Fadhma Aït Mansour Amrouche

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Marguerite-Fadhma Aït Mansour Amrouche, née en 1882 à Tizi Hibel (dans l'actuelle commune d'Aït Mahmoud, en Algérie) et morte le 9 juillet 1967 à Saint-Brice-en-Coglès (Ille-et-Vilaine), mère des écrivains Jean et Taos Amrouche, est une femme de lettres algérienne d'origine kabyle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

La mère de Fadhma, Aïna Aïth Larbi Ou-Saïd, née dans les environs de Taourirt Moussa (actuelle wilaya de Tizi-Ouzou) en Haute Kabylie, est d'abord mariée très jeune à un homme beaucoup plus âgé, avec qui elle a deux enfants. À la mort de son mari, elle décide de vivre seule avec ses deux enfants, refusant l'offre de son frère Kaci de venir habiter chez leur mère, comme le voudrait la coutume. Son frère la renie : écartée de la famille, elle ne peut pas assister aux funérailles de sa mère.

Aïna et un homme de son voisinage, qui s'avère être de la même famille que son ancien mari, tombent amoureux. Aïna tombe enceinte, mais cet homme, déjà fiancé avec une autre femme de famille importante, refuse de reconnaître la paternité. Aïna est exclue de la communauté et accouche seule dans sa maison de Tizi Hibel, avec ses deux jeunes enfants.

Conversion au catholicisme[modifier | modifier le code]

Fadhma Aït Mansour naît donc fille illégitime d'une mère veuve. Dans son enfance, elle subit la méchanceté des villageois, avec de nombreuses violences. En 1885, sa mère la confie aux sœurs des Ouadhias : elle y est persécutée par les religieuses. Sa mère se remarie.

En 1886, Fadhma entre au pensionnat laïque de Taddert Ou-Fella près de Fort National. Elle passe son certificat d'études en 1892.

Elle retourne ensuite à son village près de sa mère, qui lui apprend les coutumes et les savoirs traditionnels, notamment des chants et poèmes kabyles. Elle part travailler à l'hôpital chrétien d'Ait Manguellet. Les sœurs blanches, catholiques, ont une grande emprise sur elle, et finissent par la convertir. Lors de son baptême, elle reçoit le nom de Marguerite.

Mère de famille et écrivain[modifier | modifier le code]

Elle rencontre un autre Kabyle converti au catholicisme, originaire d'Ighil Ali en petite Kabylie, Antoine-Belkacem Amrouche, avec qui elle se marie, alors qu'elle a 16 ans et lui 18. Ils ont ensemble huit enfants : Paul-Mohand-Said (1900-1940), Henri-Achour (1903-1958), Jean-El-Mouhoub (1906-1962), Louis-Marie (1908-1909), Louis-Mohand-Seghir (1910-1939), Marie-Louise-Taos (1913-1976), Noël-Saadi (1916-1940) et René-Malek (1922-).

La famille Amrouche, après avoir habité quelque temps à Ighil Ali chez les beaux-parents de Fadhma, quitte l'Algérie pour s'installer à Tunis. Fadhma y passe la majeure partie de sa vie, mais ne cesse de penser à sa Kabylie natale : « J’étais toujours restée en Kabylie, malgré les quarante années que j’ai passées en Tunisie, malgré mon instruction foncièrement française… ».

En 1930, elle entreprend, avec sa fille Taos et son fils Jean, l'écriture et la traduction en français de ces chants berbères, conservés jusque là par la tradition orale.

Elle subit de nombreux décès dans sa famille, et compose elle-même des poèmes pour des enfants partis trop tôt. Ces textes sont mis à l'honneur dans les Chants berbères de Kabylie de Jean Amrouche en 1939. Ils sont également en partie repris par sa fille Taos Amrouche dans Le Grain magique, publié en 1966.

Belkacem, son mari, meurt le 27 décembre 1958 et elle, le 9 juillet 1967 à l’hôpital rural[1] de Saint-Brice-en-Coglès près de Fougères, à l'âge de 85 ans, après avoir vécu quelques années dans la commune voisine de Baillé.

Autobiographie posthume[modifier | modifier le code]

En 1968, son autobiographie Histoire de ma vie est publiée à titre posthume. À travers ce récit, Fadhma peint le combat de la femme kabyle du XXe siècle, sa place entre la Kabylie, sa langue et la langue de l'empire colonial, dans cette société kabyle qui lui impose de nombreuses contraintes, sa religion, pourtant exercée discrètement, mais qui la force à l'exil, les coutumes au nom desquelles cette même société l'exclut, en la punissant durement déjà avant même sa naissance, mais aussi cette culture berbère, et ses chants folkloriques qui lui « avaient permis de supporter l'exil et de bercer [s]a douleur. »

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Allée « Fadhma Amrouche Poétesse (1882-1967) » à Baillé (Ille-et-Vilaine)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Actuellement : « Centre Hospitalier des Marches de Bretagne, site de Saint Brice en Coglès ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]