Expédition de Taïwan de 1874

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Page d'aide sur l'homonymie Pour l'expédition américaine de 1867, voir Expédition de Formose. Pour l'expédition française de 1885, voir Campagne des Pescadores (1885).
Expédition de Taïwan de 1874
Soldats japonais de l'expédition de Taïwan. La bataille de la Porte de Pierre (石門進撃), 22 Mai 1874.
Soldats japonais de l'expédition de Taïwan.
TaiwanShuppei.jpg
La bataille de la Porte de Pierre (石門進撃), 22 Mai 1874.
Informations générales
Date Mai 1874
Lieu Taïwan
Issue Victoire militaire japonaise, occupation de Taïwan, paiement d'une indemnité par la Chine au Japon.
Belligérants
Drapeau : Japon Empire du Japon Paiwan
Commandants
Drapeau : Japon Yorimitchi Saigo Tauketok
Forces en présence
Terrestre:
3 600 hommes d'infanterie,
artillerie
Mer:
Forces navales indéterminées
Nombre de guerriers indéterminé
Pertes
6 morts,
~30 blessés
~30 morts,
nombre de blessés inconnu
Notes
* 531 soldats japonais seraient morts durant l'expédition et l'occupation.
Conflits implicant Formose au XIXe siècle
Batailles
Incident du Rover (1867) · Expédition américaine (1867) · Incident de Mudan (1871) · Expédition japonaise (1874) · Campagne des Pescadores (1885) · Campagne des Pescadores (1895) · Invasion japonaise (1895)
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L'Expédition de Taïwan de 1874 (台湾出兵, Taiwan Shuppei), habituellement désignée à Taïwan et en Chine continentale sous le nom d'incident de Mudan (牡丹社事件), était une expédition punitive lancée par les Japonais et provoquée par les meurtres de 54 marins du Royaume de Ryūkyū par des aborigènes Paiwan au Sud-Ouest de Taïwan en décembre 1871. Le succès de cette expédition, qui fut le premier déploiement outre-mer de l'Armée impériale japonaise et de la Marine impériale japonaise, a montré la fragilité de l'emprise de la dynastie Qing sur Taïwan et a encouragé davantage l'aventurisme japonais. Diplomatiquement, l'implication entre le Japon et la Chine en 1874 fut résolue par un arbitrage britannique qui confirma la souveraineté japonaise sur les Îles Ryūkyū contestées en 1879.

Contexte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Incident de Mudan (1871).

En décembre 1871, un navire du Royaume de Ryūkyū coula près de la pointe méridionale de Taïwan. Cinquante-quatre membres de son équipage de 66 hommes furent décapités par les aborigènes Paiwan. Les 12 autres furent secourus par des chinois Han et amenés à Tainan dans le sud de Taïwan. Les fonctionnaires chinois locaux les transférèrent dans la province de Fujian en Chine continentale. Là, le gouvernement des Qing se chargea de les renvoyer chez eux[1].

Diplomatie[modifier | modifier le code]

Quand le Japon demanda une indemnisation aux Qing de Chine, la Cour rejeta la demande parce que les aborigènes « sauvages » et « insoumis » (chinois traditionnel : 台灣生番 ; chinois simplifié : 台湾生番 ; pinyin : Táiwān shēngfān) étaient en dehors de sa juridiction. Cette renonciation ouverte de la souveraineté provoqua l'expédition de Taïwan de 1874 par les Japonais.

Le gouvernement de Meiji du Japon exigea que le gouvernement chinois punisse les meneurs des aborigènes de Taïwan responsables des meurtres des membres d'équipage. Le ministre des Affaires étrangères japonais Taneomi Soejima se rendit à Pékin et fut reçu en audience auprès de l'empereur Qing Tongzhi (en soi un triomphe diplomatique) ; cependant, sa demande d'indemnisation fut rejetée une première fois parce que la Chine considérait que c'était une affaire interne puisque Taïwan faisait partie de la province chinoise de Fujian et que le royaume de Ryūkyū avait un rapport de vassal avec la Chine. Quand Taneomi Soejima déclara que quatre des victimes venaient de la préfecture d'Oda, actuelle préfecture d'Okayama au Japon et exigea de nouveau des dédommagements, les fonctionnaires chinois refusèrent parce que la plupart des aborigènes taïwanais étaient hors de contrôle des autorités chinoises, et étaient ainsi exempts de poursuites judiciaires. Charles Le Gendre, le conseiller militaire américain au gouvernement japonais, ainsi que Gustave Émile Boissonade, conseiller juridique, demanda instamment que le Japon prennent les choses en mains.

Expédition[modifier | modifier le code]

Le Ryūjō (en) fut le navire amiral de l'expédition de Taïwan.
La bataille de la Porte de Pierre, contre les aborigènes "Botan", fut l'affrontement le plus sérieux de l'expédition[2].

Le gouvernement japonais a envoyé une expédition de 3 600 soldats menés par Yorimitchi Saigo en mai 1874. Les Japonais ont remporté une victoire décisive à la bataille de la Porte de Pierre le 22 mai. 30 membres de la tribu des Paiwan ont été tués ou mortellement blessés pendant cette bataille, et un nombre considérablement a été juste blessé. Les Japonais eurent 6 tués et 30 blessés[3].

En novembre 1874, les forces japonaises se retirèrent de Taïwan après que le gouvernement des Qing fut d'accord pour remettre une indemnité de 500 000 taels Kuping. Harry Parkes, le représentant britannique au Japon, a caractérisé cette transaction de « volonté de la Chine de payer pour ne pas être envahie ».

Conséquence[modifier | modifier le code]

En 1875, les autorités Qing ont sans succès essayé de soumettre la région côtière du sud-est de Taïwan, expédiant une troupe de 300 soldats contre les Paiwan. Les troupes chinoises tombèrent dans un guet-apens conduit par les aborigènes. 250 soldats chinois furent tués, et les 50 autres se replièrent à Takow (Kaohsiung)[4].

Legs[modifier | modifier le code]

Bien que lancée en apparence pour punir les membres des tribus locales pour le meurtre des 54 marins, l'expédition punitive de 1874 à Taïwan a atteint un certain nombre d'objectifs du récent gouvernement de Meiji. La souveraineté des Îles Ryūkyū fut disputée entre la Chine et le Japon, et l'expédition a démontré que la Chine n'avait pas un contrôle effectif de Taïwan, et encore moins des Îles Ryūkyū, et le Japon affirmait parler au nom des insulaires de ces îles. En 1879, ce conflit pour la souveraineté fut résolu par un arbitrage britannique, et la souveraineté japonaise fut confirmée[5]. Les aborigènes qui s'étaient rendus ont reçu des drapeaux japonais qu'ils ont élevés au-dessus de leurs villages comme symbole de paix avec le Japon et de protection contre les tribus rivales ; cependant, les Japonais les voyaient comme un symbole de domination sur les aborigènes[6].L'expédition a également servi de répétition à une future invasion japonaise de Taïwan. L'île était déjà vue comme une colonie japonaise potentielle par quelques cercles au Japon.

L'action a également apaisé ceux dans le gouvernement de Meiji qui demandaient une politique extérieure plus agressive, et qui étaient exaspérés par le refus du gouvernement d'attaquer la Corée en 1873. Il est significatif que l'expédition ait eu lieu peu de temps après la rébellion de Saga qui fut menée par Yorimitchi Saigo (jeune frère de Takamori Saigō) et était composée en grande partie d'anciens samouraïs de Satsuma et de Saga.

Plus généralement, l'incursion japonaise à Taïwan en 1874 et la faible réaction chinoise furent une révélation flagrante de la faiblesse de la Chine à cette époque et une invitation à d'autres étrangers de débarquer à Taïwan. Le succès de l'incursion japonaise fut en particulier parmi les facteurs influençant la décision française d'envahir Taïwan en octobre 1884, pendant la guerre franco-chinoise.

La Cour des Qing a essayé tardivement de renforcer son emprise sur Taïwan, et le commissaire impérial chinois Shen Baozhen a apporté quelques améliorations aux défenses côtières de l'île pendant la deuxième moitié des années 1870. D'autres améliorations furent apportées par le gouverneur chinois Liu Mingchuan pendant les années 1880, à la suite de la capture française de Keelung pendant la guerre franco-chinoise. Cependant, peu d'efforts ont été faits pour améliorer la qualité moindre de la garnison Qing de Taïwan, et les Français en 1884 et les Japonais en 1895 ont pu débarquer avec succès sur l'île.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Davidson, 123
  2. A Yankee in Meiji Japan: The Crusading Journalist Edward H. House By James L. Huffman, p.94 [1]
  3. Davidson, 145–6
  4. Davidson, 168–9
  5. (en) George Kerr, Okinawa: The History of an Island People, Tokyo, Tuttle Publishing,‎ 2000, poche (ISBN 978-0-8048-2087-5, LCCN 00055232), p. 359–360
  6. http://www.historycooperative.org/journals/ahr/107.2/ah0202000388.html

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Hungdah Chiu, China and the Taiwan Issue, London, Praeger,‎ 1979 (ISBN 978-0-03-048911-2, LCCN 79014270)
  • (en) S.C.M Paine, The Sino-Japanese War of 1894–1895: Perceptions, Power, and Primacy, London, Cambridge University Press,‎ 2002, 1e éd. (ISBN 978-0-521-81714-1)
  • (en) Mark Ravina, The Last Samurai: The Life and Battles of Saigo Takamori, Hoboken, Wiley,‎ 2003 (ISBN 978-0-471-08970-4, LCCN 2003006646)
  • (en) Gregory Smits, Visions of Ryūkyū: Identity and Ideology in Early-Modern Thought and Politics, Honolulu, University of Hawai'i Press,‎ 1999
  • (en) J. W. Davidson, The Island of Formosa, Past and Present, London,‎ 1903

Source de la traduction[modifier | modifier le code]