Eugène Leroy

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le peintre français. Pour l'écrivain français du XIXe, voir Eugène Le Roy. Pour les homonymes, voir Leroy.

Eugène Leroy est un peintre français, né le 8 août 1910 à Tourcoing, mort le 10 mai 2000 à Wasquehal.

Biographie[modifier | modifier le code]

Eugène Leroy est élevé, par son oncle « abbé » et sa mère « à l'ancienne, pour ne pas dire au froid et à la margarine[1] » à Tourcoing. Pour ses quinze ans, sa mère lui offre la boîte de peinture de son père, peintre, mort en 1911 alors qu'Eugène Leroy avait 1 an. Il commence alors à dessiner et découvre Rembrandt, puis Jordaens, Greco et Goya avec l'aide de ses professeurs qui remarquent son talent et lui recommandent de travailler d'après nature, précepte qu'il ne remettra jamais en question. En classe de philosophie, il lit Bergson, puis Proust et part visiter Rome. Il se lie avec Valentine qui va devenir sa femme en 1933.

En 1931, il entame, à l'école des Beaux-Arts de Lille, de courtes études, qu'il poursuit à Paris par des cours de dessin à la Grande Chaumière. Se considérant « pas fait pour les études » il retourne dans le Nord. Son fils Géno naît en 1934. En 1935 il s'installe près de Roubaix où, parallèlement à sa carrière de peintre, il est professeur de latin et de grec au collège Notre-Dame-des-Victoires. En 1936, il découvre La Fiancée juive de Rembrandt au Rijksmuseum d'Amsterdam, mais aussi la peinture de Malevitch qui la frappe par son « rêve de totalité ». Eugène Leroy sera toujours intéressé par la peinture abstraite en particulier celle de Mondrian. Il expose pour la première fois à Lille, en 1937. Il est mobilisé à Pâques 1940, puis revient à Roubaix où il enseigne le latin et le grec de 1940 à 1945. Peignant alors des scènes de genre comme Le Massacre des Saints Innocents ou L'Opéra de quatre sous. En 1943, il rencontre le critique Gaston Diehl qui l'expose à Paris. 1944 naissance de son fils Jean-Jacques. Il peint les paysages de la mer du Nord, près de Gravelines et à Croix de 1945 à 1950 dans de vastes aquarelles aux couleurs sombres et grises. En 1951 il rencontre le marchand Pierre Loeb qui lui achète une dizaine de toiles.

Passionné par les grands maîtres, Giorgione, Rembrandt, Van Gogh, il voyage en Allemagne, Espagne et Italie et expose régulièrement à Lille. Peintre figuratif, Il se tient à l'écart des avant-gardes. De 1946 à 1948, il réalise une peinture murale de 27 m2, Crucifixion, pour la chapelle du collège Notre-Dame-des-Victoires de Roubaix[2]. Il expose en 1954 à Paris avec Sam Francis et Serge Poliakoff, et Marcel Pouget sous la férule de Charles Estienne. En 1956, expose avec Eugène Dodeigne à Lille. La même année année a lieu la première exposition de ses œuvres au musée de Tourcoing, puis l'année suivante au Musée de Dunkerque, il reçoit le prix Emile-Othon Friesz. En 1958, il s'installe près de Lille, à Wasquehal, dans sa maison-atelier et cet emménagement dans un nouvel espace fait évoluer le format de ses toiles ; la même année, il réalise les vitraux de l'église Notre-Dame-des-Flots de Dunkerque[2]. Il rencontre alors la sculpteur Germaine Richier et est collectionné par les grands collectionneurs du Nord, Masurel ou Leclerq[3], qui le défendent.

En 1961, à l'occasion d'une exposition à la galerie Claude Bernard à Paris, le jeune peintre alors en voyage d'études Georg Baselitz découvre la peinture de Leroy et devient un de ses plus fervents admirateurs. Baselitz écrit :

« Je trouvais là des images brunes comme champs, comme pierre, comme bois, comme mousse, comme senteur. Une simple composition hollandaise avec une accumulation inouïe de couleur… Comme si tous les pantalons du peintre étaient suspendus à un crochet et racontaient l'histoire d'un chef-d'œuvre inconnu. »

Ces expositions sont des échecs commerciaux, commencent alors des années de travail solitaire dominé par la gravure. qu'il poursuit de 1964 jusqu'en 1972. Il expose à la Harvard University de Cambridge aux États-Unis en 1965, puis en Suisse, à Bruxelles. Il tente de présenter son travail à New York, où les galeries le refusent comme « du de Kooning » ! Il est alors très impressionné par les icônes russes et la peinture de Mark Rothko qu'il découvre lors de deux voyages l'un en Russie, l'autre aux États-Unis.

Il participe alors au Salon de Mai de 1955 à 1970 à Paris et par deux fois au salon des Réalités Nouvelles en 1973 et 1976.

En 1977, François Mathey, présente son travail à l'école des beaux-arts de Lille. Son fils Géno ouvre une galerie rue Quincampoix à Paris en 1978. En 1979, une présentation de l'oeuvre peinte de Leroy a lieu à la FIAC à Paris, une rétrospective de l'oeuvre gravé a lieu à Gravelines. La même année Valentine meurt. La galerie K de Washington, USA, le présente, puis le Museum van Heidenhaage Kunst de Gand, en Belgique en 1982. Le galeriste allemand Michael Werner, ami et marchand des peintres allemands Baselitz et Markus Lüpertz, devient son agent, à la demande de Baselitz[4] et organise des expositions en Allemagne, Autriche, Belgique, Grèce, aux États-Unis. Sa peinture se caractérise de plus en plus par une accumulation de strates de peintures épaisses de chaos d'empâtements extravagants d'où des figures, portraits, nus, paysages émergent à travers une observation minutieuse du spectateur. Eugène Leroy travaille la peinture : couche après couche, il enfouit l'image sous la matière pour parvenir à une occultation qui semble complète. Mais, de l'amas de matières et de couleurs émerge une figure, paysage, portrait ou nu ; c'est cet amas qui permet « que la peinture soit totalement elle-même[5]. » Jean Clair écrit de lui qu’il veut « saisir non la ressemblance mais au contraire l’indéfini, l’insaisissable, l’imprévu. »

En 1986, Eugène rencontre Marina qui devient son modèle. En 1987, Baseliz et Rudi Fuchs présentent son travail dans la catalogue de l'exposition du musée d'art moderne de Villeneuve d'Ascq. En 1988, le musée d'art moderne de la ville de Paris lui consacre une première rétrospective, puis le musée d'Eindhoven. La peinture d'Eugène Leroy est définitivement reconnue[6]. Suivent alors des expositions personnelles et rétrospectives à Nice, Paris,Toulouse. En 1995, il est invité à la Biennale de Venise. En 1996, il reçoit le Grand Prix national de peinture.

Il meurt le 10 mai 2000 dans sa maison atelier.

Donation et musée[modifier | modifier le code]

En 2003, une dizaine d’œuvres d'Eugène Leroy entre par dation au musée national d'art moderne Georges-Pompidou à Paris.

En 2009, le conseil municipal de Tourcoing accepte la donation faite au musée des Beaux-Arts par la famille d'Eugène Leroy, né dans cette ville. Cette donation[7] comprend 55 tableaux, 13 sculptures, 140 dessins, 18 carnets de dessins et 99 gravures, soit près de 600 œuvres d'une valeur de 2,5 millions d'euros[8].

En 2010, pour le 100e anniversaire de sa naissance, à la suite de cette donation, le musée des beaux-arts de Tourcoing, devenu MUba Eugène Leroy, organise une exposition qui présente 150 de ses œuvres.

Influence[modifier | modifier le code]

Le rayonnement d'abord régional de l'œuvre d'Eugène Leroy, au Nord de la France et en Flandres, a incité plusieurs plasticiens à s'engager dans des explorations plastiques nouvelles, son influence est, sans doute, palpable dans le travail des expressionnistes flamands avec lesquels Leroy entretenait des relations amicales tout au long de sa vie.

Le rayonnement international et la reconnaissance induite est entièrement due au peintre allemand Georg Baselitz qui en est à la fois l'inventeur et le prosélyte de Leroy. Bien qu'il professe une admiration pour Leroy, l'oeuvre de Baselitz a su se développer bien au delà de l'influence initiale, qui se remarque dans les oeuvres de jeunesse.

D'autres artistes de la même génération que Leroy, tels Frank Auerbach, Leon Kossoff, Nicolas de Staël,Bengt Lindström, ou Pierre Tal Coat ont eu également recours aux empâtements de matière en couches successives, sans que leur travail respectif ne se rapporte au style singulier employé dès le milieu du XXe siècle par Eugène Leroy.

Citation[modifier | modifier le code]

  • « Il faut être peintre pour faire des images, et ce sont les images qui font faire la peinture, mais c'est un secret[9]. »

Expositions[modifier | modifier le code]

  • 2013-2014 : « Baselitz Leroy. Le récit et la condensation ». MUba Eugène Leroy, Tourcoing
  • 2012-2013 : « La collection Michael Werner », Musée d’art moderne de la Ville de Paris
  • 2010 : « Œuvres sur papier », Galerie Bruno Mory, Besanceuil
  • 2010 : « Exposition du Centenaire », MUba Eugène Leroy, Tourcoing
  • 2008 : « Hommage à Eugène Leroy », Michael Werner London, Londres — « Pretty Ugly », Gavin Brown’s Enterprise, New York — Musée d’art moderne de la Ville de Paris
  • 2007 : Galerie Haas, Zurich
  • 2006 : « Bilder aus den 90er Jahren », Galerie Michael Werner, Köln — « Autour de la sorcellerie », Galerie de France, Paris
  • 2004 : « Grands nus, Couleurs, Papiers 1979-1985 », Michael Werner Gallery, New York — « Eugène Leroy : Autoportrait », La Piscine, Musée d'art et d'industrie André-Diligent, Roubaix
  • 2003 : « Voir en peinture », FRAC Île-de-France – Le Plateau, Paris — « Ölbilder, Aquarelle, Zeichnungen », Galerie Meyer-Ellinger, Francfort-sur-le-Main
  • 2002 : « Nudes », Michael Werner Gallery, New York — Galerie Bruno Mory, Besanceuil, France
  • 2001 : « Ruprecht Geiger, Eugène Leroy: Sunbursts and the Earth’s Shelter », Roger Smith Gallery, New York — « Hommage à Eugène Leroy », Musée d’art moderne, Villeneuve d’Ascq

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Eugène Leroy in catalogue Eugène Leroy, exposition du centenaire, p. 245, Hazan Muba, 2010.
  2. a et b [http://www.eugeneleroy.com/leroy/biographie.htm Voir sur eugeneleroy.com.
  3. In cat. Eugène Leroy, exposition du centenaire, p. 255, Hazan Muba, 2010.
  4. P. 123 in Baselitz-Leroy, le récit et la condensation, cat. Muba, Somogy, 2014.
  5. In Musée d’art moderne de la Ville de Paris, guide général, Éditions des musées de la Ville de Paris, 1998.
  6. Côte de l'artiste sur artnet.com.
  7. Donation Leroy sur le site du MUba.
  8. La Voix du Nord du 27 juin 2009.
  9. Eugène Leroy sur moreeuw.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugène Leroy, Eugène Leroy : peinture, lentille du monde, préface de Jean Clair, éditions Lebeer Hossmann, Bruxelles, 1979
  • Bernard Marcadé, Eugène Leroy, Flammarion, Paris, 1994
  • Éric de Chassey, Eugène Leroy, Autoportraits, Gallimard, Paris, 2004
  • Paul Audi, Le Regard libéré d'Eugène Leroy, Galerie de France & Michael Werner, Paris, 2010

Liens externes[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]