Espace (typographie)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Espace typographique)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Espace.
Espace
Codage
Nom Espace
Unicode U+0020
Bloc Commandes C0 et latin de base

Une espace[1],[2],[3] est, en typographie, un caractère particulier qui permet d’insérer un espacement blanc dans le texte. L’espace sert le plus souvent de séparateur de mots. Une espace est souvent appelée un blanc.

Sens du mot espace au masculin et féminin[modifier | modifier le code]

Le mot espace est féminin pour désigner le caractère, c'est-à-dire l'élément physique, caractère en plomb (ou, par extension, son code dans des systèmes informatiques tels qu'Unicode)[1],[2],[4] et masculin dans les autres cas, comme pour l'œil, c'est-à-dire l'empreinte visuelle laissée par le caractère (sur une feuille, un écran…) ou comme pour l'espace avant (ou après) un paragraphe, l'espace autour d'une illustration, l'espace disponible sur une page… En définitive, on écrira : « en tapant une espace, on obtient un espace »[5].

L'emploi d'un féminin pour ce mot résulte d'un archaïsme. En effet, en ancien français et en moyen français ce mot, au sens d'« intervalle », avait les deux genres[6],[7]. On peut toutefois comprendre ce féminin de la sorte, on dit : « une voyelle », « une consonne » pour « une lettre voyelle », « une lettre consonne ». Mais on aurait pu favoriser « un caractère espace ».

Le Trésor de la langue française informatisé précise que le mot espace au féminin peut désigner le caractère affiché par métonymie du tampon utilisé en imprimerie. Le substantif espace reste donc masculin dans ses autres emplois en typographie : il peut désigner précisément la surface vide autour du dessin d'une lettre (la somme des surfaces vides horizontales entre deux lettres consécutives s'appelle alors l'approche, celle-ci pouvant même être négative ou nulle, avec certaines lettres telles que Œ ou Æ ou encore VA), ou encore la surface inutilisée dans une page. La chasse ou avance correspond aussi à l'espace total pris horizontalement par un caractère, c'est-à-dire l'approche réservée à droite et à gauche et l'empreinte visible. De même, l'espace entre deux lignes est un mot masculin[8]. Le sens spécialisé référencé dans cet article est en revanche toujours féminin[7].

Utilisation[modifier | modifier le code]

L’espace sert le plus souvent de séparateur de mots, rôle qui, dans l’épigraphie occidentale, pouvait être tenu par un point médian (par exemple : « Ceci·est·un·exemple·de·texte »). Dans la tradition manuscrite occidentale ancienne comme dans l’épigraphie, il était très fréquent que les mots ne soient pas séparés (par exemple : « Ceciestunexempledetexte »).

« Le point se place après la lettre, sans être précédé d'une espace. On met une espace d'un point et demi avant la virgule, le point-virgule, le point d'exclamation et le point d'interrogation. Avant le deux-points on met autant de blanc qu'après[9]. »

L'espace est aussi utilisée en langue française comme séparateur de milliers lorsque l'on écrit les nombres en chiffres. C'est une espace fine insécable qui est utilisée dans ce cas.

Valeur[modifier | modifier le code]

La valeur de l’espace-mot des polices numériques est généralement conçue par les créateurs de caractères, soit équivalente à la moitié de la valeur de chasse d’un chiffre tabulaire, dessiné sur un demi-cadratin.

Variations[modifier | modifier le code]

On nomme espaces à valeur fixe celles qui sont toujours insécables. Elles se divisent ainsi :

  • le cadratin, parfois nommé indentation, blanc dont la largeur égale la force de corps du caractère utilisé, et a donc la valeur du corps du caractère M (il est parfois élargi à la largeur d’un double 0 (00) bien que théoriquement ceux-ci occupent quatre tiers de quadratin) ; en typographie anglaise, il sert normalement pour séparer deux phrases sur la même ligne, et il peut être utilisé une ou plusieurs fois en tête de paragraphe pour en améliorer la séparation visuelle lorsque les paragraphes ne sont pas séparés par un interlignage augmenté ;
  • les deux tiers de cadratin, espace numéral, qui sert à aligner des colonnes de chiffres à avance fixe ; il correspond souvent aussi à l’avance moyenne des lettres et ponctuations basses comme le n ou la virgule ;
  • le demi-cadratin, parfois appelé grosse espace, était la plus petite espace pouvant séparer deux mots sur une même ligne. En typographie numérique, le demi-cadratin est la valeur de référence pour les chiffres tabulaires ;
  • le tiers de cadratin, parfois nommé espace justifiante, qui sert à augmenter l’espace séparant les mots en cas de justification de ligne ; il correspondait souvent à l’avance du point de ponctuation. Il est désormais obsolète avec la typographie numérique, car l’inter-mot est conçu d’une valeur proche d’un quart de cadratin par les créateurs de caractères ;
  • le quart de cadratin, nommé à l’époque du plomb espace fine en typographie française. En typographie numérique, il est désormais la référence pour la conception de l’inter-mot. Une espace fine en typographie numérique sera donc plus proche d’un cinquième de cadratin ;
  • le cinquième de cadratin, parfois nommé espace fine en typographie anglaise, mais le plus souvent optionnel sauf en typographie soignée ;
  • le sixième de cadratin, qui sert à modifier l’espace séparant les mots ou les lettres en cas de justification précise de ligne ; il est désormais obsolète avec la typographie numérique qui permet d’ajuster les approches plus précisément.

Typographie informatique[modifier | modifier le code]

Sur un clavier informatique, la touche permettant d’insérer une espace est la barre d’espace.

L’espace fine qui est requise en imprimerie entre une lettre et une ponctuation haute (;!?, sauf :), ainsi que l’espace insécable requise après les guillemets ouvrants («) ou avant les guillemets fermants (»), n'étaient pas aisément accessibles aux débuts de l'informatique. Les différentes régions de la francophonie n'y ont pas remédié de la même manière[10] :

  • au Québec et même ailleurs au Canada français, on recommande plutôt de ne pas mettre d’espace du tout (excepté devant les deux-points, où l’espace insécable est obligatoire). Par exemple :
    • Sa mère est catholique; son père, protestant. C’est moderne!
  • en Europe, on remplace l’espace fine par une espace. Par exemple :
    • Sa mère est catholique ; son père, protestant. C’est moderne !

Grâce à l'utilisation d'Unicode, l'espace fine est maintenant accessible dans tous les logiciels qui utilisent un encodage basé sur les fonctionnalités étendues d'Unicode (par exemple l'encodage UTF-8 créé en 1996).

La typographie informatique (photocomposition, PAO) et les logiciels de traitement de texte définissent l’espace insécable, qui permet d’éviter le renvoi maladroit en début ou en fin de ligne d’éléments séparés par une espace mais qui ne doivent pas être disjoints par un retour à la ligne (ponctuations hautes, nombres composés : 10 000, abréviations d’appellatifs suivies d’un nom : M., Me, etc.). Cette espace n’existe pas dans l’imprimerie mécanique manuelle : le texte n’étant pas tapé au kilomètre mais composé ligne par ligne, il n’y a aucune raison d’empêcher un renvoi malencontreux.

Langage HTML[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs manières d’afficher un espace en langage de balisage d'hypertexte HTML :

  • espace :   (normale, sécable) dit aussi "espace-mot" ;
  • espace insécable :   (non breaking space en anglais, pour espace insécable),  , ou   comme désignation numérique du caractère pour Unicode. On peut aussi utiliser le raccourci « alt+0160 » sous Microsoft Windows ;
  • espace fine sécable :   (pour thin space en anglais) ou   comme désignation numérique du caractère pour Unicode ;
  • espace fine insécable : &nnbsp; (pour narrow non breaking space en anglais) (espace étroite insécable en Unicode) :   ou   ;
  • espace cadratin (de la largeur d'un M, normalement) :   ou  .

Ces caractères sont bien gérés par le navigateur Firefox 3, moins bien par Internet Explorer 8 (notamment l'espace fine insécable).

Moins usités, on trouve aussi les :

  • espace ultra-fine   ( ) ;
  • 1/6 de cadratin   ( ) ;
  • 1/4 cadratin   ( ) ;
  • 1/3 cadratin   ( ).

Rappel : &#nnn; est la notation en décimal (sans les zéros non significatifs), &#xnnnn; (4 caractères) est une notation hexadécimale (ex. :   et  . 8239 est la conversion base 10 de l'hexadécimal 202F base 16).

Le point-virgule final fait partie intégrante de la notation.

Unicode[modifier | modifier le code]

De nombreux caractères Unicode correspondent à des espaces typographiques[11] ; outre l'espace usuelle, codée 0020, et accompagnée de la remarque "le mot espace est féminin en typographie"[12], on rencontre par exemple l'espace fine, codée 2009[13], ou, plus exotique, l'espace éthiopienne, codée 1361... et qui n'est pas une espace.

L'espace en chinois, japonais et coréen[modifier | modifier le code]

En chinois, japonais et coréen (CJC), une espace (ayant la largeur standard d'un idéogramme) est utilisée depuis le dix-neuvième siècle pour séparer certains mots (en particulier les noms propres) risquant d'avoir des lectures ambigües (voir en particulier Espace en japonais). Les codes correspondants sont donnés ci-dessous :

Unicode JIS X 0213 Entité HTML
U+3000 1-1-1  
 

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b En typographie « espace » est un nom féminin, Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale, Imprimerie nationale, 2002 ; réédition octobre 2007, p. 148-149. (ISBN 978-2-7433-0482-9).
  2. a et b Le Petit Larousse 2009, éditions Larousse, Paris, p. 385. (ISBN 978-2-03-584070-7).
  3. « Ce mot, dans le langage technique de la typographie, est du genre féminin » Henri Fournier, Traité de la typographie, Tours, Alfred Mane et Fils,‎ 1870, 492 p. (lire en ligne), p. 73
  4. « Les espaces sont de petites lames de matière moins hautes que les lettres d'un quart environ, et destinées, ainsi que leur nom l'indique, à établir entre elles les séparation convenables »Henri Fournier, Traité de la typographie, Tours, Alfred Mane et Fils,‎ 1870, 492 p. (lire en ligne), p. 73
  5. Règles typographiques de base, sur le site de l'Agence universitaire de la Francophonie.
  6. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Espace » (sens 1) du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  7. a et b Définitions lexicographiques et étymologiques de « Espace » (sens 2) du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  8. Voir cependant l'article Interlignage où l'on constatera que le mot interligne possède lui aussi deux genres
  9. Maurice E. Audouin de Géronval, Manuel de l'imprimeur : ou traité simplifié de la Typographie, Paris, L'imprimerie de Crapelet,‎ 1826, 240 p. (lire en ligne), p. 73.
  10. Signes de ponctuation haute : ; ! ? "», dans Points de langue no 13, 28 janvier 2003, sur druide.com.
  11. On en trouvera une liste complète dans cet index des noms de caractères Unicode
  12. Commentaires des caractères latins de base
  13. Une présentation complète des espaces, codées de 2000 à 200B, est donnée ici

Liens externes[modifier | modifier le code]