Fantaisie-Impromptu

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Fantaisie-Impromptu
Opus posthume 66
Image décrite ci-après
Premières mesures de la Fantaisie-Impromptu de Chopin, éditée par J. Fontana

Genre Impromptu
Musique Frédéric Chopin
Durée approximative env. 5 min
Dates de composition 1835
Création 1855
Paris

La Fantaisie-Impromptu de Frédéric Chopin en do dièse mineur, Opus posthume 66, est une composition pour piano seul et l'une de ses plus célèbres œuvres. Elle fut écrite en 1835 et dédiée à Madame la Baronne d'Esté. C'est le quatrième et dernier des Impromptus du compositeur, bien que chronologiquement il ait été achevé en premier.

C'est seulement l'année 1855, après la mort de Chopin (en 1849), que Julian Fontana publia l'ouvrage, malgré la volonté contraire du compositeur. C'est également à lui que l'on doit l'ajout subjectif de "fantaisie" au nom de la pièce. L'œuvre fut créée à Paris l'année de son édition par Marcelline Czartoryska, brillante pianiste élève de Carl Czerny puis de Chopin[1].

Fantaisie-Impromptu, Op. posth. 66
Joué par Martha Goldstein sur un piano Érard de 1851
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Commentaire[modifier | modifier le code]

Si le terme Impromptu renvoie à l'idée d'improvisation (ici des flots cristallins de notes se meuvent sur le clavier, sans développement), la structure n'en est pas pour autant négligée, le morceau se composant, comme les trois autres Impromptus, de trois parties bien distinctes : un premier thème, un épisode central plus expressif, contrastant dans le caractère avec le précédent, et enfin la réexposition du sujet initial.

La partition, mesurée à 2/2, instaure dans l'énoncé motif, indiqué allegro agitato, un système polyrythmique - la main droite joue des doubles croches tandis que la main gauche joue des sextolets de croches - et déploie une figuration de notes sans cesse en mouvement. Cette section s'achève sur une énergique descente chromatique con forza, suivie d'une cadence de virtuosité tout aussi éclatante.

Le thème central moderato cantabile qui arrive est annoncé par un court largo, composé de deux mesures de croches pesantes. Il y a modulation en ré bémol majeur, l'équivalent enharmonique de do dièse majeur. Ici l'atmosphère est beaucoup plus tendre et rêveuse, les doubles croches de la main droite laissent place à une mélodie délicate et poétique, la polyrythmie demeurant, mais de manière moins prononcée.

Puis le tempo presto ressurgit, avec la tonalité de do dièse mineur et l'ondoiement initial. Le morceau s'achève à la manière d'une fantaisie ambigüe, dans une coda paisible et mystérieuse, avec la répétition des quelques premières notes du thème de la section moderato à la main gauche, tandis que la main droite poursuit son flot de doubles croches dans un decrescendo jusqu'au pianissimo.

Une œuvre très inspirée ?[modifier | modifier le code]

La Fantaisie-Impromptu présente certaines similitudes avec le troisième mouvement de la Sonate n° 14 dite "au clair de lune", de Beethoven. Deux mesures après l'entrée de la main droite, une soudaine envolée allant et venant affiche exactement les mêmes notes que la cadence de la sonate au clair de lune, dernier mouvement presto agitato. La tonalité, le tempo indiqué ainsi que le climax sur un accord de quarte et sixte sont autant d'autres points d'analogie entre les deux partitions[2].

Beethoven, clair de lune III - extrait cadence.jpg
La cadence du mouvement final de la sonate au clair de lune, de Beethoven, mesure 187 (1801)


Chopin extrait Fantaisie-Impromptu.jpg
Mesures 7 et 8 de la Fantaisie-Impromptu (1835). À partir du sol, 10e note de la main droite, l'enchaînement est identique, à l'octave supérieure.

Cependant, les analogies les plus troublantes se retrouvent avec l'impromptu opus 89 de Ignaz Moscheles, publié en 1834 soit un an avant l'écriture de la Fantaisie-Impromptu

Moscheles-impromptu.PNG


Ces parentés pourraient expliquer le refus de Chopin de voir sa composition publiée.

De l'édition par Fontana et celle autographe[modifier | modifier le code]

En 1855, Fontana publie les "Oeuvres Posthumes pour le piano de Fred. Chopin", ops. 66-73. L'édition de la Fantaisie-Impromptu comporte quelques différentes notables avec l'autographe, afin de faciliter l'exécution. Quelques voix intérieures sont remaniées, des notes supprimées, et des indications d'expression modifiées ou ajoutées[3]. Malgré cela, la version Fontana reste la plus souvent jouée, du fait de sa publication antérieure à l'Urtext, et de sa plus large diffusion et disponibilité.

Extrait Fantaisie-Impromptu version autographe.jpg
Mesures 119 à 121 dans la version autographe de Chopin (1835)


Extrait Fantaisie-Impromptu version Fontana.jpg
Les mêmes mesures dans la version revue par Fontana (1855)

Références[modifier | modifier le code]

  1. François-René Tranchefort (dir.), Guide de la musique de piano et de clavecin, Paris, Fayard, coll. « Les indispensables de la musique »,‎ 1987, 870 p. (ISBN 978-2213016399)
  2. Felix Salzer, Aspects of Schenkerian Analysis, David Beach, éd. Yale University Press, 1983
  3. Partition Chopin - Urtext, Impromptus, éd. G. Henle Verlag

Liens externes[modifier | modifier le code]