Lev Nussimbaum

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Lev Abramovitch Nussimbaum, ou Noussimbaum, (russe : Лев Абрамович Нуссимбаум, également Нусенбаум). Plume de jour: Essad Bey (Kiev, 1905 – Positano, Italie 1942) est un écrivain et journaliste juif d'origine ukrainienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il a passé son enfance à Bakou avant de fuir les bolchéviks en 1920, à l’âge de 14 ans. Il s’est créé une bonne situation dans le monde compétitif de la littérature européenne, en écrivant en général sur des sujets concernant l'ancien Empire russe et connus des occidentaux, comme le Caucase[1], l’Empire Russe[2], la Révolution bolchévique[3] qui a permis de découvrir le pétrole[4] et l’Islam[5]. Il écrivait sous le nom de plume d’Essad Bey en Allemagne.

Les historiens et les critiques littéraires considèrent que les écrits d'Essad Bey sont à traiter avec précaution, et même parfois comme n'étant pas une source fiable[6]. Aujourd’hui, les historiens ignorent ses livres et citent rarement Essad Bey, bien que les sujets dont il traitait laissaient toujours la place à la critique[7]. De plus, le fait qu’Essad Bey était si prolifique sème le doute sur la véritable paternité de ses livres. En effet, il opérait principalement comme courtier et falsifiait des manuscrits[réf. nécessaire] qu’il commercialisait ensuite sous son nom, gagnant ainsi une certaine célébrité. En 1934, son agent le prévient de ralentir son rythme de parution et de prendre une année loin des livres, lui permettant ainsi de paraître moins prolifique[8]. Cette année-là, aucun livre n’a été publié en Allemagne – seulement deux nouvelles en polonais[9].

Ali et Nino[modifier | modifier le code]

Un célèbre roman de 1937, Ali et Nino : Une histoire d'amour, que certaines personnes lui attribuent, est devenu un classique de la littérature azerbaïdjanaise. Il existe une controverse concernant l'auteur. De récentes analyses de journaux et d’essais politiques, d’histoires courtes et de romans de Youssif Vazir Chamanzaminli menées par un journal azeri concluent que Chamanzaminli serait l’auteur principal de ce roman[10]. Cependant, l'empreinte d’Essad Bey[11] est évidente dans le roman, particulièrement dans les passages folkloriques et légendaires dans le texte, dont beaucoup d’exemples contiennent des erreurs significatives[réf. nécessaire] qui pourraient être retracées comme étant les mêmes erreurs des précédentes œuvres d’Essad Bey. Sa connaissance du Caucase était plutôt limitée, ayant quitté la région à seulement 14 ans.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Lev Nussimbaum est né en octobre 1905, selon lui dans un train[12], bien que les documents de la bibliothèque de Kiev et de la synagogue de Kiev le déclarent né a Kiev. Son père, Abraham Leïbussovitch Nussimbaum, était un juif de Tiflis[13], sujet de l'Empire russe, natif de Géorgie en 1875, immigrant plus tard à Bakou et investissant dans le pétrole[14]. Sa mère Bassya Davidovna Nussimbaum, selon le certificat de mariage, était une juive de Biélorussie[15]. Elle se suicida le 16 février 1911 à Bakou alors que le jeune Nussimbaum n’avait que cinq ans[16]. Apparemment, elle aurait embrassé la cause socialiste et aurait été impliquée dans le mouvement communiste clandestin[17]. Le père de Nussimbaum a ensuite engagé Alice Schulte, une femme d’origine allemande pour être la nurse de son fils[18].

En 1918, Lev et son père ont fui Bakou à cause des massacres se déroulant dans les rues. Selon le premier livre d’Essad Bey, que les historiens considèrent comme n’étant pas vraiment fiable, ils ont voyagé à travers le Turkestan et la Perse. Cependant, de cet aventureux voyage, il n’y a aucune trace, sauf dans les propres écrits de Nussimbaum[19]. Nussimbaum et son père sont retournés à Bakou, mais quand les bolchéviques ont pris Bakou au printemps 1920, ils ont fui vers la Géorgie où ils sont restés jusqu'à ce que les bolchéviques prennent Tbilissi et Batoumi. Ensuite, ils se sont débrouillés pour monter à bord d’un bateau vers Constantinople, où des milliers de réfugiés fuyaient comme eux. Plus tard, Nussimbaum s’est finalement installé à Berlin (1921 – 1933), et s’est simultanément inscrit au lycée et à l’université Friedrich-Wilhelm. Il n’a jamais été diplômé de ces deux écoles, mais il est allé raconter aux gens autour de lui qu’il avait une maîtrise[20].

Les expériences de Nussimbaum en tant que jeune homme ont été formatrices et enchanteresses. Plus tard, à Berlin, il a obtenu un certificat « prouvant » qu’il s’est converti à l’Islam en août 1922[21]. En 1926, il a commencé à écrire sous le pseudonyme d’Essad Bey pour le prestigieux journal littéraire Die literarische Welt (Le Monde Littéraire). Au moins 120 articles ont été publiés sous ce pseudonyme[22]. Au début des années 1930, Essad Bey est devenu un auteur populaire en Europe de l’Ouest, écrivant principalement sur des sujets historiques et politiques contemporains.

En politique, il était délibérément monarchiste[23]. En 1931, il a rejoint la Ligue germano-russe contre le bolchévisme, dont les membres selon Daniel Lazare «pour la plupart, étaient Nazis ou allaient bientôt le devenir ». Nussimbaum a aussi rejoint le Parti Monarchiste Social, qui préconisait la restauration de la dynastie Hohenzollern en l’Allemagne. Il avait aussi des rapports avec le Jeune mouvement russe pré-fasciste, dont le chef était Alexandre Kazembek.

En 1932, Essad Bey a épousé Erika Loewendahl, la fille du magnat des chaussures, Walter Loewendahl. Le mariage a échoué, aboutissant au scandale. Erika s’est enfuie avec un collègue de Nussimbaum, René Fülöp-Miller[24]. Les parents d’Erika, qui étaient riches, ont réussi à faire annuler le mariage de leur fille avec Lev Nussimbaum (Essad Bey)[25].

En 1938, quand les allemands ont occupé l’Autriche, Nussimbaum a fui vers l’Italie et s’est installé sur les côtes de la petite station balnéaire de Positano. Il est mort là-bas d’une maladie rare du sang, connue pour toucher les juifs ashkénazes, causant la gangrène des extrémités. C’était probablement la maladie de Buerger[26], et non pas celle de Raynaud, comme certains le proclament.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Malgré le fait que Nussimbaum était un juif ethnique, sa politique monarchiste et antisocialiste était telle que, avant que l’on ait découvert ses origines, le ministère de propagande Nazi incluait ses travaux dans sa liste « de livres excellents pour des esprits allemands ». Parmi les œuvres qui lui ont été créditées, il y a les premières biographies de Lénine, de Staline, de Nicolas II, du prophète Mahomet et de Reza Chah d’Iran. Toutes ces « biographies » ont été prétendument[réf. nécessaire] écrites entre 1932 et 1936. A un moment donné, Nussimbaum a même été requis pour écrire la biographie officielle de Benito Mussolini. Les œuvres d’Essad Bey, dont beaucoup d’entre elles étaient des biographies, étaient décriées[réf. nécessaire] par les intellectuels de gauche et par les intellectuels d'Union soviétique. Elles sont toujours pour la plus grande part discréditées par les historiens et les critiques littéraires et sont rarement référencées aujourd’hui[27].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sous le pseudonyme d'Essad Bey[modifier | modifier le code]

  • (de) "Blood and Oil in the Orient" (1929; réédité par Aran Press en anglais, 1997; réédité par Maurer en allemand, 2008, ISBN 978-3-929345-36-0).
  • (de) Les Douze secrets du Caucase (1930; réédité par Maurer en allemand, 2008, ISBN 978-3-929345-37-7).
  • (de) Stalin: The Career of a Fanatic (1931).
  • (de) Der Kaukasus, non traduit en français (1932).
  • (de) Mohammed, the Prophet (1932).
  • (de) White Russia: People Without a Homeland (1932) (non traduit en français).
  • (de) OGPU: The Plot Against the World (1932).
  • (de) Liquid Gold (1933) (non traduit en français).
  • (de) Russia at the Crossroads (1933), (non traduit en français).
  • (pl) Amour et pétrole (1934), nouvelle seulement en polonais, (non traduit en français).
  • (pl) Manuela (1934), nouvelle seulement en polonais, (non traduit en français).
  • (de) Nicholas II: The Prisoner in Purple (1935).
  • (it) Lenin 1935, seulement en italien.
  • (de) Reza Shah (1936).
  • (de) Allah is Great: The Decline and Rise of the Islamic World (1936) (avec Wolfgang von Weisl) au sujet de l’ascendant du roi saoudien Ibn Saoud (1936), (non traduit en français).
  • (it) End of Bolshevism (1936), qui a été publié seulement en italien, sous le titre de Giustizia Rossa (La Justice Rouge) (non traduit en français).

Sous le pseudonyme de Kurban Saïd[modifier | modifier le code]

Le rôle d’Essad Bey est fortement discuté dans "Ali et Nino" et "La Fille de la Corne d'or".

  • (de)"Ali et Nino: Une histoire d'amour" (1937, réédité par Anchor, 2000, ISBN 0-385-72040-8).
  • (de) "Girl from the Golden Horn" (1938, réédité par Overlook Press, 2001, ISBN 1-58567-173-8).
  • (de) "The Man Who Knew Nothing About Love" (non publié, mais annoncé dans le roman d’Annemarie Selinko; J'étais une fille laide, Vienne, Kirschner, 1937)[28].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Oel und Blut im Orient (1924), (de) Zwölf Geheimnisse im Kaukasus (1930), et (de) Der Kaukasus (1931).
  2. (de) OGPU (1932), (de) Nicholas II (1935).
  3. (de) Stalin (1931), (de) OGPU (1932), (de) Russia at the Crossroads (1933), (it) Lenin (1935), (it) End of Bolshevism (1936).
  4. (de) Blood and Oil in the Orient (1929), (de) Flüssiges Gold: ein Kampf um die Macht (1933), (pl) Love and Oil (1934), (de)(fr) Allah est Grand (au sujet d'Ibn Saoud, 1936).
  5. (de)(fr) Mohammed (1932), (de)(fr) Allah est Grand (au sujet de la réapparition de l'Islam et d'Ibn Saoud, 1936).
  6. (en)(az) "Fact or Fiction? What Essad Bey's Contemporaries Said," dans Azerbaïdjan International, Vol. 15:2-4, pp. 166-177.
  7. (en)(az) Was Essad Bey Too Prolific? Did he really write 16 books in 8 years?" dans Azerbaïdjan International, Vol. 15:2-4, pp. 162-163.
  8. L'agent littéraire d'Essad Bey, Werner Schendell (1891-1961) l'a averti de ralentir pour ne pas paraître trop prolifique, dans la correspondance datée du 8 mai 1934. (de) Dr Gerhard Hopp, "Mohammed Essad Bey: Nur Orient Für Europäer?" in Asien Afrika Lateinamerika, Vol. 25:1 (1997), p. 86, Note 120.
  9. "Love and Oil" et "Manuela".
  10. (en)(az) 101 Reasons why Yusif Vazir Chamanzaminli is the Core Author of "Ali and Nino", in Azerbaijan International, Vol. 15:2-4, pp. 262-333.
  11. (en)(az) 'Cut and Paste' Author: Essad Bey's Fingerprints dans 'Ali et Nino,'" in Azerbaijan International, Vol. 15:2-4, pp. 230-251.
  12. Essad Bey a prétendu être né dans un train, dans un essai autobiographique publié dans Die literarisch Welt, après que la police allemande eut retracé sa naissance à Kiev; cependant, il avait déjà écrit deux livres où ses éditeurs revendiquaient le fait qu'il était né à Bakou. Ainsi, l'emplacement indéfinissable de sa naissance - dans un train - est hautement improbable.
  13. Aujourd'hui Tbilissi
  14. A.L. Nussimbaum & Binagadi Petroleum Pipeline Co. a été vendu à la société de pétrole des Frères Nobel en 1914 pour 131 500 roubles. Archives historiques nationales de la république d'Azerbaïdjan, Fund 392, List 1, Case 199, Page 1.
  15. Certificat de mariage (26 octobre 1904), Archives historiques nationales de Géorgie, No. 675, p. 10.
  16. Archives historiques nationales de la république d'Azerbaïdjan, Fund 1044, List 1, Case 571, page 4.
  17. (en) Lazare, Daniel. "Jews Without Borders". The Nation. http://www.thenation.com/doc/20050328/lazare. Récupéré le 28 mars 2005.
  18. (de) Alice Schulte: "Biographie Essad-Bey," non publié, Rascher Archives à la bibliothèque centrale de Zurich (Suisse)
  19. Essad Bey, "Blood and Oil in the Orient" (1929).
  20. Dr Gerhard Hopp, "Mohammed Essad Bey: Nur Orient Für Europäer?" in Asien Afrika Lateinamerika, Vol. 25:1 (1997), p. 78.
  21. Dr Gerhard Hopp, "Mohammed Essad Bey: Nur Orient Für Europäer?" in Asien Afrika Lateinamerika, Vol. 25:1 (1997), p. 77.
  22. Index pour "Die literarische Welt 1925-1933, Vol. 1" (Nendeln: Kraus-Thomason Organization Ltd, 1976).
  23. Essad Bey s'est vanté d'être un Monarchiste dans "L'Histoire de ma vie" (Die Gelchichte Meines Lebens) dans Die literarische Welt, Berlin, Vol. 7:5 (30 janvier 1931, pp. 3-4). Cela contredit le thème principal du roman Ali et Nino qui exprime un ressentiment profond envers Nicolas II. Essad Bey a aussi écrit un livre biographique très favorable à la cause de Nicolas II (1935).
  24. Essad Bey a fait arrêter Erika lors de son arrivée à New York par bateau. Il a notifié les autorités qu'elle planifiait un assassinat aux États-Unis. C'était une allégation complètement fausse - totalement imaginaire, mais qui a créé de sérieux problèmes légaux à Erika. “Gerichtssaal: Scheidungsprozess Gegen Den Schriftsteller Essad Bey / Salle de tribunal: Procédure de divorce contre l'écrivain Essad Bey.” Neues Wiener Journal 15, (1937), p. 33.
  25. Los Angeles Times," 19 novembre 1937, p. A12.
  26. "The Lives of Two Writers - Yusif Vazir Chamanzaminli et Lev Nussimbaum." Voir les causes de la mort dans Azerbaïdjan International, Vol. 15:2-4, p. 39, citant Dr Wilifried Fuhrman, Essadbey.de
  27. "Fact or Fiction? What Essad Bey's Contemporaries Said," dans Azerbaijan International, Vol. 15:2-4, pp. 166-177.
  28. Le mieux écrit, selon le Dr Wilifried Fuhrman (ESSADBEY.de) comme "les fantaisies folles d'un orientaliste, un mélange de malice et de calomnie aussi bien que d'orgueil pathologique et d'arrogance," cité dans Azerbaijan International, Vol. 15:2-4, p. 345.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]