Eudes IV de Bourgogne

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Avant la mort de son frère Hugues V, Eudes porta les armoiries de son oncle Eudes de Nevers, avec la bordure endentée

Eudes IV de Bourgogne[1] (1295 - † 3 avril 1349, Sens[2]) duc de Bourgogne de 1315 à 1350, comte de Bourgogne et comte d'Artois de 1330 à 1347, fils de Robert II, duc de Bourgogne (1272-1306), et d'Agnès de France. Il était donc, par sa mère, petit-fils de Saint Louis.

Par sa sœur aînée Marguerite de Bourgogne (1290-1315), il était le beau-frère du roi de France Louis X le Hutin et l'oncle de la future reine de Navarre Jeanne II, cette dernière étant également la cousine de sa femme Jeanne de France. De par cette dernière, il devient le gendre du roi Philippe V et de Jeanne II de Bourgogne, comtesse d'Artois.
Par sa sœur cadette Jeanne, il fut le beau-frère de Philippe VI, premier roi issu de la branche capétienne des Valois.

Biographie[modifier | modifier le code]

Prise du pouvoir et lutte avec Philippe V[modifier | modifier le code]

EudesBourgogne.jpg

Il succède en 1315 à son frère aîné Hugues V de Bourgogne. Afin de s'accorder les bonnes grâces de son frère cadet Louis, le nouveau duc doit céder à celui-ci le château de Duesme et quarante mille livres de rente.

À la mort du roi Louis X de France (1316), il soutient les droits de sa nièce Jeanne, alors âgée de cinq ans, contre le comte Philippe de Poitiers, frère de Louis X, mais il finit par céder par un traité signé à Vincennes le 17 juillet 1316 dans lequel il reconnaît Philippe de Poitiers comme régent du royaume. En contrepartie, il promet d'épouser la fille aînée de Philippe.

À la mort du petit Jean Ier le Posthume le 19 novembre 1316, Philippe de Poitiers se proclame roi de France sous le nom de Philippe V de France, dit le Long. Refusant de se rallier à ce dernier, Eudes IV soutient à nouveau les droits de sa nièce Jeanne II de Navarre au trône de France et n'assiste pas au sacre du nouveau monarque à Reims. Il conspire même avec les rebelles flamands dans le but de renverser Philippe V. Finalement, les deux hommes parviennent en 1317 à un nouvel accord: Eudes reçoit au nom de sa nièce une rente de quinze mille livres et se voit promettre, au nom de sa fiancée Jeanne de France, désormais fille du roi, les comtés de Bourgogne et d'Artois détenus alors par Mahaut d'Artois. Celle-ci était en effet la grand-mère de Jeanne de France.

En 1321, il vend ses droits sur la principauté d'Achaïe (qu'il détenait de son frère Louis décédé) à Philippe Ier de Tarente[3].

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Il épouse en 1318 Jeanne de France (1308 † 1347), future comtesse de Bourgogne et d'Artois. De ce mariage, ils ont :

  • un fils mort-né en 1322
  • Philippe Monsieur, (1323 † 1346) comte de Boulogne et d'Auvergne.
  • Jean (1324 † 1327)
  • un fils, né en 1327, mort jeune
  • un fils, né en 1330, mort jeune
  • un fils, né en 1335, mort jeune

Il eut aussi de nombreux enfants illégitimes.

Démêlés avec Charles IV[modifier | modifier le code]

En 1322, le duc de Bourgogne se rallie très vite au nouveau roi Charles IV le Bel, frère de Philippe V. Toutefois, il lui réclame peu après le comté de Poitiers au nom de sa femme, cette-ci étant la fille de feu Philippe V, ex-détenteur de ce comté.

Finalement le Parlement tranche en faveur du roi, considérant que la loi des apanages rend ceux-ci réversibles à la couronne de France faute d'héritiers mâles.

Par la suite Eudes réclame, toujours au sujet de l'héritage de Philippe V, le comté de Porcien, sans succès.

En 1323, il prend le défense des intérêts des moines de l'Abbaye de Saint-Martin d'Autun, enjoignant au châtelain de Tréchâteau, de ne plus inquiéter les religieux pour le pré sous l'étang d'Avallon. Quelque temps après, il informe les religieux qu'il renonce à ses prétentions sur ce pré[4].

Rôle sous Philippe VI[modifier | modifier le code]

En 1328, à la mort de Charles IV le Bel, Eudes soutient à nouveau les prétentions de Jeanne de Navarre au trône de France contre le comte Philippe de Valois.

Il sert néanmoins loyalement ce dernier, devenu Philippe VI , combat les Flamands et est blessé à la bataille de Cassel (1328).

Entre 1329 et 1331, il défend vigoureusement les droits de son épouse Jeanne au comté d'Artois contre les prétentions de son cousin Robert d'Artois. Il l'emporte après le bannissent de Robert, à la suite de quoi son influence auprès du roi, qui est son beau-frère, devient plus grande. Il entretient une clientèle de conseillers royaux, parmi lesquels le puissant Miles de Noyers.

Eudes IV défend Saint-Omer en 1340 contre Robert d'Artois, puis aide Charles de Blois dans le conflit qui l'oppose à Jean de Montfort. À cette époque, il fait partie des conseillers choisis pour encadrer le duc de Normandie, le fils aîné de Philippe VI. En 1346, il participe au siège d'Aiguillon, mené par Jean de Normandie. C'est au cours de ce siège que son fils Philippe de Bourgogne (1323-1346), meurt à la suite d'une chute de cheval alors qu'il franchissait un fossé.

La crise artésienne de 1346[modifier | modifier le code]

Fin 1346, Eudes et son épouse Jeanne font face à la défiance croissante des nobles et des bourgeois du comté d'Artois. Ceux-ci, accablés par les passages de l'armée anglaise et des impôts jugés trop lourds, sont déçus par leurs suzerains et demandent le rattachement du comté au domaine royal, et donc de se placer sous la protection de Philippe VI. Celui-ci refuse l'annexion pure et simple afin de ne pas indemniser le duc de Bourgogne, mais le 2 décembre 1346 il met l'Artois "dans sa main", c'est-à-dire qu'il prend le gouvernement du comté sans toucher aux droits et à la propriété du duc. De plus, le roi assure que l'argent prélevé sur les Artésiens sera consacré à la défense de leur province, ce que ne faisaient pas Eudes et Jeanne. Ces derniers sont contraints d'accepter la décision royale. En effet, le crédit du duc est alors bien entamé à la Cour. Considéré comme un des responsables des défaites de 1346, Bourgogne tombe dans une semie-disgrâce[5].

Toutefois, Eudes IV ne se résout pas à la perte de l'Artois, et après maintes pressions sur le roi obtient au bout de trois semaines la levée de la mainmise royal sur le comté.

Fin de règne[modifier | modifier le code]

En 1347, son épouse meurt et son petit-fils Philippe de Rouvre récupère l'héritage de sa mère. La même année il conclut une alliance avec Amédée VI de Savoie dans une expédition dans le Piémont. Toujours en 1347, le duc doit faire face à un soulèvement des barons franc-comtois, alliés aux bourgeois de Besançon. Il parvient à les vaincre mais avec beaucoup de difficultés.

Eudes IV meurt subitement à Sens le vendredi 3 avril 1349[6].

Extrait de son testament[modifier | modifier le code]

" Nous Robers de Luigny, trésouriers en l'église de chalon, chancelier de Bourgoigne, faceons savoir que Jehan Cultelier, de Dyjon, clerc juriés de la court monseignour le duc, coadjuteur de monseigneur Hugues Poissenot, notaire de la dite cour à Dyjon, ha veu, tenu et lit de mot à mot le testament de bonne mémoire feu monsoignour Eude, jadis duc de Bougoigne, cuy Dieu pardoint, saaley dou seaul dou dit monsoignour le duc, dou seel l'evesque d'Ostun qui à donc estoit, et des seels de plusours abbés et personnes nomez au dit testament, etc."Item au couvent de Saint-Bénigme de Dyjon, cent livres tournois por achepter terre dessoulz, nous por faire nostre anniversaire chascun an, le jour de nostre obit, la quelle nous voulons estre amortie. Item au couvent de Saint-Martin d'Ostun, cent livres tournois en la manère que dessus, etc. "[7].

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Eudes IV de Bourgogne est un personnage secondaire de la saga historique Les Rois maudits de Maurice Druon, apparaissant brièvement dans La Loi des mâles. Dans l'adaptation télévisée de la saga de 1972, il est personnifié par l'acteur Georges Riquier, alors que dans l'adaptation de 2005, c'est C. Florescu qui l'incarne.

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • L'art de vérifier les dates des faits historiques, 1818 Lien.
  • Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Paris, Fayard, 1980, (ISBN 2213008981).
  • Anne-Lise Courtel, « La chancellerie et les actes d'Eudes IV, duc de Bourgogne (1315-1349) », in Bibliothèque de l'école des chartes, no 135-1, 1977, p. 23-71, [lire en ligne].
  • Anne-Lise Courtel, « La chancellerie et les actes d'Eudes IV, duc de Bourgogne (1315-1349) (second article) », in Bibliothèque de l'école des chartes, no 135-2, 1977, p. 255-311, [lire en ligne].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Sa généalogie sur le site Medieval Lands
  2. Ecole nationale des chartes, Positions des thèses soutenus par les élèves..., 1974, p. 54
  3. J. Longnon, L'empire latin de Constantinople, p 312
  4. Cartulaire de l'Abbaye de Saint-Martin d'Autun, charte 106&107.
  5. Favier, p. 149-150
  6. Ernest Petit (historien), Société bourguignonne de géographie et d'histoire, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, Darantière, 1903, Vol.8, p. 61
  7. Cartulaire de l'Abbaye de Saint-Martin d'Autun, charte n°CXXVI.copie de 1352.