Exode hors d'Égypte

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L’Exode d'Israël hors d'Égypte (hébreu : יציאת מצרים Yetsi'at Mitzrayim, « la sortie d'Égypte »), est un récit biblique selon lequel les Hébreux, réduits en esclavage depuis des siècles par l’Égypte, s’en émancipent pour revenir, sous la conduite de Moïse et Aaron, dans le pays de Canaan et en prendre possession en vertu de la promesse divine faite à leurs ancêtres. La sortie d’Égypte et la longue traversée du désert qui y fait suite sont relatées dans les Livres de l’Exode, du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome.

Ce récit est considéré comme l’un des événements fondateurs du judaïsme avec le don de la Torah sur le mont Sinaï, fonde sa foi en un Dieu personnel qui intervient directement dans l’histoire, et est commémoré lors de la fête de Pessa'h.

Son historicité fait cependant l’objet de débats et critiques dans le milieu académique. Tel que le récit de l'Exode le présente, il ne correspond vraisemblablement pas à la description d'un événement historique[1].

La narration biblique[modifier | modifier le code]

Les Israélites avaient quitté le pays de Canaan pour l’Égypte lorsque Joseph était devenu premier ministre d’Égypte. Après la mort de Joseph, et la venue d’un pharaon « qui ne connaissait pas » (ou « n’avait pas connu ») Joseph, les Égyptiens, effrayés par la croissance démographique rapide des israélites et leur prêtant des visées dominatrices, les asservirent pendant plusieurs centaines d’années (210 ou 400 ans).

Ce travail, et en particulier la fabrication de briques, était extrêmement rigoureux, et les conditions d’oppression énormes. Moïse, en exil d’Égypte à cette époque, fut appelé (ou se sentit appelé) à devenir leur dirigeant. Retournant en Égypte, il essaya de négocier avec le Pharaon, qui ne fut pas réceptif, et dit ne pas connaître le dieu de Moïse. Moïse, sous l’ordre de Dieu, invoqua une série de plaies. Finalement, le Pharaon agréa la demande des israélites, de laisser Moïse les conduire dans le désert pour honorer leur dieu.

Cependant, le Pharaon changea d’avis dès leur départ, et dépêcha un nombre de soldats, afin de les ramener. Les Israélites s’échappèrent miraculeusement, traversant une « mer » à pied sec, les eaux formant un mur de chacun de leur côté. Dès que les Israélites traversèrent la mer, la mer se referma, prenant au piège les poursuivants égyptiens, qui ne purent s’enfuir car leurs chars s’étaient enlisés.

Après leur départ d’Égypte, les Israélites réalisèrent un périple à travers environ quarante endroits. Les endroits où l’on situe actuellement ces étapes, surtout les premières de la liste, sont inconnues ou sujettes à caution. Des événements d’importance se tinrent dans ces premières 'stations', dont le don ou la proclamation des Dix Commandements sur le mont Sinaï, avec le reste de la Loi mosaïque. Les Israélites arrivent finalement à Kadesh-Barnéa, où ils demeurent relativement longtemps. Des explorateurs sont envoyés faire un rapport sur Canaan en vue de son invasion mais, à l’exception de Josué fils de Noun l’Ephraïmite et Caleb fils de Yefouné le Judaïte, tous dissuadent de tenter la moindre entreprise devant la force des habitants.
Tous ces évènements semblent s’être produits au cours de la première année suivant l’Exode, la Torah situant la traversée du désert entre les quatre-vingt ans et les cent-vingt ans de Moïse[2] : « Israël fut donc condamné à errer quarante ans dans le désert » (Nombres 14:34). Moïse conduit ensuite les Israélites au travers d’une série de campements, que les biblistes appellent les Stations, au cours des quarante ans susmentionnés. Toute la génération présente au début des quarante ans, y compris Myriam, Aaron et Moïse lui-même, meurt en dehors de la Terre Promise, à l’exception de Caleb et Josué, auquel Moïse délègue l’autorité. C’est donc lui qui dirige le début de la conquête de Canaan, en traversant la rive orientale du Jourdain.

Tableau des étapes de l'exode selon le livre de l'Exode[modifier | modifier le code]

date référence lieu référence événement référence
14 nisan Ex. 12, 16 Ramsès Ex. 12, 37 entre les deux soirs: sacrifice de l'agneau pascal
15 nisan Sukkôt Ex. 12, 37; 13, 20 la nuit: Pâques;

le soir suivant: premier campement

16 nisan Etam Ex. 13, 20 deuxième campement
17 nisan Ex. 14, 20 (nuit) Pi-Hahirôt Ex. 14, 2 passage de la Mer Rouge Ex. 14
18 au 20 nisan désert de Shur Ex. 15, 22 errance
21 nisan Mara eaux amères purifiées Ex. 15
22 nisan Elim Ex. 15, 27
15e jour du second mois désert de Sîn Ex. 16, 1 don de la manne Ex. 16, 22
Rephidim (Massa et Meriba) Ex. 17, 1.7 épreuve de l'eau sortie du rocher
Amaleq Ex. 17, 8-15

La route de l'Exode[modifier | modifier le code]

Itinéraires possibles de l’Exode. Pour plus d’information, voir Liste des stations de l'Exode

Plusieurs trajets auraient pu être empruntés par les acteurs de l’Exode. De nombreux lieux cités n’ont pu être identifiés avec leurs correspondants modernes, et l’information présente dans la Bible et littératures apparentées ne donne pas d’information suffisamment univoque sur les repères géographiques. L’itinéraire que les Israélites auraient suivi après leur départ d’Égypte est donné sous forme narrative et récapitulé sous forme d’itinéraire. Quelques villes du début de l’itinéraire, comme Ra’amses, Pithom et Souccoth, sont relativement bien identifiées, et la seconde partie de l’itinéraire, aux abords du pays de Canaan, est également constituée d’endroits relativement connus : le site de Kadesh-Barnéa a probablement été correctement identifié, mais les premières traces d’occupation retrouvées dans l’aire ramsesside sont datées de plusieurs siècles en aval d’un Exode, y compris tardif. Le mont Sinaï, si important dans la Bible, n’est pas clairement localisé : si le Djebel Moussa, dans le sud de la péninsule du Sinaï, est le plus souvent cité, d’autres candidats plus ou moins crédibles, comme le Har Karkom, ont été proposés, et aucun signe probant de l’Exode n’a été jusqu’ici mis en évidence.
C’est pourquoi des dizaines, voire centaines de routes ont été proposées, et la localisation des étapes est en grande partie dépendante du site que le chercheur veut considérer comme le mont Sinaï et/ou Horeb.

Le passage de la mer Rouge ne fait pas davantage l’objet de consensus, sinon qu’il n’a probablement pas eu lieu à la mer Rouge. Ont été proposées la branche pelussique du Nil, le long du réseau des lacs Amers et des plus petits canaux qui formaient une barrière contre une fuite vers l’ouest, le golfe de Suez (au SSE de Souccoth) et le golfe d’Aqaba (au S d’Etzion-Guéber). Il semble, d’après le passage scriptural de la « mer Rouge, » en fait la mer des Joncs (Yam Souf), que le terme aurait pu désigner tant le golfe d’Aqaba que celui de Suez, mais il pourrait également s’agir de l’un des nombreux étangs à papyrus de l’Égypte.

Nombres impliqués dans l'Exode[modifier | modifier le code]

Le verset 12.37 de l’Exode indique un nombre de 600 000 hommes en partance. Ce chiffre est à nouveau répété dans le livre des Nombres où Moïse, sur ordre de Dieu (Nombres 1.1), effectue un dénombrement de tous les mâles âgés de vingt ans et plus, ils sont, deux ans après la fuite d’Égypte, 603 550 (Nombres 1.46). Ces chiffres ont soulevé parmi les spécialistes la question de leur plausabilité. Les recherches archéologiques récentes n'ont pas été en mesure de confirmer le récit biblique[3].

Archéologie[modifier | modifier le code]

Un siècle de recherches par les archéologues et égyptologues n'a fourni aucune preuve qui puisse être directement liée à la captivité de l'Exode, à l'évasion et aux périples à travers le désert. Pour cette raison, la plupart des archéologues ont abandonné les recherches archéologiques concernant Moïse et l'Exode comme « une vaine poursuite ». Pour Ze'ev Herzog, professeur d'archéologie à l'université de Tel-Aviv, « aucune démarche scientifique ne prouve la réalité de cette sortie d'Égypte, des grandes années d'errance dans le désert et de la conquête de la Terre promise »[4]. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman avancent quant à eux que « les sites mentionnés dans l'Exode ont bien existé. Certains étaient connus et furent apparemment occupés, mais bien après le temps présumé de l'Exode, bien après l'émergence du royaume de Juda, quand les textes du récit biblique furent composés pour la première fois »[5].

Un certain nombre de théories ont été avancées pour rendre compte des origines des Israélites, et en dépit de différences dans les détails sont tombées d'accord pour donner des origines cananéennes à Israël. La culture des colonies des premiers Israélites est cananéenne, leurs objets de culte sont ceux du dieu cananéen El, la poterie reste dans la tradition locale cananéenne, et l'alphabet utilisé est ancien cananéen. Le seul marqueur qui distingue les villages « israélites » des sites cananéens est une absence d'os de porc, bien que même cette différence (marqueur ethnique ou dû à d'autres facteurs) demeure un sujet de litige.

Passage en revue des datations de l'Exode[modifier | modifier le code]

Chronologies traditionnelles de l'Exode[modifier | modifier le code]

Chronologies synchronisant l'Exode avec l'expulsion des Hyksos[modifier | modifier le code]

Une invasion en deux parties[modifier | modifier le code]

Théories minimalistes[modifier | modifier le code]

Chronologies actuelles d'un Exode tardif[modifier | modifier le code]

Problèmes géographiques[modifier | modifier le code]

Théories alternatives[modifier | modifier le code]

Quelques théories ont été proposées pour expliquer les plaies d’Égypte, la partition des eaux, les attribuant à divers phénomènes climatiques, volcaniques ou géologiques au sens large. Plusieurs tentatives font également appel à une chronologie révisée, plaçant les pharaons comme Ramsès II des siècles plus tard.

La théorie volcanique[modifier | modifier le code]

Une explication possible (et souvent citée) des plaies et du partage des eaux était l’éruption de Santorin, et le tsunami corollaire, qui pourraient s’être déroulés au moment de l’Exode. Cette théorie aurait toutefois été abandonnée[réf. nécessaire].

Selon les experts des tsunami, l’éruption massive de l’île grecque de Santorin (responsable de la disparition de celle-ci, et retranscrite également dans le légende de Jason et des Argonautes) en 1600 AEC pourrait avoir généré une lame de fond géante qui aurait frappé le Delta du Nil, séparé les eaux, déclenché les dix plaies, et causé l’apparition d’une « colonne de feu » au cours de la sortie d’Égypte de Moïse.
Les tsunamis sont souvent précédés par un retrait des eaux des côtes. Un mégatsunami, causé par l’éruption du Santorin, pourrait avoir siphonné des milliards de litres d’eau, non seulement de la côte, mais des cours d’eaux et étendues aquifères y connectés, créant de la terre sèche pendant deux heures. Ce laps de temps aurait donné à Moïse et aux Israélites (quoique peut-être pas aux trois millions d’entre eux) de traverser. Les chars, étant plus lourds, pourraient s’être enlisés dans la vase. Ces théories reposent sur les analyses des rochers bordant les côtes d’Afrique et d’Égypte.

Plusieurs auteurs ont également mis en avant les similitudes de description entre le Mont Sinaï dans l’Exode et des volcans en éruption. Parmi les auteurs ayant embrassé ces idées :

Révision des chronologies égyptiennes[modifier | modifier le code]

Association à Osarseph[modifier | modifier le code]

Association à l'Aténisme : l'hypothèse freudienne[modifier | modifier le code]

Interprétation[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lester L. Grabbe, Ancient Israel : what do we know and how we know it ?, T&T Clark,‎ 2007 p. 84
  2. Comme la manne venait d’être introduite, Ex 16,35 « ne parle pas pour le passé, mais pour l’avenir ».
  3. Finkelstein et Silberman 2002, p. 80
  4. Deux archéologues contestent la réalité historique de la Bible, Henri Tincq, Le Monde.fr, 6 juin 2002
  5. Finkelstein et Silberman 2002

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Encyclopedia Judaica. S.v. « Population ». (ISBN 0-685-36253-1)
  • Yilgal Shiloh. The Population of Iron Age Palestine in the Light of a Sample Analysis of Urban Plans, Areas and Population Density. Bulletin of the American Schools of Oriental Research (BASOR) 239, (1980): 25-35. (ISSN 0003097X)
  • Nahum Sarna. Six hundred thousand men on foot in Exploring Exodus: The Origins of Biblical Israel, New York: Schocken Books (1996): ch. 5. (ISBN 0-8052-1063-6)
  • Hershel Shanks, William G. Dever, Baruch Halpern et P. Kyle McCarter. The Rise of Ancient Israel: Symposium at the Smithsonian Institution October 26, 1991, Biblical Archaeological Society, 1992. (ISBN 1-880317-05-2)
  • Manfred Bietak. Avaris: The Capital of the Hyksos: Recent Excavations, London: British Museum Pubs. Ltd, 1995. (ISBN 0-7141-0968-1). Here, Bietak discusses Thutmose III era finds in the vicinity of the later city of pi-Rameses.
  • Thomas E. Levy et Mohammed Sajjar. Edom & Copper, Biblical Archaeological Review (BAR), juillet-août 2006 : 24-35.
  • Exodus: The Egyptian Evidence, édité par Frerichs, Lesko & Dever, Indianapolis: Eisenbrauns, 1997. (ISBN 1-57506-025-6) See esp. Malamat’s essay there.
  • Theophile Meek, Hebrew Origins, Gloucester, MA.: Peter Smith Pub. Inc., 1960. (ISBN 0-8446-2572-8)
  • John J. Bimson. Redating the Exodus. Sheffield, England: Sheffield Academic Press, 1981. (ISBN 0-907459-04-8)
  • Yohanan Aharoni. The Archaeology of the Land of Israel. Philadelphia: Westminster Press, 1982. (ISBN 0-664-21384-7). This book is notable for the large number of Ramesside cartouches and finds it cites throughout Israel.
  • Johannes C. de Moor. Egypt, Ugarit and Exodus in Ugarit, Religion and Culture, Proceedings of the International Colloquium on Ugarit, Religion and Culture, édité par N. Wyatt et W. G. E. Watson. Münster, Allemagne : Ugarit-Verlag, 1996. (ISBN 3-927120-37-5)
  • Richard Friedman. Who Wrote the Bible?. HarperSanFrancisco, 1997. (ISBN 0-06-063035-3). (an introduction for the layman to the view that there are in all probability multiple sources for the "Books of Moses")
  • (en) Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman (trad. P. Ghirardi), La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l'archéologie [« The Bible unearthed : archaeology's new vision of ancient Israel and the origin of its sacred texts, New York, 2001 »], Paris,‎ 2002 (ISBN 2-07-042939-3)
  • Amnon Ben-Tor. Hazor - A City State Between The Major Powers. Scandinavian J. of the OT (SJOT), vol. 16, issue 2, 2002: 308. (ISSN 0901-8328)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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