Enfant Jésus de Prague

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50° 05′ 08″ N 14° 24′ 12″ E / 50.08556, 14.40333

Autel renfermant la statuette de l'enfant Jésus de Prague, Sainte-Marie-de-la-Victoire, Malá Strana.
Enfant Jésus de Prague dans l'église de Joinville
Enfant-Jésus de Prague à Horion-Hozémont


L'Enfant Jésus de Prague est une statuette représentant Jésus-Christ enfant située à Prague en République tchèque. Elle est le support d'une dévotion envers l'enfance de Jésus dans le catholicisme.

Description de l'Enfant Jésus de Prague[modifier | modifier le code]

La statuette mesure environ 48 centimètres de hauteur et est faite de cire. Elle représente l'Enfant-Jésus levant la main droite en signe de bénédiction tandis qu'il soutient le globe terrestre de sa main gauche. La statuette est également coiffée d'une couronne. Le globe et la couronne, symboles royaux, manifestent la toute-puissance de Jésus qui est également le fondateur et le protecteur du Royaume de Dieu. La statuette est revêtue de tenues brodées qui lui sont offertes par des fidèles en signe d'action de grâce, c'est-à-dire pour remercier l'Enfant-Jésus de grâces obtenues.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines : don de la statue aux Carmes[modifier | modifier le code]

Alors que c'est à Prague qu'elle devint le support de l'expansion de la dévotion envers l'enfance de Jésus, la statuette serait en réalité originaire d'Espagne. Elle serait en effet l'œuvre d'un moine qui l'a sculptée sur l'ordre de Jésus et elle aurait appartenu à sainte Thérèse d'Avila (qui avait pris pour nom de religion Tereza de Jesus), laquelle l'aurait transmise à une amie, Maria Maximiliena Manrique de Lara y Mendoza, dame d'honneur de l'impératrice née Marie d'Espagne[1]. C'est sa fille, Polyxène, qui l'aurait rapportée à Prague.

L'église où se trouve la statuette, Sainte-Marie-de-la-Victoire, sise à Malá Strana, s'appelait auparavant église de la Sainte Trinité. L'église fut donnée par l'empereur Ferdinand II du Saint-Empire et le conseil municipal de Prague aux pères carmes qui s'étaient installés dans la ville à partir du 22 septembre 1624. Ils renommèrent l'église en référence à la bataille de la Montagne Blanche qui marque, le 8 novembre 1620, la victoire des armées catholiques et impériales sur les troupes de la Réforme protestante en Bohême. Durant cette bataille, le Père Dominique, un carme envoyé par le pape Paul V à la demande de l'empereur Ferdinand II, avait mis en évidence une image pieuse abîmée par les troupes protestantes afin d'encourager le zèle des Impériaux.

Par reconnaissance, l'empereur Ferdinand II installa les carmes à Prague en 1624, et ceux-ci apportèrent avec eux la dévotion à l'enfance de Jésus. Tant qu'il était à Prague, l'empereur veilla au bien-être matériel des Carmes mais la situation devint plus difficile après son départ. C'est dans ce contexte que la statuette est offerte par Polyxène de Pernstein, princesse Lobkowicz, au couvent des Carmélites de Prague en 1628, année de la mort de son époux, Zdeněk Adalbert Lobkowicz, généralissime des armées impériales qui avait pris part à la bataille de la Montagne Blanche.

Développement de la dévotion à l'enfance de Jésus[modifier | modifier le code]

La statuette servit dès lors de support à la dévotion des Carmes envers l'enfance du Christ qui acquit rapidement la réputation d'être très riche en grâces. Mais les vicissitudes de la guerre de Trente Ans provoquèrent le retour des troupes protestantes en 1631. La statue eut alors les mains brisées par les "prédicants", et fut oubliée durant quelques années.

En 1637, le père Cyrille de la Mère de Dieu revint à Prague. Il obtint du prieur la permission de réinstaller la statue dans un oratoire. Le prieur refusa en revanche de faire réparer les mains de la statuette car la réparation était trop coûteuse. Un ancien commissaire général de l'administration impériale, Daniel Wolf, accepta de prendre à ses frais la réparation alors même qu'il connaissait une situation financière tendue. À peine réparée, la statue fut à nouveau abîmée, et le même Daniel Wolf se proposa une nouvelle fois. Sitôt arrivé chez lui avec la statue, il se vit remettre par l'administration impériale une somme importante qu'il attendait depuis fort longtemps.

De nombreux faits miraculeux encouragèrent à nouveau la dévotion envers l'enfance de Jésus à travers la statue et celle-ci acquit une nouvelle réputation. Le 14 janvier 1644, fête du Saint Nom de Jésus, fut inaugurée une nouvelle chapelle conçue pour abriter la statue. La dévotion ne cessa alors de s'amplifier et la statue reçut la visite de Ferdinand III ou encore du comte Philippe de Mansfeld. Arrivés à Prague le 26 juillet 1648, les troupes suédoises furent frappées par la ferveur de la dévotion entourant la statue.

En 1655, en signe d'hommage, le comte Bernard de Martinitz, grand marquis de Bohême, offrit une couronne d'or à l'Enfant-Jésus. Le 19 mars 1655, une nouvelle chapelle fut achevée et inaugurée. Le développement de la dévotion envers l'Enfant-Jésus de Prague devait beaucoup au père Cyrille de la Mère de Dieu : celui-ci mourut le 4 février 1675, sans que la dévotion ne s'éteigne pour autant.

Un nouveau supérieur, le Père Emmeric, publia en 1737 un ouvrage retraçant l'historique de la statuette, de la dévotion dont elle est le support et des miracles qui l'accompagnent, intitulé Du grand et du petit monde de Prague. En 1741, un nouvel autel latéral, plus grand, fut construit à droite de la chaire et la statue y fut solennellement placée le 13 janvier 1741. Le pèlerinage continua à s'épanouir jusqu'à l'arrivée du joséphisme à Prague. Ce mouvement, initié par l'empereur Joseph II du Saint-Empire, entraîna la fermeture de soixante-dix églises, chapelles et couvents à Prague, dont le couvent des Carmes qui fut transformé en gymnase public.

Nouveau déploiement du pèlerinage à partir de 1878[modifier | modifier le code]

À partir de 1878, l'église fut toutefois restaurée et un nouvel autel mis en place. Le cardinal Kaspar, archevêque de Prague encouragea la renaissance de la dévotion à l'Enfant-Jésus à Prague même. L'ère communiste entoura de silence l'Enfant-Jésus de Prague mais sa dévotion se poursuivit ailleurs en Europe et dans le monde. Depuis la chute du rideau de fer, la statuette reçoit à nouveau la visite de nombreux pèlerins et touristes.

Lors du voyage qu'il effectua en République tchèque en septembre 2009, le pape Benoît XVI se recueillit ainsi aux pieds de la statue le 28 septembre.

La dévotion à l'Enfant-Jésus de Prague à travers le monde[modifier | modifier le code]

En raison de l'histoire tourmentée de Prague, la dévotion à l'Enfant-Jésus tomba plusieurs fois dans l'oubli. La vénération de l'effigie et, à travers elle, de l'enfance de Jésus, s'était toutefois répandue en Europe puis dans le monde. Pour cette raison, on peut trouver de nombreuses statues de l'Enfant Jésus dans divers lieux de culte catholiques.

En Belgique[modifier | modifier le code]

En certains endroits se sont même développés des pèlerinages locaux à l'Enfant-Jésus de Prague, tel que le pèlerinage au sanctuaire de l'Enfant-Jésus, à Bruxelles.

L'Enfant-Jésus de Prague est également honoré en l'église Saint-Sauveur à Horion-Hozémont, près de Liège, en Belgique. Dans cette église (ouverte le samedi et le dimanche), un pèlerinage est organisé chaque troisième dimanche du mois à 15h : prière de la petite couronne, cantiques, consécration et bénédiction des enfants. Le 18 novembre 2012, le nonce apostolique a béni solennellement la nouvelle chapelle de l'Enfant-Jésus de Prague dans l'église de Horion-Hozémont.

À Rhode-Saint-Genèse, une chapelle est dédiée à Jésus de Prague.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Manrique de Lara, comtes de Treviño, ducs de Nájera, sont ambassadeurs perpétuels de la couronne d'Espagne à Prague. Maria Maximiliana est pour sa part, dame d'honneur de Marie d'Espagne, épouse de Maximilien II.

Source principale : A. Michel Koller, L'Enfant Jésus de Prague, Moulins, date inconnue (fin du XXe siècle)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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