Extra Ecclesiam nulla salus

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Extra Ecclesiam nulla salus (« Hors de l'Église il n'y a pas de salut ») est une expression latine de Cyprien de Carthage. La phrase exacte est Salus extra ecclesiam non est et se trouve dans ses lettres Epistula 4, 4 et Epistula 73, 21,2.

L'Église catholique romaine se définit comme une communion eucharistique. L'expression « Hors de l'Église, point de salut » signifie que les sacrements permettent aux fidèles de participer à la vie de Dieu et que c'est Dieu qui donne le salut.

Ce principe se situe au centre de la sotériologie catholique et peut faire débat. Pour certains, les fidèles des « autres religions », ou encore les athées ou les « apostats », seraient très certainement condamnés. Certaines personnes, plus radicales, ont pu soutenir l'idée que même le baptême de désir ou de sang n'était pas suffisant pour le salut. Cette dernière doctrine a été condamnées par l'Église. Ainsi par exemple, cette théorie a pu valoir l'excommunication[1]. Pour d'autres, la miséricorde de Dieu est tellement infinie que l'enfer est vide, et que toutes les traditions religieuses se valent. Cette interprétation qui s'est développée après le Concile Vatican II a été écartée par des mises au point du Saint Siège, notamment quant à la notion de subsistance de l'Église du Christ.

Aperçu historique[modifier | modifier le code]

Les origines et Cyprien de Carthage[modifier | modifier le code]

On peut trouver des origines dans certains passages des évangiles comme, par exemple, dans le chapitre 3 de l'évangile selon Jean[2], lorsque Jésus s'adresse au pharisien Nicodème : « 17 Car Dieu n'a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. 18 Mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. »

La démarche de Cyprien de Carthage est de lier l'Église et le Christ. Pour lui, celui qui ne croit pas en l'Église ne peut croire au Christ, et ne peut donc être sauvé.

Cyprien « fait la distinction entre l'Église visible, hiérarchique, et l'Église invisible, mystique, mais il affirme avec force que l'Église est une seule, fondée sur Pierre. Il ne se lasse pas de répéter que celui qui abandonne la chaire de Pierre, sur laquelle l'Église est fondée, se donne l'illusion de rester dans l'Église » (L'unité de l'Église catholique, 4). Cyprien sait bien, et il l'a exprimé à travers des paroles puissantes, que, « en dehors de l'Église il n'y a pas de salut » (Lettre 4, 4 et 73, 21), et que « celui qui n'a pas l'Église comme mère ne peut pas avoir Dieu comme Père » (L'unité de l'Église catholique, 4). Une caractéristique incontournable de l'Église est l'unité, symbolisée par la tunique sans couture du Christ (ibid., 7) : une unité dont il dit qu'elle trouve son fondement en Pierre (ibid., 4) et sa parfaite réalisation dans l'Eucharistie (Lettre 63, 13). « Il n'y a qu'un seul Dieu, un seul Christ », admoneste Cyprien, « une seule est son Église, une seule foi, un seul peuple chrétien, liés en une solide unité par le ciment de la concorde: et on ne peut pas diviser ce qui est un par nature » (L'unité de l'Église catholique, 23). » [3]

Affirmations par les papes et conciles[modifier | modifier le code]

Cette expression va avoir un grand succès au cours des âges, et sera reprise tout au long des siècles par les papes et les conciles pour indiquer que c'est seulement au sein de l'Église catholique que l'on peut trouver l'ensemble des « moyens du salut ».

« extra quam nec salus est, nec remissio peccatorum » (Hors de laquelle, il n'existe ni salut, ni rémission des péchés.)

« Elle croit qu'aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l'Église catholique (...) ne peuvent devenir participants à la vie éternelle (...) à moins qu'avant la fin de leur vie ils ne lui aient été agrégés »

Pie IX y indique que « ceux qui souffrent d'une ignorance invincible (...), mènent une vie honnête et droite (...), peuvent acquérir la vie éternelle avec l'aide de Dieu » car « sa bonté et sa clémence incommensurables ne permettent pas que quiconque n'ayant pas délibérément péché souffre un tourment éternel ». Il maintient par ailleurs que « En dehors de l'Église catholique, personne ne peut être sauvé » : le salut des honnêtes ignorants se fait grâce à la médiation de l'Église ; par ailleurs le salut ne peut être atteint par ceux qui s'opposent délibérément à son enseignement.

Interprétations[modifier | modifier le code]

Lumen Gentium[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Subsistit in.

La constitution Lumen Gentium indique :

« C’est là l’unique Église du Christ, dont nous professons dans le symbole l’unité, la sainteté, la catholicité et l’apostolicité, cette Église que notre Sauveur, après sa résurrection, remit à Pierre pour qu’il en soit le pasteur (Jn 21, 17), qu’il lui confia, à lui et aux autres Apôtres, pour la répandre et la diriger (cf. Mt 28, 18, etc.) et dont il a fait pour toujours la « colonne et le fondement de la vérité » (1 Tm 3, 15). Cette Église comme société constituée et organisée en ce monde, c’est dans l’Église catholique qu’elle subsiste, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui, bien que des éléments nombreux de sanctification et de vérité se trouvent hors de sa sphère, éléments qui, appartenant proprement par le don de Dieu à l’Église du Christ, portent par eux-mêmes à l’unité catholique. »

Certains[6] ont compris que l'Église du Christ pouvait exister ailleurs... C'est pourquoi le Vatican, dès 1985, puis en 2000 avec la déclaration Dominus Jesus et enfin en 2007 avec des responsa qaestiona de la Congrégation pour la doctrine de la foi ont précisé : Il faut comprendre que « Dans l'Église catholique seule est l'unique Église du Christ ».

Plus loin, La constitution Lumen gentium souligne pour les fidèles catholiques :

« Aussi ne pourraient-ils pas être sauvés, ceux qui, sans ignorer que Dieu, par Jésus-Christ, a établi l'Église catholique comme nécessaire, refuseraient cependant d'y entrer ou de demeurer en elle » [7].

et pour les chrétiens non catholiques :

« Ainsi, l’Esprit suscite en tous les disciples du Christ le désir et les initiatives qui tendent à l’union pacifique de tous, suivant la manière que le Christ a voulue, en un troupeau unique sous l’unique Pasteur [31]. À cette fin, l’Église notre Mère ne cesse de prier, d’espérer et d’agir, exhortant ses fils à se purifier et à se renouveler pour que, sur le visage de l’Église, le signe du Christ brille avec plus de clarté. »

et enfin pour les non-chrétiens :

« Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu... »

Catéchisme de l'Église catholique[modifier | modifier le code]

Le principe est commenté dans les numéros 846 à 848 du catéchisme de l'Église catholique[8].

« Comment faut-il entendre cette affirmation souvent répétée par les Pères de l'Église ? Formulée de façon positive, elle signifie que tout salut vient du christ Tête par l'Église qui est son Corps :

Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, le Concile enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul en effet le Christ est médiateur et nécessaire au salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l'Église. et en nous enseignant expressément les nécessités de la foi et du baptême, c'est la nécessité de l'Église elle-même dans laquelle les hommes entrent par la porte du Baptême, qu'Il nous a confirmée en même temps. C'est pourquoi ceux qui refuseraient soit d'entrer dans l'Église catholique, soit d'y persévérer, alors qu'ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient être sauvés.

Cette affirmation ne vise pas ceux qui, sans qu'il y aille de leur faute, ignorent le Christ et son Église :

En effet, ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d'un cœur sincère et s'efforcent, sous l'influence de sa grâce, d'agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel[9] ».
« L'Église sait que la question morale rejoint en profondeur tout homme, implique tous les hommes, même ceux qui ne connaissent le Christ et son Évangile, ni même Dieu. Elle sait que précisément sur le chemin de la vie morale la voie du salut est ouverte à tous, comme l'a clairement rappelé le Concile Vatican II » (Jean-Paul II, Veritatis Splendor).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ainsi, en 1953, le jésuite américain Leonard Feeney se vit excommunié pour cette raison.
  2. chapitre 3 de l'évangile selon saint Jean
  3. Audience générale du pape Benoit XVI le 7 juin 2007
  4. Unam sanctam sur Wikisource
  5. (en) Texte de la condamnation, avec référence à l'encyclique Mystici Corporis Christi et à l'encyclique Quanto conficiamur moerore de Pie IX.
  6. comme le P.. Leonardo Boff dans son livre Église et charisme.
  7. Lumen Gentium §14.
  8. chapitre profession de foi, paragraphe 3, l'Église est une sainte, catholique et apostolique
  9. Lumen Gentium §16.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Sesboüé, sj, « Hors de l’Église pas de salut » : Histoire d'une formule et problèmes d'interprétation, Desclée de Brouwer, 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]