Expédition Southern Cross

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L'expédition Southern Cross, officiellement connue sous le nom de la British Antarctic Expedition 1898–1900, est la première entreprise britannique de l'Âge héroïque de l'exploration en Antarctique (1895-1922) et la pionnière des expéditions plus connues de Robert Falcon Scott et Ernest Shackleton au cours de la décennie suivante. Elle est le fruit de l'explorateur et professeur Carsten Borchgrevink, britannique d'origine norvégienne. Ce dernier, envisage la première mission d'hivernage au cap Adare, en Antarctique, avant de faire les premières explorations de l'intérieur du continent, alors totalement inexploré. L'ensemble de l'expédition est financé par l'éditeur britannique de magazines Sir George Newnes.

Localisation du cap Adare, lieu d'arrivée de l'expédition Southern Cross.

En février 1899, le navire de l'expédition SS Southern Cross dépose Borchgrevink et une équipe au cap Adare, dans l'extrémité nord-ouest de la mer de Ross, où un camp est érigé. Au cours des mois suivants, le groupe subi l'hostilité du climat hivernal d'Antarctique. Tout un programme de travaux scientifiques est réalisé mais les possibilités d'exploration de l'intérieur du continent sont sérieusement limitées par les montagnes et les glaciers qui entourent le camp de base. Au cours de cette expédition, le zoologiste Nikolai Hansen meurt des suites d'une maladie. En janvier 1900, le Southern Cross reprend l'équipe pour explorer le sud de la mer de Ross et, à la suite de l'itinéraire emprunté par l'expédition Erebus et Terror de James Clark Ross en 1840, atteint la barrière de Ross. Le 16 février, Borchgrevink et deux compagnons montent sur la barrière, puis parviennent en traîneaux jusqu'à environ 16 km vers le sud, pour définir un nouveau « Farthest South » à la latitude de 78°50'S.

Lors de son retour à Londres, l'expédition est froidement reçue par la Royal Geographical Society, qui avait envisagé un tel exploit pour sa propre expédition Discovery. Il y a également des bruits sur la qualité du commandement de Borchgrevink et la quantité limitée d'informations scientifiques obtenues. Toutefois, l'expédition enregistre plusieurs réalisations d'importance, comme le fait d'être la première à passer l'hiver sur le continent et d'y avoir établi des structures. Elle est également la première à faire usage de chiens de traîneaux dans l'Antarctique, la première à explorer de la barrière de Ross, et bat le record de latitude Sud. En dépit de ces succès, Borchgrevink n'atteint jamais un statut d'héros égal à celui de Scott ou Shackleton, et son expédition a été rapidement oubliée dans l'excitation de la suite des événements. Toutefois, Roald Amundsen, conquérant du pôle Sud en 1911, est parmi ceux qui reconnaissent sa contribution à l'exploration de l'Antarctique. Plus tard, Amundsen utilisera l'emplacement de l'arrivée de Borchgrevink sur la barrière de glace comme camp de base pour sa propre expédition vers le pôle, et écrivit plus tard : « Nous devons reconnaître que, en dépassant la barrière, Borchgrevink a ouvert la voie vers le sud, et a mis de côté le plus grand obstacle des expéditions qui ont suivi »[1].

Contexte[modifier | modifier le code]

Né à Oslo en 1864, Carsten Borchgrevink émigre en Australie en 1888. Il y travaille dans des équipes d'exploration de l'intérieur du pays avant d'accepter un poste d'enseignant en Nouvelle-Galles du Sud[2]. En 1894-1895, il se joint à une expédition commerciale, dirigée par Henryk Bull dans le baleinier Antarctic, qui pénètre dans les eaux antarctiques et atteint le cap Adare, vers la mer de Ross. Une équipe, dont Borchgrevink et Bull pose brièvement pied à terre, devenant les premiers hommes à poser le pied sur le continent Antarctique, si le présupposé exploit de 1821 par John Davis n'est pas considéré comme « fiable »[3],[4]. Ils visitent également les îles Possession de la mer de Ross, en laissant un message dans une boîte de fer-blanc comme preuve de leur voyage[5]. Borchgrevink est convaincu que l'emplacement du cap Adare, avec sa rookerie de manchots fournissant un approvisionnement d'aliments frais et de gras, peut servir de base à une future expédition qui passerait l'hiver avant d'ensuite explorer l'intérieur de l'Antarctique[6],[7].

Déterminé à conduire une telle expédition lui-même, Borchgrevink passe la majeure partie des trois années suivantes, à tenter d'obtenir un soutien financier en Australie et en Angleterre. En dépit de quelques encouragements, le Congrès international de la Royal Geographical Society (RGS) en 1895 à laquelle il s'adresse, ne donne rien[5]. La Royal Geographical Society prépare en fait ses propres plans d'expédition en Antarctique, l'expédition Discovery de Robert Falcon Scott, et est à la recherche de fonds. Borchgrevink est donc considéré par le président de la RGS Sir Clements Markham comme un intrus étranger et un rival pour le financement[7]. Toutefois, Borchgrevink réussi à finalement persuader l'éditeur Sir George Newnes, dont le rival Alfred Harmsworth finance l'expédition prévue par Markham. Il obtient l'intégralité du coût de son expédition, soit £40 000[8], l'équivalent à environ 3 millions de livres sterling en 2008[9]. Ce don a rendu Markham et la RGS furieux, puisqu'une telle somme aurait permis à la RGS de lancer l'expédition Discovery[5].

Newnes a cependant fait ce don à une condition : que l'expédition de Borchgrevink navigue sous le drapeau britannique, et se fasse appeler la « British Antarctic Expedition ». Borchgrevink accepte facilement, même si seulement deux membres de l'expédition sont britanniques[Note 1]. Ceci augmente l'hostilité et le mépris de Markham envers cette expédition[10] qui délégue au bibliothécaire de la RGS Hugh Robert Mill le lancement de l'expédition[8]. Là, Mill espère le succès de l'expédition et que l'exploit de tenter « ce que l'homme n'a jamais fait » réussisse. Il anticipe aussi que tous les reproches sur l'expédition soient levés par le biais de « la munificence de Sir George Newnes et le courage de M. Borchgrevink »[11].

Organisation[modifier | modifier le code]

Objectifs[modifier | modifier le code]

Lors de la planification de son expédition, Borchgrevink semble faire un mélange d'objectifs commerciaux, scientifiques et géographiques. Il imagine la création d'une entreprise pour exploiter les vastes quantités de guano qu'il avait observé au cours de son voyage en 1894 et 1895, mais cela n'aboutit pas[6]. Dans de nombreux courriers à des sociétés savantes scientifiques, il souligne l'ampleur des travaux qui pourraient être réalisées par une expédition résidente en Antarctique, y compris la possibilité d'établir l'emplacement du pôle Sud magnétique[5]. L'équipe de scientifiques que nomme finalement Borchgrevink, bien que généralement sans expérience, couvre une grande variété de disciplines, dont le magnétisme, la météorologie, la biologie, la zoologie, la taxidermie et la cartographie[12]. Au stade de la planification, il a également l'espoir que l'expédition scientifique fasse des découvertes géographiques spectaculaires, comme l'atteinte du pôle Sud[6]. En l'absence de connaissances de la géographie du continent, il ne sait pas encore que le site choisi pour la base au cap Adare exclut toute tentative d'exploration de l'intérieur de l'Antarctique[13],[14].

Navire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : SS Southern Cross (1886).
Carte de la région du cap Adare.

Pour le navire de l'expédition, Borchgrevink retourne dans son pays natal, la Norvège. Là bas, il trouve et achète un baleinier à vapeur, le Pollux, construit dans le chantier de l'armateur norvégien Colin Archer[15]. Archer est connu pour avoir auparavant construit le Fram de Fridtjof Nansen. À cette époque, le Fram est de retour, indemne, de sa longue dérive en l'océan Arctique au cours d'une expédition entre 1893 et 1896 pour atteindre la latitude la plus au Nord[16].

Le Pollux, que Borchgrevink rebaptise immédiatement Southern Cross (« Croix du Sud »)[13], est un trois-mâts barque de 520 tonnes et de 45 mètres de longueur[15]. Les moteurs ont été conçus selon les spécifications de Borchgrevink et montés avant que le navire n'ait quitté la Norvège[15]. Bien que Markham jette un doute sur sa capacité à naviguer, peut-être pour contrecarrer le départ de Borchgrevink[17], le navire convient parfaitement aux eaux antarctiques. À l'instar de plusieurs navires polaires historiques, sa « vie » après l'expédition a été courte[18]. En avril 1914, il est vendu à la Newfoundland Sealing Company et est perdu dans une tempête au large de la côte de Terre-Neuve[19].

Équipe[modifier | modifier le code]

L'équipe du navire de l'expédition, sous le commandement du capitaine Bernard Jensen, se compose de 19 marins norvégiens et d'un steward suédois. Jensen est un marin expérimenté en ce qui concerne la navigation dans le pack des océans Arctique et Austral. Il était présent avec Borchgrevink sur le voyage de l’Antarctic avec Henryk Bull en 1894-1895[20]. L'équipe, censée être débarquée sur le rivage du cap Adare pour passer l'hiver, est composée de dix personnes : Borchgrevink, cinq scientifiques, un médecin, un cuisinier qui a également servi en tant qu'adjoint général, et deux mushers. De cette équipe, cinq sont Norvégiens, deux Anglais, un Australien et les deux experts en conduite de chiens sont des Samis du nord de la Norvège, parfois décrit comme Lapons ou Finlandais[12],[3].

Parmi les scientifiques se trouve Louis Bernacchi, un belge vivant en Tasmanie et qui a étudié le magnétisme et la météorologie à l'Observatoire de Paris. Il est pressenti pour l'expédition Antarctique belge (1897-1899) mais n'est pas en mesure de prendre ses fonctions. Bernacchi se rend ensuite à Londres dans le but de postuler comme scientifique auprès de Borchgrevink[20]. Sa chronique de l'expédition Southern Cross, qui est publiée en 1901 sous le nom To the South Polar Regions, est critique envers certains aspects du commandement de Borchgrevink, mais défendant les réalisations scientifiques de l'expédition[10]. Un peu plus d'un an après son retour, Bernacchi retourne en Antarctique en tant que physicien sur l'expédition Discovery du capitaine Scott[21].William Colbeck, qui servit auparavant sur l'expédition Discovery, est un des hommes de Borchgrevink, un marin britannique expérimenté. Il s'agit d'un lieutenant commissionné dans la Royal Naval Reserve[20]. Pour préparer l'expédition Southern Cross, il prend un cours de magnétisme à l'observatoire de Kew[20]. De 1902 à 1904, il est aux commandes du SY Morning qui porte secours aux membres de l'expédition Discovery[22].

L'assistant zoologiste de Borchgrevink est Hugh Blackwell Evans, le fils d'un vicaire de Bristol, qui avait passé trois ans dans un ranch de bétail au Canada et avait chassé le phoque autour des îles Kerguelen[3]. Le zoologiste en chef est Nikolai Hansen, diplômé de l'Université d'Oslo, qui est décédé au cours de l'expédition, laissant une femme et une fille née après son départ pour l'Antarctique[3].

Le médecin de l'expédition, Herlof Klovstad, fait également partie de l'équipe débarquée, précédemment il travaillait dans un asile d'aliénés à Bergen[20]. Klovstad est mort peu après son retour de l'Antarctique[3]. Les autres sont Anton Fougner, assistant scientifique, Kolbein Ellifsen, cuisinier et assistant général, et les deux mushers saami, Per Savio et Ole Must[3]. Ces derniers, de respectivement 21 et 20 ans, sont les plus jeunes membres de l'équipe[3]. Borchgrevink décrit plus tard Savio comme un homme « bien connu pour son caractère fidèle, sa capacité de travail et son intelligence »[20].

Voyage[modifier | modifier le code]

Cap Adare[modifier | modifier le code]

Article connexe : Cap Adare.
Photographie récente du cap Adare où se trouve une rookerie de manchots Adélie.

Le SS Southern Cross quitte Londres pour Hobart en Tasmanie, le 23 août 1898, après son inspection par le duc d'York, le futur roi George V du Royaume-Uni, qui donne un Union Flag[23]. Parallèlement au personnel, au matériel et aux provisions de l'expédition, des chiens de Sibérie pour les traîneaux sont emportés. C'est la première fois que des chiens sont utilisés dans une expédition en Antarctique[12]. Après un dernier ravitaillement à Hobart, l'expédition part pour l'Antarctique, le 19 décembre 1898. Le cercle Antarctique est franchi le 23 janvier 1899, après quoi le navire est pris dans le pack, n'en sortant que trois semaines plus tard. Le cap Adare est repéré le 16 février, et le jour suivant, le Southern Cross ancre au large des côtes[5].

Le cap Adare fut découvert par l'explorateur James Clark Ross au cours de l'expédition Erebus et Terror (1839-1843). Il se trouve à la fin d'un long promontoire et au-dessous du cap se trouve une grande zone d'estran, où Borchgrevink et Bull ont fait leur court passage en 1895. Cet estran est le site de l'une des plus grandes rookeries de manchots Adélie sur le continent et, comme le fait observer Borchgrevink en 1895, « à cet endroit, il y a assez d'espaces pour des maisons, des tentes et des provisions »[6], il ajoute « l'abondance des pingouins fournira un garde-manger pour l'hiver et une source de combustible »[7].

Le déchargement débute le 17 février. Les 75 chiens furent les premiers à terre[13] avec leurs deux manutentionnaires saami, qui restent avec eux et sont deviennent ainsi les premiers hommes à passer une nuit sur le continent Antarctique[24]. Au cours des douze jours suivants, le reste de l'équipement et des provisions sont débarqués, et deux baraques préfabriquées sont érigées, l'une en tant que logement et l'autre pour le stockage[25]. Il s'agit, là encore, des premiers bâtiments construits sur le continent. Une troisième structure est construite avec des restes de matériels, afin de servir de refuge pour les observations magnétiques[7]. La « cabane à vivre » est petite et apparemment précaire pour servir de logement aux dix hommes. Bernacchi la décrit plus tard comme un abri de « quinze pieds carrés, ancré par des câbles au sol rocheux »[26]. Les chiens sont logés dans des chenils façonnés à partir de caisses d'emballage[25]. Au 2 mars, la base, baptisée « Camp Ridley » d'après le nom de jeune fille anglais de la mère de Borchgrevink[5] est achevée et le drapeau du duc de York mis en place. Ce jour-là, le SS Southern Cross repart pour l'Australie, pour y passer l'hiver[24].

Abri de l'expédition.

À l'intérieur de la cabane se trouvent deux petites salles annexes, l'une utilisée comme chambre noire pour les photographies, l'autre pour la taxidermie. Dans la principale zone de vie, la lumière du jour pénètre par le biais d'une fenêtre à double vitrage et volets et par l'intermédiaire d'un petit trou sur le haut du mur nord. Les lits sont installés autour des murs extérieurs, et une table et un poêle dominent le milieu de la cabane[25]. Au cours des quelques semaines précédant l'hiver, les membres de l'expédition testent les techniques de transports avec les traîneaux près de la baie de Robertson, en arpentant la côte et collectant des spécimens d'oiseaux et de poissons. Ils abattent également des phoques et des manchots pour se nourrir et pour la graisse. En dehors de ces activités, toute action a été largement limitée par l'apparition de l'hiver rigoureux, à la mi-mai[5].

Hiver antarctique[modifier | modifier le code]

Dessin de Kolbein Ellefsen sur le un mur de l'abri, au-dessus de son lit.

De par cette arrivée précoce de l'hiver, les membres de l'équipe sont rapidement contraint à rester dans leur logement exigü. Cela se révèle être une période difficile pendant laquelle règnent l'ennui et l'irritation comme en témoignera Bernacchi qui explique que les hommes trouvent « les limites de leur tempérament »[26]. Au cours de cette période de tension et de confinement, les qualités de commandant de Borchgrevink laissent à désirer. Bernacchi écrit qu'« à bien des égards… [Borchgrevink n'est] pas un bon leader »[10]. L'historien polaire Ranulph Fiennes écrit également que « l'anarchie démocratique », la saleté, le désordre et l'inactivité étaient fréquents[27].

Borchgrevink, qui n'a pas une formation scientifique, rencontre des difficultés à manier l'équipement et à faire des observations et des mesures. Cette situation est une grande source de préoccupation pour certains membres de l'équipe[28]. Toutefois, le plan prévu des observations scientifiques est maintenu, l'exercice étant fait à l'extérieur de l'abri si les conditions météorologiques le permettent.

Comme divertissement, Savio improvise un sauna dans les congères à côté de la cabane. Un concert est organisé, avec des diapositives, des chansons et des lectures[29]. Mais pendant ce temps, deux accidents graves surviennent (quasi mortels). Le premier à la suite d'une bougie qui met le feu à la cabane et cause d'importants dégâts et le second, quand trois personnes sont presque asphyxiées par les résidus de combustion du charbon dans leur sommeil[5].

L'équipe est bien approvisionnée avec une large variété de produits alimentaires à base de beurre, du thé et du café, des harengs, des sardines, du fromage, de la soupes, des conserves de tripes, du pouding à la prune, des pommes de terre et de légumes secs[29]. Toutefois, il y a des plaintes sur le manque de luxe, Colbeck note que « toutes les conserves de fruits livrées pour l'équipe ont été soit consommés lors du voyage, soient laissées à bord du navire pour l'équipage »[29]. Il y a aussi une pénurie de tabac, en dépit des 500 kg qui étaient mis à disposition, car seule une petite quantité de tabac à chiquer a été débarquée[29].

Le zoologiste, Nikolai Hansen, tombe malade au cours de l'hiver. Le 14 octobre il mourut, apparemment d'un trouble intestinal, devenant donc la première personne à être enterré sur le continent Antarctique. La tombe est creusée dans le sol gelé au sommet du cap Adare à la dynamite[30]. Bernacchi écrit : « au milieu d'un profond silence et la paix, il n'y avait rien pour perturber le sommeil éternel, sauf le vol des oiseaux de mer »[5].

Colbeck, Bernacchi et Evans dépeçant un phoque lors de l'hiver 1899.

Alors que l'hiver céde la place au printemps, l'équipe se prépare à un voyage plus ambitieux vers l'intérieur du continent en utilisant des chiens et des traîneaux. L'emplacement de la base est cependant coupé du continent par de hautes montagnes et les voyages le long de la côte sont gênés par la glace et le pack dangereux. Ces facteurs limitent sévèrement l'étendue des possibilités de leur exploration, laquelle a été en grande partie réduite à la baie de Robertson[13]. Ici, une petite île est découverte et appelée île du Duc-d’York d'après le parrain de l'expédition[31]. Quelques années plus tard, cette découverte est contredite par des membres de l'expédition Discovery qui affirment que l'île n'existe pas[32]. Cependant, sa position a depuis été confirmée à71° 38′ S 170° 04′ E / -71.633, 170.067 ()[33]..

Exploration de la mer de Ross[modifier | modifier le code]

Article connexe : Mer de Ross.

Le Southern Cross est de retour au cap Adare le 28 janvier 1900[28]. Borchgrevink débute le démantèlement du camp de base et son transfert sur le navire, mais abandonne rapidement cette idée après quelques jours, pour embarquer à bord du navire, et le 2 février, le Southern Cross navigue vers le sud dans la mer de Ross[28]. La preuve d'un départ rapide et désordonné du cap Adare est notée deux ans plus tard, lorsque le site est visité par des membres de l'expédition Discovery comme Edward Adrian Wilson qui retrouve « une montagne de boîtes de fournitures, des oiseaux morts, phoques et chiens, des traîneaux […] et Dieu sait quoi d'autre »[34].

La barrière de Ross où Borchgrevink tenta d'avancer vers le sud.

Le premier port d'escale dans la mer de Ross sont les îles Possession, où la boîte en fer-blanc laissé par Borchgrevink et Bull en 1895 est récupérée[5]. Ils naviguent ensuite au sud, en suivant la côte de la terre Victoria et découvrent de nouvelles îles, dont l'une est nommée par Borchgrevink d'après Sir Clements Markham, dont l'hostilité à l'égard de l'expédition reste inchangée malgré cet honneur[31],[35]. Le Southern Cross continue vers l'île de Ross, observe le volcan du mont Erebus et tente un débarquement au cap Crozier, au pied du mont Terror. Là, Borchgrevink et le capitaine Jensen sont presque noyés par un raz-de-marée provoqué par une rupture de la glace à proximité de la barrière de glace[5]. À la suite de l'expédition Erebus et Terror de James Clark Ross soixante ans plus tôt, ils se rendent vers l'est le long de la barrière de glace, pour trouver l'entrée, d'où, en 1843, Ross avait atteint son « Farthest South »[36]. Les observations indiquent que la barrière s'est déplacée de quelque 30 km au sud depuis l'époque de Ross, ce qui signifie qu'ils sont déjà au « Farthest South » de Ross[5]. Toutefois, Borchgrevink tient à faire une montée sur la barrière elle-même. Dans les environs de l'entrée de Ross, il trouve un endroit où la pente de glace est suffisamment faible pour estimer qu'un débarquement soit possible[1]. Le 16 février, lui, Colbeck et Savio débarquent sur la barrière avec des chiens et un traîneau, puis ils font un voyage de quelques nautiques vers le sud jusqu'au point de 78°50'S, un nouveau record[7]. Ils sont les premières personnes à voyager sur la surface même de la barrière, gagnant la reconnaissance de Roald Amundsen pour avoir ouvert la route vers le sud[1]. En effet, près de cette même place, dans la baie des Baleines, dix ans plus tard, Amundsen établit son camp de base Framheim, avant d'atteindre le pôle Sud[37].

À son retour en direction du nord, le Southern Cross s'arrête à l'île Franklin, au large de la côte de terre Victoria, et l'équipage fait une série de mesures sur le magnétisme. L'emplacement du pôle Sud magnétique est, comme prévu, à l'intérieur de la terre Victoria, mais plus au nord et à l'ouest que ce qui était précédemment supposé[5]. Ils quittent ensuite l'Antarctique, traversant le cercle Antarctique le 28 février. Le 1er avril, la nouvelle de leur retour en toute sécurité a été envoyé par télégramme de Bluff, en Nouvelle-Zélande[13].

Bilan[modifier | modifier le code]

Le Southern Cross retourne en Angleterre en juin 1900 et reçoit un accueil un peu froid. Dans les milieux géographiques, il y a encore du ressentiment envers Borchgrevink pour l'obtention du soutien de George Newnes, et l'attention du public est, en tout état de cause, distraite par les préparatifs de la prochaine expédition du capitaine Scott : l'expédition Discovery[5]. Borchgrevink affirme dans le même temps que son voyage est un grand succès, en déclarant : « Les régions de l'Antarctique pourrait être un autre Klondike », en termes de perspectives pour la pêche, la chasse aux phoques et l'extraction de minéraux[38]. Il prouve qu'il est possible pour un homme de survivre à l'hiver antarctique, et fait une série de découvertes géographiques comme les îles de la baie de Robertson et de la mer de Ross ainsi que les débarquements sur l'île Franklin, l'île Coulman, l'île de Ross et la barrière de Ross[31]. L'exploration de la côte de la Terre Victoria révèle des « découvertes géographiques importantes […] du fjord Southern Cross, ainsi que l'excellent terrain pour un campement au pied du mont Melbourne »[31]. La plus importante réalisation d'exploration de l'expédition est, selon lui, l'ascension de la Grande Barrière de glace et le voyage le plus au sud jamais fait par l'homme »[31].

Le récit de l'expédition par Borchgrevink, First on the Antarctic Continent, est publié l'année suivante. L'édition britannique, dont la plus grande partie est revue par les journalistes de Newnes, est critiqué pour son côté « journalistique » et pour le style et le ton vantard[35],[2]. L'auteur, « inconnu que ce soit pour sa modestie ou son tact »[17] lance une série de conférences en Angleterre et en Écosse, mais l'accueil est généralement faible[5].

Hugh Robert Mill déclare que, si en effet les résultats scientifiques de l'expédition n'étaient pas aussi importants que prévu — de nombreuses notes du zoologiste Hanson ont mystérieusement disparu —, l'expédition est intéressante comme « parties de travaux scientifiques »[38]. Des études des conditions météorologiques et magnétiques de la terre Victoria enregistrées sur une année complète ; le calcul de l'emplacement du pôle Sud magnétique, des échantillons de spécimens de la faune et la flore du continent et des échantillons de sa géologie ont été recueillis. Borchgrevink fait également valoir la découverte de nouveaux insectes et d'espèces aquatiques prouvant la « bi-polarité », c'est-à-dire l'existence d'espèces à proximité des pôles Nord et Sud[31].

Les établissements géographiques de Grande-Bretagne et à l'étranger seront lents à donner une reconnaissance officielle à l'expédition. La Royal Geographical Society intronise Borchgrevink chez elle, et d'autres médailles et honneurs arrivent de Norvège, du Danemark et des États-Unis[2], mais les réalisations de l'expédition ne sont pas largement reconnues. Markham persiste dans ses attaques contre Borchgrevink, le décrivant comme rusé et sans scrupule[39]. L'hommage d'Amundsen est l'une des seules voix d'approbation de Borchgrevink. Le biographe de Scott, David Crane suppose que si Borchgrevink avait été un officier de la Royal Navy, son expédition aurait été traitée différemment en Grande-Bretagne, mais « un marin et professeur norvégien ne saurait jamais être pris au sérieux »[10].

Une reconnaissance tardive est venue en 1930, longtemps après la mort de Markham, lorsque la Royal Geographical Society a présenté à Borchgrevink la « Patron's Medal ». Elle admis que « la justice n'avait pas été faite à l'époque pour le travail de pionnier de l'expédition Southern Cross », et que l'ampleur des difficultés qu'elle a dû surmonter avait été auparavant sous-estimée[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Un autre membre de l'équipe débarquée, Louis Bernacchi, est Australien. Les autres sont tous scandinaves. (Max Jones, The Last Great Quest, p. 59—60)

Références[modifier | modifier le code]

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  33. (en) « USGS Geographic Names Information System (GNIS) », United States Geographic Survey (consulté en 18 août 2008)
  34. Journal d'Edward Adrian Wilson, 9 janvier 1902, pp. 93–95.
  35. a et b Elspeth Huxley, Scott of the Antarctic, p. 25
  36. Diana Preston, A First Rate Tragedy, p. 13
  37. Roald Amundsen, The South Pole (Volume I), p. 167—168
  38. a et b (en) « The Southern Cross Expedition (Results) », www.anta.canterbury.ac.nz (consulté en 10 août 2008)
  39. Beau Riffenburgh, Shackleton's Forgotten Expedition, p. 56

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