Eugène Atget

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Eugène Atget

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Portrait d'Eugène Atget réalisé par un photographe anonyme vers 1890.

Naissance
Libourne
Décès
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Photographe

Jean Eugène Auguste Atget est un photographe français, né le à Libourne, mort le à Paris. Il est principalement connu pour ses photographies documentaires sur le Paris de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et premières années[modifier | modifier le code]

Maison natale à Libourne

Eugène Atget est né d'un couple d'artisans de la banlieue parisienne. Orphelin à l'âge de cinq ans, il est élevé par ses grands-parents. Après de courtes études secondaires, il s'embarque comme mousse dans la Marine marchande[1], et sera, de 1875 à 1877, sur un navire des lignes d'Afrique.

En 1878, de retour à Paris, il tente d'entrer, sans succès, aux cours d'art dramatique du Conservatoire. Il doit alors accomplir son service militaire. En 1879, il tente de nouveau le Conservatoire, et réussit. Il commence une carrière d'acteur qu'il poursuivra durant quinze ans, sans grande réussite ; en 1885, il entre dans une troupe ambulante de comédiens. Son métier lui aura au moins permis de rencontrer, en 1895, Valentine Delafosse-Compagnon, qui deviendra sa femme.

L'année suivante, victime d'une affection des cordes vocales, il abandonne le théâtre et Paris pour se lancer dans la peinture, le dessin et la photographie. Dès 1890, il est de retour à Paris pour s'essayer à la peinture, sans grand succès.

Le photographe[modifier | modifier le code]

Il comprend vite que les peintres, architectes et graphistes ont besoin de documentation, c'est alors qu'il se tourne vers la photographie. Il commence à photographier systématiquement, avec l'intention de réunir une collection documentaire à destination des peintres[1].

Les « petits métiers de Paris »
Joueur d'orgue (1898)
Le Paris artistique et pittoresque
Rue des Prêtres-Saint-Séverin (Paris 5e)

Il s'attache d'abord à des sujets mineurs : les « petits métiers de Paris » qu'il voit disparaître, les cours d'immeubles, les devantures des boutiques (il vend ses tirages aux commerçants pour une somme modique). Ce travail l'amène à développer le projet de photographier tout ce qui, à Paris, est artistique ou pittoresque. Il va alors travailler par série, photographiant jusqu'à épuisement d'un sujet avant d'en attaquer un autre[1]. Les institutions telles que la Bibliothèque nationale ou le musée Carnavalet[1] perçoivent l'intérêt documentaire d'une telle collection : c'est par milliers qu'elles achètent ses photographies.

Il est alors à contre-courant du mouvement photographique de ce tournant du siècle qui cherche à imiter la peinture avec des flous et des retouches[1], réalisant des clichés nets et détaillés[1] mais en s'attachant au cadrage, à l'usage des lignes de fuites ou la répartition de la lumière. Il utilise également encore un appareil en bois, avec une chambre à soufflet, exigeant des poses longues pour imprimer les plaques en gelatino-bromure d'argent[1], négligeant les nouveaux appareils plus légers et rapides apparus au tournant du siècle[1].

En 1899, le couple s'installe au 17 bis, rue Campagne-Première, dans le quartier du Montparnasse.

Malgré son illustre clientèle d'artistes (Georges Braque, André Derain, Maurice Utrillo, Maurice de Vlaminck, André Dunoyer de Segonzac, Moïse Kisling, Tsugouharu Foujita), la situation financière d'Atget est précaire (le couple vivra pendant un temps sur les seuls revenus de sa femme), particulièrement durant et après la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il cesse progressivement de photographier jusqu'aux années 1920.

Il meurt à l'âge de 70 ans le 4 août 1927, dans la misère, et est inhumé dans la 4e division du Cimetière parisien de Bagneux.

Postérité[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative rappelant la présence du photographe au 17 bis rue Campagne-Première entre 1898 et 1927.

C'est peu avant sa mort que les surréalistes, notamment Man Ray grâce à son assistante Berenice Abbott, découvrent son œuvre. Par la publication de divers articles et ouvrages sur son travail, Berenice Abbott permet de faire connaître la documentation qu'il a constituée sur les quartiers anciens de Paris. Elle écrit au sujet d'Atget :

« On se souviendra de lui comme d'un historien de l'urbanisme, d'un véritable romantique, d'un amoureux de Paris, d'un Balzac de la caméra, dont l'œuvre nous permet de tisser une vaste tapisserie de la civilisation française. »

En 1927, l'année de la mort d'Atget, le musée des monuments historiques de Paris acquiert 2 000 plaques de son travail.

L'œuvre photographique d'Atget a particulièrement intéressé le philosophe et critique Walter Benjamin dans son opuscule L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique ou encore dans sa Petite histoire de la photographie. Dans le premier opuscule, le travail photographique d'Atget fait figure de précurseur dans l'histoire de cette nouvelle catégorie esthétique, savoir la valeur d'exposition :

« Dès que l'homme est absent de la photographie, pour la première fois, la valeur d'exposition l'emporte décidément sur la valeur cultuelle. L'exceptionnelle importance des clichés d'Atget qui a fixé les rues désertes de Paris autour de 1900, tient justement à ce qu'il a situé ce processus en son lieu prédestiné. On a dit à juste titre qu'il avait photographié ces rues comme on photographie le lieu d'un crime. Le lieu du crime est aussi désert. Le cliché qu'on en prend a pour but de relever des indices. Chez Atget les photographies commencent à devenir des pièces à conviction pour le procès de l’histoire. C'est en cela que réside leur secrète signification politique. Elles en appellent déjà à un regard déterminé. Elles ne se prêtent plus à une contemplation détachée. Elles inquiètent celui qui les regarde  ; pour les saisir, le spectateur devine qu'il lui faut chercher un chemin d'accès. Dans le même temps, les magazines illustrés commencent à orienter son regard. Dans le bon sens ou le mauvais, peu importe. Avec ce genre de photos, la légende est devenue pour la première fois indispensable et il clair qu'elle a un tout autre caractère que le titre d'un tableau (...) »

— Walter Benjamin, l'Oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique

Les tirages de ses photographies se retrouvent principalement au musée Carnavalet (9 000), à la Bibliothèque historique de la ville de Paris (5 600), à la Bibliothèque nationale de France (4 000), et au Museum of Modern Art de New York qui possède le fonds d'atelier d'Atget et des milliers de tirages achetés par Berenice Abbott[1] à la mort du photographe.

En 1978, la rue Eugène-Atget dans le 13e arrondissement de Paris prend son nom en hommage.

Évocations dans la littérature[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Expositions[modifier | modifier le code]

  • "Eugene Atget" projection au Théâtre Antique, lors du festival les Rencontres d'Arles en 1972.
  • Rouen vue par Atget, Bibliothèque municipale de Rouen, 1979
  • Les Hauts-de-Seine en 1900 - 127 photographies d'Eugène Atget, Musée de l'Île-de-France, orangerie du château de Sceaux, 26 avril - 26 juin 1991.
  • Sylvie Aubenas, Guillaume Le Gall, Laure Beaumont-Maillet, Clément Chéroux, et Olivier Lugon, Atget, une rétrospective, Bibliothèque nationale de France, 27 mars - 1er juillet 2007
  • Bonjour Monsieur Atget ! Il y a un siècle, promenade photographique au Pays d'Étampes. Exposition au musée intercommunal d'Étampes (Cour de l'Hôtel de Ville, Place de l'Hôtel-de-Ville et des Droits-de-l'Homme, 91150 Étampes), 15 septembre - 15 décembre 2007
  • Eugène Atget - Paris um 1900, Fotomuseum Winterthur/Suisse mars - 25 mai 2008.

Catalogue Eugène Atget - Retrospektive, 288 pages et 284 photos. Hg.Bibliothèque Nationale de France et Berliner Festspiele, édition allemande éditée Nicolai Verlag, Berlin.

  • Atget et Sceaux, entre rêve et réalité du 6 octobre 2008 au 6 février 2009 dans les Écuries
  • El viejo Paris, Fundación MAPFRE (es), Madrid, 27 mai au 27 août 2011
  • Eugène Atget, Paris, Musée Carnavalet, Paris, du 25 avril au 29 juillet 2012

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Luc Debesnoit, « Le Paris d'Eugène Atget », Télérama no 3252, du 12 au 18 mai 2012