Extraordinary rendition

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le terme rendition (qu'on peut vaguement traduire par « restitution »[1]) désigne l'action de transférer un prisonnier d'un pays à un autre hors du cadre judiciaire, notamment hors des procédures normales d'extradition[2].

Ce terme a été médiatisé dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme », notamment à propos d'opérations de la CIA américaine de transport clandestin de prisonniers, parfois précédé d'un enlèvement et parfois associé à une sorte « d'externalisation » de la torture, les États-Unis faisant torturer des prisonniers dans des pays alliés tout en l'interdisant sur leur territoire.

Lorsque le sujet est d'abord enlevé au cours d'une opération clandestine avant d'être transféré, on parle d'extraordinary rendition[3].

Les personnes concernées sont parfois détenues dans des prisons secrètes de la CIA hors du territoire des États-Unis (aussi appelées « black sites »). Seule une minorité des personnes enlevées disent avoir subi des sévices.

Histoire[modifier | modifier le code]

Des cas de transferts de prisonniers hors cadre judiciaire ont eu lieu avant que le terme de rendition ne soit en usage. Un des cas les plus célèbres est celui de l'enlèvement d'Adolf Eichmann en Argentine par les services secrets israéliens en 1960.

Débuts[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, les États-Unis ont élargi l'autorité de leurs services fédéraux à l'extérieur de leur territoire pour poursuivre des terroristes ayant attaqué des citoyens ou des biens américains. En septembre 1987, le FBI arrêta dans les eaux internationales Fawaz Younis, accusé d'avoir détourné un avion de ligne où se trouvaient deux Américains, et l'amena aux USA où il fut jugé et condamné[4].

En 1990, le président Bush approuva l'enlèvement de Humberto Álvarez Machaín à Mexico par des mercenaires mexicains et son transfert aux USA. Álvarez Machaín était recherché pour sa participation à la torture et au meurtre d'un agent de la DEA, Enrique Camarena[3].

La rendition comme outil usuel contre le terrorisme[modifier | modifier le code]

Dans les années 1990, les États-Unis ont commencé à utiliser la rendition de manière fréquente dans la lutte contre le terrorisme. Ramzi Yousef et Mir Aimal Kasi (assassin de deux employés de la CIA en 1993) furent ainsi transférés sans procédure judiciaire du Pakistan aux États-Unis pour y être jugés, en 1995 et 1997 respectivement.

En 1995, l'administration Clinton a formalisé l'utilisation de cette technique comme un de ses outils de lutte contre le terrorisme par la Presidential Decision Directive 39[5].

Plusieurs dizaines de renditions de terroristes présumés ont eu lieu avant le 11 septembre[6]. Le Counterterrorist Center (CTC, centre contre-terroriste) de la CIA créa une branche dédiée, la Renditions Branch, en 1997[7]. Cette branche a par la suite été renommée Renditions Group[8].

En 1997, la CIA collabora avec divers services secrets étrangers pour briser des mouvements islamistes égyptiens. La CIA transféra des Egyptiens fugitifs de pays comme l'Albanie ou l'Azerbaïdjan à l'Égypte[9].

La rendition après le 11 septembre 2001[modifier | modifier le code]

L'utilisation de la rendition s'est intensifiée dans le cadre de l'action anti-terroriste postérieure aux 11 septembre 2001.

On accuse les États-Unis d'avoir pratiqué la rendition sur 250 personnes depuis 2001, dont :

  • Khaled el-Masri, citoyen allemand d'origine libanaise, homonyme d'un Égyptien recherché pour terrorisme,
  • Maher Arar, Canadien d'origine syrienne, qui dit avoir été appréhendé le 26 septembre 2002 ;
  • deux citoyens suédois d'origine égyptienne enlevés à l'aéroport de Stockholm en décembre 2001 ;
  • Mamdouh Habid, un Australien d'origine égyptienne, enlevé au Pakistan en octobre 2001 ;
  • Hassan Moustapha Ossama Nasr, aussi appelé Abou Omar, soupçonné d'avoir été actif dans les milieux islamistes en Afghanistan et en Bosnie-Herzégovine, jusqu'en 1997 où il a eu le statut de réfugié politique. Il a été enlevé en Italie le 17 février 2003 et a été envoyé en Égypte en mai 2004. Dans cette affaire, le 23 juin 2005, un magistrat italien a demandé l'arrestation de 13 personnes, dont un ancien consul des États-Unis à Milan, pour enlèvement. Selon le quotidien New York Times qui cite un enquêteur italien, le gouvernement italien aurait pu être mis au courant de l'enlèvement, de manière à ne pas intervenir[10]. D'après le Chicago Tribune, l’ancien agent italien Stefano D'Ambrosio, a dit aux procureurs qu’il a été informé dans des termes explicites par des agents de la CIA qu’une opération conjointe pour kidnapper Abou Omar était encouragée et attribuée par le chef de la station de la CIA à Rome[11].

Témoignages et éléments concordants[modifier | modifier le code]

De nombreux éléments viennent confirmer ces activités ; un recoupement de témoignages[12] a été effectué avec les plans de vol d'avions appartenant à des sociétés n'ayant aucune activité économique telle que la Premier Executive Transport Services Inc. (dont le sigle Pets signifie « animaux de compagnie »), la Bayard Foreign Marketing of Portland la Keeler and Tate Management et qui sont donc accusées d'être des sociétés écran de la CIA[13]. Des entreprises commerciales réelles tels Vision Airlines sont également prestataires de services pour la CIA.

Plusieurs journaux américains ont également obtenu des témoignages d'anciens membres des services secrets, ou de membres actuels sous anonymat. De nombreuses associations de défense des Droits de l'homme dénoncent ces pratiques, comme l'Association des avocats new-yorkais[14] ou Human Rights Watch.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Plusieurs traductions ont été proposées pour extraordinary rendition :
    • remise extraordinaire ([1])
    • déportation extraordinaire ([2])
    • transfèrement exceptionnel (RFI)
  2. (en) Daniel Benjamin, « 5 Myths About Rendition (and That New Movie) », The Washington Post,‎ 20 octobre 2007 (lire en ligne) :

    « In fact, the term "rendition" in the counterterrorism context means nothing more than moving someone from one country to another, outside the formal process of extradition »

  3. a et b Daniel Benjamin, « 5 Myths About Rendition (and That New Movie) »
  4. A Byte Out of History, site du FBI
  5. Presidential Decision Directive 39. « Return of suspects by force may be effected without the cooperation of the host government, consistent with the procedures outlined in NSD-77, which shall remain in effect. ». La National Security Directive 77 (NSD-77) citée date de 1993 (administration Bush) et est toujours classifiée [3]
  6. [4] sur http://www.historycommons.org/
  7. Final Report of the National Commission on Terrorist Attacks Upon the United States p.276
  8. (en) SSCI & HPSCI, Report of the joint inquiry into the terrorist attacks of september 11, 2001 (rapport d'enquêtes sur les attentats), 2002, (ISBN 978-1-4142-5830-0), appendice Counterterrorism Organizations With The Intelligence Community (As of December 31, 2002) p. 2
  9. (en) Steve Coll, Ghost Wars : The Secret History of the CIA, Afghanistan, and bin Laden, from the Soviet Invasion to September 10, 2001, New York, Penguin,‎ 2004, 695 p. (ISBN 1-59420-007-6 et 978-1-59420-007-6), p. 376-377, 625 note 7
  10. Le Monde, 26 juin 2005
  11. Santa Barbara News-Press
  12. Libération n°7418, 17 mars 2005
  13. Newsweek, 1re semaine de mars
  14. Torture by proxy : International and domestic laws applicable to « extraordinary renditions », Scott Horton, Association des avocats new-yorkais

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Documents
Articles
Autres