Enthymème

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En rhétorique, l'enthymème est une figure de sens reposant sur un syllogisme et qui a reçu successivement deux significations.

Définition contemporaine[modifier | modifier le code]

Un enthymème est un syllogisme rigoureux, mais qui repose sur des prémisses seulement probables et qui peuvent rester implicites[1].

Pour Aristote, le nom d'enthymème est réservé à des déductions « tirées de vraisemblances et d'indices... Si elles sont connues, l'auditeur les supplée[2]. ».

Selon Quintilien et Boèce, l'enthymème est un syllogisme dont on a supprimé l'une des deux prémisses ou la conclusion car la réalité de cette proposition est incontestable et de ce fait gardée dans l'esprit. Selon la Logique de Port-Royal, l'enthymème est un syllogisme parfait dans l'esprit mais imparfait dans l'expression, et constitue donc un accident de langage[3].

Les prémisses enthymématiques[modifier | modifier le code]

L'enthymème est donc un raisonnement dont l'une des prémisses, c'est-à-dire une des étapes du raisonnement, est éludée car elle est tenue pour certaine. Cette certitude est humaine et non pas scientifique, et ne saurait donc relever d'une quelconque démarche épistémique. Selon la nature et l'origine de cette certitude, on distingue le tekmérion, l'eikos et le séméion.

Le tekmérion[modifier | modifier le code]

Le tekmérion (du grec τεκμήριον, « signe de reconnaissance » d'où « preuve probante par le raisonnement ») est un indice sûr, celui qui est ce qui est et qui ne peut pas être autrement. Cette prémisse repose sur l'universalité de certaines expériences. Roland Barthes indique ainsi l'accouchement d'une femme comme tekmérion d'une relation sexuelle avec un homme.

L'eikos[modifier | modifier le code]

L’eikos (du grec εἰκώς, « semblable, convenable » d'où « vraisemblable ») est un indice basé sur le vraisemblable, « une idée générale que se sont fait les hommes par expériences et inductions imparfaites ». Notion capitale pour Aristote, l’eikos repose sur deux noyaux :

  • l'idée de « général » humain déterminé statistiquement par l'opinion du plus grand nombre ;
  • la possibilité de contrariété, car si l'enthymème est perçu par le public comme un syllogisme certain, le vraisemblable admet par rapport à la science un contraire.

Le séméion[modifier | modifier le code]

Le séméion (du grec σημεῖον, « signe [précurseur], marque distinctive ») est un indice ambigu, moins sûr que le tekmérion : il est un signe dont la polysémie cesse selon un contexte d'autres signes concomitants. Roland Barthes indique comme exemple de séméion :

« Des traces de sang font supposer un meurtre, mais ce n'est pas sûr : le sang peut provenir d'un saignement de nez, ou d'un sacrifice. »

Un exemple d'enthymème : « Tout à coup un ivrogne traversa en zigzag le trottoir ; – et à propos des ouvriers, ils entamèrent une conversation politique. Leurs opinions étaient les mêmes, bien que Bouvard fût peut-être plus libéral. » (Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, chapitre I ; cité par Georges Bailly dans Flaubert et les socialistes - Pourquoi tant de haine ?, mémoire de maîtrise de lettres de l'Université de Rouen)

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Roland Barthes, « L'ancienne rhétorique » in L'aventure sémiologique, Éditions du Seuil, Paris, 1985.
  • Alain Boyer, « Cela va sans dire -- éloge de l'enthymème », Hermès,‎ 1995 (lire en ligne).
  • Olivier Reboul, Introduction à la rhétorique, Paris, Presses Universitaires de France,‎ 1991.
  • Jorge Juan Vega Y Vega, L'Enthymème. Histoire et actualité de l'inférence du discours, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2000.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Reboul 1991, p. 234, aussi 109, 157-158.
  2. Boyer 1995, p. 74.
  3. Boyer 1995, p. 74.

Voir aussi[modifier | modifier le code]