Erich Auerbach

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Erich Auerbach est un critique littéraire et philologue allemand, né le 9 novembre 1892 à Berlin et mort le 13 octobre 1957 à Wallingford (Connecticut), aux États-Unis[1]. Il fait partie de la tradition romanistique allemande, dont il est devenu, avec Leo Spitzer et Ernst Robert Curtius, l'un des représentants les plus connus.

Professeur à l'université de Marbourg, il a été destitué par les nazis en 1935. C'est en exil, à Istanbul, qu'il a écrit son œuvre la plus célèbre, Mimésis : la représentation de la réalité dans la littérature occidentale, qui part de Homère pour arriver à Virginia Woolf, en passant par Dante et Grégoire de Tours. C'est un hommage vibrant et érudit à la civilisation européenne. L'ouvrage, rédigé entre 1942 et 1945, est dédié à « tous ceux qui ont gardé sereinement dans leur cœur l'amour de notre histoire occidentale ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Erich Auerbach naît dans une famille de la bourgeoisie juive berlinoise en 1892. Il fait sa scolarité au Collège franco-allemand, (l'actuel lycée franco-allemand), fondé pour les Huguenots chassés par la révocation de l'édit de Nantes au XVIIe siècle. Il est noté comme élève brillant, mais mélancolique, travaillant au-dessous de ses capacités. Il soutient, dans la pure tradition de son milieu, une thèse de droit pénal en 1913. Après avoir combattu dans l'infanterie lors de la Première Guerre mondiale, il obtient son doctorat de philologie romane en 1921 et devient en 1929, après avoir été bibliothécaire à la Preußische Staatsbibliothek de Berlin, membre de la faculté de philologie de l'université de Marbourg, grâce à l'aide de Leo Spitzer. Sa thèse, publiée et saluée par Walter Benjamin en 1929 s'intitule Dante, poète du monde terrestre (Dante als Dichter der irdischen Welt). Entretemps, il a fréquenté le cercle du poète Stefan George et traduit La Scienza nuova de Vico. Il s'est marié à Marie Mankiewitz, fille d'un conseiller à la Cour, en 1923, avec qui il a un fils, auquel les parents donnent un prénom latin, Clemens.

Ses années d'exil à Istanbul sont marquées par une grande productivité intellectuelle : articles et ouvrages se multiplient, malgré le travail requis à la faculté où « l'on a à se débattre contre les difficultés, les malentendus, les frictions les plus étranges[2] ».

En 1938, Erich Auerbach revient en Allemagne pour y chercher des livres introuvables en Turquie : sa femme et son fils sont interrogés par la Gestapo. De retour en Turquie, il y fait la connaissance du délégué apostolique, Mgr Roncalli, qui deviendra pape sous le nom de Jean XXIII, et ordonnera le concile Vatican II. Mgr Roncalli lui donne accès à la Patrologie latine de Migne. En 1942, quand commence la « Solution finale », Auerbach entame la rédaction de Mimésis.

L'ouvrage, paru en 1946, à Berne, est un succès international. Auerbach part aux États-Unis en 1947, où il enseigne à l'université d'État de Pennsylvanie, travaille ensuite à l'Institute for Advanced Study de Princeton en 1949 et devient en 1950 professeur de philologie romane à l'université Yale, en tant que spécialiste de Dante. Auerbach note que les étudiants y sont gentils, décontractés et d'une inculture prodigieuse.

En 1950, polémique violente avec Ernst Robert Curtius après son compte rendu critique de Mimésis et la parution de La Littérature européenne et le Moyen Age latin. Auerbach s'explique dans Epilegomena pour Mimésis[3]. Auerbach travaille à la suite de Mimésis : Le Haut Langage : langage littéraire et public dans l'Antiquité latine tardive et au Moyen Age.

Il meurt à Wallingford, Connecticut. Selon Harry Levin, l’un de ses collègues, il rendit compte dans son œuvre de « l'inépuisable miracle de la culture occidentale, à qui il était attaché en tant que membre, victime et athée. [Il fut] l'accoucheur de lui-même[4]. »

Œuvre[modifier | modifier le code]

L'œuvre d'Erich Auerbach est dispersée, l'auteur n'ayant écrit que deux livres. Ses articles, en revanche, très nombreux et variés, portant sur Proust, Pascal ou Baudelaire, sont regroupés de manière rhapsodique, en fonction des traditions nationales.

Mimésis[modifier | modifier le code]

Auerbach est l’auteur d'un classique des études littéraires, Mimésis : la représentation de la réalité dans la littérature occidentale , inspiré à la fois des vues de Platon sur la représentation de la vérité par les artistes (La République, X) et imprégné du Sermo humilis, le langage simple des Écritures pour décrire le réel, quotidien, tragique et concret.

Dante[modifier | modifier le code]

Auerbach est également l'un des grands spécialistes de la Divine Comédie de Dante, auteur sur lequel il travailla toute sa vie. Il fut notamment en contact avec Benedetto Croce.

Vico[modifier | modifier le code]

Son autre auteur de prédilection, qu'il traduit en 1924 et qui ne le quitta jamais, est Giambattista Vico, dont il souligne le legs important dans son introduction au Haut Langage, « Intention et Méthode » (Über Absicht und Methode).

Figura[modifier | modifier le code]

Le long article de Figura traite de la typologie médiévale, issue de la théorie de l'histoire des Pères de l'Église, qui voyaient dans des figures ou des événements relatés dans l'Ancien Testament (tel le sacrifice d'Isaac) une préfiguration du Nouveau Testament (telle la crucifixion de Jésus).

Correspondance[modifier | modifier le code]

Enfin, Auerbach a entretenu une correspondance théologique, non publiée, avec des prélats sur des points de la doctrine catholique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France.
  2. Lettre à Walter Benjamin, 12 décembre 1936, in « Figures d'Exil : cinq lettres d'Erich Auerbach à Walter Benjamin  », Les Temps modernes, no 75, juin 1994, p. 57.
  3. 196. « Epilegomena pour Mimésis », traduit de l’allemand vers le fran-çais par Robert Kahn, Po&sie, n° 97, 2001, p. 113-122.
  4. Harry Levin, Two Romanisten in America : Spitzer and Auerbach, in The Intellectual Migration : Europe and America (1930-1960), éd. Donald Fleming et Bernard Bailyn, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, 1969, p. 463-484.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mimésis. La représentation de la réalité dans la littérature occidentale, trad. de l’allemand par Cornélius Heim, Paris, Gallimard NRF, « Bibliothèque des idées », 1968 (1946 pour l’édition originale), 561 p.
  • Introduction aux études de philologie romane, Francfort-sur-le-Main, V. Klostermann, 1949, 248 p.
  • Le Culte des passions. Essais sur le XVIIe siècle français, introd. et trad. par Diane Meur, Paris, Macula, 1998, 187 p.
  • Écrits sur Dante, introd. et trad. de l'allemand et de l'anglais par Diane Meur, Paris, Macula, 1999, 347 p.
  • Figura, préf. et trad. de l'allemand par Diane Meur, postf. de Marc B. de Launay, Paris, Macula, 2003, 143 p.
  • Le Haut Langage : langage littéraire et public dans l'Antiquité latine tardive et au Moyen Âge, trad. de l'allemand par Robert Kahn, Paris, Belin, 2004, 347 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]