Fabrice Emaer

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Fabrice Paul Emaer (1er mai 1935 - 11 juin 1983)[1],[2],[3] était un propriétaire de clubs parisiens[4], devenus célèbres avec le temps comme Le Sept, rue Sainte-Anne.

En 1978, il ouvre la plus grande boîte de nuit parisienne en s’inspirant du Studio 54 à New York, dans un vieux music-hall désaffecté qu'il a racheté et rénové : Le Palace. Là, des personnalités des arts, de la politique, des écrivains se mêlent à la clientèle hétéroclite. Le punk et le bourgeois, l’homosexuel et l’hétérosexuel se côtoient : Grace Jones, Jack Lang, Pierre et Gilles, Amanda Lear, Anouchka, Christophe Mourthé, Anemone, Yves Saint Laurent, John Travolta, Alain Pacadis… La réputation de ses établissements et les fêtes d’exception qu’il organise lui valent le surnom de « Prince de la Nuit »[5], Amanda Lear en 1979 lui rend hommage dans une chanson : Fashion Pack qui dit, « In Paris you got to be seen at Maxim’s / The Palace / The 7 and then go Chez Regine. »[6]

Il meurt en 1983 d’un cancer du rein.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il grandit à Wattrelos près de Lille. Son père est représentant de commerce pour des filatures locales et sa mort très jeune laisse sa famille dans le désarroi financier. À 17 ans le jeune homme quitte sa famille, voyage en Afrique du Nord et sur la Côte d’Azur avant de s’installer à Paris. Il change son prénom, Francis, pour prendre celui de Fabrice plus « chic ». Il travaille alors comme styliste et maquilleur[7],[8].

Il ouvre son premier club, « Le Pimm's Bar », en 1964, qui devient très vite un rendez-vous pour les homosexuels[9].

En 1968 au 7, Saint-Anne il ouvre Le Sept (7) : restaurant au rez-de-chaussée et piste de danse au sous-sol. Le décor est simple, miroirs sur les murs, plafond éclairé de multiples lampes multicolores qui rythment la musique.

La grande innovation du Sept c'est qu’il était défini par le « glamour », pas l’« homosexualité ». Chacun pouvait y entrer, gay, hétéro, bi. Il n’était pas nécessaire d’être riche ou célèbre dit l’ancien DJ du Sept Guy Cuevas, mais il fallait être beau[10],[11]. On a pu y voir entre mille autres Francis Bacon, Nureyev, Roland Barthes, Bianca and Mick Jagger, Andy Warhol, Fred Hughes, Karl Lagerfeld, Yves Saint Laurent et Kenzo[10].

Après un voyage à New York en 1977, Fabrice Emaer affiche de plus grandes ambitions, celle, notamment, de concurrencer le Studio 54 sur le modèle de La Main bleue, discothèque installée à Montreuil depuis 1976 et décorée par Philippe Starck[12]. Il trouve le Studio 54 « stérilisé et tout juste bon pour les agences de mode et les émirs de Régine ». Il en moque la clientèle trop « clean », trop « bien élevée qui semble nourrie à la meilleure qualité de céréale »[13].

Les années Palace[modifier | modifier le code]

Sur la recommandation du ministre de la Culture, Michel Guy, Emaer s’installe au Palace un ancien théâtre délabré rue du Faubourg-Montmartre[14]. Il restaure à grands frais le lieu et demande au peintre Gérard Garouste de le décorer.

C’est à nouveau le grand succès. Le soir de l’ouverture, le 1er mai 1978, il n’y a pas une place de plus pour entrer[9]. À la porte d’entrée Edwige et Paquita Paquin ont pour mission de choisir qui peut pénétrer : un mélange de riches et de pauvres, gays ou hétéros, noirs ou blancs, bourgeois ou punks. Ce qu’elles devaient déterminer, c’est une attitude, un look… Le dimanche l'entrée du club était gratuite pour les gays, c'était le Tea Dance.

Toute la jet-set fan du Sept se retrouva au Palace. En tête, le journaliste de Libération Alain Pacadis, le futur ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, Madonna encore inconnue ou Paloma Picasso qui s'y maria.

Emaer qui ne s’immisçait pas publiquement dans la politique, fit une exception en 1981 en demandant que l’on vote pour François Mitterrand. Il était ouvertement homosexuel et militant de la cause homosexuelle. Paquita Paquin dans ses mémoires, Vingt ans sans dormir, raconte que l’appel de Fabrice à voter Mitterrand entraîna de nombreux retours de la carte du « Privilege », carte qui donnait l'accès à la loge VIP du Palace[15].

Ce fut le début du déclin qui alla de pair avec la chute du disco. Fabrice Emaer mourut d’un cancer en 1983. Sa mort fut annoncée à la Une du quotidien Le Monde daté du 14 juin 1983.

Épitaphe[modifier | modifier le code]

Par Fabrice Emaer lui-même: « J’ai eu pas mal de succès dans ma vie. Mais je n'ai pas gagné un sou[8]. »

Emaer dépensa tout l’argent qu’il gagnait dans des réfections du Palace et dans le confort qu’il y faisait régner. Éléments qui ont contribué à la légende du lieu[16],[17].

Fabrice Emaer est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Didier Eribon, Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, éditions Larousse p. 174
  2. Hexagone Gay Portrait de Fabrice Emaer
  3. Frédéric Martel, Le rose et le noir, Essais Points p. 132-134 p. 268-271
  4. Vivre et survivre dans le Marais : au cœur de Paris du Moyen Âge à nos jours par Jean-Pierre Azéma, books.google.fr
  5. "Club: Le Palace" Disco-disco.com. Retrieved on 2010-01-26.
  6. Fashion Pack (Studio 54) Anthony Monn - Amanda Lear. Eurodisc / Ariola. 1979.
  7. Drake, Alicia (2006). The Beautiful Fall: Lagerfeld, Saint Laurent, and Glorious Excess in 1970s Paris. New York: Little, Brown. p. 120. ISBN 978-0316768016
  8. a et b Koymasky, Matt & Andrej, Famous LGBT People: Fabrice Emaer Retrieved on 2010-01-26.
  9. a et b Lestrade, Didier. Mars 99 "Palace - comportement 80" Têtu Magazine. Retrieved on 2010-01-11
  10. a et b Drake, Alicia (2006). The Beautiful Fall: Lagerfeld, Saint Laurent, and Glorious Excess in 1970s Paris. New York: Little, Brown. p. 119. ISBN 978-0316768016
  11. Bacos, Bernard. "Le Sept / Le Palace" Le Paris branché des années 70. Retrieved on 2010-01-11.
  12. Vincent Sermet, Les musiques soul et funk. La France qui groove des années 1960 à nos jours, Paris, L'Harmattan, 2008, p. 341-342.
  13. Drake, Alicia (2006). The Beautiful Fall: Lagerfeld, Saint Laurent, and Glorious Excess in 1970s Paris. New York: Little, Brown. p. 255. (ISBN 978-0316768016)
  14. Balendras, Laurent. Nov 2008. "Ça, c’est Palace" Labelenchanteur.blogspot.com. Retrieved on 2010-01-14.
  15. Paquin, Paquita (2005). Vingt ans sans dormir, Paris : Éditions Denoël. (ISBN 978-2207255698)
  16. Lestrade, Didier. Mars 99 "Palace - comportement 80" Têtu Magazine. Retrieved on 2010-01-11.
  17. Têtu no 32 [1]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • INA Cristal palace JA2 20 h - 17/04/1978 - min 39 s inclut l'interview de Fabrice Emaer
  • Rose Palace, documentaire réalisé par Colin Ledoux 2003 Planète Durée: 52'
  • Les années palace Documentaire réalisé par François Jonquet et Chantal Lasbats 2005 France 5
  • Paris, années 80 : les branchés. Documentaire réalisé par Gérard Miller 2009 Durée : 52 minutes France 3 Paris Île-de-France Centre