Eustache Ier de Grenier

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Eustachus Granarius, soit Eustache de Grenier, Garnier, voire d'Agrain[1], est cité pour la première fois en 1105 à la troisième Bataille de Rama où il est décrit comme l'un des quatre vassaux principaux du Roi Baudouin Ier de Jérusalem.

Origines[modifier | modifier le code]

Il serait originaire de Thérouanne, ville du Pas-de-Calais, où il s'engagea auprès des Flamands pour la Croisade. Guillaume de Tyr en fait un noble issu de l'ancienne tribu des Morins (peuple germanique de la région de Boulogne-sur-Mer et de Thérouanne), déjà mentionnée par Jules César dans la Guerre des Gaules.

Mais selon le vicomte de Montravel[2], un certain Eustache d'Agrain (de Agrenio), est parti en croisade, avec son cousin, Aymar, évêque du Puy, accompagné d'autres noms de familles puissantes du Languedoc et du Vivarais (il énumère une cinquantaine de personnes…), dans la suite du comte de Toulouse, notamment Pons de Balazuc, qui écrivit, avec Raymond d'Agiles, chapelain de Raymond IV, la chronique de l'expédition sous le titre Histoire des Français qui prirent Jérusalem. L'étude de ce rattachement a été conduite par les abbés L.Jarrot et Pontvianne[3]. Ainsi, il est porté Eustache Dagrain, dans le Dictionnaire universel historique[4], parti avec d'autres, de Languedoc, sous la conduite de Raymond, et appelés les Provencaux par plusieurs annalistes, comme mentionné par M. Louis de La Roque, dans l'introduction de son Armorial[5]:… la première croisade, commandée par Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, Guillaume de Montpellier, Adhémar de Monteil, Eustache d'Agrain, Raimbaud d'Orange, Raymond Pelet et Guillaume d'Albret.

Sidon et Césarée[modifier | modifier le code]

Depuis une date inconnue, il est le seigneur de Césarée, ville prise par les Croisés en 1101.

L'archevêque Guillaume de Tyr, le désigne ainsi: Granarius Césarée et Sydonis Dei gratia dominus.

Bien que probablement un chevalier peu important pendant la croisade elle-même, il participa à la troisième bataille de Ramlah en 1105.

Après la mort de Raymond IV de Toulouse, son fils aîné, Bertrand, au pouvoir à Toulouse, et Alphonse Jourdain, très jeune enfant de la comtesse Elvire de Castille, sont seuls héritiers. Les soldats préfèrent choisir Guillaume Jourdain, cousin de Alphonse… Mais Alphonse retourne à Toulouse, ce qui oblige Bertrand à partir en Orient, ou il se heurte à Tancrède, et à Guillaume. Le roi de Jérusalem, Baudouin II, envoi deux émissaires: Païen de Caïffa et Eustache Garnier. La réconciliation eût lieu en juin 1109, dans le château du Mont Pèlerin. Ainsi, il était un des envoyés de Baudouin II pour négocier entre Guillaume Jourdain et Bertrand de Toulouse, tous deux fils de Raymond IV de Toulouse, qui se disputaient la possession de Tripoli.

En 1109 il assista au siège de Tripoli, dont Bertrand de Toulouse, Comte de Provence, prit le gouvernement.

En 1110, Baudouin II lui donne, en plus de la Seigneurie de Césarée, le comté de Sidon, Sagitta ou Sagette, aussi parfois appelée Secte, actuelle Saïda, seconde baronnie du Royaume de Jérusalem, après la prise de cette ville avec l'aide de Sigurd Ier de Norvège, les navires norvégiens, dispersés, étant sauvés par une escadre vénitienne, sous le commandement du Doge en personne, Ordelafo Faliero. Les chrétiens de Sidon firent échouer un complot contre le Roi de Jérusalem, Baudouin II, et le 4 décembre 1110, Sidon qui capitule, est érigée en Baronnie, confiée à Eustache Garnier.

Il épousera Emma (Emoleta, Emolata, Ermeline, Emme, Emelotte) de Choques, nièce du patriarche Arnoulf de Roeux plus connu sous le nom de Arnoul de Chocques et aura:

  • Géraud, (1101-1171), aussi appelé Eustache II le Jeune.
  • Gautier, (1102-1154), Seigneur de Césarée, marié à Eschiva de Tibériade. Selon Guillaume de Tyr, Géraud et Gautier étaient jumeaux.

Par son mariage il ajouta ainsi Jéricho à ses domaines, ville qui était auparavant sous la direction de l'Église.

Il prit part à l'importante convocation de la chevalerie, comme les principaux vassaux du Royaume, puis au siège raté de Chayzar, et en 1111, à celui de Tyr, victorieux, en y supervisant la construction de machines d'assaut.

En 1120, il était présent au conseil de Naplouse, organisé par Baudouin II, durant lequel les lois du Royaume de Jérusalem furent établies.

En avril 1123, suite à la capture du roi Baudouin II, lors d'un expédition dans le comté d'Edesse, le conseil nomme Eustache Garnier comme connétable et bailli du royaume de Jérusalem, régent jusqu'à la délivrance du Roi. En mai de cette année-là, à la tête des armées du Royaume de Jérusalem, emportant la Vraie Croix, il repousse une attaque des Fatimides d'Égypte à Ibelin le 29 mai 1123.

C'était le dernier exploit de Eustachus Granarius, qui mourut peu après, le 15 juin 1123.

Guillaume de Bures (dont la fille, ou nièce, Agnès, épousera le fils aîné d'Eustache, Géraud) le remplaça dans sa fonction de connétable du royaume. Il fut enterré à l'abbaye Sainte-Marie à Jérusalem.

Emma de Choques sa femme se remariera avec Hugues II du Puiset, comté de Jaffa. Géraud et Gautier eurent différents démêlés avec celui-ci, l'accusant d'une liaison avec la reine Mélisende. Hugues II du Puiset pris la fuite après une provocation en duel de Gautier.

Selon Foucher de Chartres, Eustache, surnommé l'épée et le bouclier de la Palestine, était « un homme preux, de noble caractère », et Guillaume de Tyr dira qu'il était « un homme sage et prudent, avec une grande expérience des questions militaires ».

Descendance[modifier | modifier le code]

Les armoiries des seigneurs d'Agrain (ou de Sidon), qui ont figuré dans la salle des Croisades, au château de Versailles, en tant que descendants directs d'Eustache de Grenier, étaient : d'Azur, au Chef d'or. Mais cette identification est contestée, car ces armoiries sont anachroniques, et il se peut que la famille d'Agrain se soit inventé par la suite une ascendance flatteuse, pourtant mentionnée dans La Revue du Vivarais, par le vicomte de Montravel, citant divers jugements de la noblesse du Languedoc, par monsieur le marquis d'Aubais…

Une autre théorie plus en vogue, d'après les travaux de René Grousset notamment, voient en Eustache de Grenier non un ascendant des Agrain, mais de la lignée des de Grenier ayant encore actuellement des descendants. Leur blason est parti au 1 de gueules à trois grenades d'argent posées 2 et 1, au 2 d'azur à un croissant d'argent. Les grenades sont en effet le fruit le plus communément cultivé dans les vergers de Sidon, et le croissant est là pour symboliser les services éminents rendus par la famille aux croisades. Un fils de Julien de Grenier, dernier comte de Sidon, ne possédant plus rien, aurait rejoint Saint Louis lors de la septième croisade. Lors de la huitième, Saint Louis lui octroya le droit de devenir maître verrier afin de rétablir sa situation financière et son patrimoine. Ses descendants s'établirent dans le sud de la France (Ariège et départements voisins) et portent aujourd'hui encore le nom de Grenier (ou ses variante Granier, Garnier, etc.).

Devenus protestants, Louis-Philippe préféra ne mentionner dans la salle des Croisades de Versailles que le nom Agrain et le blason de cette famille pour les descendants d'Eustache. Il est également possible que la famille Agrain soit aussi issue des Grenier-Garnier du Royaume de Jérusalem.

Ainsi, de Grenier et Agrain, sont tous deux descendants plausibles de cette lignée, preuves historiques à l'appui.

Source[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Florentin Benoit d'Entrevaux, Armorial du Vivarais. (1908), La Bouquinerie, p. 4b.
  2. Vicomte de Montravel, Revues du Vivarais., ?, p. 321.
  3. Michel des Chaliards, Les Pagels de l'Ardèche et leurs Seigneurs., Roudil, p. 39.
  4. Dictionnaire universel, historique, critique, et bibliographique, par Louis Mayeul, Chaudon, p.29
  5. Lous de La Roque, Armorial de la Noblesse de Languedoc, Firmin Didot Frères, p. V NOBLESSE MILITAIRE, 1860.