Eugène Marais

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Eugene Marais

Eugène Nielen Marais () est un avocat, naturaliste, écrivain et poète d'Afrique du Sud, issu de la communauté afrikaner.

Origines[modifier | modifier le code]

Les ancêtres d'Eugène Marais étaient Charles et Claude Marais, des Français de Paris émigrés en Afrique du Sud.

Biographie[modifier | modifier le code]

Eugène Marais est né dans une famille afrikaner à Pretoria dans le Transvaal. Il était le treizième et dernier enfant de Jan Christiaan Nielen et de Catharina Marais. Ses parents avaient quitté Le Cap quelques mois avant sa naissance pour s'installer à Pretoria.

Il fait ses études à Pretoria puis à Paarl dans la colonie du Cap.

Diplômé d'études secondaires à l'âge de 16 ans, il commence une carrière professionnelle à Pretoria d'abord comme juriste puis comme journaliste.

Âgé d'à peine 20 ans, il se lance dans l'édition et dirige un journal local en afrikaans Land en Volk (pays et peuple afrikaners) qu'il revendra en 1906. Il participe à la vie politique au sein de la faction progressiste, opposée au président du Transvaal, Paul Kruger.

C'est assez jeune qu'il devient aussi morphinomane et le restera toute sa vie.

Il se marie avec Aletta Beyers qui décède à la suite d'une fièvre un an plus tard, et huit jours après avoir donné naissance à leur fils.

En 1897, Marais se rend à Londres où il suit des études de droit. Il est à Londres quand éclate la Seconde Guerre des Boers et est assimilé à un ennemi en Angleterre.

Durant la dernière phase de la guerre, il se joint à une expédition allemande qui tente d'apporter par la mer des munitions et des médicaments aux commandos boers. Il est alors frappé par la malaria en pleine zone tropicale. La guerre prend fin avant que son navire n'arrive à destination.

À partir de 1905, il s'intéresse au naturalisme, notamment dans les régions nord du Transvaal. Il abandonne le journalisme et la politique pour étudier notamment la vie des termites, des mambas noirs et du cobra noir. Il produit également une étude sur la vie des primates.

Comme il se refuse à écrire en anglais à la suite des horreurs de la guerre des Boers, l’œuvre de Marais en afrikaans, et parue dans les quotidiens et les hebdomadaires du pays, sera finalement peu connue en dehors de l’Afrique du Sud.

Eugène Marais a accusé Maurice Maeterlinck d'avoir plagié son livre Die Siel van die Mier (L'Âme de la fourmi, 1925) pour La Vie des termites. Plus précisément, l'écrivain et scientifique boer lui a reproché l'emprunt du concept d'unité organique de la termitière, ainsi que du terme « nasicorne » (un néologisme qu'il avait formé). Soutenu par un lobby boer, Marais a poursuivi Maeterlinck devant les tribunaux. Sa renonciation en cours de procédure serait due à une absence de fonds et à son addiction à la morphine. Si certains parlent aujourd'hui « d'exemple classique de plagiat académique » (Bignell, sans argumentation, dans le cadre d'une étude biologique sur les termites[1]), d'autres n'évoquent qu'une « minuscule injustice » (David Van Reybrouck, dans Le Fléau, roman-enquête consacré en partie à la question, pourtant sévère à l'égard de Maeterlinck[2]). Il semble certain, en toute hypothèse, que Maeterlinck, dramaturge et poète, n'a pas indiqué ses sources avec la précision requise, se contenant d'y renvoyer en fin d'ouvrage, comme une simple bibliographie. Quant à Marais, ce scandale lui a permis d'atteindre une certaine renommée internationale (traduction de son livre en anglais).

En 1936, privé de morphine pendant quelques jours, il se tira dessus avec un fusil dans sa ferme de Pelindaba. Seulement blessé, il chargea de nouveau le fusil et se tira une balle dans la bouche.

Postérité[modifier | modifier le code]

Sépulture d'Eugène Marais au cimetière de church street (Pretoria)

Marais fut le premier naturaliste à pratiquer l'éthologie. Sa contribution principale à la culture sud-africaine et plus spécialement afrikaner fut ses poèmes. Eugène Marais est ainsi considéré comme l'un des plus grands poètes sud-africains et l’un des plus populaires.

Il est tout à la fois reconnu comme un héros du nationalisme afrikaner, un défenseur de l'afrikaans mais aussi comme un rebelle iconoclaste. Les différentes facettes de son identité lui ont permis ainsi de faire consensus, pour des raisons différentes, au sein de la vie intellectuelle et politique sud-africaine.

Il s'impliqua fortement dans la défense et la reconnaissance de la langue afrikaans dans la littérature au côté de de J.H.H. de Waal et G.S. Preller.

Si ses poèmes célèbrent la nature sud-africaine, ils sont aussi emprunts de pessimisme.

Homme de foi, afrikaner militant, Marais appréciait la culture des tribus indigènes du Transvaal qu'il décrivit dans son poème Die Dans van die Reën (« La Danse de la pluie »).

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • The Soul of the White Ant, 1937, d'abord publié en afrikaans sous le titre Die Siel van die Mier (1925),
  • The Soul of the Ape, 1919, ouvrage posthume publié en 1969.

Exemple de poème[modifier | modifier le code]

Nuit d'hiver

Comme il est froid le vent
Qui s'insinue.
Étincelante dans l'aurore pâle
Et solitaire, s'étend la plaine,
Généreuse comme la grâce divine,
Toute d'étoiles et d'ombre baignée.
Et loin là-bas, éparpillées
Et flamboyantes,
Ondulent les herbes hautes
Comme un signe de la main.

Comme elle est triste la mélodie
Que souffle le vent d'est,
Telle la plainte d'une jeune fille
Par son amant abandonnée.
Au creux de chaque brin d'herbe
Brille une goutte de rosée,
Bien vite par le froid en givre
Transformée !

Notes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Lugan, Ces Français qui ont fait l’Afrique du Sud, 1996. ISBN 2-84100-086-9
  • P. Schirmer, P. The concise illustrated South African encyclopedia, 1980, Central News Agency, Johannesburg, 212 p.
  • Leon Rousseau, The Dark Stream -- The Story of Eugene Marais, Jonathan Ball Publishers, JeppesTown, 1982.

Liens externes[modifier | modifier le code]