Eraserhead

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Eraserhead

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Réalisation David Lynch
Scénario David Lynch
Acteurs principaux
Sociétés de production American Film Institute
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Horreur, fantastique, expérimental
Sortie 1977
Durée 89 min

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Eraserhead est un film américain en noir et blanc écrit, réalisé et produit par David Lynch, sorti en 1977.

Ce premier long métrage du cinéaste découle d’un scénario de 22 pages[1] qualifié par son auteur d’« une sorte de poème en style libre »[2]. Fidèle collaborateur de David Lynch suite au film, l’acteur Jack Nance (Dune, Blue Velvet, Sailor et Lula, Mystères à Twin Peaks, Lost Highway) tient le rôle d’Henry, personnage principal.

Avec un budget estimé à 100 000 dollars[3] et principalement réalisée dans les locaux désaffectés de l’American Film Institute, la création du film demanda cinq années[4]. Ce film est le récit d’un homme captif de son quotidien morne et sans issue qui cherche vainement à s'en échapper dans le rêve. L’être humain prisonnier de sa condition est un thème dans presque tous les films de Lynch : il ne peut s’évader que par la mort (Twin Peaks, Mulholland Drive, Elephant Man), une route (Sailor et Lula), ou la folie (Lost Highway, Mulholland Drive)[5].

Parce qu'il n'a pas été distribué à grande échelle au départ, la diffusion du film en salle fut assurée par les programmes nocturnes des cinémas : les « midnight movies » dont le film fait partie deviendront de véritables films culte. Eraserhead est considéré comme un classique du cinéma fantastique, ce qui lui valut d’être retenu comme un film « culturel, historique ou esthétiquement important » par le National Film Registry en 2004. L'action prend place dans un centre industriel en décrépitude. Le design sonore du film (Alan Splet et David Lynch) est principalement constituée de bruits de machines.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Eraserhead débute par une séquence dans l'espace. La caméra s'approche d'une planète où se trouve une petite cabane dans laquelle un homme défiguré (Jack Fisk) tire des leviers. Un des leviers déclenche la chute d’une créature à l’apparence d’un ver dans une mare. Émergeant peu à peu de la mare, la lumière devient de plus en plus intense jusqu’à un fondu au blanc.

Henry Spencer (Jack Nance) est un imprimeur « en vacance » d’allure nerveuse. Le jeune homme arpente les terrains vagues près des usines jusqu’à son appartement. Là-bas, il apprend qu’il est invité chez les parents de sa copine, Mary X (Charlotte Stewart), qui ne l’avait pas contacté depuis longtemps. Henry croyait qu’elle avait mis fin à leur relation.

Le repas chez la belle-famille prend place dans une atmosphère encline au malaise. La mère de Mary X (Jeanne Bates) talonne véritablement Henry tandis que le père de Mary (Allen Joseph) est un personnage totalement déconnecté de la situation tendue qui règne autour de la table. Après avoir tenté de découper un poulet qui s'anime et se met à suinter un liquide noir, Henry apprend qu’il est le père d’un enfant prématuré de Mary. Il se voit donc dans l’obligation de se marier avec elle.

Mary et le bébé emménagent dans l’appartement d’une pièce d’Henry. On aperçoit alors l’enfant pour la première fois. Avec une apparence proche du fœtus d'agneau et hideusement déformé, il ne cesse de gémir. Ces couinements viendront à bout de Mary qui, incapable de dormir, quitte Henry et le laisse seul avec la petite créature.

Ce départ est suivi par une suite d’événements des plus étranges, incluant la rencontre avec la « dame dans le radiateur » (« Lady in the Radiator »), une femme blonde aux joues grotesquement hypertrophiées à la Betty Boop, qui chante et vit sur la petite scène d'un music-hall caché dans le radiateur de la chambre d’Henry. Il aura, par la suite, une relation sexuelle avec sa voisine, la « jolie fille de l’autre côté du couloir » (« Beautiful Girl Across the Hall »).

Le titre Eraserhead (« tête effaceuse » en français) prend toute sa signification durant le dernier quart d'heure du film. La tête d’Henry se détache alors de son corps et s’enfonce dans une flaque de sang, tombe du ciel pour atterrir dans une ruelle où elle s’ouvre. Un jeune garçon (Thomas Coulson) trouve la tête et l’emporte dans une fabrique de crayons où Paul (Darwin Joston), un réceptionniste, appelle son patron (Neil Moran) en appuyant avec insistance sur le bouton d'une sonnette. Le patron furieux entre dans la pièce mais change aussitôt d’humeur en apercevant ce que le jeune garçon leur apporte. On transporte la tête dans une autre pièce où un opérateur de machine à faire des crayons (Hal Landon Jr.) prend un échantillon du cerveau d’Henry et l’appose sur le bout d’un crayon. Il teste cette « gomme » qui s’avère efficace, et le jeune garçon est payé par le patron de l’usine.

Un peu plus tard, Henry aperçoit par sa fenêtre deux hommes qui se battent dans la rue[6]. Il tente d’aller voir la jolie fille de l’autre côté du couloir mais celle-ci est avec un autre homme. Le bébé est pris d'un rire sarcastique, Henry prend alors une paire de ciseaux et coupe les bandages dans lesquels l’enfant est enroulé. On s’aperçoit bien vite qu’ils donnent directement sur les organes vitaux de la créature. Pendant que celle-ci hurle de douleur, Henry plante les ciseaux dans ses poumons. Le système électrique de l’appartement disjoncte et les lampes se mettent à clignoter, puis s’éteignent. Une tête géante de l’enfant apparaît dans la chambre. Henry retourne sur la petite scène du music-hall où la dame du radiateur l'accueille tendrement dans ses bras. La scène est inondée de lumière et un bruit blanc monte en crescendo. Puis tout devient noir et silencieux pendant quelques secondes avant le générique de fin.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Sorties cinéma[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Inspiration[modifier | modifier le code]

Le séjour de David Lynch à Philadelphie fut à l'origine de l'univers d'Eraserhead

Eraserhead was born in Philadelphia

— David Lynch

« Eraserhead est né à Philadelphie »

David Lynch trouva son inspiration pour Eraserhead dans les souvenirs de son passage à Philadelphie, où il étudia à l’Art Institute of Philadelphia et y vécut de 1965 à 1971. Il décrira son séjour dans la ville de l’amour fraternel comme « étrange, bizarre, à mi-chemin entre le rêve et la réalité »[7].

Après avoir reçu une bourse de l’American Film Institute en 1968, il réalise son troisième court-métrage, The Grandmother, en 1970, où il fait la rencontre d’Alan Splet, un ingénieur du son avec qui il travaillera jusqu’à la fin des années 1980. C’est ce film qui lui permit d’accéder au Center for Advanced Film Studies, à Los Angeles, où il déménage en 1971.

Tournage[modifier | modifier le code]

Nommé Gardenback au départ, durant 42 minutes et traitant de l’adultère, le projet de première année de Lynch au Center for advanced film studies sera remplacé par le scénario de 22 pages d’Eraserhead. Au départ, le film sera financé par une bourse de 10 000 $ accordée par l’AFI et tourné dans les sous-sols et les bâtiments désaffectés de l’institution.

En 1973, l’American Film Institute demande à voir le film et Lynch leur montre la scène du dîner chez les parents de Mary. L’institution retirera son financement la même année[8]. Par la suite, le tournage fut intermittent et s’étala au total sur une période de plus de deux ans et demi, principalement causée par de faibles et ponctuels apports de financiers de la part d’amis et de proches de l’équipe de tournage (notamment l’actrice Sissy Spacek, épouse de Jack Fisk). Les décors du film furent démantelés et reconstruits à plusieurs reprises.

Autour du film[modifier | modifier le code]

En France, le film est sorti tout d'abord sous le titre de Labyrinth Man, choisi par le premier distributeur en référence au Elephant Man du même David Lynch (1980).

La célèbre scène du découpage du poulet a été parodiée dans le film Rex the Runt: Dreams.

Le film comporte environ trois cent répliques[8].

Le film a été rendu célèbre par une campagne de promotion orchestrée autour du fait qu’il était diffusé dans seulement quelques salles aux alentours de minuit. Les spectateurs se voyaient récompensés à la sortie de la séance d’un badge au message délibérément énigmatique, sur lequel on lisait : « I saw it! » (« Je l’ai vu ! »), sans plus de précisions.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « The City of Absurdity: David Lynch’s Eraserhead »
  2. A kind of free-form poem.
  3. Eraserhead - Box office sur IMDb.
  4. Eraserhead - Trivia sur IMDb.
  5. Dvdclassik.com
  6. Ce plan est le seul vestige d'une séquence coupée.
  7. Philadelphia Weekly
  8. a et b Eraserhead sur Filmdeculte.com

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Chion, David Lynch, éditions Cahiers du Cinema Livres, 2001, (ISBN 2866423194)

Liens externes[modifier | modifier le code]