois, les Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger, Solidarité française de François Coty, le Parti populaire français de Jacques Doriot et les CF/PSF du colonel de La Rocque ont été d'ardents défenseurs du conservatisme social et des intérêts économiques de la grande bourgeoisie. Soucy soutient que les hommes de gauche qui ont rejoint ces mouvements ont rapidement abandonné leurs convictions de gauche, que les objectifs de ces fascismes (y compris ceux du mouvement de Doriot après 1937) allaient du conservatisme social à la réaction, que leurs principaux bailleurs de fonds étaient issus du monde de l'entreprise (La Rocque et Doriot touchaient tous deux des fonds du Comité des forges), et que, exception faite du PPF de Doriot avant 1937, aucun de ces mouvements ne jouissait de soutien significatif de la classe ouvrière[1]. Soucy fait valoir que trop d'historiens ont pris pour argent comptant la rhétorique « socialiste », ou le double langage de certains de ces mouvements, en oubliant la façon dont celle-ci a pu être contredite à maintes reprises par leurs positions touchant aux questions sociale, économique et politique. Comme l'un de leurs précurseurs, le cercle Proudhon, qui honorait moins le premier Proudhon de « la propriété, c'est le vol » que le second, beaucoup plus conservateur, ces organisations étaient beaucoup plus nationalistes que socialistes.

Robert Soucy souligne que tous les conservateurs français des années 1920 et 1930, en particulier les membres de l'Alliance démocratique et du Parti démocrate populaire des années 1930, n'ont pas subi l'attrait du fascisme, mais il considère les fascismes français les plus aboutis de l'époque, ceux comptant le plus grand nombre d'adhérents, comme des « variantes » ou des « extensions » du conservatisme social en crise, comme autant de mouvements à avoir bénéficié de la réaction de la droite à la victoire du cartel des Gauches en 1924 et du Front populaire en 1936. Il soutient notamment que les Croix de Feu/Parti social français, le plus grand mouvement de la droite française en 1937, avec un nombre d'adhérents supérieur à celui des partis communiste et socialiste réunis, ont constitué l'une de ces variantes fascistes. Soucy décrit plusieurs caractéristiques partagées par les CF/PSF avec les autres fascismes européens de l'époque et il élabore une définition également à multiples facettes du fascisme lui-même.

Là où Robert Paxton et Philippe Burrin ont décrit certains conservateurs des classes supérieures à avoir soutenu le fascisme comme « alliés » ou « complices » du fascisme, mais non comme fascistes eux-mêmes, Soucy fait valoir que cet « essentialisme sélectif » évite aux membres des élites traditionnelles, mais non à ceux au-dessous eux, d'être considérés comme fascistes. Pour Soucy, les différences entre conservateurs autoritaires non-fascistes et conservateurs autoritaires fascistes étaient souvent plus une question de gradation et de tactiques que d'essences fixes ou irréconciliables. Par comparaison avec les conservateurs autoritaires non-fascistes, les fascistes affichaient une haine plus virulente de la « décadence », un désir plus nettement marqué d'engendrer un grand nombre d'« hommes nouveaux », un plus grand recours à la jeunesse – la « virilité » étant érigée en idéal –, et le caractère plus farouche de leur nationalisme. La démonologie pratiquée par les fascistes, qui accusaient plus durement les communistes, les socialistes, les francs-maçons, les internationalistes, ainsi que – mais pas toujours – les Juifs, de la plupart des maux de la nation, était également plus virulente que celle de nombre de conservateurs. Le goût pour la répression de ces éléments « antipatriotiques » était beaucoup plus marqué chez les fascistes, qui étaient également plus disposés à s'engager dans des activités paramilitaires et qui voulaient appliquer les valeurs militaires de discipline, d'obéissance, d'anti-hédonisme, etc. à l'ensemble de la société. Alors que les conservateurs traditionnels se méfiaient du populisme, fût-il d'extrême-droite, les fascistes ambitionnaient de mobiliser « les masses ». Ce faisant, les fascistes faisaient écho à un idéal également encouragé par d'autres conservateurs, à savoir l'insignifiance des différences matérielles entre classes sociales par rapport aux valeurs « spirituelles » et à l'unité de la nation. Les fascistes français exhortaient leurs adhérents à revitaliser « l'esprit des tranchées » de la Première Guerre mondiale, lorsque travailleurs et bourgeois, paysans et aristocrates avaient combattu côte à côte les ennemis de la nation. Soucy soutient que le mouvement de La Rocque présentait, à divers moments, toutes ces caractéristiques.

Soucy estime que, dans les années 1930, plus les conservateurs autoritaires non-fascistes français (et même conservateurs précédemment démocratiques) s'estimaient menacés par la gauche, plus ils étaient sensibles aux sirènes du fascisme. Aucune attaque sérieuse contre les élites traditionnelles ou de leurs intérêts économiques n'était (du moins en temps de paix) exigée des conservateurs sociaux qui optaient pour l'alternative fasciste. Un thème récurrent dans les écrits des fascistes français de Valois, Taittinger et Coty à La Rocque, Bucard et Doriot (ainsi que de Mussolini à Hitler), était que la conciliation – sur une base conservatrice – entre les classes devait se substituer aux luttes de classe (en particulier les grèves ouvrières). Dans un certain nombre de cas durant la Grande Dépression, les intérêts communs entre fascistes et conservateurs non-fascistes ont effacé des divergences pour les remplacer par une « fusion » accompagnée d'une interpénétration idéologique dans les deux sens.

Pour Soucy, la rhétorique « anti-bourgeoise » d'intellectuels fascistes, comme Robert Brasillach ou Pierre Drieu La Rochelle, faisait référence aux bourgeois « décadents », c'est-à-dire les bourgeois libéraux, démocratiques, hédonistes, complaisants envers le marxisme, non les bourgeois « virils »[2]. En réponse au Front populaire, de nombreux anciens fascistes et d'autres qui étaient contre-révolutionnaires, catholiques, traditionalistes et réactionnaires, rejoignirent le PSF de La Rocque. Un grand nombre de conservateurs précédemment démocrates, qui avaient regardé La Rocque avec répugnance avant 1936, furent dès lors prêts à passer sur ses nombreuses déclarations antidémocratiques et ses menaces paramilitaires de renverser le gouvernement par la force des deux années précédentes. Lorsque le nouveau gouvernement du Front populaire interdit les CF à l'été 1936, La Rocque les remplaça par le PSF, affirmant qu'il était maintenant un politicien démocrate ; cette conversion supposée fut vite oubliée en 1941 lorsque La Rocque devient un fervent partisan du régime de Vichy. Soucy fait remarquer aux historiens qui affirment que les discours « démocratiques » de La Rocque dans les années 1936 à 1940 prouvent qu'il n'était pas fasciste (et que ceux qui l'ont soutenu, y compris d'anciens membres des CF, l'ont également cru), que La Rocque n'a pas été le seul fasciste de l'époque à avoir tenté de parvenir au pouvoir par la voie démocratique, dès lors que les chances de succès d'un coup d'État paramilitaire s'avéraient irréalistes : tel était le choix qu'avait effectué par Hitler, après l'échec du putsch de Munich en 1923, il a accédé légalement au pouvoir une décennie plus tard.

Soucy affirme que la « fluidité » de l'idéologie et des tactiques fascistes constitue un défi pour les historiens qui insistent pour imposer des taxonomies statiques à une idéologie fasciste en mouvement. Le fascisme italien donne un exemple majeur de cette fluidité lorsque Mussolini, d'abord socialiste, effectua un virage à droite brutal, après l'énorme défaite subie par son mouvement du Fascio national « syndicaliste » aux élections de 1919. Soucy critique également les définitions du fascisme qui exigent que les fascistes, pour être considérés comme tels, se soient comportés, avant leur arrivée au pouvoir, exactement de la même façon « totalitaire » qu'après leur arrivée au pouvoir. Soucy considère que trop d'historiens ont eu tendance à exonérer les CF/PSF en définissant le fascisme de façon ahistorique et en prenant pour argent comptant la rhétorique « démocratique » de La Rocque après l'interdiction des CF en 1936.

Soucy est également en désaccord avec les historiens qui dépeignent La Rocque comme trop « modéré » pour être fasciste, et comme quelqu'un qui croyait en la « légalité républicaine », qui désapprouvait la violence politique, qui était un vrai démocrate, et qui était, de surcroît, opposé à l'antisémitisme. Soucy cite diverses déclarations de La Rocque qui contredisent ces interprétations, parmi lesquelles : en 1935, La Rocque condamnait « les modérés » devenus, selon lui la proie du « compromis et de l'hésitation[3] », appelant les Français à se dresser contre la menace de la révolution communiste et de « son alliée sordide la révolution »[3]. En 1941, il rappela à ses lecteurs « combien de fois, jadis, n’avons-nous pas condamné les « modérés » [4]? » « Ce sont gens de mignardise. Ce sont gens de mollesse[5]. » Parvenu, au cours de l'hiver 1935-36, à la conclusion que les circonstances n'étaient pas favorables à un coup paramilitaire, La Rocque choisit de briguer l'accès au pouvoir par les voies électorales, bien qu'il ait, à cette époque, déclaré à ses troupes que « La seule idée de briguer un mandat me donne des nausées : c’est une question de tempérament[6]. » « L’hitlérisme, a-t-il rappelé, est devenu une force politique prépondérante seulement le jour où, en 1930, il a fait entrer cent sept des siens au Reichstag[7]. »

Soucy indique également que La Roque félicita, en 1933, les membres des CF qui se livrèrent, de 1931 à 1933, à de « nombreux » assauts contre les réunions pacifistes. Il en dirigea d'ailleurs une lui-même en 1933. En 1934, il commandait, à partir de son « poste de commande » à quelques rues de la Chambre des députés, la participation (de façon « disciplinée ») de ses troupes aux émeutes « fascistes » du 6 février 1934 qui se soldèrent par la démission de Daladier et la chute de son gouvernement du Cartel des gauches le lendemain. En octobre 1936, trois mois après la création du PSF « démocratique », quelque 15 000 à 20 000 militants du PSF affrontèrent violemment des militants communistes lors d'un meeting du PCF au Parc des Princes. Trente policiers furent blessés dans les affrontements. Un mois plus tard, La Roque décrivait la violence de ses partisans au Parc des Princes comme une « levée en masse » spontanée, qui avait contenu « l'arrivée au pouvoir d'un complot communiste[8]. »

Bien que La Rocque se soit, comme Mussolini au cours de sa première décennie au pouvoir, opposé à l'antisémitisme biologique et qu'il ait défendu les juifs assimilés, en particulier ceux de droite, dont Kaplan, le rabbin de Paris et les anciens combattants de 14-18, La Roque s'est, après 1936, laissé aller de plus en plus à un antisémitisme culturel et politique ciblant les immigrants juifs, en particulier, ceux du Front populaire. En 1940, il dénonce la « purulence juive[9] » soutenue par les « complots[9] » francs-maçons et, en 1941, il accuse les immigrants juifs d'avoir sapé la « moralité[9] » et la « santé[9] » de la nation et – de nouveau avec les francs-maçons – d'avoir contribué aux « vices mortels[9] » de la France. En 1941, il exhorta Vichy à entreprendre, avec « une résolution impitoyable[9] », l'« extirpation intégrale des éléments contaminés[9] » de la société française.

Soucy remet également en cause l'argument selon lequel le mouvement de La Rocque n'était pas fasciste parce qu'il était une forme de « catholicisme social patriotique », c'est-à-dire trop nationaliste et trop catholique pour être fasciste. Pour Soucy, on pourrait appliquer la même description à la faction dominante du Partito Nazionale Fascista (PNF) de Mussolini après la signature des accords du Latran réconciliant le régime fasciste et le Vatican en 1929. Non seulement le grand nombre de catholiques qui affluèrent au PNF après 1929 laissèrent leur marque sur l'idéologie fasciste en Italie, mais Pie XI remercia Mussolini d'avoir mis en œuvre le « catholicisme social » prôné par l’encyclique Rerum novarum. De même, tous les fascistes n'étaient pas non plus « modernistes » esthétiques. Les historiens qui supposent que le fascisme et le catholicisme (en particulier de droite) sont comme l'huile et l'eau ignorent que, pendant les années 1930, un bon nombre de « fusions » eurent lieu, y compris l'existence d'importantes mouvements fascistes catholiques en Espagne, au Portugal, en Pologne, en Autriche, en Hongrie, en Croatie, en Bolivie, en Argentine, au Chili et au Brésil. Soucy affirme que, même si de nombreux catholiques ont rejeté le fascisme au cours de l'entre-deux-guerres (il note, par exemple, que plus de protestants que de catholiques ont soutenu le nazisme en Allemagne dans les élections de juillet 1932, 38 % contre 16 %), des catholiques comme Valois, Taittinger, Coty, Bucard et de La Rocque ont bien été les porte-parole d'une forme française de fascisme, dont les origines intellectuelles en France remontent aux années 1880[10].

Soucy récuse également l'hypothèse selon laquelle La Rocque n'était pas fasciste parce qu'il était très nationaliste et très opposé à une invasion de la France par l'Allemagne dans les années 1930. Il fait remarquer que La Rocque était loin d'être le seul fasciste européen de l'époque à être très nationaliste. La plupart d'entre eux, y compris Hitler et Mussolini, l'étaient et aucun ne voulait voir son pays conquis par une autre nation, fût-elle fasciste. Ceci n'a toutefois pas empêché de La Rocque d'écrire en 1934 que le Duce est un « génie[11]. » et que « l'admiration que mérite Mussolini est incontestable[11] ». Tant dans les années 1930 qu'en 1941, La Rocque demandait à la France de s'engager dans une « solidarité continentale » (non un assujettissement) avec l'Italie fasciste. En 1941, il a également soutenu la « collaboration continentale » avec l'Allemagne nazie à la condition que la France soit traitée en partenaire égale. C'est quand il est parvenu à la conclusion, au début de 1942, que celle-ci n'allait pas se produire et que la guerre commençait à tourner au désavantage des Allemands, qu'il a formé son propre réseau de Résistance, avant d'être arrêté par la Gestapo et de passer le reste de la guerre dans les prisons allemandes. La Rocque est d'ailleurs loin d'avoir été le seul fasciste français à rejoindre la Résistance. Pour Soucy, cet engagement prouve que La Rocque était un fasciste français ultranationaliste.

Vers une reformulation du débat ?[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1950, la majeure partie de l'historiographie hégémonique française s'oppose à la thèse marxiste du fascisme comme solution à la crise du capitalisme, au concept de fascisme cohabitant avec la démocratie de l'entre-deux-guerres, et à la Collaboration volontaire des milieux industriels.
Au nom du « facho de mai 68 » , elle répugne à qualifier les fascistes des années 1920 et 1930 de fascistes, communistes renégats hormis.

Les apports de chercheurs non français, tels ceux de Robert Soucy ou de Zeev Sternhell, ont permis l'instauration d'une controverse scientifique autour de l'existence (et de la notion) de fascisme en France.

À la fin des années 1970, Robert O. Paxton impose le débat en balayant la thèse hexagonale du bouclier Pétain et du « non fascisme français ».

Zeev Sternhell a permis de poser les questions de la signification d'hommes allant de la gauche au fascisme et des particularités mêmes du fascisme en France, courant anti Lumières. Mais la majeure partie des historiens, alors, s'oppose à sa thèse du « préfascisme » en France.

En 1981, à partir des travaux de Robert Paxton et de Zeev Sternhell, mais également de ceux Michel Foucault sur l'invention du concept moderne de race, Bernard-Henri Lévy recentre le débat sur le terrain idéologique[12] en mettant en jeu l'influence qu'a exercé la pensée de Henri Bergson en particulier, dès la fin des années 1880, sur des militants appartenant à des mouvements politiques épars – le boulangisme, l'Action française, le syndicalisme révolutionnaire, l'anarchisme, le socialisme –, se classant à l'extrême-droite ou à l'extrême-gauche, mais qui se rassembleront en 1911 pour créer le Cercle Proudhon, c'est-à-dire le laboratoire conceptuel du national-socialisme selon Lévy. Avant d'accéder au pouvoir, il a fallu que le fascisme se pense et élabore des concepts et une stratégie de prise de pouvoir.

À l’espèce de racisme manifesté par la noblesse d'Ancien Régime, « sous la forme du sang, c’est-à-dire des ascendances et de la valeur des alliances[13]», Foucault observe que se substitue le racisme moderne, articulé sur « un autre projet : celui d’une expansion indéfinie de la force, de la vigueur, de la santé, de la vie[13]». Or, précisément, les thèmes que Foucault série dans le concept moderne de race – l’exaltation de la vie, de son élan, de sa dynamique, etc. –, ces thèmes, Lévy les retrouve au cœur de la philosophie d’Henri Bergson et dans le "vitalisme" qui en émane. C'est sur ces bases conceptuelles que se construit ce que Lévy appelle L'Idéologie française, relayée notamment par Maurice Barrès, Charles Péguy, Georges Sorel, Edouard Berth, etc. Elle produit "le roman de l'énergie nationale" chez Barrès, "la mystique de la race" chez Péguy, "l'organicisme" de la "noblesse du travail" programmée pour succéder à la "noblesse du sang" par Sorel et Berth, autant de concepts sur lesquels la Révolution nationale s'appuiera pour s'accomplir en France entre 1940 et 1944, mais qui constituent également dès le début des années 1910, des thèses qui se répandent en Europe et dont l'influence est considérable.

Avant de considérer les effets du fascisme et de mesurer ces dégâts, il s'agit d'analyser comment s'est formée sa cohérence idéologique, d'où la nécessité d'étudier ce qui s'est passé en France, depuis le coup d'État avorté du général Boulanger jusqu'aux pleins pouvoirs confiés au maréchal Pétain, parce que c'est là que cette cohérence se forme historiquement, du moins selon le regard que Lévy partage avec Sternhell. L'Idéologie française n'est pas la seule à entrer en jeu dans la construction du fascisme en Europe, mais elle y occupe une place centrale. Si elle réclame une analyse historique, elle n'exige pas moins une analyse philosophique, selon Lévy.

Philippe Burrin s'est interrogé sur la spécificité du fascisme français (sa notion de « nébuleuse fascistoïde ») notamment en analysant la réception du fascisme au sein de la société et son remodelage par certains hommes politiques (sa notion de « fascismes déficitaires »).

Ainsi, de nombreux historiens remettent en cause l'analyse de René Rémond qui refuse de voir dans les ligues l'expression d'un fascisme français en les rattachant à une nouvelle expression de la droite « bonapartiste », par l'activation du vieux fond plébiscitaire en France.

Plus récemment, un ouvrage collectif récent de neuf chercheurs français et étrangers sous la direction de Michel Dobry renouvelle l'approche de la question. En dénonçant la logique classificatoire des droites autoritaires qui a longtemps prévalu, l'ouvrage met l'accent sur les relations, les espaces de concurrence et de conjonctures historiques où les différentes droites ont agi et se sont redéfinis. Ainsi, les diverses contributions démontrent les mécanismes de réappropriation en France des succès des fascismes européens. Par delà, la volonté est de démontrer la parenté de nombreuses composantes de la droite avec le fascisme authentique dans la droite ligne de la thèse de Robert O. Paxton en 1973 qui, le premier, a considéré le régime de Vichy comme étant le produit d'un long processus d'incubation.

Au-delà de cette question, une partie de la nouvelle historiographie française reconsidère le paysage des droites en France durant l'entre-deux-guerres, période durant laquelle s’opèrent d'intenses mutations. L'accent est mis sur la déstabilisation profonde des droites traditionnelles (définies par René Rémond) entraînant leur désunion face à l'apparition de nouvelles droites en Europe dans un contexte français marqué par la prédominance de la deuxième crise du capitalisme et la fin de gouvernements de « conjonction des centres ». De là, s'opère des reclassements politiques et idéologiques débouchant sur une redéfinition du paysage de la droite et de l’équilibre entre droite républicaine et droite antiparlementaire, entre droite libérale et droite autoritaire.

Proto-fascismes français[modifier | modifier le code]

La généalogie du fascisme ne peut être remontée trop haut au risque d'anachronisme. Il faut attendre l'entrée dans l'ère des masses pour pouvoir parler de fascisme (1870 ou 1914).

Dans les années 1920[modifier | modifier le code]

Malgré le premier rapprochement des années 1910, la véritable apparition du fascisme paraît cependant du traumatisme de la Première Guerre mondiale et de la révolution bolchevique de 1917.

  • Contrairement à ses promesses, la majorité de la gauche française participe aux gouvernements pour soutenir l'effort de guerre. Quelques socialistes vont à l'occasion se convertir à un nationalisme farouche (Gustave Hervé en France comme Benito Mussolini en Italie).
  • La Révolution bolchevique de 1917 entraîne un mouvement parallèle de séduction et de répulsion qui enfantera les premiers groupes fascistes (reprendre la puissance de séduction des révolutions bolcheviques, mais mettre cette force au service de l'anticommunisme).
  • La guerre a révélé un monde nouveau plus violent et militarisé, où la technique, la grande industrie, la vitesse, ont une importance primordiale (voir notamment le mouvement du futurisme italien, le mouvement technocratique).
  • En 1918, les invalides de guerre sont 6 millions, ils se regroupent avec les autres anciens combattants dans des associations pour défendre leurs intérêts. L'idéologie des anciens combattants jouera un rôle important dans le développement du fascisme français au sein des ligues d'extrême-droite.

Fascistes français des années 1920[modifier | modifier le code]

De tous ces éléments et d'autres, vont naître les premiers véritables mouvements fascistes en France, par rencontre d'hommes d'extrême-droite avec des hommes issus de la gauche :

  • Le courant fasciste de Gustave Hervé

Gustave Hervé, l’un des 4 signataires de la création de la SFIO[réf. nécessaire], leader révolutionnaire et antimilitariste de ce parti, se convertit au nationalisme dès 1912-1914[réf. nécessaire]. Hervé a donc suivi le même chemin que Mussolini (exclu du PS italien). Son passage du socialisme au nationalisme le mènera au fascisme.

La revue de Gustave Hervé s'appelle La Victoire (nouveau nom en 1916 de La Guerre sociale). L'état-major de Gustave Hervé comprend quelques figures historique du socialisme : Jean Allemane (leader historique du socialisme français), Émile Tissier (ex-marxiste guesdiste), Alexandre Zévaès (ex-député du POF marxiste guesdiste ; futur collaborateur à L’Œuvre de Marcel Déat sous l’occupation).

Gustave Hervé crée le Parti de la république autoritaire (1925), le Parti socialiste national puis la Milice socialiste nationale (MSN ; 1932-1933) quand arrive Marcel Bucard. Le MSN s’effondre fin 1933 au profit du francisme, scission du MSN menée par Marcel Bucard.

La première vague des ligues d’extrême droite[modifier | modifier le code]

Caricature communiste de 1926 présentant Daudet (Action française) comme un « chef fasciste ».

La victoire de la gauche aux législatives de 1924 (Cartel des gauches) va entraîner l’éclosion de nombreuses ligues de droite nationaliste lui reprochant divers aspects de sa politique : politique laïque, politique économique (chute du franc), etc. Les historiens parlent d'une « première vague » de ligues d'extrême droite en 1924-1926. Le retour de la droite au pouvoir en 1926 (le gouvernement d'Union nationale de Raymond Poincaré) et la bonne santé de l'économie française vont vite faire retomber cette vague d'agitation, et ceci jusqu'en 1932.

Les ligues nationalistes des années 1924-1926 ne prônent généralement pas une idéologie véritablement fasciste (pas d'État totalitaire notamment) mais plutôt une idéologie réactionnaire, inspirés par Charles Maurras, le bonapartisme (mélange de nationalisme, catholicisme et militarisme) voire simplement un nationalisme républicain. Ils pratiquent cependant un alignement verbal et vestimentaire sur le jeune fascisme italien qui possède un fort pouvoir de séduction. Les ligues et mouvements nationalistes réactionnaires ont cependant leur place ici car leur aile dure s’apparente clairement au fascisme. Elle se détachera souvent de ces mouvements jugés trop conservateurs pour devenir pleinement fasciste.

Les ligues de la première vague sont :

Autres mouvements nationalistes Ces mouvements, plus anciens, ne sont pas non plus fascistes au sens strict du terme :

Fascismes français des années 1930[modifier | modifier le code]

Une deuxième vague fasciste en France va toucher la France en 1932-1938, provoquée par les raisons suivantes :

  • la crise économique touche la France en 1931 ;
  • le retour au pouvoir de la gauche (Bloc des gauches en 1932) réveille l'extrême-droite ;
  • l'arrivée au pouvoir d'Hitler en Allemagne début 1933 impulse une nouvelle dynamique fasciste.

Cependant, la séduction pour le modèle fasciste va être plus durable et profonde qu'en 1924-1926 car :

  • les gouvernements de la Troisième République peinent à se stabiliser et à se réformer (échec de la réforme Doumergue en 1934) ;
  • la France peine à résoudre la crise économique (qui est en fait moins forte qu'ailleurs), tandis que les régimes fascistes (qui mènent des politiques keynésiennes comparables au New-Deal de Roosevelt aux États-Unis) semblent apparemment mieux réussir ;
  • le Front populaire de 1936 va radicaliser une partie de la droite dans un anticommunisme obsessionnel qui ira croissant jusqu'à la guerre.

La recherche de nouvelles solutions politiques, économiques et sociale donne lieu à un bouillonnement idéologique et l'éclosion de mouvements non-conformistes dont certains de membres seront, certains un temps, d'autres définitivement, attirés par le fascisme.

Mouvements réactionnaires[modifier | modifier le code]

Ces mouvements ne sont pas véritablement fascistes et s'inscrivent plus dans la tradition contre-révolutionnaire, catholique, traditionaliste, réactionnaire.

Véritables fascismes des années 1930[modifier | modifier le code]

Le commandant Jean Renaud, dirigeant de la Solidarité française (extrait du journal antifasciste et communiste L'Humanité).

Principaux partis[modifier | modifier le code]

Groupuscules fascistes français[modifier | modifier le code]

  • Parti français national-communiste (puis national collectiviste) (PFNC) (1934). Fondé par Pierre Clémenti (journaliste sportif de la presse radicale), M. Degeilh (journaliste communiste), M. Maurer (publicitaire). Presse : Le Pays Libre.
  • Mouvement national populaire (MNP) (1933), créé par Jacques Debû-Bridel.
  • Front de la jeunesse (1937) créé par J.C. Legrand (avocat proche des républicains modérés), devient le Mouvement national syndicaliste et corporatiste (MNCS) (disparaît en 1939). Hebdo : Le Défi.
  • Comité national des comités de salut public (CNCSP).

Groupuscules nazis français[modifier | modifier le code]

  • (Divers à compléter)

Les « troisième voie » des années 1930[modifier | modifier le code]

Au-delà des groupes politiques relevant clairement du fascisme, les historiens évoquent une tentation fasciste au sein de nombreux groupes non conformistes recherchant dans les années 1930 une troisième voie[14]. Ces groupes ont été rattachés au phénomène fasciste en raison :

  • de leurs idées : les synthèses nouvelles qu’ils proposent (en matières politique, économique, sociale, ou sociétale) s’apparentent à certaines propositions ou réalisations que vont réaliser les fascistes.
  • des parcours des hommes : certains membres de ces mouvements se retrouveront dans le régime de Vichy et dans la collaboration. L’attitude en 1940-1944 sera le juge de paix définitif entre fascistes et démocrates.
  • Ces troisièmes voies seront parfois des étapes entre des idées démocratiques et le fascisme.

Technocrates capitalistes[modifier | modifier le code]

Les technocrates capitalistes, passionnés par l'efficacité du capitalisme industriel de masse, veulent rebâtir la société sur le modèle économique : efficacité, expertise des décideurs, etc.

  • Redressement français (1926)
  • Expérience Tardieu (1932-1934)
  • Société d’étude et d’information
  • Confédération des travailleurs intellectuels
  • Mouvement travailliste français
  • Revue Le Producteur
  • Groupe Technique et Démocratie

Néo-socialistes et planistes[modifier | modifier le code]

Avant le gouvernement de Front populaire (1936), la SFIO souffrait, selon les mots de l'époque, d'une pratique sans doctrine (un réformisme au coup par coup au niveau local) et d'une doctrine sans pratique (le marxisme orthodoxe guesdiste : attendre la venue de la révolution qui tomberait comme un fruit mûr). Mais la SFIO se refusait à participer aux gouvernements bourgeois et ne disposait pas d'un corpus idéologique réformiste. Le néo-socialisme constitue une première tentative de forger une doctrine socialiste réformiste. Elle reprend des éléments du planisme (le socialisme par la planification) particulièrement popularisé par le chef du Parti ouvrier belge, Henri de Man.

Personnalistes[modifier | modifier le code]

Zeev Sternhell[15] a pointé du doigt quelques tentations des personnalistes chrétiens envers certains aspects romantiques et spiritualistes des fascismes, ainsi que leur intérêt pour le début du régime de Vichy[16]. L'éthique personnaliste et son orientation anti-étatiste est cependant bien éloignée du fascisme[17].

Néo-traditionalistes (Jeune droite)[modifier | modifier le code]

À la suite d’Emmanuel Mounier, on donne le nom de Jeune droite à de jeunes intellectuels plus ou moins influencés par l'Action française qui, au début des années 1930, jusqu'en 1934, sont proches de groupes personnalistes comme Esprit ou Ordre Nouveau.

Diagnostiquant, comme les autres courants personnalistes une « crise de civilisation », ils déclarent refuser aussi bien le matérialisme du marxisme que celui de la société bourgeoise, tout en dénonçant les dérives étatistes du fascisme comme du communisme, en se déclarant favorable à une « révolution spirituelle » d'inspiration personnaliste.

On peut distinguer deux grands groupes de la Jeune droite : - Un premier courant s'organisant autour de Jean-Pierre Maxence dans Les Cahiers (1928-1931) puis dans La Revue française (1932-1933), ces deux publications traduisant le passage d'une orientation spiritualiste et catholique à une orientation plus politique et sociale, antiparlementaire et anticapitaliste, notamment lorsque Maxence se rapproche de Thierry Maulnier et de Robert Brasillach - Un second courant, en rupture avec l'Action française, se constitue à partir de 1930 autour de Jean de Fabrègues et des revues Réaction (1930-1932), ''La Revue du Siècle (1932-1934), La Revue du XXe siècle (1934-1935), avec un côté moins politique et une identité chrétienne affirmée.

Après 1934, ces courants vont se retrouver dans une revue mensuelle, Combat (1936-1939), dirigée par Jean de Fabrègues et Thierry Maulnier. Alors qu’ils avaient contribué à diffuser précédemment la formule « Ni droite, ni gauche », ils vont se retrouver face aux évènements, tout en continuant à conserver une spécificité, aux confins de l'extrême droite, notamment avec la création par Maxence et Thierry Maulnier de l'hebdomadaire L'Insurgé (1936) (publié sous le patronage de Drumont et Valles). En revanche, Jean de Fabrègues, tout en se politisant, reste davantage fidèle à l'orientation spiritualiste et personnaliste de la période précédente, notamment avec la revue Civilisation (1938-39)

Lieux de rencontres des partisans d’une troisième voie[modifier | modifier le code]

  • Le plan du 9 juillet 1934 (qui réunit aussi bien rénovateurs de gauche et de droite nationaliste).
  • Rencontres de Pontigny (inspirées en 1934 par le chef du Parti ouvrier belge Henri de Man).
  • Nouveaux cahiers (1934).
  • Groupe X-Crise (1930), devenu CPEE (1933), d'où émane la Société secrète polytechnicienne dite Mouvement Synarchique d'Empire (MSE) - ou Convention synarchique révolutionnaire - qui vise la création d'un empire universel via la révolution non violente en donnant le pouvoir économique aux technocrates. Cette synarchie fut composée à la fin des années 1930 par des sectaires maçonniques fidèles aux martinistes des années 1880 tuteurés par l'occultiste (et polytechnicien) Saint Yves d'Alveydre.
  • Le Parti populaire français (PPF) fut aussi un grand lieu de rencontre de gens venus de tous horizons, en particulier des deux extrêmes.

Fascismes français après 1940[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En revanche, celui de Doriot se rétrécit après son virage à droite, en 1937.
  2. (en) Robert Soucy, Fascist intellectual : Drieu La Rochelle, Berkeley ; Los Angeles ; London, University of California Press, 1979, chap. 5 « Fascist Socialism as Bourgeois Revolution ».
  3. a et b Le Flambeau, 23 mars 1935.
  4. Le Flambeau, 15 juin 1941.
  5. Le Flambeau, 29 juin 1941.
  6. Archives Nationales 451 AP 129 (2 janvier 1936)
  7. Archives Nationales 451 AP 129 (2 janvier 1936)
  8. Le Flambeau, 10 octobre 1936.
  9. a, b, c, d, e, f et g François de la Rocque, Disciplines d’action, Éditions du Petit Journal, Clermont-Ferrand, 1941, p. 91, 97-99, 146.
  10. Robert Soucy, Le Fascisme français, 1924-1933, Paris, PUF, 1992, p. 1-20.
  11. a et b François de la Rocque, Service public, Grasset, Paris, 1935, p. 177.
  12. Bernard-Henri Lévy, L'Idéologie française, Grasset, 1981
  13. a et b Michel Foucault, « Il faut défendre la société », Gallimard-Seuil, p. 164
  14. Lire par exemple Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France, 1983 ; Raoul Girardet, Notes sur l'esprit d'un fascisme français, 1934-1940 in Revue française de sciences politiques, juillet-septembre 1955 ; Jean-Louis Loubet del Bayle, Les Non-conformistes des années 30, 1969
  15. Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche: L'idéologie fasciste en France, Paris, Le Seuil, 1983 consacre au moins un paragraphe à Emmanuel Mounier et Esprit
  16. Par exemple à l'École des cadres d'Uriage. Lire: Pierre Bitoun, Les hommes d'Uriage, La découverte, 1988
  17. Voir l'engagement de personnalistes dans la Résistance et, en ce qui concerne Denis de Rougemont, lire: Fabrizio Frigerio, « L'engagement politique de Denis de Rougemont », Cadmos, Genève, 1986, n. 33, p. 115-124.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Marc Angenot, L’ immunité de la France envers le fascisme: un demi-siècle de polémiques historiennes. Suivi de: le fascisme dans tous les pays. Montréal, Discours social, # 31, été 2009.
  • Michel Bergès, Vichy contre Mounier. Les non-conformistes face aux années 1940, Paris, Economica, 1998.
  • Serge Berstein, « L’Affrontement simulé des années 1930 », p.39-53, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n°5, janvier-mars 1985.
  • Philippe Burrin, « La France dans le champ magnétique des fascismes », p.52-72, Le Débat, n°32, novembre 1984.
  • Philippe Burrin, « Poings levés et bras tendus. La contagion des symboles au temps du Front Populaire », p.5-20, Vingtième Siècle, Revue d’Histoire, no 11, juillet-septembre 1986.
  • Philippe Burrin, La Dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery 1933-1944, Paris, Editions du Seuil, 530p, 1986 (édition de poche avec une préface inédite, 2003). ISBN 2-02-058923-0
  • Philippe Burrin, « Le Fascisme », dans Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire des droites en France, tome 1 : Politique, Paris, Gallimard, 1992 (édition en poche, 2006).
  • Philippe Burrin, Fascisme, nazisme, autoritarisme, Paris, Editions du Seuil, 315 p., 2000. ISBN 2-02-041482-1
  • Hubert Delpont, Darlan, l'ambition perdue, 1998, 320 p. [document de juillet 1942 pp. 299-312]
  • Michel Dobry, « Février 1934 et la découverte de l'allergie de la société française à la révolution fasciste », Revue française de sociologie, juillet-décembre, 1989.
  • Michel Dobry (dir.), Le Mythe de l'allergie française au fascisme, Paris, Albin Michel, 466p, 2003 (avec les contributions de Zeev Sternhell et Robert O. Paxton). ISBN 2-226-13718-1
  • Olivier Forlin, Le fascisme. Historiographie et enjeux mémoriels, Paris, La Découverte, 2013 (Écritures de l'histoire), 406 p. ISBN 978-2-7071-5369-2
  • Yves Guchet, Georges Valois. L'Action française, le faisceau, la République syndicale, Paris, L'harmattan, 325 p., 2001. ISBN 2-7475-1214-2
  • Nicolas Kessler, Histoire politique de la Jeune Droite (1924-1944), Une révolution conservatrice à la française, Paris, L'Harmattan, 2001.
  • Annie Lacroix-Riz, Le choix de la défaite, Les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, 2011 (2ème édition revue et augmentée).
  • Bernard-Henri Lévy, L'Idéologie française, Grasset, 1981.
  • Jean-Louis Loubet del Bayle, Les Non-conformistes des années 1930. Une tentative de renouvellement de la pensée politique française, Paris, Editions du Seuil, 562p, 1969 (édition poche, 2001) ISBN 2-02-048701-2
  • Jean-Louis Loubet del Bayle, L'Illusion politique au XXe siècle. Des écrivains témoins de leur temps, Paris, Economica, 1999.
  • Ernst Nolte, Three faces of fascism: Action française, Italian Fascism, National Socialism, New York, 1966.
  • Pierre Milza, Les Fascismes, Paris, La Documentation française, 504p, 1985.
  • Pierre Milza, Fascisme français, passé et présent, Paris, Flammarion, 466p, 1987 (édition de poche, 1990). ISBN 2-08-081236-X
  • Pierre Milza, « La notion de 'préfascisme' est-elle pertinente ? », p7-50, Bulletin du centre d'histoire de l'Europe du vingtième siècle, n°4, 1990.
  • Pascal Ory, Les Collaborateurs, 1940-1945, Paris, Editions du Seuil, 331p, 1976. ISBN 2-02-005427-2
  • Pascal Ory, Du fascisme, Paris, Perrin, 293p, 2003. ISBN 2-262-01980-0
  • Robert O. Paxton, La France de Vichy (1940-1944), Paris, Editions du Seuil, 1973.
  • René Rémond, « Y a-t-il un fascisme français ? », Terre Humaine, juillet-août 1952.
  • René Rémond, La Droite en France de 1815 à nos jours. Continuité et diversité d'une tradition politique, Paris, Aubier, 1954.
  • René Rémond, Les Droites en France, Paris, Aubier, 544p, 1982. ISBN 2-7007-0260-3
    À consulter notamment : « Un préfascisme ? », « Droites et fascisme », « Pourquoi la France échappa-t-elle au fascisme ? », p.203-230.
  • (en) Robert Soucy, Fascism in France. The case of Maurice Barrès, University of California, 350p, 1972.
  • Robert Soucy, Le Fascisme français, 1924-1933, Paris, PUF, 1992.
  • Robert Soucy, Fascismes français ? 1933-1939. Mouvements antidémocratiques, Paris, Editions Autrements, 474p, 2004.
  • (en) Robert Soucy, Fascist intellectual: Drieu La Rochelle, University of California Press, 1979.
  • (en) Robert Soucy, « Fascism in France : problematizing the immunity thesis », éd. Brian Jenkins, France in the era of fascism : essays on the french authoritarian right, éd. Brian Jenkins, New-York, Berghahn Books, 2005.
  • Robert Soucy, « La Rocque et le fascisme français : réponse à Michel Winock », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 95, juillet-septembre, 2007, p. 219-236.
  • Zeev Sternhell, La Droite révolutionnaire 1885-1914. Les origines du fascisme français, Paris Editions du Seuil, 441p, 1978 (édition de poche, 1998) ISBN 2-07-074929-0
  • Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche, l'idéologie fasciste en France, Paris, Editions du Seuil, 497p, 1983 (édition de poche, 1984) ISBN 2-87027-788-1
  • Zeev Sternhell - Mario Sznajder - Maia Asheri, Naissance de l'idéologie fasciste, Paris, Fayard, 1989 (édition de poche chez Gallimard, 1994) ISBN 2-213-02157-0
  • Zeev Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français, Paris, Fayard, 432p, 2000.
  • Michel Winock, La Fièvre hexagonale. Les grandes crises politiques de 1871 à 1968, Paris, Editions du Seuil, 471p, 1987. ISBN 2-02-028516-9
  • Michel Winock, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Paris, Editions du Seuil, 444p, 1990 ISBN 2-02-065520-9
  • Michel Winock (dir.), Histoire de l'extrême-droite en France, Paris, Seuil, 325p, 1993 (édition de poche, 1994. ISBN 2-02-023200-6

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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