Eugène de Mazenod

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Saint Eugène de Mazenod
Image illustrative de l'article Eugène de Mazenod
Eugène de Mazenod
Naissance en 1782
Aix-en-Provence
Décès le   (env. 79 ans)
Marseille
Nationalité Flag of France.svg Française
Béatification
par Paul VI
Canonisation
par Jean-Paul II

Saint Eugène de Mazenod (Aix-en-Provence, - Marseille, ) est un religieux français catholique évêque de Marseille (1837-1861) qui a été canonisé en 1995 par Jean-Paul II.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une jeunesse en exil[modifier | modifier le code]

Charles Joseph Eugène de Mazenod, fils de Charles Antoine de Mazenod et de Marie Rose Eugénie Joannis est né à Aix-en-Provence le 1er août 1782 où son père et son grand-père étaient présidents à la cour des comptes du Parlement de Provence. Sa mère richement dotée, était issue d'une famille de médecins[1]. Compte tenu du rang de son père dans l'Ancien Régime, la famille dut fuir dès les premiers troubles révolutionnaires, tout d'abord à Nice qui faisait alors partie du Royaume de Sardaigne, puis, au fur et à mesure de l'avancée des troupes révolutionnaires en Italie, à Turin, Venise, Naples et enfin Palerme en Sicile.

À Venise, il rencontra un jésuite, Don Bartolo Zinelli, qui sera à l'origine de sa vocation religieuse. Il écrira près de cinquante ans plus tard en revoyant Venise : « Bienheureux Zinelli, que serais-je devenu sans vous ? ». C'est dans la pauvreté qu'Eugène de Mazenod vivra son adolescence, privé de compagnons de son âge, mais également de sa mère, rentrée en France dès la promulgation des lois sur le divorce, afin de recouvrer ses biens confisqués par la Révolution.

Le prêtre[modifier | modifier le code]

Mgr de Mazenod en bas de la basilique Notre-Dame de la Garde

En 1802, Eugène de Mazenod revient en France. Après des hésitations sur sa vocation avec deux projets de mariages, il décide de faire ses études théologiques au collège de Saint-Sulpice de Paris où il rentre le . Fidèle à ses origines et à ses convictions, il refuse d'être ordonné par le cardinal Maury imposé par Napoléon sans l'accord du pape Pie VII ; il est ordonné prêtre le par l'évêque d'Amiens, Mgr Claude Jean François Demandolx, ami de la famille et autrefois vicaire de Marseille avec son grand-oncle[2]. Il refuse l'offre de Mgr Demandolx qui lui propose d'être son vicaire général car il veut se consacrer uniquement aux pauvres.

Lorsqu'il rentre en Provence en octobre 1812, il se consacre à l'évangélisation des pauvres avec lesquels il s'entretient en langue provençale. En 1814, le typhus se déclare parmi les prisonniers de guerre entassés dans les prisons d'Aix-en-Provence ; en visitant les malades, il finit par être gravement atteint lui-même mais se rétablit grâce à sa robuste constitution[3]. Un peu plus tard, il fonde, le , avec l'assentiment des vicaires généraux d'Aix les Missions de Provence. Le souci majeur d'Eugène de Mazenod est de s'adapter à la situation réelle des gens dont la vie chrétienne a été si bouleversée depuis 25 ans. D'où un certain nombre d'innovations, en particulier les visites à domicile et l'utilisation du provençal.

L'évêché de Marseille, supprimé en 1790, est, après de nombreuses interventions des autorités civiles, rétabli par une ordonnance royale du , nommant évêque de Marseille Fortuné de Mazenod, oncle d'Eugène. Le nouvel évêque, qui était alors âgé de 73 ans, prend pour vicaire Eugène de Mazenod ainsi que le père Tempier.

Armoiries de Mgr de Mazenod dans la basilique Notre-Dame de la Garde
Statue de Mgr de Mazenod à l'entrée de la crypte de la basilique Notre-Dame de la Garde

La société des Missionnaires de Provence traverse une grave crise et certains de ses membres sont rappelés dans leur diocèse d'origine. Seule une approbation par le Saint-Siège peut sauver l'institution. Eugène de Mazenod se rend à Rome où il rencontre le pape Léon XII qui approuve les statuts de cette société qui prend le nom de congrégation religieuse des « Oblats de Marie-Immaculée » (OMI) pour l'apostolat missionnaire des zones défavorisées, dont les membres étaient au nombre de 4 760 en 1997.

L’évêque[modifier | modifier le code]

En 1837 Mgr Fortuné de Mazenod âgé de 88 ans donne sa démission et, fait assez rare, son neveu lui succède. Le gouvernement de Louis-Philippe Ier qui n'a aucune sympathie pour le bouillant ecclésiastique et a failli le priver de ses droits civiques, estime qu'Eugène de Mazenod sera moins dangereux dans ces hautes fonctions. De 1837 à sa mort en 1861, l'évêque mènera de front sa tâche de pasteur et celle de supérieur des Oblats.

Le supérieur des Oblats[modifier | modifier le code]

Le 20 juin 1841, Eugène de Mazenod reçoit Mgr Ignace Bourget, jeune évêque de Montréal, à la recherche de missionnaires. L'évêque de Marseille accepte de l'aider et six premiers missionnaires s'embarquent pour le Canada. C'est le point de départ d'une vaste évangélisation qui se poursuivra aux États-Unis, en Afrique et au Sri Lanka.

Le pasteur de Marseille[modifier | modifier le code]

Mgr de Mazenod, toile de la chapelle absidiale axiale de la cathédrale de La Major, où se trouve son tombeau.

La population de Marseille double presque pendant l'épiscopat de Mgr de Mazenod et atteint 260 000 habitants en 1861. Il crée 21 paroisses et construit 34 églises. Il fait commencer les travaux de deux vastes chantiers :

  • La cathédrale de la Major maintenue par décision de la ville sur son ancien emplacement malgré l'opposition constante de l'évêque qui aurait préféré une construction sur le cours du chapitre, actuellement cours Joseph Thierry[4]. Le décret du 25 septembre 1852 signé par Louis-Napoléon, président de la République française, confirma cette décision[5].
  • La basilique Notre-Dame de la Garde qui deviendra le symbole de la ville. Grâce à son intervention auprès du général Adolphe Niel, futur maréchal, le comité des fortifications donnera un avis favorable et le ministère de la Guerre, propriétaire des terrains, donnera l'autorisation de la construction de la basilique[6]. Mgr de Mazenod, sans remettre en cause la désignation d'Henri-Jacques Espérandieu comme architecte, regrettera de voir un architecte protestant diriger la construction d'un sanctuaire catholique dédié à la vierge Marie. Il posa la première pierre le 11 septembre 1853.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

La maladie le surprend début janvier 1861. Durant les derniers jours il murmure : « Comme je voudrais me voir mourir, pour bien accepter la décision de Dieu… Si je viens à m'assoupir et que je sois plus mal, éveillez-moi, je vous prie. Je veux mourir en sachant que je meurs ! » Doyen des évêques de France, il meurt le 21 mai 1861. Les funérailles ont lieu à l'église Saint-Martin à cause des travaux de la nouvelle cathédrale. Mgr Chalandon, archevêque d'Aix, célèbre la messe et prononce l'homélie. Son tombeau se trouve dans la chapelle axiale de la cathédrale de la Major à Marseille.

Hommages[modifier | modifier le code]

statue de Mgr Mazenod en Pologne
  • Mgr de Mazenod a été béatifié par Paul VI le 19 octobre 1975 et depuis lors canonisé le 3 décembre 1995 par Jean-Paul II. Il est fêté le 21 mai[7].
  • Une statue de Mgr de Mazenod réalisée par Ramus a été placée à l'entrée de la crypte de Notre-Dame de la Garde.
  • Son nom a été donné à une rue à Marseille et Lyon, ainsi qu'à Québec. A Lyon, la rue Mazenod doit en réalité son nom à une autre origine : Catherine Mazenod, donatrice de terrains.
  • Une statue de Mgr Mazenod existe en Pologne.
  • Un collège privé porte son nom dans le quartier du Rouet à Marseille
  • Un collège privé porte également son nom à Ngaoundéré au Cameroun depuis le 8 décembre 1954, créé par Mgr Yves Plumey(OMI)[8].

Armoiries[modifier | modifier le code]

Blason de Mgr Eugène de Mazenod.svg

Ce prélat a modifié comme suit les armes de sa famille : D'argent, à une croix de calvaire, de sable, soutenue des lettres O.M.I. ; parti, d'azur à trois molettes d'or, au chef d'or, chargé de trois bandes de gueules[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Académie de Marseille, Dictionnaire des marseillais, Edisud, Marseille, 2001, p. 226, (ISBN 2-7449-0254-3)
  2. Cardinal Roger Etchegaray, Petite vie de Eugène de Mazenod, Paris, Desclée de Brouwer, 1995, p. 52-53
  3. Cardinal Roger Etchegaray, Petite vie de Eugène de Mazenod, Paris, Desclée de Brouwer, 1995, p. 61
  4. Augustin Fabre, Les Rues de Marseille, Edition Camoin, Marseille, 1869. Tome V p. 353
  5. Casimir Bousquet, La Major, cathédrale de Marseille, Vve Marius Olive, Marseille, 1857. p. 612.
  6. Robert Levet, La Vierge de la Garde au milieu des bastions, Editeur Paul Tacussel, Marseille, 1994.
  7. Voir sint Eugène de Mazenod sur Nominis.
  8. Plumey Yves, 1990, Mission Tchad-Cameroun, documents souvenirs visages, l’annonce de l’Évangile au Nord-Cameroun et au Mayo Kebbi 1946-1986, éditions Oblates, Paris
  9. Abbé Joseph Hyacinthe Albanés, Armorial & sigillographie des Évêques de Marseille avec des notices historiques sur chacun de ces Prélats, Marius Olive, Marseille, 1884, p. 184

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • Bibliothèque nationale de France • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
  • Henri Duclos (abbé), Histoire de Royaumont : Sa fondation par Saint-Louis et son influence sur la France, Tome Second, Ch. Douniol, Paris 1867, 800 p.; p. 599-781 (Livre quinzième) Lire sur Google livres
  • Cardinal Roger Etchegaray, Petite vie de Eugène de Mazenod, Paris, Desclée de Brouwer, 1995.(230 p.)
  • J.Leflon, Eugène de Mazenod, évêque de Marseille, fondateur des o.m.i.Paris, Plon, 3 volumes 1957, 1960, 1964 (492 p., 668p. 862 p.)
  • A.Tache, La vie spirituelle d'Eugène de Mazenod, aux origines de la société, 1812-1818, Rome, 1963.
  • A.Roche, Biographie par l'image, Eugène de Mazenod, Lyon, 1969.
  • J.Pielorz, La vie spirituelle de Mgr de Mazenod, 1782-1812, Ottawa, 1956, 318 p.
  • R.Boudens, Mgr C.J.E. de Mazenod, évêque de Marseille et la politique, Lyon, 1951, 295 p.
  • A.Rey, Histoire de Mgr Charles Joseph Eugène de Mazenod, Rome, 1928, 3 volumes.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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Évêque de Marseille
1837-1861
Patrice Cruice