Félix-Roland Moumié

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Félix-Roland Moumié

Naissance 1er novembre 1925
Njissé (Foumban)
Décès 3 novembre 1960 (à 35 ans)
Genève
Nationalité Drapeau du Cameroun Cameroun
Profession
Médecin chirurgien
Autres activités

Félix-Roland Moumié, né le 1er novembre 1925 non loin de Foumban et mort[réf. nécessaire][non neutre] à Genève le 3 novembre 1960, est un médecin et homme politique camerounais.

Moumié est une des grandes figures de la lutte pour l'indépendance du Cameroun. Il succède à Ruben Um Nyobe comme tête de file de lutte pour l'indépendance du Cameroun. Il a été officiellement proclamé héros national par la loi du 16 janvier 1991 de l'Assemblée nationale du Cameroun[réf. nécessaire].

Enfance[modifier | modifier le code]

Félix-Roland Moumié est né en 1925 à l'hôpital protestant de Njissé à Foumban, de Samuel Mekou Moumié évangéliste à la mission protestante et de Suzanne Mvuh. Il commence études primaires à l'école de Bandjo, les poursuit l'école protestante de Njissé, puis à l'école publique de Bafoussam (CMI), et les achève à l'école régionale de Dschang (CMII) où il obtient avec brio le certificat d’études primaires.

En 1941, il est reçu au concours d'entrée à l'École Supérieure Édouard Renard de Brazzaville. Élève très brillant, il poursuit ses études en s'orientant dans la médecine en s'inscrivant à l'école professionnelle William Ponty à Dakar en 1945. Il retourne au Cameroun en 1947 où il entame une carrière professionnelle de chirurgien.

Félix Moumié (dessin en possession de son frère Moluh Mekue Théodore).

Famille[modifier | modifier le code]

Le 22 juillet 1950, Moumié épouse Marthe Ekemeyong. Ils auront deux filles : Annie Jecky Berthe Moumié née à Bibia (Lolodorf) le 26 mai 1949 et Hélène Jeanne Moumié dite Mekoué début janvier 1951 à Enongal.

Hélène, la fille de Félix Moumié.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

La rencontre avec Ruben Um Nyobe[modifier | modifier le code]

À son retour au Cameroun en 1947, le médecin Moumié est affecté à Kribi, ville côtière de la région du Sud. C'est dans cette ville qu'il va rencontrer pour la première fois Ruben Um Nyobe. En effet en 1948, Ruben Um Nyobe de retour de la conférence du Rassemblement démocratique africain (RDA), avait pu obtenir de monsieur Darbousier, ancien professeur du docteur Moumié, une lettre de recommandation. L'objectif de Um était clair : faire de ce jeune médecin un membre de l'UPC. Les deux hommes se rencontrent et échangent longuement. Ils discutent de tous les sujets préoccupants, et Moumié adhère à l'UPC. Cette visite constituera le début d'une brillante carrière politique.

Le militant[modifier | modifier le code]

En 1948 Moumié est muté pour l'hôpital de Lolordof, ville du sud du pays. Il dirigera ensuite cet hôpital pendant 2 ans. En avril 1950, il sera élu vice-président de l'UPC lors du congrès de Dschang, puis plus tard la même année vice-président de la conférence des partisans pour la paix. Face à ce militantisme grandissant, l'autorité française réagit. Il sera tour à tour envoyé dans les Villes de Bétaré-Oya dans la région de l'est du pays, puis Mora et Maroua dans la région de l'Extrême-Nord. Ces affectations disciplinaires, malheureusement pour les français, n'auront pas l'effet escompté. Partout où il passe, Moumié introduit l'UPC et parle de patriote et d'anticolonialisme. Ainsi les Baya de Bétaré-Oya et une partie de la population du nord Cameroun rejoignent les rangs de l'UPC.

Mais Tout ceci ne se fait pas sans heurt. En effet Félix-Roland Moumié doit faire face à la méfiance et parfois même à la haine des Lamibé, les chefs traditionnels du nord Cameroun. Le lamido Yaya Dahirou ira même jusqu'à attenter à sa vie. Moumié est également l'objet d'une surveillance étroite des autorités françaises locales. Guy Georgy, l'administrateur français qui dirigeait la région du Diamaré avoue qu'il contrait systématiquement toutes les actions de Moumié en usant du viol de correspondance, de perquisitions illégales, de surveillance à la jumelle de domicile Moumié et de tentatives de corruption.

En 1952, Moumié sera élu président de l'UPC lors du congrès d'Éséka (le deuxième du parti), malgré son absence lors du scrutin pour des raisons professionnelles. Une brillante campagne dont le slogan était « Résolution des problèmes fonciers, l'encouragement des cultures de rente, la revitalisation de l'art bamoun », ne lui permettra pas de gagner de siège à l'Assemblée territoriale du Cameroun (ATCAM) contre le roi Bamoun.

En 1954, la lutte se poursuit. Ruben Um Nyobe est invité à s'exprimer aux Nations unies le 24 et 25 novembre 1955. Cette intervention soulève beaucoup de questions et a pour effet la création d'une mission de visite au Cameroun. La réaction française est immédiate : Roland Pré, gouverneur français d'outre-mer, est nommé nouveau haut-commissaire au Cameroun et il sera installé dans ses nouvelles fonctions le 2 décembre 1955. L'objectif français semble de briser l'UPC quel qu'en soit le prix. Pour mener à bien sa tâche, Pré décide de garder un œil sur tous les leaders du parti, en les regroupant tous dans la ville de Douala. C'est ainsi que le 23 janvier 1955 Moumié est muté dans la ville de Douala pour exercer à l'hôpital Laquitinie. C'est dans cette ville que sa carrière politique prendra un tournant décisif.

Les massacres de mai 1955[modifier | modifier le code]

Deux élèvements majeurs vont conduire le Cameroun à l'un des plus grands si ce n'est le plus grand massacre de tous les temps de son histoire :

  • Le 9 février 1955 Roland Pré publie un texte de loi selon lequel « droit est donné à toute autorité, de requérir la force publique pour disperser toute réunion suspecte de plus de deux personnes ».
  • Le 22 mai 1955, Après avoir signé un texte exigeant la fin du régime de tutelle et demandant l’indépendance immédiate du Cameroun, l’UPC adopte l’emblème national « crabe noir sur fond rouge » au cours d'un meeting.

La population camerounaise se mobilise pratiquement sur tout l'étendue du territoire.

Mercredi 25 mai 1955, Roland Pré fait une conférences de presse pour attaquer l'UPC. Moumié contre-attaque en organisant un meeting pour démentir les propos de Roland Pré. La foule est nombreuse. L'armée coloniale française décide d'intervenir et l'irréparable se produit. On ouvre le feu sur les militants alors que ceux-ci ne sont pas armés. Les conséquences seront dramatiques : on dénombre plus de 1 000 morts pour le seul quartier de New-Bell alors fief de l'UPC. Plusieurs villes sont concernées par cette répression sanglante qui se poursuivra jusqu'au 30 mai 1955 : Douala, Yaoundé, Nkongsamba, Mbanga, Loum, Manjo, Mombo, Ngambe, Edéa, Eseka, Bafoussam, Obala... Aucun bilan officiel n'a jamais, mais certaines sources[Qui ?] parlent de 5 000 morts sur tout le Cameroun.

Suite à la réprobation nationale et internationale de ce massacre, le parlement français crée une commission d'enquête dont le rapport n'a jamais été rendu public. Cependant, le 13 juillet 1955, l’UPC, de l’Union démocratique des femmes camerounaises (UDEFEC) et de la Jeunesse démocratique du Cameroun (JDC) sont interdits au Cameroun. Le siège de l'UPC est saccagé. On procède à de nombreuses arrestation et les principaux dirigeants s'enfuient. Ruben Um Nyobe passe dans la clandestinité, Moumié traverse d'abord le Moungo pour rejoindre le Cameroun britannique où il s'installera pour deux ans.

Il ira ensuite en Égypte où il sera accueilli par le président de la république Gamal Nasser, au Ghana et en Guinée où il sera accueilli à Conakry par le président de le république Ahmed Sékou Touré.

L'asile politique[modifier | modifier le code]

Le passage par le Cameroun britannique[modifier | modifier le code]

En 1955, après la traversée du Moungo, Moumié pose ses valises dans le Cameroun britannique. Ses talents de militant et de meneur d'hommes sont très rapidement mis à contribution. En effet, il participe activement à la vie politique dans cette partie du Cameroun en martelant sans cesse « indépendance et réunification du Cameroun ». Plusieurs comités centraux sont créés (on en comptera 21 en 1957). Il participe également à la création du « One Kamerun » avec Abel Kinge, Ernest Ouandié, et plusieurs autres, mouvement à la tête duquel est placé Winston Ndeh Ntumazah.

Cependant, les Français ne relâchent pas l'étreinte. Le 14 août 1956, un commando français part de la base militaire de Koutaba située dans le département du Noun de la région de l'ouest du Cameroun, avec pour mission d'assassiner Moumié. Pour une raison inexpliquée, cette tentative échoue. En représailles, les bureaux de l'UPC à Bamenda sont saccagés. Plusieurs coups de feu sont entendus non loin des domiciles des dirigeants du parti.

Le 30 mai 1957, l'UPC est officiellement déclarée illégale dans le Cameroun britannique. Jusqu'à aujourd'hui, on ne sait toujours pas ce qui a motivé cette décision des Britanniques. Étaient-ils contre l'UPC ? Ont-ils subi des pressions de la part des Français ? Ou alors comme l'évoque Nde Ntumazah, voulaient-ils protéger les leaders de l'UPC ?

Quelles que soient leurs motivations réelles, ils ont arrêté les dirigeants de l'UPC et le 7 juillet 1957, les ont déportés au Soudan où ils ont été détenus pendant 10 jours.

L'assassinat à Genève[modifier | modifier le code]

William Bechtel[1] "honorable correspondant" du SDECE, les services secrets français, est envoyé à Genève pour assassiner Félix Moumié. Il se fait passer pour un journaliste et invite Félix-Roland au restaurant du Plat-d'Argent dans la Vieille-Ville où il empoisonne Moumié avec du thallium (autrefois utilisé comme « mort aux rats ») versé dans son apéritif[2]. Celui-ci est déclaré mort le 3 novembre 1960 à 19h10. William Bechtel a bénéficié d'un non-lieu à son procès 20 ans plus tard[réf. nécessaire].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Bechtel »
  2. Roger Faligot (dir.) et Jean Guisnel (dir.), Histoire secrète de la Ve République, Éditions La Découverte,‎ 2006, « La vraie fausse indépendance des colonies françaises d'Afrique subsaharienne », p. 113

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Kamerun, une guerre cachée aux origines de la Françafrique, Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, éd. La Découverte, Paris, 2011.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]