Escalade artificielle

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Grimpeur pratiquant l'escalade artificielle

L'escalade artificielle, ou artif', est un style d'escalade dans lequel les points de protection sont utilisés pour la progression.

Le terme s'oppose à l'escalade libre, dans laquelle aucune aide artificielle n'est utilisée pour la progression. En escalade artificielle, le grimpeur progresse en se suspendant ou en montant sur son équipement. En escalade libre, le grimpeur monte en se tenant ou en marchant sur les caractéristiques naturelles du rocher, en n'utilisant la corde que pour se rattraper en cas de chute et pour s'y suspendre au relais. En général, l'escalade artificielle met moins l'accent sur les aptitudes athlétiques ou la force physique, mais plus sur les capacités techniques, bien que les aspects physiques de l'escalade artificielle de haut niveau ne doivent pas être sous-estimés. Les techniques d'artif' sont le plus souvent utilisées sur des voies extrêmement raides et longues, requérant une grande endurance et résistance, à la fois physique et mentale.

Technique[modifier | modifier le code]

Dans une ascension typique en escalade artificielle, le grimpeur place des équipements de protection dans des fissures ou des caractéristiques naturelles du rocher, puis y attache un étrier, monte sur l'étrier, et répète le processus. Comme en escalade libre, la technique habituelle implique deux grimpeurs, dont l'un monte et l'autre assure. Celui qui monte est relié par la corde à l'assureur, qui reste au relais alors que le grimpeur avance. Alors que le grimpeur progresse, la corde est fournie par l'assureur et attachée par le grimpeur dans les points de protection qu'il a placés. Si le grimpeur chute, l'assureur bloque la corde et, en supposant que les points de protection restent en place, rattrape la chute. Lorsque le grimpeur atteint la fin de corde ou un point d'arrêt pratique, il place plusieurs points de protection, s'y attache et y fixe la corde. Cela devient alors le nouveau relais. L'assureur remonte alors la corde fixe en utilisant un dispositif mécanique et récupère l'équipement placé par le grimpeur. Durant ce temps, le grimpeur au relais installe un système de hissage et, en utilisant une autre corde dédiée à cet usage, hisse un sac pouvant contenir de la nourriture, de l'eau, un hamac ou portaledge, des sacs de couchage, etc. Beaucoup de variations de cette technique de base sont possibles, y compris l'escalade artificielle en solo et l'escalade en un groupe de trois.

Avant les années 1940, la seule protection disponible était le piton, coincé dans une fissure du rocher avec un marteau. Désormais, l'escalade artificielle utilise une grande quantité de matériels en dehors des pitons, bien que la technique fondamentale d'ascension n'ait pas beaucoup évolué. L'équipement typique d'un grimpeur d'artif' comprend des pitons, crochets, copperheads, bicoins, coinceurs mécaniques, jumars, poulies de hissage, étriers, daisy chains et marteau. L'invention du coinceur mécanique (ou "friend") et des autres équipements n'endommageant pas le rocher a entraîné la pratique de l'escalade propre, dans laquelle rien n'est martelé, un grand avantage pour les voies populaires qui pourraient être défigurées par des martellements successifs.

Les voies d'artif' les plus dures sont très difficilement protégeables et le grimpeur doit faire de longues successions de mouvements en utilisant des crochets ou des placements ténus. Sur ces voies, un grimpeur peut avoir à s'engager sur des placements les plus limites. Par exemple, si un copperhead est placé dans un pli peu profond du rocher et qu'il glisse, le grimpeur peut partir pour une longue chute, les points de la chaîne de protection pouvant sauter un par un.

Histoire[modifier | modifier le code]

Jusqu'aux années 1960 environ, l'escalade artificielle constituait la pratique normale de l'escalade dans la plupart des sites d'escalade. Mais, alors que les améliorations des techniques et matériels impliquaient que beaucoup de voies d'artif' pouvaient désormais être parcourues en libre, des grimpeurs influents (comme Reinhold Messner dans son livre "The Murder of the Impossible") commencèrent à critiquer la pratique de l'artif' comme contraire à l'esprit de l'alpinisme.

L'escalade libre constitue maintenant le gros de la pratique de l'escalade. Mais les grimpeurs d'artif' ont répondu aux critiques de Messner et des autres par des voies d'escalade où l'absence de prises ou d'aspérités du rocher rendent l'escalade en libre impossible, et en s'abstenant des techniques purement mécaniques (comme percer des trous pour des points d'ancrage).

De nos jours, beaucoup de voies originellement réalisées en artif' sont parcourues en libre par une nouvelle génération de grimpeurs avec plus de compétences, d'aptitudes physiques, et un équipement singulièrement amélioré, dont les cordes modernes, les chaussons d'escalade, et les coinceurs mécaniques. Ironiquement, certaines des techniques utilisées pour réussir en libre des voies d'artif', par exemple en plaçant des points d'ancrage en plus, sont maintenant remises en cause par ceux qui considèrent ces techniques contre l'"esprit de l'alpinisme" des premiers ascensionnistes. La solution est souvent un compromis dans lequel le minimum de points d'ancrage nécessaires pour assurer la protection des grimpeurs en libre est ajouté à la voie. Cependant, comme pour la plupart des compromis, cette solution ne satisfait pas tout le monde.

Cotation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cotation (escalade).

Le système de cotation mêle la difficulté de placement des protections et le danger associé à la chute. La cotation originale était une échelle fermée de A0 à A5. Les grimpeurs modernes d'artifs ont adopté une nouvelle génération de cotation qui compresse l'échelle dans les niveaux A0 à A5 et rajoute un niveau A6.

Dans le système YDS utilisé aux États-Unis (qui comporte 5 classes), l'escalade artificielle est parfois rangée dans la "6e classe".

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]