Espérantophone natif

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Un espérantophone natif (en espéranto : denaska Esperanto-parolanto ou denaskulo) est une personne qui parle l’espéranto comme langue maternelle. Les estimations de leur nombre varient de quelques centaines à quelques milliers, ce qui ne représente qu’une petite minorité parmi les espérantophones. L’existence de locuteurs natifs fait de l’espéranto un cas unique de langue construite qui se soit développée pour devenir une langue maternelle, avec des locuteurs de deuxième ou troisième génération[1],[2].

L’espéranto n’étant la langue principale d’aucun endroit particulier, les espérantophones natifs apprennent également la langue de leur lieu d’origine, et éventuellement celle d’un des parents, si elle est différente : ils sont par conséquent tous bilingues, voire trilingues[3].

Il existe des rencontres internationales espérantophones destinées aux familles utilisant l’espéranto, comme l’Internacia Infana Kongreseto[4] ou le Renkontiĝo por esperantistaj familioj.

Raisons[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs raisons pour lesquelles une personne peut avoir l’espéranto comme langue maternelle[5]. Elles sont variables selon les familles, mais sont souvent une combinaison de celles-ci :

  1. Les parents ont une langue maternelle différente et communiquent entre eux en espéranto.
  2. Si les parents aiment voyager grâce à l’espéranto ou recevoir des invités espérantophones, ils peuvent vouloir faire participer leur(s) enfant(s) à cette partie de leur vie.
  3. Les parents peuvent considérer que le bilinguisme lui-même est positif, et choisir l’espéranto comme deuxième langue à enseigner à leur enfant.
  4. Les parents veulent faire profiter à leurs enfants de la valeur propédeutique de l'espéranto.

Nombre[modifier | modifier le code]

Tout comme le nombre global d’espérantophones, le nombre de locuteurs natifs est difficile à déterminer. Selon une estimation du linguiste finlandais Jouko Lindstedt, le nombre d’espérantophones natifs est de l’ordre de grandeur de 1 000[6]. Harald Haarmann, quant à lui, parle de « plusieurs milliers » de personne qui parlent l’espéranto comme langue maternelle[1], et une étude de 1996 de Renato Corsetti mentionne « 350 familles ». Selon cette même étude, dans environ deux tiers des cas, les deux parents sont de même langue maternelle, et dans presque tous les cas, c’est le père qui parle espéranto à son enfant[7].

Caractéristiques de l’espéranto natif[modifier | modifier le code]

L’espéranto en tant que langue maternelle est un phénomène encore peu étudié, et les rares études à son sujet sont parfois contradictoires. Ainsi, Benjamin Bergen, dans un article de 2001 basé sur l’étude de huit enfants espérantophones de naissance, note plusieurs différences entre l’espéranto natif et l’espéranto standard : la perte de l’accusatif, la réduction phonologique de certains mots et suffixes, l’ordre des mots moins flexible et plus souvent SVO et l’accent tonique irrégulier[8].

Lindstedt, en revanche, affirme qu’« il est difficile de trouver des exemples convaincants de changements dus à l’acquisition de l’espéranto en tant langue maternelle » : selon lui, les exemples proposés sont dus à l’influence de l’autre langue maternelle des enfants, de la différence entre l’espéranto écrit et parlé et, dans certain cas, d’une acquisition incomplète de la langue[6]. L’espéranto étant une langue véhiculaire par nature, contrairement à la plupart des langues pour lesquelles le poids des locuteurs natifs est prépondérant dans l’usage de la langue, et comme les locuteurs natifs sont une minorité parmi les espérantophones, ils ne jouissent pas d’un prestige particulier dans la communauté espérantophone, et il est « pratiquement impossible de distinguer un espérantophone natif de n’importe quelle autre personne parlant la langue couramment »[3].

Espérantophones natifs notables[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (de) Haarmann, Harald, « Kleines Lexikon der Sprachen. Von Albanisch bis Zulu. 2., überarb. Aufl. 02.10.2002; 455 S. Verlag: Beck, C H; ISBN 978-3-406-49423-9. P. 115/117 » (consulté le 7 mars 2015) : « Esperanto ist die einzige der künstlichen Weltsprachen (Plansprachen), die (…) von etlichen tausend Menschen in der Welt (z. B. in Ungarn, Österreich, Bulgarien, Japan, USA) als Muttersprache erlernt wird. Inzwischen gibt es Muttersprachler der zweiten und sogar dritten Generation.
  2. (en) « The Encyclopedia of Language and Linguistics, ed. R.E. Asher, Oxford: Pergamon, 1994 (vol. 3, pages 1143-1145) » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), consulté le 14 octobre 2014 : « (…) there are also speakers, children of parents who use Esperanto as a family language, for whom it is a native language or mother tongue (...) There is no other case in linguistic history of something that started as an intellectual scheme, a project on paper, being transformed into a language with native speakers of the second and indeed the third generation. »
  3. a et b (en) Jouko Lindstedt, « Esperanto as a Family Language », Lingua francas : La véhicularité linguistique pour vivre, travailler et étudier,‎ 2010, p. 8 (lire en ligne)
  4. (eo) UEA, « Internacia Infana Kongreseto » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  5. (eo) Jouko Lindstedt, « Oftaj demandoj pri denaskaj Esperant-lingvanoj » (consulté le 7 mars 2015)
  6. a et b (en) Jouko Lindstedt, « Native Esperanto as a Test Case for Natural Language » (consulté le 7 mars 2015)
  7. (en) Renato Corsetti, « A Mother Tongue Spoken Mainly by Fathers », Language Problems & Language Planning, vol. 20, no 3,‎ 1996 (lire en ligne)
  8. (en) Benjamin K. Bergen, « Nativization processes in L1 Esperanto », Journal of Child Language,‎ 2001, p. 21 (DOI 10.1017/S0305000901004779, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]