Félix Potin

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Félix Potin

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Logo Félix Potin utilisé dans les années 1970 et 1980

Création 1844
Disparition 1995
Fondateurs Félix Potin
Personnages clés André Mentzelopoulos
Slogan Félix Potin, on y revient !
Siège social Drapeau de France France
Activité Grande distribution

Félix Potin est une enseigne française de distribution créée par l'épicier Félix Potin au milieu du XIXe siècle, et qui perdura jusqu'à la fin du XXe siècle.

Sous le Second Empire, son fondateur parvient à développer son commerce à Paris grâce à une conception novatrice du métier d'épicier ; commerçant, Potin possède également sa propre usine de transformation des produits bruts qu'il achète. Les héritiers de de la marque poursuivent le développement et la transformation de l'enseigne jusqu'à sa cession après la Seconde Guerre mondiale. À partir des années 1980, confrontés à la concurrence des autres enseignes de la grande distribution, les magasins perdent en rentabilité ; l'enseigne disparaît en 1995.

Un épicier novateur (1844-1871)[modifier | modifier le code]

Félix Potin, né en 1820 à Arpajon, monte à Paris en 1836 où il est commis épicier pendant huit ans. Il s'installe à son compte en 1844 au numéro 28 de la rue Neuve Coquenard dans l'actuel 9e arrondissement de Paris. Après son mariage en 1845, il tient son épicerie avec son épouse[1].

Félix Potin a une pratique novatrice du métier d'épicier : aux habitudes parfois malhonnêtes des épiciers de l'époque, il préfère le respect du client ; à de fortes marges sur des produits vendus en faible nombre, il préfère vendre beaucoup à bon marché ; il affiche les prix, qui sont fixes, et la vente se fait au comptant[1]. Il entend vendre « à bon poids, bon prix »[2],[3], suivant en cela l'exemple de son ami et probablement ancien patron Bonnerot, qui tenait une épicerie de détail au 6, rue du Rocher à Paris[1]. Pour attirer et fidéliser la clientèle, Potin vend certains produits de base (sucre, huile, café) à prix coûtant, faisant son bénéfice sur d'autres produits plus luxueux. Pour pouvoir vendre à bas prix, il réduit les intermédiaires et cherche à se passer des grossistes[1].

Tableau représentant la queue à la porte de l'épicerie Félix Potin du boulevard de Sébastopol pendant le siège de Paris en novembre 1870 (œuvre d'Alfred Decaen et Jacques Guiaud, musée Carnavalet).

En 1860, Félix Potin laisse sa boutique à son beau-frère Théophile Miannay et ouvre une seconde épicerie sur le nouveau boulevard de Sébastopol, au numéro 103, à l'angle de la rue Réaumur[1]. Le magasin du boulevard de Sébastopol se développe tandis que son beau-frère déménage à son tour pour ouvrir en 1864 une grande épicerie au 47, boulevard Malesherbes : ces deux magasins constituent la « maison Félix Potin »[1]. À partir de 1870, il propose un service la livraison à domicile[4].

Parallèlement au développement de ces deux commerces, il bâtit sa propre fabrique dès 1861 à la Villette pour transformer les produits qu'il reçoit directement de province[1]. Dans son usine, il casse le sucre, fait du chocolat, torréfie le café, distille des liqueurs, fabrique des conserves de légumes, produit des confitures, prépare moutarde et condiments, créant ainsi la première marque de distributeur[1],[3],[2]. Son développement est servi par les changements intervenu au cours du Second Empire : développement du chemin de fer et des transports par voie d'eau, dont bénéficie l'implantation de sa fabrique à La Villette et le développement urbain de Paris avec la création de nouveaux boulevards où il installe ses commerces[3].

Lors du siège de Paris en 1870, il se distingue en refusant la spéculation sur les produits alimentaires, il maintient des prix bas dans son magasin où il organise le rationnement et met de la nourriture à disposition des cantines nationales[1].

Les héritiers (1871-1958)[modifier | modifier le code]

Félix Potin meurt en 1871, deux mois après la fin de la Commune de Paris[1]. Sa veuve, puis surtout ses trois fils et ses deux gendres, poursuivent le développement de l'entreprise familiale, qui devient au début du XXe siècle la « maison d'alimentation la plus importante du monde »[4]. La marque commerciale « Félix Potin » est déposée en 1886[3] et la société en commandite « Félix Potin » est créée en 1890[4].

Photographie de l'ancien magasin Félix Potin situé 140, rue de Rennes à Paris

De nouveaux magasins sont ouverts : en 1910, il compte cinq succursales supplémentaires à Paris et en région parisienne, chaque magasin employant 300 à 400 commis[4]. Parmi ceux-ci, celui du Faubourg Saint-Antoine construit en 1899[5],[note 1] ou l'immeuble monumental de la rue de Rennes ouvert en 1904[note 2], une grand surface alimentaire de six étages richement décorée en style Art nouveau qui propose notamment un « service de cuisine pour la ville » avec son rayon traiteur[3]. De 1910 à 1912, le magasin du boulevard de Sébastopol est reconstruit [5],[note 3].

Carte postale représentant les entrepôts Félix Potin à Pantin au début du XXe siècle.

Deux nouvelles usines sont ouvertes, une à Pantin (comprenant notamment un immense entrepôt) dès 1880[4], une autre à Saint-Denis, les effectifs des usines Félix Potin passent de 1 800 en 1906 à 8 000 en 1927[3]. Il produit des pruneaux dans le Lot-et-Garonne et investit dans le Champagne à Épernay et plus généralement dans le vin : la production quotidienne de vin par Félix Potin atteint 1,5 million de bouteilles en 1920[4]. Ne limitant plus son offre aux seuls produits alimentaires, les épiceries deviennent « littéralement des supermarchés »[4].

Après la Première Guerre mondiale, des magasins s'ouvrent en province ; aux commis qui épousent des caissières, on confie des franchises : à cette époque, le commerce de proximité se développe et les magasins à prix unique vont bientôt apparaître, Félix Potin s'adapte en multipliant les boutiques qui atteignent le nombre de soixante-dix en 1923[3],[2]. Il développe la vente par correspondance et publie un catalogue[3]. L'entreprise devient une société anonyme en 1924[4].

En 1945, lorsque Jean Potin (petit-fils de Félix) meurt accidentellement, la direction de l'entreprise est reprise par son épouse. Alors que les supermarchés libre-service apparaissent, la maison Félix Potin dépérit et la quarantaine de magasins subsistant est cédée en 1958 à l'homme d'affaire André Mentzelopoulos[2].

L'époque Mentzelopoulos (1958-1984)[modifier | modifier le code]

André Mentzelopoulos relance l'activité ; il scinde l'activité commerciale du patrimoine immobilier et les fait prospérer séparément[2]. Mentzelopoulos ouvre des supermarchés[réf. souhaitée] et fusionne Félix Potin avec Primistères ; il reprend des enseignes comme La Parisienne et Paris Médoc[2] et prend des participations dans Goulet-Turpin et le caviste Nicolas[6].

À la mort d'André Mentzelopoulos en 1980, la marque Félix Potin totalise plus de 1 300 magasins[7], mais la concurrence des autres enseignes de la grande distribution réduit leur rentabilité[2]. En 1984, les héritiers Mentzelopoulos vendent la marque, qui est devenu déficitaire[7].

Vers la fin de l'enseigne (1984-1995)[modifier | modifier le code]

L'homme d'affaire marocain Daniel Amar rachète l'enseigne Félix Potin en 1984, avant de lui adjoindre en 1986 les supermarchés Radar[7]. Le groupe, qui continue de perdre de l'argent, passe ensuite sous le contrôle du saoudien Gaith Pharaon[3]. En septembre 1988, le groupe Promodès rachète les plus gros points de vente de l'enseigne Félix Potin (150 supermarchés), tandis que les quelques 800 petites boutiques restantes sont vendues en décembre au Groupe Castel, propriétaire depuis un an du caviste Nicolas[7].

Castel tente une ultime relance de l'enseigne avant de la revendre en 1992 aux frères Louis et Fabien Sayer[7]. Alors qu'au XIXe siècle, Félix Potin avait bâti son succès sur un gros volume de vente à bon marché, les prix de l'enseigne montent et les ventes baissent : les marchandises sont 30 % plus chères que ses concurrents, certains produits étant vendus plus du triple du prix des autres enseignes, l'enseigne perd ses derniers clients[2]. Alors que Félix Potin comprend encore près de 400 magasins et plus de 1 000 salariés, le groupe est liquidé en décembre 1995[3]. En juin 1996, Promodès reprend sous ses propres enseignes une centaine de magasins et 112 salariés, tandis que Franprix obtient trois supermarchés[8].

En 2004, la marque « Félix Potin » est rachetée, puis utilisée par la société nouvelle d'alimentation Philippe Potin[3], distributeur pour la restauration collective et commerciale implanté dans le sud-est de la France[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Situé au 99, rue du Faubourg-Saint-Antoine, à l'angle de l'avenue Ledru-Rollin, l'immeuble est l'œuvre de l'architecte Paul Auscher[5].
  2. Situé au 140, rue de Rennes, à l'angle de la rue Blaise-Desgoffe, l'immeuble est l'œuvre de l'architecte Paul Auscher[5].
  3. L'immeuble a été reconstruit sous la direction de l'architecte Charles Lemaresquier[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Philippe Camborde, « L'installation de Félix Potin à Paris », in Jacques Marseille (dir.), La révolution commerciale en France : du Bon marché à l'hypermarché, Le Monde éd., Paris, 1997, p. 71-90 (ISBN 2-87899-155-9)
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Sabine Delanglade, « Félix Potin, on en revient », article paru dans l'hebdomadaire L'Express du 22 juin 1995
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Jean-Michel Dumay, « Félix Potin réinvente l'épicerie », article paru dans Le Monde Magazine du 7 août 2010, p. 36-39
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Philippe Camborde, « Un innovateur nommé Félix Potin » publié par le mensuel L'Expansion en mai 1994
  5. a, b, c, d et e Jean-Philippe Camborde « L'évolution du modèle - Félix Potin » dans Les Cathédrales du commerce parisien - Grand Magasins et enseignes sous la direction de Béatrice de Andia, Action artistique de la Ville de Paris, 2006, p. 198
  6. Michèle Cohen-Chabaud, « Félix Potin a bon appétit » dans Le Nouvel Économiste n°163 du 25 décembre 1978
  7. a, b, c, d et e Bénédicte Epinay, « Castel a revendu Félix Potin à la famille Sayer » dans le quotidien Les Échos n° 16116 du 9 avril 1992 p. 18
  8. Franca Deumier, « Félix Potin, un an après » publié dans la revue Points de vente n°689 du 11 juin 1997 p. 21
  9. Site internet de Félix Potin SA

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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