Faïza Guène
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Faïza Guène
| Nom de naissance | Faïza Guène |
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| Activités | Romancière, scénariste, réalisatrice |
| Naissance | Bobigny |
| Langue d'écriture | Français |
| Genres | Comédie sociale |
| Distinctions | Elle a obtenu plusieurs prix littéraires de la jeunesse, et a reçu notamment le Peter Pan Prize suédois. |
Faïza Guène, née en 1985 à Bobigny, est une romancière, scénariste et réalisatrice française d'origine algérienne.
Sommaire |
[modifier] Biographie
Ses parents sont originaires de l'Algérie de l’ouest. Elle a un frère et une sœur et a grandi parmi eux à Pantin, aux Courtillières, un quartier dit « sensible ». Passionnée par la lecture et le dessin, Faïza est une enfant précoce qui saute sa classe de CP car elle sait déjà lire. Quand son instituteur lui a demandé comment elle a fait, elle lui a répondu « en regardant la Roue de la Fortune ».
Faïza se fait remarquer à l’âge de 13 ans en fréquentant assidûment un atelier d’écriture audiovisuelle à Pantin, dirigé par l’association Les Engraineurs. De l’âge de 13 à 17 ans, elle écrit et réalise 5 courts-métrages en vidéo dont certains seront primés dans des festivals. Après avoir obtenu une subvention du Centre National du Cinéma à 18 ans, elle réalise un moyen-métrage en Super 16 mm, « Rien que des mots », dans lequel elle fera même jouer sa mère.
Durant la même année elle commencera son roman Kiffe Kiffe demain qu’elle écrira « comme un loisir ». Après avoir rédigé une trentaine de pages « au stylo plume sur des feuilles de classeur », le professeur de français responsable de l’atelier d’écriture lit ce texte et l’envoie à la maison d’édition Hachette Livre sans en avertir Faïza.
Une semaine plus tard, elle reçoit le coup de fil qui va changer sa vie. L’éditrice lui propose de signer un contrat et de terminer la rédaction du roman. À la sortie du livre, en septembre 2004, une journaliste du Nouvel Observateur consacre une double page à Faïza et encense le livre. La tornade médiatique commence alors et Kiffe Kiffe demain se vend à plus de 400.000 exemplaires et est traduit dans plus de 26 langues.
Toujours dans la veine de la comédie sociale, en 2006, Faïza publie « Du rêve pour les oufs » puis « Les Gens du Balto » en 2008.
Elle travaille actuellement sur son quatrième roman et écrit un scénario de long-métrage.
[modifier] Créations littéraires
Son premier roman, Kiffe Kiffe demain, a été l'une des meilleures ventes de l'année 2004 et a été traduit dans 26 langues[1]. Il a été vendu à 400.000 exemplaires en France. Elle publie en 2006 Du rêve pour les oufs, puis, en 2008, Les Gens du Balto, à l'édition Hachette Livre.
Ses romans dressent le portrait de gens ordinaires, d'antihéros, en utilisant une langue revigorée et souvent argotique. Ce style particulier, assez courant dans de nombreux autres pays comme en témoigne les livres du romancier Irvine Welsh, est plutôt rare et déconsidéré en France[2].
[modifier] Créations cinématographiques
Faïza Guène est réalisatrice de plusieurs courts-métrages. Parmi ceux-ci, on notera : La Zonzonnière en 1999, RTT et Rumeurs en 2002 et Rien que des mots en 2004. Elle est également auteur d'un documentaire intitulé Mémoires du 17 octobre 61 en 2002.
[modifier] Citations
- Extrait du roman « Les Gens du Balto »
Joël, dit Jojo, dit Patinoire
Je m'appelle Joël Morvier et j'ai décidé de raconter mon histoire moi-même. Depuis trente ans, je vis au milieu des journaux alors on me la fait pas. Je vois très bien comment ils déforment la réalité. Je préfère me fier à ma bouche. J'aurais eu soixante-deux ans en avril, le 12 du mois. Je dis ça pour information, je n'ai jamais fêté un anniversaire de ma vie. Il paraît que je suis un homme antipathique. Je dirais plutôt que j'ai reçu moins d'amour et de compassion que ce que je méritais. On me fait de faux procès. Je ne suis pas raciste. J'ai des valeurs et visiblement, ça dérange. Je suis tel que l'usine de la nature m'a fabriqué. On me traite d'insensible mais je n'ai pas eu le choix des options au commencement, ce qui n'a pas empêché la voiture de rouler. Fabrication française je précise. À les écouter, faudrait s'émouvoir du moindre enfant violé. Moi aussi je regarde des images à la télévision, les attentats, les accidents, les ouragans et les vieillards qui crèvent de chaleur. Rien à faire. Ça ne me touche pas. J'ai perdu mon père assez jeune. Je ne suis pas le seul. Un père, ça meurt un jour ou l'autre. C'est pas pour faire chialer que je raconte ça, seulement pour expliquer. J'ai vécu quelques années avec mon oncle Louis dans l'appartement au-dessus du bar. Puis à son tour, il a claqué. Un cancer. Mon vieux, lui, a eu une mort aussi bête que sa vie. Un accident de chasse. D'ailleurs tout a été accidentel chez lui, même moi. On est à Joigny-les-Deux-Bouts depuis plus de cinquante ans. Une commune de 4 500 habitants à l'extrémité d'une ligne de RER. Un endroit dans lequel vous ne foutrez sans doute jamais les pieds. Ici, tout le monde me connaît. Jojo ou « Patinoire » pour les habitués. On me surnomme comme ça disons à cause de ma calvitie avancée. Enfin elle est récente, parce qu'à l'adolescence, fallait voir la tignasse. De dos, je ressemblais à Dalida. Par nostalgie, je garde les cheveux longs malgré le terrain vague sur le dessus. J'étais le patron du café Le Balto. On ne s'est pas beaucoup remué les méninges pour le baptiser. C'est le bar-tabac-journaux du coin. Poumon du village. Et sac à vomi. Pendant des années, j'ai joué au psychiatre de service. J'en ai passé des soirées à les écouter parler de leurs emmerdements et de leurs histoires de cul. À côté de mon bar, Sainte-Anne passerait pour un salon de thé. J'essayais d'éle- ver le niveau de la conversation mais ça volait pas plus haut que les remboursements de la sécu. Chaque fois que je regardais sur ma gauche, accoudée au bar, Claudine était là, toujours au même endroit. On ne la voyait même plus tellement elle passait son temps à cette place. Ici, tout le monde l'appelait la Veuve noire. On raconte qu'elle a empoisonné son mari quelques semaines après leurs noces. Paraîtrait qu'elle a fichu de l'insecticide dans sa soupe au potiron. Chaque fois qu'elle avait un coup dans le nez, elle avait cette manie de se déshabiller et elle com- mençait toujours par retirer ses bas. Je suis sympa, j'épargne les détails. Un que ça dégoûtait vraiment, c'était Yves Legendre, le gendre du maire de Joigny. C'est pas une blague, il s'appelle vraiment Legendre. Il ne supportait plus d'être dans l'ombre de son beau-père. Sur le ton de la confidence, il finit un jour par m'avouer n'avoir jamais voté pour lui. J'étais le seul à savoir que Legendre votait coco. Un jour, au début de l'été dernier, il m'a fait commander un abonnement à un magazine de musculation. Ces bouquins pour les maniaques de la gonflette, avec des pages entières de publi- cités pour les protéines, du genre de celles qu'on donne aux bœufs de concours. Et bien sûr des tas de photos de types musclés et bronzés qui se foutent de l'huile partout sur le corps. Legendre était devenu rapidement accroc. Il en raffolait. Je n'avais pas cherché à en savoir plus. Encore un pédé, je m'étais dit. Mon seul petit moment agréable de la journée, c'était aux alentours de 19 heures quand Mme Yéva passait acheter ses Gauloises blondes. Sacrément bien chargée. Une belle femme, ça oui. Elle laissait toujours derrière elle une traînée de parfum, comme un grand nuage rose, un nuage d'amour. Une odeur sucrée qui arrêtait le temps dans le bar. C'est pas que je sois un sentimental mais Mme Yéva, c'est spécial. C'est le genre de femme qui donne de l'inspiration. Il est arrivé qu'une fois ou deux, je lui mette discrètement la main au derrière. Elle l'a vraiment mal pris. Je me suis défendu en disant que je l'avais pas fait exprès mais elle m'a fait une grosse scène. Pendant qu'elle me hurlait à la figure des noms d'oiseaux, je pensais qu'elle avait un sacré caractère et ça m'attirait encore plus fort. Elle vit avec trois hommes et y en a pas un pour rattraper l'autre. Deux fils : un bandit à casquette et un mongol. Et un mari en jogging drogué par la Française des Jeux. Elle doit rester avec lui pour ses prouesses au pieu, je vois que ça. Et encore, faut avoir de l'imagination. Ma Yéva, c'est bien la seule chose qui va me manquer maintenant. Je baigne dans mon sang, à poil, dans une position incroyable.
[modifier] Voir aussi
[modifier] Notes
- Jeune Afrique, no 2536-2537, du 16 au 29 août 2009, p. 46
- Écrivains maghrebins.com
[modifier] Bibliographie
- (fr) « Les 100 personnalités de la diaspora africaine : Faïza Guène », Jeune Afrique, no 2536-2537, du 16 au 29 août 2009, p.46