Épitaphe

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Épitaphe du XIXe siècle, versifiée, dans un cimetière de Charente.

Une épitaphe ( du grec ἐπιτάφιος / epi, « sur » et táphios, « tombeau », par exemple des jeux funèbres ou une oraison funèbre) est une inscription funéraire, placée sur une pierre tombale ou un monument funéraire. Cela peut être un objet donné à une civilisation comme signe de paix.

Dans la Grèce antique, l’épitaphe est un genre littéraire : c’est un éloge funèbre ancien.

En littérature française, l'épitaphe est aussi un genre littéraire rimé : c'est surtout ce que l'on aimerait inscrire sur la pierre tombale de quelqu'un que l'on admire, ou, au contraire, que l'on n'apprécie guère. Supposée être inscrite sur le tombeau lui-même, une épitaphe peut débuter par ci-gît ou par la formule plus moderne ici repose ou par leur pluriel ci-gisent et ici reposent.

Épitaphes célèbres[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Son épitaphe attribuée à Métrodore (vers 500) permet de trouver l'âge de Diophante d'Alexandrie à sa mort :

Passant, sous ce tombeau repose Diophante.
Ces quelques vers tracés par une main savante
Vont te faire connaître à quel âge il est mort.
Des jours assez nombreux que lui compta le sort,
Le sixième marqua le temps de son enfance ;
Le douzième fut pris par son adolescence.
Des sept parts de sa vie, une encore s'écoula,
Puis s'étant marié, sa femme lui donna
Cinq ans après un fils qui, du destin sévère
Reçut de jours hélas ! deux fois moins que son père.
De quatre ans, dans les pleurs, celui-ci survécut.
Dis, si tu sais compter, à quel âge il mourut.
Passant, va dire à Sparte que nous sommes couchés ici dociles à ses ordres.
Petit est ce tombeau, mais au ciel va sa gloire.
Regarde, c'est celui de Thalès, grand esprit.
Ingrate patrie, tu n’auras pas mes os.

XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Pluton ! Rabelais reçois,
Afin que toi, qui es le roi
De ceux qui ne rient jamais,
Tu aies un rieur désormais.

XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

  • Richelieu (9 septembre 1585 - 4 décembre 1642) :
Cy-gist, oui, gist, par la mort-bleu !
Le cardinal de Richelieu ;
Et ce qui cause mon ennui,
Ma pension avec lui.
Ci-gît un fameux Cardinal
Qui fit plus de mal que de bien
Le bien qu'il fit, il le fit mal
Le mal qu'il fit, il le fit bien.

(par Isaac de Benserade, Gentilhomme normand, académicien 1612-1691)

Du corps du grand Rantzau, tu n'es qu'une des parts,
L'autre moitié reste dans les places de Mars
Il dispersa partout ses membres et sa gloire,
Tout abattu qu'il fut, il demeura vainqueur
Son sang fut en cent lieux le prix de la victoire
Et Mars ne lui laissa rien d'entier que le cœur.
Celui qui cy maintenant dort
Fit plus de pitié que d'envie,
Et souffrit mille fois la mort
Avant que de perdre la vie.
Passant, ne fais ici de bruit
Garde bien que tu ne l'éveilles :
Car voici la première nuit
Que le pauvre Scarron sommeille.
Jean s'en alla comme il était venu,
Mangeant son fonds après son revenu,
Croyant le bien chose peu nécessaire.
Quant à son temps bien sut le dispenser,
Deux parts en fit, dont il soulait passer,
L'une à dormir, et l'autre à ne rien faire.
Mon ami, pour l’amour du Sauveur, abstiens-toi
De creuser la poussière déposée sur moi.
Béni soit l’homme qui épargnera ces pierres
Mais maudit soit celui violant mon ossuaire
Dieu fit Selles,
Dieu défit Selles,
Et aux vers mit Selles.

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Ci-git, dans une paix profonde,
Cette Dame de Volupté,
Qui, pour plus grande sûreté,
Fit son paradis dans ce monde.
Ci-gît Piron, qui ne fut rien,
Pas même académicien.
Ci-gît Louis, ce pauvre Roi,
On dit qu'il fut bon... mais à quoi ?
  • Benjamin Franklin (17 janvier 1706 - 17 avril 1790) écrivit sa propre épitaphe à l'âge de 22 ans, mais celle-ci ne fut pas inscrite sur sa tombe.
Le corps de
B. Franklin, imprimeur,
(Tel la couverture d'un vieux livre,
dépouillé de ses feuilles,
de son titre et de sa dorure)
Repose ici, pâture pour les vers.
Mais l'ouvrage ne sera pas perdu
et reparaîtra, c'est la foi de Franklin,
dans une nouvelle édition, plus élégante,
revue et corrigée
par l'auteur.
  • Robespierre (6 mai 1758 - 28 juillet 1794) : épitaphe posthume, qui évidemment n'est pas sur la tombe de Robespierre, celui-ci ayant été enterré dans une fausse commune.
Passant, ne pleure pas ma mort
Si je vivais tu serais mort...

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Here lies one whose name was writ in water.
(« Ici repose celui dont le nom était écrit dans l'eau »)
Nitens lux, horrenda procella, tenebris aeternis involuta.
(« Brillant éclat, dans l'effroi de la tempête, enveloppé à jamais de ténèbres ».)
Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J'aime son feuillage éploré ;
La pâleur m'en est douce et chère
Et son ombre sera légère
À la terre où je dormirai.
  • Amanz Gressly (17 juillet 1814 - 13 avril 1865) (traduit du latin)
Ci-gît Gressly, qui mourut d'un étrange amour pour les pierres;
qu'il ramenait à la maison, ne calmant pas sa faim.
Posons cette pierre. De pierre entièrement couvert, par Dieu!,
Reposant entre des roches, il a assez de pierres..
  • Général Boulanger (29 avril 1837 - 30 septembre 1891), après s'être suicidé sur la tombe de sa maîtresse :
Ai-je bien pu vivre 2 mois 1/2 sans toi !
In Loving Memory of my Beloved Son, Murdered by a Traitor and Coward Whose Name is not Worthy to Appear Here.
(« À la mémoire de mon fils aimé, assassiné par un traître et lâche dont le nom ne mérite pas de figurer ici. »)
  • Alfred Sisley (30 octobre 1839 - 29 janvier 1899), par lui-même :
Il faut que les objets soient enveloppés de lumière, comme ils le sont dans la nature.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Ci-gît Allais - sans retour.
Une mémoire pure de sang humain.
Je suis un fils des monts, adopté par la mer.
  • Yvan Goll (29 mars 1891 - 27 février 1950)
Je n'aurais pas duré plus que l'écume
Aux lèvres de la vague sur le sable
Né sous aucune étoile un soir sans lune
Mon nom ne fut qu'un sanglot périssable
Il a donné des ailes au monde.
Je n’ai jamais rien demandé, la vie m’a tout donné. J’ai fait ce que j’ai pu, j’ai peint ce que j’ai vu.
  • En 1955, Marilyn Monroe (1er juin 1926 - 5 août 1962) suggéra elle-même que son épitaphe fût la suivante :
Ici repose Marilyn Monroe, 97 - 62 - 92 (ne figure pas sur sa plaque)
Free at last. Free at last, Thank God Almighty, I'm free at last.
(« Enfin libre. Enfin libre, merci Dieu tout-puissant, je suis enfin libre. »
Laissez-moi dormir ! J'étais fait pour ça !
Je vous l'avais bien dit que j'étais malade ! (ne figure pas sur sa plaque)
  • Georges Brassens (1921-1981), extrait de sa chanson Supplique pour être enterré sur la plage de Sète :
Est-ce trop demander, sur mon petit lopin,
Plantez je vous en prie une espèce de pin,
Pin parasol de préférence (figure sur un écriteau près de sa tombe et de l'arbre en question)
Il n'y a pas de manque dans l'absence ; l'absence est une présence en moi.
Priez le Je ne sais Qui — j'espère Jésus Christ
Garder le CAlme !!! Devant la DISSONANCE !!!
  • Françoise Sagan (1935-2004), elle écrit sa propre épitaphe en 1998 à la suite de la proposition d'un journaliste :
Sagan Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même.

Épitaphes d'anonymes[modifier | modifier le code]

Maudit soit le destin, qui à nous t'a ravi,
Si ton cœur s'est éteint, dans le nôtre tu vis.
  • Par J. du Lorens, France
Ci-gît ma femme : ho! qu'elle est bien!
Pour son repos et pour le mien.
  • Sur une tombe, au XVIIe siècle, France
Jean sous cette pierre close
Repose (si on peut bien
Sans faillir dire : « Il repose »
D'un qui ne fit jamais rien).
  • D. de La Monnoye sur la tombe de l'abbé de La Rivière, qui avait promis par testament, cent écus à celui qui ferait son épitaphe, France
Ci-gît un très grand personnage,
Qui fut d'un illustre lignage,
Qui posséda mille vertus,
Qui ne trompa jamais, qui fut toujours fort sage…
Je n'en dirai pas d'avantage,
C'est trop mentir pour cent écus.
« Enfin seul ! ».
  • Anonyme
Un jour vous vous rendrez compte que j'avais raison!
  • Anonyme Omar B.
Live together, die alone. (Vivre ensemble, mourir seul)
  • Anonyme
« J'étais ce que vous êtes, vous serez ce que je suis » (Corneille : « On m'a vu ce que vous êtes, Vous serez ce que je suis. »)
« J'ai peur mais quand faut y aller, faut y aller. »
  • Anonyme
« A été sauvée par des quenelles une fois… mais ça peut pas marcher à tous les coups ! »
« Si toutefois un jour ma mémoire oubliait, mon cœur se souviendrait »


Références[modifier | modifier le code]

  • Vidor, Gian Marco (2014). Satisfying the mind and inflaming the heart: emotions and funerary epigraphy in nineteenth-century Italy. Mortality (Routledge), on-line edition. http://www.tandfonline.com/eprint/fByCJS8IEiui62NK5wrq/full#.U_HCzFOBq3o
  • Bertrand, Régis (2005). Que de vertus. Les épitaphes édifiantes des débuts du XIXe siècle. In R. Bertrand, A. Carol, & J.-N. Pelen (Eds.), Les narrations de la mort (pp. 241–255). Aix-en-Provence: Publications de l’Universite´ de Provence.
  • Guthke, K. S. (2003). Epitaph culture in the west. Variations on a theme in cultural history. Lewiston, NY: Mellen.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]