Expérience de la poupée Bobo

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Poupée Bobo

L'expérience de la poupée Bobo (Bobo doll experiment) fut conduite par le psychologue Albert Bandura en 1961[1] pour tester sa théorie de l'apprentissage social dans l'agressivité. L'expérience consistait à exposer des enfants à des scènes dans lesquelles des adultes se comportaient de manière agressive envers une poupée puis à mesurer si les enfants imiteraient spontanément ces comportements lorsqu'eux mêmes seraient en présence de la poupée. Bien que critiquée pour certains de ses aspects méthodologiques et pour le problème éthique qui consistait à exposer, pour le but de l'expérience, des enfants à des comportements agressifs, l'expérience de la poupée Bobo a eu un fort retentissement dans le champ de la psychologie scientifique en contribuant à l'émergence de l'approche cognitive face au béhaviorisme qui dominait alors. Elle reste une référence majeure en psychologie mais aussi dans d'autres domaines des sciences humaines et sociales.

Protocole expérimental[modifier | modifier le code]

L'expérience fut réalisée sur 36 garçons et 36 filles de 3 à 6 ans de l'école maternelle de l'Université Stanford. Les 72 enfants furent divisés en 3 groupes de 24. Le premier groupe était soumis au scénario du modèle agressif, le second au scénario du modèle non-agressif. Le troisième groupe servait de groupe témoin. Les deux premiers groupes furent séparés à nouveau en 2. La moitié des enfants étaient soumis à l'influence d'un adulte du même sexe qu'eux et l'autre moitié, à l'influence d'un adulte du sexe opposé.

Lors de l'expérience, chaque enfant des deux premiers groupes était amené individuellement dans une salle de jeux avec un adulte par un expérimentateur. L'enfant était assis dans un coin avec certains jeux, dont des autocollants, et l'adulte dans un autre coin où se trouvaient des petits jouets, un maillet et une poupée Bobo increvable. Avant de quitter la salle, l'expérimentateur précisait à l'enfant que les jouets dans le coin de l'adulte étaient réservés à l'adulte.

Après avoir joué une minute avec les jouets, l'adulte du scénario agressif attaquait la poupée Bobo en la frappant. Il utilisait également le maillet pour frapper la poupée de manière répétée à la tête. Après environ 10 minutes, l'expérimentateur revenait dans la pièce, renvoyait l'adulte et amenait l'enfant dans une autre salle de jeux. Dans le scénario non-agressif, l'adulte ne fait que jouer avec les petits jouets en ignorant totalement la poupée Bobo.

Par la suite, l'enfant était laissé seul durant 20 minutes dans la deuxième salle de jeux contenant des jouets agressifs tels une poupée Bobo, un maillet, des fusils à fléchettes collantes et une tetherball sur laquelle on avait peint un visage, et des jouets non-agressifs tels un service de thé, du papier et des crayons, une balle, deux poupées, des voitures et camions et des animaux de ferme en plastique. Chaque enfant était observé à son insu à travers un miroir semi-réfléchissant. Les observateurs notaient le comportement de l'enfant, plus particulièrement les comportements jugés agressifs. Ainsi, parmi ceux-ci étaient notés les coups de poings ou de pieds à la poupée Bobo, s'asseoir sur cette dernière, la frapper avec le maillet ou la traîner dans la pièce. Les agressions verbales étaient également notées.

Résultats[modifier | modifier le code]

L'équipe de Bandura a trouvé que les enfants exposés au modèle adulte agressif étaient plus propices à poser des gestes agressifs physiques que les autres. L'expérience montre une proportion trois fois plus grande de gestes agressifs posés par les garçons par rapport aux filles. Les résultats montrent également que les enfants sont plus influençables lorsque exposés à un modèle adulte du même sexe qu'eux.

Les chercheurs ont également montré que les enfants exposés à l'adulte agressif sont plus propices à poser des agressions verbales que les autres. Sur ce plan, le niveau des garçons et des filles est comparable.


D'après Michael Morera, psychosociologue des interactions violentes, l'effet Bobo n'est imputable qu'à l'incongruité de la situation expérimentale à laquelle sont exposés les enfants qui pour lui se prive de tout fondement factuel. En effet il constate que dans un cadre authentique, un adulte ne saurait frapper un jouet, et il en déduit que l'agressivité ne se manifeste qu'à travers les règles du jeu ainsi explicité par l'adulte. Dans Du jeu au viol : cas d'étude en école maternelle, il présente les résultats d'une expérience similaire, dans laquelle la poupée bobo est remplacée par une figurine de singe qualifié d'homosexuel par l'adulte. Il observe des résultats similaires, quoique plus nuancés, et en conclut que l'agressivité véritable, c'est-à-dire celle qui transgresse les règles du jeu, n'est pas introduite d'une manière propre à être sujette au mimétisme, mais par induction socio-culturelle de représentations déjà répandues.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • (en) Albert Bandura, Dorothea Ross et Sheila A. Ross, « Transmission of aggression through imitation of aggressive models », Journal of Abnormal and Social Psychology, vol. ou n° 63,‎ 1961, p. 575-582 (DOI 10.1037/h0045925, lire en ligne)