Eugénisme sous le régime nazi

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L'eugénisme est une des bases d'une politique eugéniste officielle de l'Allemagne nazie dès 1933. Définie par un ensemble de lois et de décrets, cette politique s'est notamment traduite dans sa dimension criminelle par le programme Aktion T4 d'euthanasie ainsi que par un vaste programme de stérilisations contraintes. On estime qu'environ 400 000 personnes furent stérilisées dans le cadre de ce programme entre 1933 et 1945.

Origines[modifier | modifier le code]

Avant même l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir, une majorité de scientifiques et une large partie de la classe politique allemande étaient favorables à l'eugénisme[1]. Le concept pseudo-scientifique d'hygiène raciale avait été inventé bien avant le nazisme.

Hitler s'est notamment inspiré de l'eugénisme américain, notamment de The International Jew. The world's Foremost Problem de Henry Ford dans lequel étaient présentées de manière très explicite et radicale ses propres conceptions antisémites et eugénistes dans la mouvance d'un courant eugéniste américain illustré entre autres par Madison Grant. Hitler considérait ainsi en 1924 à propos des États-Unis qu'« il y a aujourd'hui un pays où l'on peut voir les débuts d'une meilleure conception de la citoyenneté »[2].

Le programme eugéniste nazi[modifier | modifier le code]

La politique eugéniste propre à l'Allemagne nazie, qui s’insère dans un programme plus vaste que l’on peut qualifier d’ « eugénico-raciste »[3]s'inscrit dans un ensemble de lois, circulaires et décrets dont la première étape est la loi de stérilisation eugénique du 14 juillet 1933 (Gesetz zur Verhütung erbkranken Nachvuchzes) : loi de prévention d'une descendance atteinte de maladie héréditaire. Les objectifs essentiels sont :

  • d'une part à favoriser la fécondité des humains considérés comme supérieurs (politique nataliste, soutien familial, pouponnières, lebensborn, ...)
  • d'autre part à prévenir la reproduction des humains considérés comme inférieurs et socialement indésirables (les criminels, handicapés physiques ou mentaux, homosexuels, sourds et aveugles de naissance, alcooliques sévères etc.) ou racialement « impurs » (Juifs, Tziganes, Noirs ou Slaves).
  • tous les patients hospitalisés depuis au moins cinq ans[4]

Avortement[modifier | modifier le code]

L'Allemagne a ainsi durci la législation contre l'avortement pour les femmes considérées comme supérieures, alors que dans le même temps la circulaire secrète de 1934 aux Offices de la santé du peuple autorisait l'avortement pour les femmes si une « descendance héréditairement malade » était considérée comme prévisible[5]. Le décret secret du 19 novembre 1940 a été plus loin en rendant obligatoire l'avortement pour les femmes « inférieures »[6].

Programme de stérilisations contraintes[modifier | modifier le code]

La loi du 14 juillet 1933 portant sur la stérilisation eugénique est rédigée à l'aide de la participation active du docteur Arthur Gütt (médecin et haut fonctionnaire)[7], de Falk Ruttke (juriste) et Ernst Rüdin (psychiatre suisse) [8]. Cette loi qui entre en vigueur le 1er janvier 1934 impose la stérilisation obligatoire pour les malades atteints de neuf maladies considérées comme héréditaires ou congénitales (cécité, alcoolisme, schizophrénie, ...). Ces stérilisations ont fait l'objet d'un quasi consensus dans la communauté médicale allemande. On estime qu’environ 400 000 personnes ont été stérilisées entre 1934 et 1945, en incluant les territoires annexés par l’Allemagne après 1937 où la loi fut aussi appliquée[9].

Homosexualité[modifier | modifier le code]

Le paragraphe 175 du Code pénal condamnait l'homosexualité avant même l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Les conditions de vie des homosexuels se détériorèrent néanmoins fortement à partir de 1933. L'homosexualité, considérée par le pouvoir nazi et la très grande majorité des médecins et psychiatres de l’époque comme une « dégénérescence pathologique héréditaire », entrait dans le champ d'application d'une politique eugéniste. Une législation spécifique fut mise en place. L'Allemagne eugéniste "proposait" aux homosexuels le choix entre la castration volontaire ou la détention en camps de concentration.

Dimensions sociale et raciale[modifier | modifier le code]

D'autres pratiques ont été utilisées pour éliminer les personnes indésirables : euthanasie, camps de concentration pour les alcooliques, criminels, délinquants, asociaux divers, castration des criminels sexuels et homosexuels, stérilisation des enfants métis nés de mères allemandes et pères africains, indochinois de l'armée d'occupation française, élimination des handicapés, extermination des Tziganes et des Juifs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour les années précédant l’accession d’Hitler au pouvoir voir notamment Paul Weindling, Hygiène raciale et eugénisme médical en Allemagne, 1870-1932, La Découverte, Paris, 1998.
  2. Mein Kampf, cité dans Hitler's debt to America. The Guardian. 6, 2004.
  3. Benoît massin, « Stérilisation eugénique et contrôle médico-étatique des naissances en Allemagne nazie : la mise en pratique de l’Utopie médicale » dans Alain Giami, Henri Leridon, Les enjeux de la stérilisation, INED, 2000, p . 64.
  4. http://fr.wikipedia.org/wiki/Aktion_T4], texte additionnel.
  5. Benoît massin (2000), p. 65.
  6. Benoît massin (2000), p. 65
  7. Gütt dirigea notamment le Comité du Reich pour le service de la santé publique. Benoît Massin (2000), p. 67.
  8. Benoît Massin (2000), p. 67.
  9. D’après l’étude de Gisela Bock, Zwangssterilisation im Nationalsozialismus: Studien zur Rassenpolitik und Frauenpolitik, Opladen : Westdeutscher Verlag, 1986. Cité dans Benoît Massin (2000), p. 75. Des chiffres officiels ont été publiés jusqu’en 1937. L’estimation du nombre de stérilisations pour les années postérieures est une extrapolation réalisée à partir de données parcellaires.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christoph Beck, Sozialdarwinismus, Rassenhygiene, Zwangssterilisation und Vernichtung "lebensunwerten" Lebens : eine Bibliographie zum Umgang mit behinderten Menschen im "Dritten Reich" – und heute, Psychiatrie-Verl., Bonn, 1995
  • Peter Emil Becker, Zur Geschichte der Rassenhygiene : Wege ins Dritte Reich, G. Thieme, Stuttgart, 1988
  • Gisela Bock, Zwangssterilisation im Nationalsozialismus: Studien zur Rassenpolitik und Frauenpolitik, Westdeutscher Verlag, Opladen, 1986
  • Heather Pringle, Opération Ahnenerbe : comment Himmler mit la pseudo-science au service de la Solution finale, Presses de la Cité, Paris, 2007
  • Robert N. Proctor, Racial hygiene : medicine under the Nazis, Harvard university press, Cambridge (Mass.), 1988
  • Benoît Massin, « Stérilisation eugénique et contrôle médico-étatique des naissances en Allemagne nazie : la mise en pratique de l’Utopie médicale » dans Alain Giami, Henri Leridon, Les enjeux de la stérilisation, INED, 2000
  • Ingrid Richter, Katholizismus und Eugenik in der Weimarer Republik und im Dritten Reich : zwischen Sittlichkeitsreform und Rassenhygiene, F. Schöning, Paderborn ; München ; Wien, 2001
  • Paul Weindling, Hygiène raciale et eugénisme médical en Allemagne, 1870-1932, La Découverte, Paris, 1998 ; préf. de Benoît Massin
  • Richard Weikart, From Darwin to Hitler : evolutionary ethics, eugenics, and racism in Germany, Palgrave Macmillan, New York, 2004
  • Peter Weingart, Jürgen Kroll, Kurt Bayertz, Rasse, Blut und Gene. Geschichte der Eugenik und Rassenhygiene in Deutschland, Francfort, 2001, ISBN 3-518-28622-6
  • Silvain Reiner, Et la terre sera pure, les expériences médicales du IIIe Reich, Archipel 1997

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]