Fabrice Tourre

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Fabrice Tourre né en 1979, est, jusqu'à une plainte de la SEC en 2010 (dans le cadre de la crise des subprime), un opérateur de marché français, spécialisé dans les produits exotiques, à l'origine d'un scandale financier impliquant son employeur, Goldman Sachs. Alors qu'il signale dans un message privé[1] qu'un de ses collègues l'appelle Fabulous Fab (« Fab le Fabuleux »), ce surnom est ensuite abondamment repris dans la presse, suite à la diffusion de l'email.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un père cadre et d'une mère podologue, ayant grandi au Plessis-Robinson[2],[3], Fabrice Tourre étudie aux lycées Henri IV et Louis-le-Grand. Après un stage ouvrier dans l'Ohio[4] et un stage de deux mois dans le Groupe Bouygues, il est diplômé en 2001 de l'École centrale Paris[5]. Il part ensuite effectuer un master en recherche opérationnelle à Stanford en 2001 et est immédiatement embauché par Goldman Sachs où il rejoint la division des crédits hypothécaires, dans l'équipe de Jonathan Egol[2]. Il devient, de 2004 à 2007[6], opérateur de marché en dérivé de crédit exotique (analyste, associate puis vice-président). Il vit alors dans un appartement très onéreux de West Village[3]. D'après la presse américaine, en 2007, ses primes (bonus) lui permettent de gagner deux millions de dollars[7].

En 2008, Fabrice Tourre est promu executive director au sein de Goldman Sachs International, la filiale londonienne[8]. À partir de mi-avril 2010, suite à la plainte de la Securities and Exchange Commission (SEC), sa licence d'opérateur lui est retirée[2]. Il ne travaille plus dans la firme, recevant cependant un salaire, Goldman Sachs prenant également à sa charge ses frais d'avocat[9]. Il touche ainsi 738 000 dollars en 2010[4].

Fin 2011, Goldman Sachs le place en congé sans solde, sans pour autant cesser de prendre en charge ses frais d'avocat[10].

Le 21 mars 2012, la SEC indique que Fabrice Tourre est résident de Kigali, au Rwanda[11]. Pour le New York Times, il y est alors en mission humanitaire : il affirme vouloir améliorer le rendement de la culture de café[3].

Le 31 janvier 2013, il quitte Goldman Sachs[2], alors qu'il a commencé un doctorat d'économie à l'université de Chicago, ville dont il est résident[10].

En 2014, il devient chargé du cours d'« Éléments d'analyse économique » à l'Université de Chicago[12],[13].

L'affaire Abacus[modifier | modifier le code]

En 2005, conjointement avec Jonathan Egol et sur demande du fonds Paulson[14], il crée un nouveau CDO, « Abacus », adossé à des CDS sur subprimes, vendu à des investisseurs institutionnels en 25 deals pour un total de 10,9 milliards de dollars[15] (le produit est noté AAA par les agences de notation financière[16]).

Dans le cadre de la crise des subprimes, en cachant leur origine (la volonté du fonds Paulson de jouer la chute des subprimes) derrière le cabinet ACA, la banque propose avec succès la version 2007-AC1 du produit du fonds Paulson à ses clients (IKB, ABN Amro)[17] jusqu'à la mi-2007 alors qu'elle vend ceux qu'elle détient en compte propre à partir de décembre 2006[18] ; Abacus perd par la suite 99 % de sa valeur[19], ce qui provoque fin 2009 l'ouverture d'une enquête de la Securities and Exchange Commission (SEC) [20].

Le 16 avril 2010, la SEC annonce une plainte pour fraude contre Goldman Sachs, qui entraîne immédiatement une chute du titre de la banque de 12 % et un recul des marchés[21]. La plainte vise aussi Fabrice Tourre[22], s'appuyant en particulier sur un email de ce dernier du 23 janvier 2007, en pleine crise, où il prédit l'écroulement et se vante d'être le seul à pouvoir y survivre, et sur un document écrit ensuite par lui, le 26 février, détaillant une vente d'un milliard de dollars du CDO abacus. Selon la plainte de la SEC, il a agi sous l'influence de John Paulson, patron du fonds, qui n'est pas inquiété[23]. Il fait alors la une du site Internet de CNN[24].

Le 27 avril, Fabrice Tourre et plusieurs dirigeants de Goldman Sachs sont auditionnés par la sous-commission des enquêtes du Sénat des États-Unis, durant laquelle il nie les accusations de la SEC[25], expliquant que Goldman Sachs a lui-même perdu cent millions de dollars sur des positions en lien avec l'opération visée par l'enquête[6]. Le sénateur Ted Kaufman déclare ensuite au Monde : « Il était arrogant et même super arrogant [...] Il était du genre : vous n'avez pas le droit de me poser ces questions et j'en sais plus que vous sur ce dossier. »[2]

Le 15 juillet, un accord entre Goldman Sachs et la SEC est révélé : l'abandon des poursuites contre une amende record de 550 millions de dollars. Fabrice Tourre est cependant « lâché »[26] par Goldman Sachs : il reste seul poursuivi dans l'affaire[27].

Fabrice Tourre déclare le 19 juillet qu'il s'est « raisonnablement reposé sur les procédures institutionnelles de Goldman Sachs »[28], et que l'ensemble des services compétents de la banque participaient aux opérations[29].

Le 10 juin 2011, le tribunal fédéral de Manhattan accepte partiellement la plainte, estimant que « Tourre était le principal responsable du produit Abacus et de ses prospectus de vente », et que la SEC a produit suffisamment d'arguments montrant qu'il avait trompé ses clients[30] ; le 22 septembre, Fabrice Tourre fait appel de cette partie de la décision[31], appel rejeté le 18 octobre[32].

Le 24 avril 2012, la cour suprême de l'État de New York autorise ACA Financial Guaranty Corporation à poursuivre Goldman Sachs, alors que la procédure suivant la plainte de la SEC est toujours en cours, Fabrice Tourre étant soupçonné d'avoir volontairement trompé ce cabinet[33].

Le procès, où il plaide non coupable après avoir refusé une transaction, s'ouvre le 15 juillet 2013[34],[35] ; La Tribune le qualifie de « procès le plus emblématique de la crise financière de 2008 »[36]. Sa défense reste financée par Goldman Sachs[37], mais son supérieur hiérarchique Jonathan Egol (devenu directeur général) et sa subordonnée Gail Kreitman témoignent tous deux en affirmant que Fabrice Tourre était seul aux commandes d'Abacus[38]. Le 1er août, le jury le juge coupable de six chefs d'accusation sur sept, dont la fraude boursière[39]. Le 16 décembre, la SEC annonce demander 910 000 dollars d'amende, sans pouvoir demander l'aide de Goldman Sachs[40], pour finalement obtenir un peu plus de 825 000 dollars le 13 mars 2014[41].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. e-mail tel que diffusé et publié par le Daily Telegraph
  2. a, b, c, d et e Marc Roche, Fabrice Tourre, le Dr Frankenstein de Goldman Sachs, Le Monde, 15 juillet 2013
  3. a, b et c Susanne Craig et Ben Protess, After Goldman and Before Trial, a Global Education for Fabrice Tourre, DealBooks, The New York Times, 14 juillet 2013
  4. a et b Alexandre Duyck et Alexis Buisson, Goldman Sachs : Fabrice Tourre, seul coupable?, Le Journal du Dimanche, 28 juillet 2013
  5. Résumé biographique sur New York Magazine
  6. a et b Remarque préparées à la sous-commission des enquêtes du Sénat américain, 27/04/2010
  7. Bertrand de Volontat, Tourre, Iksil, Kerviel: Ces Français qui symbolisent la crise des subprimes, 20minutes.fr, 16 juillet 2013
  8. « La Banque Goldman Sachs accusée, la bourse chute », radiocanada.ca, 16/04/2010 [1]
  9. Les Echos, 21/07/2010 « Le trader français Fabrice Tourre continue de se défendre face aux accusations de la SEC ».
  10. a et b Justin Baer et Ben Kesling, « From 'Fabulous Fab' to Grad Student », The New York Times, 25 avril 2013
  11. Bob Van Voris, « Goldman’s Tourre Travels to Rwanda While Awaiting Trial », Bloomberg, 24 mars 2012
  12. Slate
  13. « Fabulous Fab », de trader condamné à prof d'économie, Le Monde, 27 février 2014
  14. Isabelle de Foucaud, « Le gendarme américain de la Bourse vise Goldman Sachs », lefigaro.fr, 29/12/2009 [2]
  15. « Banks Bundled Bad Debt, Bet Against It and Won », New York Times, 23/12/2009 [3]
  16. Pierre Challier, Procès de Fabrice Tourre : un trader français face à l'Amérique, La Dépêche, 16 juillet 2013
  17. Bertille Bayart, « Un Français de 31 ans impliqué dans l'affaire Goldman Sachs », Le Figaro, 16/04/2010 [4]
  18. Marc Roche, « Le système Goldman Sachs en accusation », Le Monde, 17/04/2010 [5]
  19. AFP, « Goldman Sachs poursuivi pour fraude », 17/04/2010 [6]
  20. Marc Roche, « Goldman Sachs vendait à ses clients des subprimes... dont il se débarrassait en douce », Le Monde, 29/12/2009 [7]
  21. Dominique Gallois, « Les Bourses douchées par Goldman Sachs », Le Monde, 18/04/2010 [8]
  22. leparisien.fr, « Un trader français au cœur d'un scandale à Wall Street » [9]
  23. James Quinn, « Goldman Sachs, Fabrice Tourre and the complex Abacus of toxic mortgages », Daily Telegraph, 16/04/2010 [10]
  24. Alexandra Geneste, « [11] Le «monstrueux» coup de «Fabuleux Fab» », Libération, 20 avril 2010
  25. AFP, « Goldman Sachs : le trader français "nie catégoriquement" », 27/02/2010, [12]
  26. Mathilde Golla, LeFigaro.fr, 20/07/2010, Tourre refuse d’être le bouc émissaire de Goldman Sachs
  27. Guillaume Errard, « [13] », Le Figaro du 16/07/2010
  28. NouvelObs.com, 20/07/2010, Fabrice Tourre met en cause Goldman Sachs
  29. BFM Radio le 20/07/2010 Scandale Goldman Sachs : Fabrice Tourre se défend
  30. AFP, « Goldman Sachs: Fabrice Tourre sera jugé, décide un tribunal de New York », 11 juin 2011
  31. Grant McCool, « Goldman's Tourre seeks appeal in SEC fraud case », Reuters, 22 septembre 2011
  32. « Judge Rejects Tourre Request For Partial Appeal », FINalternatives, 18 octobre 2011
  33. Grant McCool, « Fraud lawsuit survives over Goldman's Abacus CDO », Reuters, 24 avril 2012
  34. (fr) « "Fabulous Fab" : le seul coupable ? », Laure Curien, Le Journal International, 24 juillet 2013
  35. Le procès de Fabrice Tourre est aussi celui des dérives de la finance, Le Monde, 15 juillet 2013
  36. Christien Lejoux, Procès de Fabrice Tourre : l'ancien trader de Goldman Sachs joue la carte du "low profile", La Tribune, 26 juillet 2013
  37. "Fabulous Fab", un trader mi-ange mi-démon, lemonde.fr, 15 juillet 2013
  38. Sylvain Cipel, "Fabulous Fab", trader solitaire, M, le magazine du Monde, 25 juillet 2013
  39. Fabrice Tourre, l'ex-courtier de Goldman, jugé coupable de fraude boursière, lemonde.fr avec AFP, 1er août 2013
  40. « Fabrice Tourre mis à l'amende par le gendarme boursier américain »
  41. Lemonde.fr et AFP, « Fraude boursière : l'amende de Fabrice Tourre réduite », 13 mars 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]