Ernesto Djédjé

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Ernesto Djédjé

Surnom Gnoantré national
L'Épervier
Le Roi
Kanougou
Zouzou
Nom de naissance Ernest Djédjé Blé Loué
Naissance 1947
Tahiraguhé (Daloa), Côte d'Ivoire Côte d'Ivoire
Décès 9 juin 1983 (à 35 ans)
Yamoussoukro, Côte d'Ivoire Côte d'Ivoire
Activité principale Chanteur, parolier, Compositeur, guitariste, arrangeur, danseur, Chef d'orchestre, poète-fabuliste
Genre musical Ziglibithy, soul, rumba, rhythm and blues, pop (musique), tohourou, disco, afrobeat, afro funk, makossa
Instruments Guitare
Années actives De 1963 à 1983
Labels Philips
Fiesta
Badmos Store
SIIS
Sed
Star Musique
Pam

Ernesto Djédjé, originaire du pays des Bétés, surnommé le « Gnoantré national », « l'Épervier » ou encore « le Roi du ziglibithy »[1] (* 1947 à Daloa, Côte d'Ivoire — † 9 juin 1983 à Yamoussoukro), était un chanteur, poète-fabuliste, danseur, arrangeur et un guitariste ivoirien. Véritable icône en Côte d'Ivoire, il était aussi renommé pour ses performances scéniques notamment ses déhanchés très particuliers. Il a inspiré une bonne partie de la nouvelle génération actuelle de chanteurs africains avec le ziglibithy, style musical et danse dont il est le créateur. C'est ce style musical qui entraînera dans les années 1990 le zouglou puis le coupé-décalé dès 2003, mouvement toujours en vogue.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Le Haut-Sassandra est la région natale d'Ernesto Djédjé qui a pour chef-lieu la ville de Daloa

Ernest Djédjé Blé Loué est né en 1947 en pays Bétés en Côte d'Ivoire dans le village de Tahiraguhé proche de la ville de Daloa[2] d'un père sénégalais du nom de Touré, homme d'affaires qui abandonne très tôt son fils pour travailler en République centrafricaine aux côtés de Bokassa en qualité d'Imam de Bangui[3], Touré décédera en 1971 au Sénégal[4]. Délaissé par son père, Ernest sera élevé du côté de sa famille maternelle, par sa mère Dapia Blé, fonctionnaire de l’église Baptiste « œuvre et missions » de la localité et par son oncle Blé Loué, dont il héritera du nom de famille. « Djédjé » signifie « iroko », un bois sacré servant à invoquer la protection des ancêtres en bété. Il porte ce nom car à sa naissance, Ernest représentait l'espoir de la famille[5].

Dès l'âge de dix ans, Ernest Djédjé est initié au « Tohourou », un rythme traditionnel du terroir bété, dans l'ouest ivoirien. étymologiquement, le « Tohourou » provenant du mot guéré (ethnie Ouest-ivoirienne) « Athônô wrhou » signifie en français « raconte moi l'histoire, apprends moi l'histoire »[6]. Ainsi, Ernest Djédjé travaille très tôt sa voix et développe ses capacités de poète lyrique. Le « Tohourou » sera d'ailleurs l'une des origines du ziglibithy.

Débuts : les premières expériences (1963-1968)[modifier | modifier le code]

Ernest Djédjé monte en 1963 avec son ami Mamadou Kanté, un orchestre de fortune dénommé « Les Antilopes »[7]. Il acquiert ainsi une certaine expérience musicale notamment dans le maniement de la guitare[2]. Le groupe fait des prestations, des concerts dans l'agglomération de Daloa et dans tout l'ouest ivoirien. En 1965 à Vavoua, l'artiste Amédée Pierre, originaire lui aussi de l'ouest, découvre Ernest et repère en lui un musicien talentueux[4]. Amédée Pierre recrute le jeune adolescent Ernest Djédjé et son ami Mamadou Kanté dans son orchestre « Ivoiro-Star »[2]. De 1965 à 1968, il sera le chef d'orchestre de l’« Ivoiro-Star Band ». C'est dans cet orchestre, qu'il apprend à jouer de la guitare métallique tandis que Mamadou Kanté apprend à jouer à la contrebasse[8].

L'exode ambitieux (1968-1973)[modifier | modifier le code]

Paris, où vécut Ernesto Djédjé

En 1968, alors que rares sont les artistes diplômés en Côte d'Ivoire, il est détenteur du BEPC et décide d'émigrer vers la France[7]. Il devient ainsi l'un des rares immigrés en France originaire de la Côte d'Ivoire dans les années 1960[9].

En France, il étudie l'Informatique. Il revient dans son pays d'origine pour un temps assez bref. Emmanuel Dioulo l'embauche en qualité de responsable culturel à l'Autorité pour l'aménagement de la région du sud-ouest (ARSO) à San-Pédro[4]. Avec l'aide d'Emmanuel Dioulo, il crée le « San-Pédro Orchestra ». Quelques mois plus tard, après un passage à Abidjan, il rejoint à nouveau la France.

Toujours passionné de musique, en France, il fait la rencontre de futurs célébrités de la musique africaine tels Manu Dibango, Anouma Brou Félix et François Lougah. Avec leur collaboration et notamment celle de Manu Dibango à l'arrangement, il enregistre son premier album intitulé Anowa en 1970[3], un 45 tours fait de Soul, de Rhythm and blues et de Jerk dance[7]. Un an plus tard, il sort sa troisième œuvre discographique dénommée N'wawuile/N'koiyeme avec l'orchestre Reeba.

Il entre en conflit avec Amédée Pierre en raison de sa rupture avec l'« Ivoiro-Star ». Amédée Pierre n'étant pas au courant du départ de Ernesto Djédjé en France, le rencontre avec surprise au bal du Mouvement des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (MEECI) à Metz (France) en 1972[10]. Amédée Pierre étant en tournée en France pour six mois, décide d'engager à nouveau Ernesto Djédjé au sein de l'« Ivoiro-Star Band ». Mais Ernesto Djédjé ne jouera qu'un des concerts d'Amédée Pierre, laissant la place de guitariste à Pascal Dido au sein de l'orchestre[4]. Ernesto Djédjé préfère s'installer à Paris, se retrouvant une seconde fois en situation conflictuelle avec Amédée Pierre. En 1973, il enregistre l'album Mamadou Coulibaly et son 6e album, toujours en France du nom de Zokou Gbeuly. Ces six opus sont bien accueillis au niveau de la Côte d'Ivoire[2]. Cette même année, il décide de rentrer en Côte d'Ivoire.

Le retour (1973)[modifier | modifier le code]

Masque Bété. Le « Glhé » (danse du masque) est l'une des origines du ziglibithy

À son retour, Ernesto Djédjé ne délaisse pas le domaine musical. Il veut révolutionner la musique ivoirienne en mélangeant disco dance de l'occident, Rumba de Cuba, le Makossa d'Afrique centrale avec la musique traditionnelle ivoirienne. Certains parlent d'Afrobeat ou Afro funk. Commence alors tout une période de recherche pour moderniser la musique ivoirienne. Ernesto Djédjé revient à ses premières amours : « la musique de recherche » piochée dans la tradition. En 1975, il sort l'album Aguissè.

En voyage au Nigeria, il découvre l'Afrobeat de Fela Anikulapo Kuti, musique issue de rythmes traditionnels yoruba, fortement imprégnée de funk, jazz et highlife. Un style musical qui colle à ses envies. Il se sent enfin capable d'allier danse Bété et Disco conjugués aux chants lyriques « Tohourou » et Rythmes and Blues sur ses propres solos de guitare avec fond de percussion du terroir ivoirien. Nait ainsi le ziglibithy, sa création par excellence dont il deviendra « Le Roi », comme le furent Michael Jackson pour la pop et Elvis Presley pour le rock 'n' roll[3].

En 1977, avec la collaboration du plus puissant producteur ivoirien de l'époque, Raïmi Gbadamassi, dit Badmos, (créateur de Badmos Store) et de Makainos[11], après 6 mois de studio, Ernesto Djédjé sort son premier 33 tours, un album monumental enregistré à Lagos au Nigeria d'où va naître le tube international Ziboté qui le place au-devant de la scène.

Le Gnoantré national (1977-1983)[modifier | modifier le code]

L'album Ziboté place Ernesto Djédjé enfin au-devant de la scène, le titre promo du même nom de l'album devenant un tube international, sans doute celui de Djédjé qui a rencontré le plus de succès. Avant cette arrivée, existaient deux tendances en Côte d'Ivoire : la musique traditionnelle ivoirienne devenant impopulaire chez la jeunesse et la musique internationale (américaine, cubaine et d'Afrique centrale), gagnant en popularité. Le ziglibithy est une danse et un style musical révolutionnaire qui a su remettre la musique ivoirienne au goût du jour en Côte d'Ivoire en alliant avec harmonie musiques extérieures et musique classique ivoirienne. Ainsi, Ernesto Djédjé s'inscrit dans une troisième tendance qui mélange les deux premières, dont font partie François Lougah et Bailly Spinto. Le ziglibithy s'impose dans toute l'Afrique subsaharienne[4]. Le ziglibithy est très apprécié dans les années 1970 au cœur de l'Afrique centrale notamment au Cameroun. Le Burkina Faso est l’un des premiers pays à accueillir favorablement le ziglibithy. Puis, ce style s'exporte très vite en Afrique de l'Ouest, notamment au Bénin, au Mali, au Togo, en Guinée Conakry, même au Liberia pays anglophone. Le succès commercial dépasse les prévisions du producteur Badmos[7].

Fela Kuti du Nigeria (gauche), créateur de l'Afrobeat qui a influencé Ernesto Djédjé avec Waïpa Saberty (droite) de l'orchestre de la RTI avec qui Ernesto Djédjé a partagé la scène

En 1976-1977, Ernesto Djédjé est élu meilleur musicien de l’année par référendum Ivoire Dimanche (ID)[3]. Ensuite, celui que l'on surnomme l'« épervier », monte l'orchestre appelé « les Ziglibithiens » avec Diabo Steck à la batterie, Bamba Yang au clavier et à la guitare. Le groupe est aussi constitué de Léon Sina, Eugène Gba, Yodé, Tagus, Assalé Best, Abou et Youbla. Assalé Best est le chef d'orchestre tandis que John Mayal, issu du groupe Black Devils, rejoint le groupe pour les prestations scéniques auprès d'Ernesto Djédjé. Il met directement sur le marché l'album Les Ziglibithiens en 1978. Ernesto Djédjé est au sommet de son art, il est qualifié de « Gnoantré national » soit « l'homme avec lequel toute une nation lutte », car Gnoantré, mot bété, signifie « lutte, combat avec lui ». Le professeur Yacouba Konaté juge ainsi le ziglibithy : « Mieux que toute théorie de l’authenticité, mieux que tout discours préconisant le retour aux sources, le ziglibithy donne un sens et une forme à la volonté des Africains qui veulent se nourrir de la sève de leurs racines. C’est une action, une recréation qui fonde une esthétique nouvelle sur le socle culturel et historique de la société ivoirienne »[12]. Il devient l'icône de toute une génération en quête d'une nouvelle identité, en modernisant la culture sur influence occidentale tout en puisant dans la culture ivoirienne.

Il sort en 1979 Golozo et Azonadé en 1980. En 1981, sort l'album Zouzou Palegué. L'artiste termine sa carrière avec l'album Tizeré avec notamment une chanson en hommage au politicien Konan Bédié en 1982 et une autre, dédiée au président Félix Houphouët-Boigny, intitulé Houphouët-Boigny Zeguehi. À cette époque, Ernesto Djédjé, proche du parti unique au pouvoir, le PDCI-RDA, était le « chouchou » du président Félix Houphouët-Boigny et d'Henri Konan Bédié : aucune conférence ou réception présidentielle de haute importance n'était organisée sans une prestation du « Gnoantré national ». Il était souvent invité à se produire à La Première avec l'orchestre de la Radiodiffusion-Télévision ivoirienne dont faisaient partie Antoinette Konan, Waïpa Saberty ou encore Chantal Taiba. Il fit alors les beaux jours de Radio Côte d'Ivoire, y compris après son brusque décès en juin 1983 à Yamoussoukro.

Le décès : mystérieuse disparition[modifier | modifier le code]

Ernesto Djédjé décède brusquement le 9 juin 1983 à l'hôpital militaire de Yamoussoukro à l'âge de 35 ans. Sa mort constitua un choc pour la nation ivoirienne. Officiellement, l'artiste est décédé consécutivement à un empoisonnement après son retour de voyage de Ouagadougou au Burkina Faso lors d'un repas à Yamoussoukro[13]. À ce jour, aucun résultat d'enquête n'est disponible. Plusieurs hypothèses et rumeurs ont circulé à propos de son décès, rumeurs complaisamment reprises par la presse ivoirienne[3]. On affirme qu'Ernesto est décédé suite à un ensorcellement sous la houlette d'Amédée Pierre avec lequel il était en conflit jusqu'à sa mort. Mais ce dernier s'en défend, dans un dossier sur Ernesto Djédjé, publié par le journal Topvisages : « C’est Ernesto qui aurait engagé, le premier, les hostilités en disant dans l’une de ses chansons que c’est lui qui apprend à chanter aux autres. Ce que n’a pas apprécié Amédée Pierre qui aurait répliqué plus tard que c’est lui le coq de la basse-cour qui réveille les gens à l’aube. La discorde avait enflé au point qu’à la mort de Djédjé, Amédée Pierre n’aurait pas daigné assister à son inhumation dans son village à Tahiraguhé dans le département de Daloa. “Faux ! Rétorque Amédée Pierre. J’ai été victime de diffamation” ».

Une autre rumeur assimile la mort de l'artiste à un assassinat politique à l'intérieur du camp du Parti démocratique de Côte d'Ivoire en raison de secrets présidentiels auxquels l'artiste aurait eu accès.

Le 30 juillet 1983 son corps fut exposé au Stade de Tahiraguhé. Ses funérailles dureront plusieurs jours avec la prestation de plusieurs artistes tels Johnny Lafleur, Alpha Blondy ou encore Allah Thérèse.

Portrait de Djédjé[modifier | modifier le code]

Manu Dibango, un des plus éminents musiciens côtoyés par Ernesto Djédjé

Ernesto Djédjé était un artiste dit « complet » : il était auteur-compositeur-interprète talenteux doté d'une somptueuse voix, un atout développé très tôt par le « Tohourou ». C'est pourquoi il était surnommé « l'épervier », l'homme qui dit la vérité par l'art de la poésie lyrique, d'où ses textes profonds en bété dont la voix pénètre les cœurs et plane sur l'univers. Ernesto Djédjé était aussi musicien accompli : il apprend dès l'adolescence, dans l'« Ivoiro-star » d'Amédée Pierre à jouer à la guitare. Après son passage en France et grâce à diverses expériences en studio d'enregistrement, il acquiert des capacités en arrangement. Ernesto Djédjé était aussi un fin danseur qui maniait très bien le Twist. Lors de ses prestations, il éblouissait par ses déhanchés ou encore par ses coups de tête-blocages (composante du ziglibithy). Il savait communiquer la passion de son art à son public par la danse[4]. L’homme était un virtuose en la matière. Il adoptait toutes les danses qui naissaient aux États-Unis et en Europe. En somme, Ernesto Djédjé dégagait une énergie extraordinaire qui faisait partie du ziglibithy dance. Djédjé avait un style vestimentaire travaillé. Toutes ses tenues valorisaient son jeu de scène, de même que sa coiffure afro avec rouflaquettes. On peut ajouter à cela ses chemises tendances de qualité dont le gros bord supérieur était laissé volontairement entrouvert laissant à la vue de tous sa poitrine semi-velue, ce qui lui donnait un look viril. Ce « look » contribuait à son élégance. Djédjé portait aussi des pantalons « patte d'elephant », avec des souliers en cuir brillants. Djédjé possédait un physique impressionnant : presque de 2 mètres de haut (198 centimètres) pour près de 95 kilogrammes[4]. Djédjé était un travailleur passionné de recherche musicale qui s’acharnait dans le travail pour parvenir à la perfection[4].

Relations avec les femmes[modifier | modifier le code]

Djédjé était marié avec Lola Moustapha Soher Galal, professeur d'origine égyptienne, à qui il avait dédié le titre Lola. Ils eurent deux enfants, Tarek et Donia[4]. L'artiste aimait profondément ses enfants[4]. Il a eu avec Rokia Lo d'origine sénégalaise une fille dénommée Fatim Gbagbo née le 19 décembre 1979 à Treichville.

Amitiés[modifier | modifier le code]

Ernesto Djédjé avait des relations très étendues dans le monde du spectacle en Côte d'Ivoire, où il a côtoyé bon nombre d'artistes, de Manu Dibango à François Lougah en passant par Amédée Pierre. Il a travaillé au côté des plus grands producteurs de l'époque en Côte d'Ivoire comme Badmos ou encore François Konian (créateur de la SIIS et de Radio Jam). Djédjé était le « professeur » de célèbres artistes tels que Johnny Lafleur, son cousin Luckson Padaud ou encore John Kiffy.

Ernesto Djédjé bénéficiait aussi de nombreux privilèges en raison de sa proximité avec le PDCI-RDA, parti unique au pouvoir de 1960 à 1990,

Héritages et influences[modifier | modifier le code]

Jean-Jacques Kouamé, membre créateur du coupé-décalé avec la Jet Set de Douk Saga

Décédé à seulement 35 ans, il n’a pas eu assez de temps pour le promouvoir le ziglibithy, qui était en concurrence avec d'autres genres tradi-modernes comme le « polihet » de Gnahoré Djimi ou le « Lékiné » de Guéhi Victor. Le décès d'Ernesto Djédjé laissera orphelins plusieurs de ses disciples, parmi lesquels Luckson Padaud, Johnny Lafleur, Blissi Tébil et John Yalley. Ces derniers sont des fins danseurs de ziglibithy mais pas des poètes lyriques. Ce manque de capacité orale, de capacité à transperser les cœurs par une douce et succulente mélodie alliée au manque de charisme[7] plongent le ziglibithy dans le noir. Par surcroit, les élèves de Djédjé choisissent leur propre voie : Luckson Padaud fait la promotion dès 1982 du « Laba-Laba »; Johnny Lafleur se spécialise dans le « Zagrobi » dès octobre 1983; John Yalley crée le « Zézé pop » à la fin des années 1980 tandis que Blissi Tébil fait du « Zagrobi Makossa ». L'arrivée du genre Zouglou en 1990 met définitivement fin aux rythmes tradi-modernes dont le ziglibithy. Malgré une tentative de renaissance du genre ziglibithy en 1997 par l'organisation d'un duel surmédiatisé devant définir le digne successeur de Djédjé entre Johnny Lafleur, surnommé « the flower », et Blissi Tébil[14], le ziglibithy ne se relevera jamais.

L'influence de Ernesto Djédjé demeure importante sur la musique africaine comtemporaine. En 1990 naît le Zouglou, musique et danse urbaine issue du milieu étudiant abidjanais et exprimant la souffrance estudiantine[3]. Instrumentalement, le Zouglou fait la synthèse de sonorités traditionnelles dont le ziglibithy et de polyphonie du Centre de la Côte d'Ivoire[3]. Ce concept a évolué pour inspirer de nouveaux genres musicaux et danses comme le coupé-décalé créé par Douk Saga entre Paris et Abidjan en 2003. « La chanson les côcôs de Jean Martial Yodé (artiste zouglou) s'inscrit dans ce qui précède, notamment le ziglibithy (voir le morceau Aguissè d'Ernesto Djédjé). Les exemples sont légion dans le genre Zouglou» affirme Valen Guédé.

Influences philosophiques et sociales[modifier | modifier le code]

Ernesto Djédjé expose sa morale au travers de ses textes en utilisant l’allégorie pour raconter et éduquer grâce à son initiation au « Tohourou » et au « Doblhé ». Ce dernier signifie « oiseau chanteur » qui, contrairement au Kouglhuizéa annonce les bonnes nouvelles et ne le fait qu'à l'aube entre quatre et cinq heures du matin ». Ainsi certaines chansons de Djédjé ont un rôle éducatif pour la Société. Le morceau Zouzou Palegué de l'album èponyme en 1981 appartient au répertoire des Doblhé.

Influences philosophiques[modifier | modifier le code]

La forêt. Principal lieu d'où Ernesto Djédjé tirerait sa force ziglibithienne

À travers le ziglibithy, Ernesto Djédjé développe sa philosophie Mysthy-floro-faunique. Indiquons que ziglibithy est formé du mot « zigli » qui signifie « sucre » et « bhithy » « surpassemenet musical ». Ziglibhity veut donc dire « chanson sucrée, mielleuse, succulente, douce dont on ne peut résister ». Cet effet vient du fait que cette danse provient des vestiges du « soukâlhö zhô», l'arbre sacré remplit de connaissances et de bénédictions occultistes de toute la faune.

Par son génie, dans sa perpétuelle communion avec la forêt, Ernesto Djédjé établit un contact faunique avec la reine, la méchante panthère, soit en bété « Gbhôbhë dhögbô yèklhè mhââdi », car il est en quête de renommée. C'est ainsi qu'il va chanter et danser le ziglibithy, la douleur que provoque la douce et succulente mélodie de celle-ci fait succomber la panthère. Par cette victoire, Ernesto Djédjé acquiert de la panthère les attributs des maîtres de la parole et devient l'incarnation des forces mystico-fauniques. Pour préserver ses attributs et maintenir sa renommée, il se doit de chanter et danser le ziglibithy[15]. Les ziglibithiens qui l'accompagnent doivent aussi être aguerris et posséder certains attributs d'Ernesto Djédjé.

Influences sociales[modifier | modifier le code]

Rappelons qu'en Sociologie, la socialisation primaire est le 1er processus de socialisation d’un nouveau-né par l'intermédiaire de la famille, de l’école, des pairs, des médias. Cette socialisation est importante car elle va préparer l’enfant à vivre dans une société donnée.

Ainsi, par le ziglibithy, en puisant dans la sève du « Soukalhô zhô » (arbre d'où provient la danse ziglibithy), Ernesto Djédjé développe une melodieuse voix qui apaise les peines, les souffrances et penetre les cœurs sur tout l'univers. Il « dépeint les travers de la société qui rejette systématiquement les orphelins » selon le musicologue Valen Guédé. Or, c'est l'éducation qui développe les sens transitifs des individus par les fables et chants qu'enseignent les sages. Ces derniers retransmettent la traditions. Et c'est par cette éducation que l'individu parvient à une socialisation. Les orphelins doivent eux aussi s'intégrer dans la société. Valen Guédé explique que pour Ernesto Djédjé, ces exclus ou encore ces stigmatisés « doivent s'approcher des enfants dont les parents sont encore en vie pour bénéficier, profiter des conseils à eux prodigués par les sages pour se prémunir contre les aléas de la vie ». Ainsi, Ernesto Djédjé compare ses Ziglibithiens aux orphelins, ils doivent apprendre pour atteindre un certain niveau de formation et parvenir à une certaine notoriété[15].

Le ziglibithy possède une seconde dimension sociale : dans les années 1970, il existait deux tendances musicales : la musique classique ivoirienne provenant du terroir incarné entre autres par Amédée Pierre. Celle-ci était délaissée par la jeunesse ivoirienne. L'autre tendance était la musique exterieur : la musique américaine (funk, disco, rock…), cubaine (Salsa, Rumba) et d'Afrique centrale (Rumba congolaise et Makossa). Face à cette popularité des ryhtmes exterieurs naissent de orchestres qui deviennent vite célèbre et font la joie des jeunes ivoiriens tels que « Les Black Devils », « Djinn-Music », « les Bozambo », « les Freemen », « New System Pop », « les Djinamourous » (se dit aussi Guinarous dont faisait partie Jimmy Hyacinthe) qui interpretent des titres de James Brown, du TP OK Jazz ou encore de Johnny Hallyday à la télévision nationale et dans les bars et discothèques branchés de la capitale[16]. C'est dans ce contexte que naissent des genres musicaux novateurs qui puisent leur inspiration dans la culture ivoirienne tout en s'inscrivant dans la tendance musicale internationale. Parmi les re-faiseurs de musique ivoirienne, se distinguent Ernesto Djédjé, François Lougah, Bailly Spinto, Luckson Padaud, Johnny Lafleur, Dichaël Liadé, Olives Guédé, Naounou Paulin, Aïcha Koné, Mamadou Doumbia, Eba Aka Jérome, Blissy Tébil, Paul Dodo, Seka Okoi Athanase, Zous du Rock ou encore Gnahoré Jimmy. En alliant deux tendances, ils remettent la musique nationale au premier plan en Côte d'Ivoire, celle de toute une génération.

Discographie[modifier | modifier le code]

Année Titre Label
1970 Anowa / Tetialy Blé (1er 45 tours) Philips
1970 Gniah-Pagnou / Wanne Philips
1971 N'wawuile / N'koiyeme (avec l'Orchestre Reeba) Philips
1971 Lorougnon Gbla / Ernesto (avec l'orchestre Reeba) Philips
1973 Mahoro / Mamadou Coulibaly Fiesta
1973 Zokou Gbeuly / Zokoly Fiesta
1975 Aguissè / Kolougnon Badmos Store
1977 Ziboté (1er 33 tours) Badmos Store
1978 Les Ziglibithiens
1979 Golozo SIIS
1980 Azonadé
1981 Zouzoupalé SIIS
1982 Tizéré Star musique
1983 Souvenir (Amaguhewou) Sed
1998 Ivoir'compil vol 3 Melodie
1999 Côte d'Ivoire compil - Rendez-vous Sonodisc
2001 le Roi du Ziglibithy Night and Day
2005 Golden Afrique Network Music
2006 Ivoirstars Gigamix Syllart prod / Kassak

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Richard Nidel, World music: the basics, New York, Routledge,‎ 2005, poche, 440 p. (ISBN 978-0-415-96801-0, lien LCCN?, résumé)
  2. a, b, c et d (fr) « Biographie Ernesto : Djédjé sur Cocody FM » (consulté le 12 avril 2009)
  3. a, b, c, d, e, f et g G.Arnault : Un pays fou de musique Africulture
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (fr) « In memoriam, Djédjé N°596 » (consulté le 23 mai 2009)
  5. Amédée Pierre : « À sa naissance, sa mère l’a gardé et lui a donné le nom de Djédjé, synonyme de l’Iroko (qui est un arbre sacré en pays bété). C’est un nom qu’on donne aux enfants qui représentent l’espoir pour leurs parents. » Interview, no 596, Topvisages
  6. (fr) « Le ziglibity est-il un rythme ou un genre ?, par Valen Guébé dans Fraternité Matin » (consulté le 23 mai 2009)
  7. a, b, c, d et e Jack Louamy, Ernesto Djédjé : 23 ans après sa mort, difficile succession 2006
  8. Amédée Pierre : « Ernesto a tout appris à mes côtés. Il était à Tahiraguhé dans son village d’où il m’a suivi avec son ami guinéen, Kanté Mamadi jusqu’à Vavoua. Après, il ne voulait plus retourner au village. Son ami et lui voulaient absolument que je les emmène avec moi à Abidjan. C’est avec moi qu’Ernesto a appris à jouer à la guitare métallique et Mamadi, la contrebasse. Quand son père est mort, il est parti à Dakar. C’est à son retour qu’il a décidé de voler de ses propres ailes et qu’il a créé son orchestre « Les ziglibithiens »
  9. Les chiffres officiels font état, en 2009, de 60 000 ivoiriens vivant en France
  10. Amédée Pierre, Interview - Topvisages no 596
  11. Badmos : « C’était le premier 33 tours. J’ai envoyé Ernesto au Nigéria. On a fait six mois de studio. J’étais accompagné par mon collaborateur Maïkano qui a, lui, réalisé la maquette des pochettes. Quand vous regardez sur la pochette de «Ziboté», vous voyez mon nom, mon logo. Vous verrez aussi : réalisation : Maikanos. Il y avait 8 chansons. Sur les huit morceaux, deux ont été extraits pour faire un 45 tours. »
  12. Biographie : Ernesto Djédjé - Cocody FM
  13. Ernesto Djédjé, Gnaoré Djimy, Fulgence Kassy, Douk Saga : L'étrange destin des artistes créateurs ivoiriens
  14. (fr) « Nord-Sud : Enesto Djédjé - 22 ans après : ce duel qui a tué le ziglibity » (consulté le 3 mai 2009)
  15. a et b Valen Guébé, Le ziglibity est-il un rythme ou un genre ?, Fraternité Matin
  16. Abdramane Kamaté, Côte d'Ivoire - Une guerre des rythmes

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]