Eschine de Sphettos

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Eschine de Sphettos (en grec ancien Αἰσχίνης) est un philosophe grec (v. -435[1] v. -350). Son père et lui furent tous deux amis proches de Socrate. Il assista au procès et à la mort de Socrate, et eut Xénocrate de Chalcédoine pour disciple, que Platon attira à lui[2]. D’après Idoménée de Lampsaque dans son ouvrage Des Socratiques, Socrate est le premier à avoir, avec Eschine de Sphettos, enseigné l’art oratoire ; il dit aussi que le conseil d’évasion proposé à Socrate dans le Phédon est d’Eschine, et non de Criton. Eschine est un disciple de Socrate, qui lui reproche de toucher un salaire pour son enseignement, et de Gorgias, qu’il a imité. À l’instar d’Antisthène, Eschine appelait Platon « Sathon »[3], et publia même contre lui un dialogue auquel il donna maladroitement ce titre grossier. Selon le Livre II de Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres de Diogène Laerce, le stoïcien Persée étudia les textes homonymes d’Antisthène et Eschine de Sphettos afin de séparer les falsifications et rétablir les authentiques. Platon parle de lui dans le Phédon[4] et dans l’Apologie de Socrate[5].

Notice biographique[modifier | modifier le code]

Fils d’un charcutier nommé Lysanias, il s’attacha à Socrate sans jamais le quitter. Il a écrit des dialogues ; ils se peut qu’il furent tous des dialogues socratiques. Ces dialogues, d’après Idoménée de Lampsaque et Ménédème d'Érétrie, seraient des dialogues de Socrate reçus de Xanthippe, avec qui, une fois veuve, il aurait entretenu une relation[6]. D’après certains fragments de discours de Lysias, Eschine aurait été impudent, mauvais payeur lorsqu’il s’agissait de rembourser des dettes, et une personne de mauvaise réputation aux mœurs dissolues : Pour discréditer son adversaire, le plaignant du discours Contre Eschine le Socratique l’accuse entre autres d’avoir séduit la femme d’un citoyen pour détourner sa fortune et ajoute : « Toutes les fois qu’il recueille un eranos, il ne s’acquitte pas aux échéances : avec lui, c’est de l’argent jeté à la rue. »[7]. Il vécut plusieurs années en exil à la cour de Denys II à Syracuse, avant de revenir à Athènes vers -356, où il a enseigné la rhétorique, non par des cours, mais des conférences payantes.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Diogène Laërce cite sept titres de dialogues considérés comme authentiques[8] ; ces dialogues donnent un reflet fidèle de la méthode socratique ainsi que de l’élégance attique ; le dernier dialogue cité est intitulé Rhinon. L’Alcibiade est partiellement conservé sur les papyri d'Oxyrhynque n°13 et 53. Il s’agit d’une conversation entre Socrate et Alcibiade : Alcibiade se sent supérieur à ses contemporains et aussi les grands hommes politiques du passé. Au cours de la conversation, Socrate l'amène à la conclusion que les grands avantages ne dépendent pas de talents innés, mais de compétences que l’on acquiert au fil du temps. Alcibiade est consterné, éclate en sanglots, pose sa tête sur les genoux de Socrate et dit qu’il ne diffère en rien de ses concitoyens. Il demande donc à Socrate de l’aider à atteindre l’excellence. Il ne reste que des fragments de son œuvre, dont celui que rapporte Cicéron, issu d’Aspasie, un dialogue socratique qui traite du sexisme et de l’égalité des sexes, dans lequel l’hétaïre Aspasie de Milet s’entretient avec Xénophon et son épouse[9]. Son dialogue Callias expose un différend entre Callias et son père, et raille les sophistes Prodicos et Anaxagore.
Selon Eschine dans un fragment que rapporte Plutarque, Ischomaque est un disciple de Socrate ; c’est lui qui a convaincu Aristippe de devenir lui aussi disciple de Socrate[10]. Dans son dialogue intitulé Télaugès[11], Eschine critique son condisciple Critobule, fils de Criton d'Athènes : Il critique amèrement son impolitesse et sa saleté dans sa manière d’être. Selon ce dialogue, Télaugès payait tous les jours une demi-obole au foulon pour l’habit qu’il portait, se ceignant d’une peau garnie de son poil, et ayant, pour chaussure, des sandales dont les courroies étaient de sparte pourri[12]. Dans son Axiochos, il reproche à Alcibiade son ivrognerie, et sa passion effrénée pour les femmes d’autrui[12]. Concernant le Miltiade[13], le philosophe Louis-André Dorion pense qu’il est très proche d’un passage du Livre IV des Mémorables de Xénophon[14] pour ne pas être imité ; le choix des mots de Xénophon est un argument[15].

Histoire[modifier | modifier le code]

Selon Eschine de Sphettos, le général et stratège athénien et secrétaire des trésoriers de la déesse Athéna Lysiclès vécut avec Aspasie de Milet après la mort de Périclès ; elle le rendit père d’un fils, et c’est Aspasie qui est à l’origine de l’ascension politique de Lysiclès[16].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Kaina pragmata: mélanges offerts à Jean-Claude Carrière (2010)
  2. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] (XI, 507c).
  3. « gros pénis »
  4. 59b
  5. 33e
  6. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] (Livre XIII)
  7. Lysias, frag. 38, 4 = Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] (XIII, 611e). Trad. de Gernet-Bizos pour la Collection des Universités de France.
  8. d’après Suidas
  9. Cicéron, De l’invention oratoire (XXXI)
  10. Plutarque, Sur la curiosité (2)
  11. en grec ancien Τηλαύγης : Fils et successeur de Pythagore, il fut l’un des maîtres d’Empédocle
  12. a et b Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne], Livre V
  13. deux extraits sont conservés sur le papyrus d'Oxyrhynque n°39
  14. Mémorables de Xénophon (Livre IV, 4, 5)
  15. Figures de Socrate, p.  223 par Louis-André Dorion (2001) - Presses universitaires du Septentrion (ISBN 2859397116)
  16. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne] (Vie de Périclès (XXIV)