Esagil

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32° 32′ 02″ N 44° 25′ 17″ E / 32.5339, 44.4214

Plan des zones fouillées dans le complexe du dieu Marduk à Babylone : au sud l'Esagil, et au nord la ziggurat Etemenanki dans sa grande enceinte.

L'Esagil est le temple principal du dieu Marduk, situé dans le quartier sacré de Babylone, la ville dont il est la divinité tutélaire. Son nom vient du sumérien É.SAG.IL et signifie "Le temple au pinâcle surélevé". À ses côtés avait été construite la ziggurat Etemenanki.

L'Esagil est probablement né avec Babylone, dans des temps reculés. Il a eu une histoire trouble, à l'image de celle de la cité, dont il a subi tous les désastres, du raid des Hittites provoquant la chute de la première dynastie babylonienne, et qui dérobèrent les statues de Marduk et de Zarpanitu, récupérées plus tard sous les Kassites, à la destruction de cette dernière dynastie par l'Élam, puis aux nombreux raids assyriens, dont le plus terrible, celui infligé par Sennacherib, qui détruisit la ziggurat, qui sera restaurée par ses successeurs. L'Esagil fut restauré par Assarhaddon, malgré le fait que Marduk ait ordonné à ses prêtres que cela ne soit pas fait avant une certaine durée après le précédent désastre. Nabuchodonosor II, le plus prestigieux souverain chaldéen, le restaura, et Nabonide ne le délaissa pas non plus. Le roi Perse Xerxès endommagea le temple et sa ziggurat pour punir une révolte de la ville. Sous les Séleucides, un de ses prêtres, Bérose, rédigea les fameuses Babyloniaka. Après, l'Esagil sombra dans l'oubli avec Babylone, aux premières lueurs de notre ère.

Ce temple était situé dans une enceinte au bord de l'Euphrate, juste à côté de la ziggurat. Il a été exploré en partie au cours des fouilles de Babylone dirigées par Robert Koldewey au début du XXe siècle, et sa longueur a été estimée à 150 mètres. Ses dépendances formaient un quadrilatère d'environ 500 mètres de côté (plus pour la longueur, moins pour la largeur). Son plan passe pour avoir été tracé par le dieu Marduk lui-même. Le temple lui-même avait une forme en "L" retourné, de 180 mètres de longueur et de 120 mètres de largeur environ, et sa hauteur a été estimée à 10 mètres. On y entrait par une cour extérieure, pour ensuite parvenir, après avoir passé une porte monumentale, dans la cour centrale, située dans la partie principale de l'édifice, un bâtiment de 85 mètres sur 80 mètres. Autour de cette cour, on trouvait plusieurs chambres contenant tout ce qui était nécessaire pour le culte et les prêtres. On parvenait ensuite à la cella de Marduk, l'Ekua, située en face de l'entrée reliant la cour intérieure à l'extérieur. À ses côtés se trouvaient celles des membres de sa famille, Zarpanitum sa parèdre, au nord, et son fils Nabû, au sud. On trouvait dans ces chapelles la statue des divinités, qui étaient vêtues tous les matins par les ministres du culte au cours d'une cérémonie précise. Deux autres portes étaient percées dans les façades nord et sud du bâtiment, à l'opposé l'une de l'autre. Au sud de la première cour a été ajoutée une troisième cour que l'on rejoignait par l'est.

L'importance de ce lieu laisse imaginer sa richesse, dont on a hélas retrouvé que peu de choses du fait des nombreux pillages qu'il a subi, fait courant à cette époque. Hérodote lui-même prétendait avoir vu une statue du dieu en or, et cite d'autres richesses encore. On sait par Nabuchodonosor que les murs de l'Ekua étaient recouverts d'or. Tout le mobilier, les objets dédiés au culte de Marduk avaient une grande valeur. On trouvait de plus de nombreuses statues de personnages et créatures mythologiques, en bronze et même en argent. Le prestige de l'Esagil lui permit de devenir un agent économique majeur dans sa contrée, grâce à l'étendue de ses possessions.

L'Enuma Elish, l'Épopée de la Création, récit théologique élevant Marduk au rang de roi des dieux, et faisant de lui le créateur du Monde et des Hommes, donnait aussi l'origine de l'Esagil. Le temple passait pour avoir été bâti par les dieux eux-mêmes sur les premières terres émergées de l'Apsû, les eaux souterraines, en l'honneur de leur nouveau roi Marduk, ainsi que d'eux-mêmes. Ainsi, l'Esagil était la maison du roi des dieux, dont l'image (la statue censée assurer sa présence réelle) trônait dans l'Ekua, la chapelle sacrée, mais aussi celle de tous les dieux, dont les statues se trouvaient dans les autres chapelles entourant la cour intérieure (ce qui explique la taille de l'édifice). Pour les Mésopotamiens ce lieu, premier émergé du chaos, est aussi le centre du Monde, le lieu où fut créé toute chose se trouvant sur terre. C'est pour cela que Babylone était représentée sur les cartes du Monde des Mésopotamiens au centre. Mais le "centre du centre", c'était l'Esagil, souvenir d'un temps où l'Homme n'existait pas encore, l'œuvre des dieux. Cela explique pourquoi ce lieu avait cette importance pour les croyants de tout le pays.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • B. André-Salvini, Babylone, Paris,‎ 2009
  • F. Joannès, « Esagil », dans F. Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris,‎ 2001, p. 169-170
  • (en) A. R. George, « The Bricks of E-Sagil », dans Iraq 57, 1995, p. 173-197