Ernst Friedrich Schumacher

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Ernst Friedrich « Fritz » Schumacher (né le 16 août 1911 à Bonn, mort le 4 septembre 1977 dans un train entre Genève et Lausanne) était un économiste britannique, d'origine allemande.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un professeur d'université, E. F. Schumacher est né en 1911 en Allemagne. Après son Abitur, il étudie l'économie, d'abord à Bonn, puis à la London School of Economics and Political Science. Boursier-Rhodes à l'université d'Oxford dans les années 1930, il passe ensuite un an à l'Université Columbia (New York) où il devient rapidement chargé de cours. Schumacher termine ses études sans diplôme.

Banquier à Berlin au milieu des années 1930, il retourne en Grande-Bretagne en 1937 comme consultant en investissement, pour fuir le régime nazi. En 1939, il est interné dans une ferme comme ennemi de l'intérieur (en). Il devient à cette époque membre d'un groupe d'intellectuels autour de William Beveridge et John Maynard Keynes. En 1943, le journal Economica (en) publie un essai de Schumacher sur un nouveau système de compensation des paiements de devises[1], que Keynes avait intégré dans le projet qu'il a proposé à Bretton-Woods.

Après la guerre, Schumacher travaille comme conseiller économique auprès de l'Allied Control Commission (en), à laquelle avait été confiée la reconstruction de l'économie allemande, et comme éditorialiste économique du Times. De 1950 à 1970, il est Chief Economic Advisor (économiste en chef) du National Coal Board (en) (autorité britannique du charbon), qui employait alors plus de 800 000 personnes. Grâce à sa vision à long terme (il avait prédit l'émergence de l'OPEP et les problèmes liés à l'énergie nucléaire), il participe à la reprise économique du Royaume-Uni.

Il conseille également des institutions des Nations unies ainsi que les gouvernements d'anciennes colonies britanniques. C'est un de ces voyages, en Birmanie en 1955, qui lui inspire son essai sur l'économie bouddhiste, basée sur la conviction qu'un bon travail est essentiel pour un juste développement humain et que « la production de ressources locales pour les besoins locaux est la voie la plus rationnelle pour l'économie ».

En 1971, il se convertit à la foi catholique. Sur son rapport à l'église catholique, il a déclaré : It was a long standing illicit relationship.[2]

Schumacher a publié pendant toute sa vie, particulièrement dans le journal Resurgence pendant ses dernières années. Le succès planétaire de Small is beautiful en fait un conférencier très recherché, qui parle devant un total de 60 000 personnes aux États-Unis. C'est au cours d'une de ces tournées qu'il décède en Suisse d'une crise cardiaque.

Travaux[modifier | modifier le code]

La pensée de Schumacher se concentre sur la question de l'échelle humaine. Il récuse le fait que l'économie soit en position de juger correctement ces problèmes car la discipline académique considère que les prix reflètent la valeur intrinsèque des choses. Pour ce directeur des Charbonnages, ce point était évident par le fait que ni la théorie économique ni la pratique des marchés ne fait la distinction entre les biens finis et les biens renouvelables. En conséquence la sur-exploitation rapide des ressources naturelles est considérée comme une contribution positive à la prospérité, alors qu'en réalité un actif est irrémédiablement détruit. Pour Schumacher la société industrielle occidentale est incapable d'apprécier et de préserver son capital naturel (eau pure, sol vivant, air pur, ...). Schumacher déclare catégoriquement que les doctrines économiques ne peuvent s'appliquer qu'à la production industrielle, à l'exclusion de l'organisation sociale ou des relations avec l'environnement naturel.

Son concept d' économie bouddhiste est fondamentalement opposé à l'économie standard et son attention à des agrégats tels que le Produit intérieur brut. Pour l'économiste, qui avait lui même une inclination vers la quête spirituelle, le caractère satisfait et détendu qu'il voyait dans la population birmane était une conséquence de la tradition bouddhiste qui rejette un attachement excessif aux biens matériels. En conséquence, l' économie bouddhiste recherche une prospérité qui permet l'accomplissement de l'existence humaine en utilisant aussi peu de moyens que possible. Dans ce contexte, le travail est une activité signifiante dans lequel on doit pouvoir se réaliser "créativement, utilement, et de façon productive avec la tête et les mains."

Pour Schumacher, l'amélioration des conditions de vie ne passe pas par une technologie sophistiquée nécessitant des importations coûteuses, mais par une "technologie à visage humain" basée sur des techniques locales traditionnelles permettant de générer un revenu pour un maximum de gens et ainsi de stimuler "par le bas" l'activité économique. Pour développer le concept de technologie intermédiaire, il crée en 1966 l'Intermediate Technology Development Group (en), une ONG qui se spécialise dans le soutien aux initiatives locales pratiques de développement.

L'agriculture était un sujet d'une importance particulière pour Schumacher, qui s'impliqua avec la Soil Association (en) en faveur de l'agriculture biologique. Pour Schumacher, la productivité économique ne pouvait être qu'un des buts de l'agriculture, la permanence, la santé, et la beauté étant aussi importantes.

Au travail et à l'environnement, Schumacher ajoutait une troisième préoccupation : l'organisation d'une vie autodéterminée. Par ses fonctions au sommet bureaucratique d'une administration de 800 000 employés, et sous l'influence de Leopold Kohr, il avait pu se convaincre que les grosses organisations sont destructrices. Le centralisme met l'accent sur l'ordre, la décentralisation sur la liberté. Schumacher considérait les deux comme justifiées, le problème étant l'équilibre entre eux. Pour cela il considérait comme nécessaire la délégation de toutes les décisions au niveau le plus bas possible et l'obligation faite aux supérieurs de justifier leurs actions.

À la fin de sa vie, Schumacher s'intéressait de moins en moins aux aspects pratiques mais de plus en plus aux problèmes épistémologiques. Il considérait que les philosophes traditionnels et les maîtres religieux avaient établi des systèmes d'idées utilisables par les gens pour interpréter le monde et conduire leur vie, alors que le positivisme et le relativisme de la science moderne n'ont d'autre utilité que de récuser la pertinence des autres questions métaphysiques. Cela faisait pour lui des pays riches les « enfants à problèmes du monde ». Et toute tentative pour transférer leur modèle vers les autres régions du monde ne pourrait que conduire à la pauvreté de masse.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « L'homme est petit, et, donc, le petit est beau. »
  • « Si le petit était populaire, je serais en faveur du gros. »
  • « L'économie sans bouddhisme, c'est-à-dire sans valeurs spirituelles, humaines et écologiques, c'est comme le sexe sans amour. »
  • « L'économie est une sorte de lésion cérébrale. »
  • « L'illusion de pouvoirs illimités, nourri par des réussites scientifiques et techniques étonnantes, a produit l'illusion concomitante d'avoir résolu le problème de la production. Cette dernière illusion est basée sur l'incapacité à distinguer revenu et capital là où cette distinction est la plus pertinente. Chaque économiste et homme d'affaires est familier avec cette distinction, et l'applique consciencieusement et avec une considérable subtilité à toutes les affaires économiques - sauf là ou c'est réellement important : à savoir, le capital irremplaçable que l'homme n'a pas créé, mais simplement trouvé, et sans lequel il ne peut rien faire. »

Héritage[modifier | modifier le code]

Bien qu'honoré par le Prix européen de l'essai Charles Veillon en 1976, et listé par The Times Literary Supplement parmi les 100 livres les plus importants publiés depuis la Seconde Guerre mondiale[3], le succès de Small is beautiful semble n'avoir été qu'un feu de paille. Schumacher n'est plus que rarement cité. La plupart des décideurs du tiers-monde avaient rejeté le concept de technologie intermédiaire, sans doute parce qu'il peut servir à justifier la réticence des pays riches à effectuer des transferts de technologie. De ce fait, les arguments de Schumacher ne portèrent pas, même en Inde, malgré sa référence explicite aux enseignements de Gandhi.

Un petit groupe de militants continue à promouvoir l'œuvre et les idées de Schumacher :

Le mouvement d'idées de la Décroissance est très proche des idées exprimées par Schumacher, bien que celui-ci ne soit virtuellement jamais cité dans ce contexte.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Multilateral Clearing, in Economica, Vol. 10, pp. 150-65, 1943
  • Small is Beautiful - Economics as if People Mattered, 1973. Trad. en français : Small is beautiful. Une société à la mesure de l'homme, Seuil, coll. "Points", 1979.
  • A Guide for the Perplexed, 1977
  • This I Believe and Other Essays (Anthologie des articles de Schumacher dans Resurgence), 1977
  • Good Work, 1979. Trad. en français : Good work, Seuil, 1980, 205 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Article fortement inspiré de http://www.inwent.org/E+Z/content/archive-eng/11-2003/tribune_art1.html

  1. E. F. Schumacher, Multilateral Clearing Economica, New Series, Vol. 10, No. 38 (May, 1943), pp. 150-165
  2. Gabriele Kuby : Mein Weg zu Maria - Von der Kraft lebendigen Glaubens. fe-medienverlag, Kißlegg 2005, ISBN 3-928929-82-8.
  3. The Times Literary Supplement, 6 octobre 1995, p. 39

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Barbara Wood, Alias Papa. A Life of Fritz Schumacher (1974), Oxford Paperbacks, 1985, 416 p.
  • Barbara Wood, Fritz Schumacher, précurseur d'une économie non violente, Souffle d'or, 1997, 310 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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