Fabien Lévy

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Fabien Lévy

Naissance 11 décembre 1968
Paris, Drapeau de la France France
Activité principale compositeur français
Éditeurs Ricordi, Billaudot

Fabien Lévy est un compositeur français né le 11 décembre 1968 à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fabien Lévy étudie la composition avec Gérard Grisey au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, et l'analyse musicale avec Michaël Levinas, l'ethnomusicologie avec Gilles Léothaud, et l'orchestration avec Marc-André Dalbavie.

Diplômé de l'ENSAE ParisTech (promotion 1992) et d'un master analyse et politique économique (EHESS, ENS Ulm, Delta), il a occupé en parallèle à son activité de compositeur différents postes de recherche avant de se consacrer exclusivement à la musique à partir de 1994.

Fabien Lévy est actuellement professeur de composition à la Hochschule für Musik Detmold. Il a auparavant été assistant-professor en composition à l'université Columbia de New York de 2006 à 2012, enseigné l'orchestration au conservatoire de Berlin (Hochschule für Musik Hanns Eisler) entre 2004 et 2006, et a été chargé de cours à la Sorbonne et conseiller pédagogique à l'IRCAM (1998-2001).

Il a été lauréat de nombreux prix, dont le Composer's price de la Fondation Ernst von Siemens en 2004, et le Rostrum de l'Unesco pour sa pièce pour alto et orchestre Hérédo-Ribotes en 2002. Il a également été pensionnaire de la villa Médicis (Académie de France à Rome) en 2002-2003 et du programme d'artiste à Berlin du Deutscher Akademischer Austauschdienst (DAAD Berliner Künstlerprogramm) en 2001.

Ses œuvres instrumentales (orchestre, musique de chambre, solistes) et électroniques ont été interprétées entre autres par le Quatuor Habanera, l'Ensemble l'Itinéraire, l'Ensemble Modern de Francfort, l'Ensemble Recherche de Freiburg, le London Sinfonietta, l'Orchestre de la Radio de Berlin, le Tokyo Symphony Orchestra, Claude Delangle ou l'Ensemble Argento. Ses œuvres sont publiées par Billaudot (1998-2008) et, depuis 2008, par Ricordi Allemagne.

Esthétique[modifier | modifier le code]

L'esthétique singulière de ce compositeur est complexe à définir, et en constante évolution.

Ses premières œuvres « mures » (après 1996) s'inspirent directement de certains principes de la musique spectrale (il a étudié avec Gérard Grisey), en particulier un retour à la perception et un refus des combinatoires sur le signe et sur les paramètres musicaux travaillés séparément. Sa formation en mathématiques, son intérêt pour les illusions et les paradoxes (par exemple pour le travail du compositeur Jean-Claude Risset), et l'influence du philosophe Vladimir Jankelevitch ont certainement contribué à cette esthétique initiale centrée sur le transparamétrique, les inflexions musicales (l'auditeur doit idéalement percevoir des phénomènes musicaux « ineffables », c'est-à-dire défiant une perception plus analytique), un certain minimalisme d'apparence dans des textures en fait finement ciselées, et une abstraction musicale non dénuée d'émotion.

Dans les années qui suivent, Fabien Lévy se détache de plus en plus d'une conception normative, universaliste, et psychoacoustique de la perception qui prédominait chez les compositeurs spectraux comme chez les néo-tonaux. Ses réflexions portent sur les limites et les déconstructions de différentes caractéristiques de la musique en Occident. La musique de Lévy devient plus ludique, jouant sur des illusions culturelles, des références, des déconstructions de catégories musicales classiques (telles que les notions traditionnelles de contrepoint, de note ou d'intervalle, de soliste face à un ensemble, de disposition orchestrale, et même, plus récemment, d'instrumentalité et du concept d'« œuvre musicale »). Il y a des influences directes de musiques issues d'autres cultures (notamment asiatiques et africaines -avec des techniques de cross rhythm et de hoquet influencés par les musiques pygmées et ouldémé). Sa découverte de la philosophie de Jacques Derrida l'ont conforté dans cette voie de déconstruction des « signes » (écrits mais aussi perçus) de la musique. L'œuvre devient plus organique et formellement plus contrastée. L'instrument musical n'est souvent plus reconnaissable dans son unité, mais devient un ensemble de points dans une granulation polyphonique complexe et très écrite. Dans les œuvres les plus récentes, Fabien Lévy compose d'ailleurs moins pour l'instrument de musique que pour un instrumentiste humain aux capacités diverses (utilisation de la voix ou du sifflement du musicien, en hoquet avec l'instrument). En outre, le musicien se détache généralement de moins en moins du groupe et de la texture en mosaïque. Certains musicologues germanophones ont parlé, pour positionner la musique de Lévy, de « synthèse granulaire instrumentale » (tout comme la musique spectrale pouvait être une sorte de « synthèse additive instrumentale »), et d'un plaisir de déconstruire l'instrumentalité des instruments de musique sans refuser cependant leur « caisse de résonance », ni leur organologie, à la différence de compositeurs plus « bruitistes » comme Helmut Lachenmann ou Salvatore Sciarrino. Certaines œuvres sont des formes ouvertes, même si elles sont entièrement déterminées (Soliloque sur..., Sonneries de Cantenac). Les œuvres récentes de Fabien Lévy font souvent appel à des références culturelles plus ou moins cachées, et à des pulsations rythmiques ou polymétriques affirmées.

L'œuvre s'accompagne d'une réflexion théorique abondante mais qu'on ne peut pas détacher de l'œuvre elle-même, et qui l'inspire. Les compositions doivent au contraire être appréhendées sans connaissance consciente des réflexions qui les ont fait naître, et être écoutées « comme un enfant » (comme le compositeur le demande lui-même dans le texte de présentation de sa pièce à propos, pièce hommage à des artistes de l'Arte povera).

Enfin, et paradoxalement, ce compositeur plaide pour une certaine autonomie de la musique mais présente son attitude de déconstruction musicale comme un geste non seulement musicalement inspirateur (recherche personnelle de nouveaux horizons musicaux), mais également politique (l'« écouter autrement »).

Catalogue (extrait)[modifier | modifier le code]

  • à tue-tête, pour neuf instruments à vent spatialisés (2014)
  • Toward the door we never opened, pour quatuor de saxophones (2013)
  • Danse polyptote, pour accordéon et violoncelle (2013)
  • Après tout, pour six chanteurs, six musiciens et électronique (2012)
  • À peu près de, pour deux trompettes (2010)
  • À propos, pour flute, clarinette, piano, violon, violoncelle (2008)
  • Sonneries de Cantenac, pour quatre instruments à vent à registre commun (2008)
  • Pour Orchestre pour grand orchestre (2008)
  • Lexèmes hirsutes pour violoncelle solo (2007)
  • Querwüchsig pour ensemble (2007)
  • Tre volti del volubile Ares pour orchestre d'harmonie professionnel (2006)
  • Les Murmures d'une orchidée solitaire pour deux Guqin, flûtes chinoises, orgue hammond, harpe, violon & violoncelle (2004)
  • Risâla fî-l-hob wa fî'lm al-handasa [Petit traité d'amour et de géométrie] pour flûte, clarinette, euphonium ou saxophone ténor, violon & violoncelle (2003)
  • Soliloque sur [X, X, X et X] commentaire par un ordinateur d'un concert mal compris de lui (2002)
  • Hérédo-ribotes pour alto solo et 51 musiciens d'orchestre (2001)
  • Où niche l'hibou ? petites pièces pédagogiques pour un jeune élève et son professeur (versions pour deux saxophones ou deux flutes ou deux clarinettes) (1999)
  • Coïncidences pour ensemble de 33 musiciens (1999)
  • Durch, in memoriam G. Grisey pour quatuor de saxophones (1998)
  • L'Air d'ailleurs-Bicinium pour saxophone alto et bande (1997)
  • Dr B. pour baryton et basson. Théâtre musical, à partir d'un propos tiré de Die Schachnovelle de Stefan Zweig (1996)
  • Les deux ampoules d'un sablier peu à peu se comprennent, pour harpe solo amplifiée (1996)

Liens externes[modifier | modifier le code]